L'isolationnisme américain





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L'isolationnisme américain


 

« (...) Les États-Unis ne s’engagent pas à préserver l’intégrité territoriale ou l’indépendance de quelque nation que ce soit, par l’emploi de leur force militaire ou navale, leurs ressources [...] ou à intervenir dans les controverses entre nations (...).

Les États-Unis se réservent le droit exclusif de décider quelles questions dépendent de leur juridiction intérieure et déclarent que toute question politique ou domestique se rapportant entièrement ou en partie à leurs affaires intérieures, incluant l’immigration, le travail, le trafic côtier, les tarifs, le commerce (...) et tout autre question domestique sont du seul ressort de la juridiction des États-Unis, et ne doivent pas, par ce traité, être soumis d’aucune façon à l’arbitrage ou à la considération du Conseil ou de l’Assemblée de la Société des Nations. (...)

Les États-Unis ne soumettront à l’arbitrage ou à l’enquête de l’Assemblée, ou du Conseil de la Société des Nations, prévus par ledit traité de paix, aucune question qui, à leur jugement, dépend ou est en relation avec leur politique établie de longue date et communément connue sous le nom de « doctrine de Monroe » ; cette doctrine ne peut être interprétée que par les seuls États-Unis, en dehors de la juridiction de la Société des Nations (...).

Les États-Unis ne seront pas obligés de contribuer à quelque dépense que ce soit de la Société des nations (...)

Aucun plan pour la limitation des armements proposé par le Conseil de la Société des Nations (...) ne sera retenu comme liant les États-Unis jusqu’à ce qu’il ait été accepté par le Congrès (...). »


Extraits des débats du Congrès des États-Unis, 19 mars 1920, rapportés par André-Georges MANRY, Roger SÈVE, Textes historiques. 1914-1945. La première moitié du XXe siècle. Paris, Delagrave, 1970.

Pour comprendre l’isolationnisme américain, il est nécessaire de remonter aux origines même des Etats-Unis. Aucune autre nation occidentale n’a aussi longtemps affiché une telle position qui marque encore profondément l’état d’esprit des Américains même si la politique contemporaine ne le reflète pas souvent.

Dès 1783, et la fin de leur guerre avec la Grande-Bretagne, les Etats-Unis nouvellement indépendants adoptèrent une politique d'isolationnisme et de neutralité. Ce choix n'allait pourtant pas de soi, du fait de l'engagement de la France dans la guerre d'indépendance aux côtés des Américains, puis, plus tard, de la proximité idéologique entre les Révolutionnaires français et les « pères fondateurs » américains, qui se voulaient les uns comme les autres héritiers des Lumières. Pourquoi refuser de s’engager aux côtés des Révolutionnaires français ? Les raisons sont essentiellement pragmatiques à l’origine.

Tout d’abord, les Etats-Unis ne possédaient pas au moment de l’indépendance de système gouvernemental réellement viable : les « articles de la confédération », dont la ratification fut achevée en 1781, s'avérèrent rapidement insuffisants pour gouverner réellement le pays ( ex. : absence de pouvoir de lever l'impôt). Les premières années de la jeune République furent donc consacrées à l'élaboration d'une nouvelle Constitution instaurant un véritable système fédéral, adoptée en 1788. De plus, les Pères Fondateurs souhaitaient préserver l'unité du pays, mise à mal après la guerre d'indépendance. En effet, elle avait été, en quelque sorte une guerre civile puisqu'un nombre non négligeable d'américains loyalistes avaient pris le parti de la Grande-Bretagne : se mêler des affaires européennes aurait pu réveiller ces affrontements.

Enfin, ils avaient conscience de la grande faiblesse des Etats-Unis face aux Etats européens, en particulier la Grande-Bretagne. Afin de préserver leur indépendance il leur paraissait plus juste de rester à l'écart des affaires du monde1.

Au début du XIXe s., cette prise de position devient une posture idéologique : les Etats-Unis sont une nation neutre et commerçante qui refuse des alliances de temps de paix. Elle marque profondément et durablement la conception américaine de la politique étrangère jusqu'au début du XXème  siècle2. Si l’atout défensif que représentent les océans Atlantique et Pacifique, qui, de 1814 à 1941, contribuèrent à empêcher toute attaque sur le territoire américain, dispensant ainsi, en partie, les Etats-Unis de maintenir des bases à l'étranger et de contracter des alliances défensives, conforta les Etats-Unis dans cet isolationnisme, les réalités politiques du XIXe s. mirent à mal cette idée de neutralité et de commerce avec tous.

