Résumé : Petite région marginale mais apte à de vastes aménagements hydrauliques, la vallée du Sourou (Burkina Faso) a été le cadre d’un projet grandiose mais peu réaliste dans le cadre d’une économie socialiste.





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Quel avenir pour la Vallée ?



Étant entendu que l’avenir n’est écrit nulle part, il n’est pas interdit pour autant d’envisager quelques scénarios et de les confronter aux tendances observables sur le terrain.

Pessimisme et optimisme



Un scénario pessimiste supposerait que l’Etat se désintéresse de la Vallée, au point de n’accorder aucune aide au renouvellement du gros matériel hydraulique, ce qui condamnerait à terme l’ensemble des coopératives. Ne subsisterait, en conformité avec le contexte actuel, que quelques entrepreneurs comme ceux de Sono et les tenants de la petite hydraulique. Mais celle-ci, en dépit des recommandations de René Dumont ne pourrait guère valoriser, compte tenu de ses moyens, qu’une centaine d’hectares. Les installations existantes pourraient alors intéresser de grands investisseurs du secteur privé à ceci près que, d’une part les autochtones feraient valoir leurs droits sur ces terres quitte à les tenir en cultures pluviales et que d’autre part, les nouveaux venus, soit réduits à la condition d’ouvriers agricoles, soit contraints d’opérer des migrations de misère, constitueraient une masse prolétarienne incontrôlable. Pour autant, les potentialités de l’agriculture pluviale qui fournit à ce jour 85% de la production agricole dans les deux départements de Di et de Lanfiera, maintiendrait une activité économique renforcée par la pêche et la culture du riz flottant, ces deux activités restant compatibles avec une moindre dotation hydraulique de la Vallée. Le retour au statu quo ante n’est donc pas concevable.

Un scénario optimiste est plus crédible, ne fut-ce qu’en raison de la présence de bailleurs de fonds à même de relayer l’Etat, qu’il s’agisse d’ONG, de la Banque mondiale ou de banques du Moyen-Orient. En excluant la menace probable des aménagements du Mouhoun supérieur, on peut également faire valoir que les rendements de la riziculture qui varient actuellement entre 2,5 et 4,5 t/ha peuvent dans un délai raisonnable atteindre et dépasser la norme des 6 t/ha. On observe enfin, une tendance positive : les meilleurs praticiens, soit à titre individuel, soit dans le cadre de petits groupements reprennent des terres en déshérence ou en voie d’équipement, pour pratiquer des cultures plus rentables que celle du riz. Il s’agit d’une diversification qui tient aux capacités du territoire, créée par le projet, afin d’activer sa dynamique endogène pour renouveler le territoire : en s’autoproduisant, le territoire reproduit le projet aussi. On peut enfin compter sur un relais des générations par des jeunes dûment scolarisés et donc capables d’autogérer les périmètres dans leur définition actuelle.

Entre ouverture et tradition



Dernier regard sur le terrain. Lors de notre passage à la fin de l’année 2002, nous avions été impressionnés par le périmètre de Guiédougou : d’excellents agriculteurs mais une mauvaise gestion et un matériel de pompage-relevage en fin de course. La catastrophe redoutée est arrivée en avril 2003, avec la casse du matériel de pompage, combinée avec une faillite frauduleuse au détriment des créanciers et des coopérateurs. Dans cette conjoncture, les récoltes de haricots verts et de pommes de terre ont été pratiquement nulles en 2003. Le pire était, semble-t-il arrivé. Or, les coopérateurs ont réagi de façon positive en jouant sur plusieurs registres. Certains se sont regroupés en entrepreneurs privés, d’autres ont adhéré à la coopérative 6S, d’autres enfin ont constitué une nouvelle coopérative qui a trouvé les capitaux nécessaires à la remise en ordre du périmètre sinistré9.

Autre indication positive. En février 2005, l’Etat via l’AMVS, a décidé de remettre en ordre de marche le système d’irrigation hippodrome, pour cultiver du blé, plante qui n’exige que peu d’arrosage. Pour ce faire, le Royaume chérifien a offert pneus, batteries et moteurs. L'initiative étatique relance un nouveau projet qui s'appuie sur les échecs des précédents autant que sur les savoir-faire capitalisés par les exploitants. La phase pilote se déroule sur 350 ha exploités par 130 familles pour une production attendue de 1 000 tonnes. Dans une phase ultérieure, la superficie atteindra 2 500 à 3 000 ha pour une production de 25 000 à 30 000 tonnes de blé. La commande de 25 rampes d'irrigation serait déjà faite.