Ainsi, le blocus continental imposé par la Grande-Bretagne à l’Europe sous domination napoléonienne, au début du XIXe s., mit les Etats-Unis face à un choix : neutralité ou commerce. Les Etats-Unis, sommés de choisir entre la paix et leurs intérêts commerciaux, choisirent ces derniers. En effet, cette atteinte à leurs intérêts commerciaux et au principe de liberté des mers, qu'ils défendaient avec force comme un principe du droit international, est l'une des raisons principales qui les poussèrent à déclarer en 1812 la guerre à la Grande-Bretagne, qui n’aboutit qu’à un statu quo et à la destruction de la nouvelle capitale Washington par les Britanniques. Parallèlement, entre 1801et 1805, puis en 1815, les Etats-Unis menèrent la guerre de Tripoli contre les deys d’Alger, de Tunis et de Tripoli pour garantir la libre circulation de leurs navires en Méditerranée sans payer de tributs aux « Barbaresques ». Dès lors, une autre réalité de la diplomatie américaine s’affirma : recourir à la force pour obliger d'autres nations à s'ouvrir au commerce international, donc exporter par la force les valeurs du libéralisme économique. Ce « libéralisme botté » se traduisit en 1853 par l'expédition du Commodore Perry, véritable « diplomatie de la canonnière », semblable à celle que pratiquaient à l'époque les Européens. La flotte de Perry força, sous la menace des armes, le gouvernement japonais à ouvrir les ports du pays aux navires et marchandises américains (Traité d'Amitié et de Commerce de 1858). Notons d’ailleurs que dès lors le tropisme américain se tourne vers le Pacifique.

Aux facteurs précédents expliquant l’affirmation de l’isolationnisme américain s'ajoute le mythe de l'exceptionnalisme américain. Il s’agit tout simplement du sentiment que les Etats-Unis, que le pasteur puritain John Winthrop avait comparés dès 1630 à une « cité sur la colline » observée et prise pour exemple par le monde entier, occupent une place à l'écart des autres nations. De par leur nature (nation puritaine, démocratie, Etat de droit), les Etats-Unis seraient ainsi le modèle de la vertu. En effet, contrairement à la tradition de la pensée politique européenne, héritée de Machiavel, pour qui les considérations morales n'ont pas de place dans les relations entre Etats, les Etats-Unis, selon cette doctrine, respectent toujours l'éthique et le droit. La conséquence paradoxale de cette conception fut longtemps un refus presque complet de l'action, et en particulier de l'action armée hors des frontières américaines3. Ce positionnement explique le rejet souvent important de la part de la population américaine des opérations qui s’éternisent et deviennent de véritables guerres d’occupation (Vietnam 1963-1973, Afghanistan 2002-2014, Irak 2003-2011).

Enfin, il semble que l'existence d'un front pionnier intérieur à l'Ouest dissuada les Etats-Unis d'intervenir dans les affaires européennes. Cette expansion prit d'une part la forme d'achat de territoires à des puissances européennes : la Louisiane à la France en 1803, la Floride à l'Espagne en 1821, l'Alaska à la Russie en 1867 et d’autre part l’annexion par la force de territoires occupés par les tribus indiennes ou appartenant au Mexique. C’est dans ce contexte que la doctrine de la destinée manifeste est affirmé par le journaliste John O’Sullivan en 1845. Selon cette conception téléologique de l'Histoire, l'expansion territoriale américaine porterait la marque de la Providence et de la supériorité raciale des Anglo-saxons (dont la croissance démographique était plus forte que celle que les « autres races » du continent).

Au cours de la première moitié du XIXe s., l’isolationnisme se doubla d’un principe qui peut sembler contradictoire : la doctrine Monroe. En 1823, rompant avec la neutralité bienveillante affirmée par ses prédécesseurs, le Président James Monroe pose pour principe que la neutralité des Etats-Unis à l'égard des Puissances européennes doit avoir pour contrepartie la non-intervention de celles-ci dans les affaires du continent américain4.

A la fin du XIXe s., la doctrine Monroe trouva une signification nouvelle. La disparition de la frontière en 1890 aurait poussé les Etats-Unis à chercher d’autres débouchés pour l’expansion américaine5. La frontière n’est pas une frontière politique fixe et bien définie, mais une surface mouvante, pouvant toujours accueillir de nouveaux arrivants. L'absence de terres libres à partir des années 1890 modifirait la donne.

Cette situation nouvelle, faite de la conjonction de la « destinée manifeste » et de la doctrine Monroe, constitue une entorse à l’isolationnisme et un terreau fertile pour les aspirations coloniales qui se développent alors aux Etats-Unis.  C'est la guerre contre l'Espagne de 1898 qui fournit l'occasion de concrétiser ces aspirations. Après un conflit court et déséquilibré, où se distingua Théodore Roosevelt, alors secrétaire d'Etat adjoint à la Marine et impérialiste convaincu, l'Espagne fut écrasée. Le traité de paix de Paris accorda aux Etats-Unis la quasi-totalité des possessions espagnoles outre-mer : les Philippines, Guam, et Porto Rico (Cuba se voyant accorder une indépendance limitée sous protectorat américain), les Etats-Unis se trouvant ainsi du jour au lendemain en possession d'un vaste empire colonial. Les Etats-Unis durent aussitôt mener une guerre coloniale aux Philippines (1899-1902). Cette guerre, théâtre de nombreuses atrocités commises par les soldats américains, fit entre 500 000 et 1 000 000 morts, pour la plupart civiles. Elle suscita, à l'instar de la guerre Vietnam ou plus récemment de la guerre d'Irak, la violente opposition d'une partie de l'intelligentsia, notamment de Mark Twain, pour qui cette guerre, « bourbier » (quagmire, cf supra) moralement injustifiable, constituait une trahison des valeurs américaines. Justifiant cette action, les impérialistes américains, à l’instar de Theodore Roosevelt6, considèrent que les ETATS6Unis ont le fardeau de défendre la civilisation dans le monde et en en particulier sur le continent américain dont sont exclus les Européens.

Au début du XXème s., un grand nombre d’arguments justifiant l’isolationnisme ne tiennent plus : les Etats-Unis sont désormais une puissance industrielle de premier ordre et possèdent un empire colonial. De plus, les Etats-Unis sont intervenus dans les grandes questions de politique internationale : médiation à la conférence d'Algésiras de 1906 (visant à régler la crise franco-allemande de 1905 sur le Maroc) ; médiation au traité de Portsmouth, qui conclut la guerre russo-japonaise de 1905. Si Wilson, pacifique convaincu, souhaite au début du conflit se tenir à l’écart, il engage résolument les Etats-Unis dans le conflit mondial.

Comment peut-on expliquer le retour à l’isolationnisme après la Guerre ? Il est évident que la lassitude de l'opinion publique américaine face aux querelles des alliés et à la volonté française d'écraser l'Allemagne est un facteur déterminant : les Européens ne sont décidément pas raisonnables et moraux. De plus, la personnalité de Wilson, qui, par intransigeance et messianisme, refusa tout compromis avec le Sénat sur la question de la SDN, joua dans le refus de celui-ci de ratifier le Pacte. Deux raisons à cela : l'une, politique, relevait de la crainte de devenir le « gendarme du monde » et d'être obligé d'envoyer des soldats mourir pour des affaires ne concernant pas directement les Etats-Unis ; l'autre, juridique, tenait à la Constitution américaine ; celle-ci prévoit que c'est le Sénat qui déclare la guerre (article I, section 8) : or, le Pacte constituait une forme d'alliance permanente et risquait de rendre automatique l'entrée en guerre des Etats-Unis en cas d'attaque contre un autre membre, ce qui aurait dépossédé le Congrès de sa prérogative en la matière.