On assiste là à une nouvelle inflexion du système : le projet a créé le territoire ; puis le territoire s’est émancipé du projet ; c’est maintenant le territoire qui pourrait relancer le projet. Mais le territoire a lui-même développé une nouvelle dynamique ou, plus exactement, il est en passe de trouver de nouveaux équilibres entre agriculture irriguée et agriculture pluviale ; entre structures d’Etat et économie de marché ; entre la tradition sahélienne et l’ouverture sur l’Afrique et le monde. Reste à déterminer, mais il est sans doute trop tôt pour le faire, quel est le niveau de subsidiarité dans le processus de territorialisaton-décentralisation. Il est certain que la relation avec l’Etat tend à se distendre mais non à disparaître. En témoigne la relance de la culture du blé qui relève davantage de l'hydraulique stratégique qui a prévalu avant les PAS. Ce qui émet l'idée d'une dynamique en dents de scie qui combine temps linéaire et circulaire, entraînant une succession de stades de plus en plus complexes, impliquant des acteurs de mieux en mieux outillés pour la production et la gestion autonome du territoire, dans des réseaux locaux et supralocaux de plus en plus élaborés. Mais cela ne signifie pas le passage à l’autonomie. On assiste plutôt à un relais des prises de décision, du niveau national au niveau international. On ne peut donc pas davantage exciper d’une gouvernance régionale, la répartition des rôles ne permettant pas de dégager de véritables décideurs locaux qui soient en mesure de gérer la Vallée comme entité régionale. Cette étape constitue une dimension incontournable pour activer des processus de développement réellement autogérés et durables. Pour autant, il ne faut pas désespérer et s’il fallait pour conclure faire référence au mythe, ce serait non plus celui des abeilles d’Aristée mais celui du phénix renaissant de ses cendres que nous évoquerions.

Bibliographie minimale

Bethemont J., De Marchi M., Faggi P., Zoungrana T. P. (2002) : « La valle del Sourou (B F) : per una geografia della territtorializzazione idraulica in Africa » Rivista Geografica Italiana, n° 109, pp.271-286.
Bethemont J., Faggi P., Zoungrana T. P. (2003) : La vallée du Sourou (B F) : genèse d’un territoire hydraulique dans l’Afrique soudano-sahélienne, Paris, L’Harmattan, 230 p.
Bin S. (2004a) : La valle del Sourou (B F), Oltre il progetto : verso lo sviluppo locale. Thèse Universita di Padova, Dipartimento di Geografia G. Morandini, 299 p.
Bin S. (2004b), « Groupements Naam (Burkina Faso): un esempio di sviluppo locale in Africa. Una lettura geografica», Rivista Geografica Italiana, 111, pp. 423-447.
Dumont R. (1993) : Pour l’Afrique, j’accuse, Paris, Plon, 457 p.
Faggi P, Mozzi P. coords (2000) : La territorialisation hydraulique dans la vallée du Sourou, Padova, Dipart. Di Geografia, 78 p.
GERSAR (1987) : Actualisation du schéma directeur de la vallée du Sourou, Paris, siège.
Zoungrana T. P. (2001) : « Les effets induits d’un aménagement hydro-agricole sur la santé des populations en zone soudanienne : le cas de Bagré au sud-est du Burkina Faso », Cahiers de Géographie du Québec, vol. 46, pp. 191-212.

1 Les éléments de cette communication sont le résultat d’une série d’enquêtes entreprises conjointement de 1999 à 2002 par l’Institut de Géographie de l’Université de Padoue et par le Département de Géographie de l’Université de Ouagadougou, sous la direction conjointe de Pierpaolo Faggi et de Tanga Pierre Zoungrana, avec le concours occasionnel de Jacques Bethemont. Sara Bin a poursuivi les recherches sur le terrain jusqu’en 2004.

2 Dans le cadre de cette communication, nous opposons le « projet » issu des plans réalisés par l’Etat, au « territoire » qui reste une constante quels que soient les avatars du « projet ».

3 Il s’agit notamment des travaux du BCOM effectués entre 1951 et 1956.

4 Dumont, R (1986), Pour l’Afrique, j’accuse, Paris, Plon, collection Terre humaine. Voir en particulier les pages 55 à 85.

5 ORD : Organisme Régional de Développement.

6 Nous écrivons vallée ou Vallée, selon qu’il s’agit du cours d’eau et de problèmes hydrologiques ou du territoire aménagé par le projet.

7 6S : Se Servir de la Saison Sèche dans la Savane au Sahel. Groupements de jeunes fondés en 1977 par Bernard Lédéa Ouédraogo sous forme d’ONG.

8 Se basant sur les recherches qu’il a faites à Bagré, T. P. Zoungrana (2001) estime toutefois qu’après une période d’invasion malarienne suivant la mise en eau des rizières, les agriculteurs développent des processus d’auto-immunisation.

9 Cf. Sara Bin, 2004a
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