Les années suivantes, marquées par « America First », slogan du Président Harding élu en 1920 sont donc marquées de ce sceau de l’isolationnisme. Les années 1920 et le début des années 1930, dominées par le courant anti-internationaliste du parti républicain, constituèrent la dernière grande période d'isolationnisme que connurent les Etats-Unis au XXème siècle. Ce repli sur soi prit plusieurs formes : refus de prendre position sur les questions de politique européenne, fermeture à l'immigration, peur du communisme et lutte anti « Rouges » aux relents xénophobes, protectionnisme économique (en contradiction avec la tradition libérale américaine), en particulier après le krach de 1929. Mais l'isolationnisme devenait difficile à défendre : le Pacte Briand-Kellogg (du nom des Ministre français des Affaires Etrangères et Secrétaire d'Etat américain) de 1928, auquel adhérèrent treize autres pays (dont l'Allemagne, l'Italie et le Japon !), et qui visait à « mettre la guerre hors la loi », est typique de l'idéalisme wilsonien. Il en va de même de la dénonciation par le Secrétaire d'Etat Stimson de l'invasion japonaise de la Mandchourie en 1931 : les Etats-Unis énoncèrent à cette occasion la « doctrine Stimson », c'est-à-dire le refus de reconnaître les modifications territoriales opérées par la force, position de principe qui s'avéra par la suite tout sauf neutre (ainsi, les Etats-Unis ne reconnurent jamais l'annexion des pays baltes par l'URSS). Enfin, la politique de protectionnisme douanier, dans un contexte de mondialisation de l'économie et de la finance (du fait des énormes prêts accordés aux pays européens durant et après la guerre), s'avéra désastreuse après 1929. Privant les industriels étrangers (débiteurs des banques américaines) d'accès aux marchés américains, elle obéra leur capacité à rembourser leurs dettes, aggravant le « credit crunch » aux Etats-Unis ; les mesures de rétorsion adoptées par les Etats européens, à leur tour, privèrent les firmes américaines de débouchés, acculant nombre d'entre elles à la faillite.

Si l’opinion américaine reste marquée par son refus du monde et des sentiments isolationnistes profonds, les Etats-Unis n'ont pas eu de président isolationniste depuis Herbert Hoover, hormis les premiers mois de la présidence de G. W. Bush. Mais, dans les partis politiques, il existe régulièrement des tentations isolationnistes, tant au sein du parti démocrate que du parti républicain : côté démocrate, il y a les polémiques sur l'ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Américain avec le Canada et le Mexique) lors de la campagne présidentielle de 2008, fruits des tendances protectionnistes de l'aile du parti proche des syndicats ouvriers ; côté républicain, ce sont les critiques de la guerre d'Irak lancées par le Sénateur Ron Paul, représentant de la frange libertaire du parti et candidat malheureux à la nomination républicaine, qui, bien que se défendant d'être isolationniste, développait en 2005 une conception de la politique étrangère fondée sur le commerce, la neutralité et l'exemplarité des Etats-Unis.

1 The great rule of conduct for us in regard to foreign nations is in extending our commercial relations, to have with them as little political connection as possible. [...] It is our true policy to steer clear of permanent alliances with any portion of the foreign world. G. Washington, extrait de son discours d’adieu, 1796

2 C’est ce qu’affirme Thomas Jefferson, dans sa correspondance : « Commerce with all nations, alliance with none, should be our motto. » (1799).

3“America] well knows that by once enlisting under other banners than her own, were they even the banners of foreign independence, she would involve herself beyond the power of extrication, in all the wars of interest and intrigue, of individual avarice, envy, and ambition, which assume the colors and usurp the standard of freedom. [...] She might become the dictatress of the world. She would be no longer the ruler of her own spirit...” J. Quincy Adams, Président des Etats-Unis, 1821


4 “[We] should consider any attempt on [the part of the European powers] to extend their system to any portion of this hemisphere as dangerous to our peace and safety. With the existing colonies or dependencies of any European power we have not interfered and shall not interfere, but with the Governments who have declared their independence and maintained it, and whose independence we have, on great consideration and on just principles, acknowledged, we could not view any interposition for the purpose of oppressing them, or controlling in any other manner their destiny, by any European power in any other light than as the manifestation of an unfriendly disposition toward the United States.” James Monroe, Président des Etats-Unis, 1823


5 “Since the days when the fleet of Columbus sailed into the waters of the New World, America has been another name for opportunity, and the people of the United States have taken their tone from the incessant expansion which has not only been open but has even been forced upon them. He would be a rash prophet who should assert that the expansive character of American life has now entirely ceased. Movement has been its dominant fact, and, unless this training has no effect upon a people, the American energy will continually demand a wider field for its exercise. But never again will such gifts of free land offer themselves.” Turner, La signification de la frontière dans l’histoire américaine, 1893.


6 “Chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation, and in the Western Hemisphere the adherence of the United States to the Monroe Doctrine may force the United States, however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to the exercise of an international police power.”, Theodore Roosevelt, 1904.

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