Résumé : Petite région marginale mais apte à de vastes aménagements hydrauliques, la vallée du Sourou (Burkina Faso) a été le cadre d’un projet grandiose mais peu réaliste dans le cadre d’une économie socialiste.





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Les problèmes d’un espace en transition



S’il est engagé, le processus de territorialisation ne saurait constituer une panacée. Il soulève en tout cas de multiples problèmes de choix et d’adaptation au cours d’une phase de transition.

Manger ou vendre



La référence à la « condition sahélienne » et aux stratégies de survie s’impose dans bien des domaines, et suffit à expliquer des conduites paysannes qui oscillent entre sécurité alimentaire et ouverture sur une économie d’échanges. Il y a sur ce point, des confusions et conflits entretenus par l’Etat et ses coopératives. Sur le périmètre rizicole de Niassan, par exemple, les coopérateurs voudraient satisfaire en priorité leurs besoins alimentaires estimés à 190 kilos par personne et par an, alors que l’administration de la coopérative donne la priorité à la vente du riz, jusqu’à obtention de l’équilibre comptable, le reliquat étant laissé aux sociétaires… mais comme le riz burkinabé se vend difficilement (aide alimentaire oblige) et que les frais de gestion sont très élevés, les coopérateurs resteraient souvent sur leur faim, n’était le recours au maïs en culture pluviale. Ce type de conflit ou à tout le moins de tension se retrouve à bien des niveaux, ne fut-ce que dans la recherche d’un équilibre entre les agricultures irriguées et pluviales ou si l’on préfère dans le choix entre manger ou vendre. Pourtant, le suivi des marchés montre que les apports des agriculteurs vont en se diversifiant et en augmentant, alors que leur demande en produits manufacturés, même modestes, bottes, bassines, petit matériel agricole, intrants non fournis par les services de l’Etat, s’accroît corrélativement.

Intégration ou communautarisme



Les tensions entre allochtones et autochtones, sont longtemps restées à un niveau modeste. Il n’empêche que les premiers arrivants repliés du Mali et installés à Guiédougou, loin de se joindre à la communauté dafing d’accueil, avaient construit leur propre village et leur propre mosquée en marge du village éponyme. Par la suite, le même phénomène s’est reproduit sur d’autres sites d’accueil. Non que les autochtones fassent preuve d’une hostilité de principe, mais ils tiennent à maintenir leurs droits et traditions sur quelques points essentiels, notamment la coutume dans le droit foncier. Ils sont les « maîtres de la terre », maintiennent leurs hiérarchies lignagères et entendent contrôler leur terroir. Mais dans le même temps, la coutume veut qu’on ne refuse pas l’accès à la terre à qui la demande dans les formes. Les nouveaux venus ont donc pu accéder aux terres de culture pluviale non sans quelques restrictions, puisqu’ils n’ont pas la possibilité d’entretenir du gros bétail faute de droits sur les terrains de parcours ; de même, ils ne peuvent pas planter d’arbres sur les terres qui leur sont attribuées, l’arbre étant la marque de la pleine possession ; enfin, ils n’ont pas le droit de récolter le riz flottant qui reste aux mains des communautés autochtones.

Le véritable terrain d’affrontement se situe sur le plan de la maîtrise des techniques de l’eau. Les allochtones sont, de façon générale plus compétents en matière d’irrigation que les autochtones. Ils réclament donc la maîtrise des périmètres, et le retrait progressif de l’Etat et de ses services les incite à prendre le pouvoir pour assurer la survie des périmètres irrigués… mais ils ne sont pas les « maîtres le la terre » et les autochtones font valoir leurs droits et priorités de façon d’autant plus énergique qu’ils n’ont jamais admis le principe de la nationalisation des terres et qu’ils reconnaissent leurs anciennes parcelles dans la trame des casiers aménagés. Sur ce point, la tension est parfois très vive entre les deux groupes, s’agissant tout au moins des premières générations.

En fait, le problème des relations est conditionné par des problèmes d’effectifs. Sur le papier, le nombre des allochtones dépasse celui des autochtones sans qu’ils constituent pour autant un bloc cohérent : les nouveaux venus viennent de 6 provinces sur les 140 ha du périmètre de Koumbara et de 23 provinces sur les 500 ha de Débé 4. Leur cohérence n’est donc pas évidente et les tensions se situent non seulement entre anciens habitants et nouveaux venus mais entre ceux-ci, alors que les anciens constituent dans chaque village un groupe homogène. Du moins les uns et les autres sont unis dans leurs revendications face à l’administration.

Un milieu naturel perturbé



Le passage sur le Sourou d’un régime lotique à un régime lentique a considérablement modifié la faune aquatique avec un recul des salmonidés et une proportion croissante de cyprinidés, carpes et tilapias. On assiste simultanément à la prolifération de plantes aquatiques fortement consommatrices d’oxygène et la désoxygénation s’accroît avec le rejet des eaux de colature fortement chargées en nitrates et en résidus de produits phytosanitaires. La faune terrestre a subi également des modifications, suite à la mise en eau qui a provoqué le relais des antilopes par les hippopotames. On compte maintenant plus de trois cent individus de cette espèce redoutée aussi bien des pêcheurs qui comptent plusieurs victimes d'agression chaque année, que des agriculteurs qui n’apprécient pas le goût de ces mastodontes pour le riz en herbe et les haricots verts.

Le drame de l’insularité



Quelques villages, en leur temps prospères, s’étaient implantés sur les bourrelets fluviaux de la rive orientale, Yayo, Wéré, Toroukoro, Toma. Ils profitaient au mieux de la pêche et de la récolte du riz flottant tout en cultivant des terres dans la zone non inondable. En contrepartie, ils supportaient un isolement de quelques semaines au plus fort de la remontée des eaux. Suite à la création du réservoir, leur insularité est devenue permanente et pénalisante. Le maintien des eaux à un niveau élevé a provoqué une remontée capillaire qui a imbibé les murs des habitations les plus basses, jusqu’à provoquer leur effondrement, ce qui a obligé une partie de la population à s’installer dans des conditions misérables sur le terroir des villages en terre ferme. Il faut d’une à deux heures pour effectuer la traversée et les villages sont maintenant d’autant plus isolés que, pour gagner les marchés, il y a une rupture de charge pénalisante. La proximité de leurs ressources, pêche et riz flottant, ne compense pas leur isolement spatial et social, à quoi s’ajoute un accroissement de la morbidité et de la mortalité, consécutif à la malaria (mal combattue par des fumigations qui engendrent des maladies respiratoires) et aux maladies de l’eau. Celles-ci sévissent d’autant plus que l’eau de la retenue sert à tous les usages, depuis la boisson jusqu’aux lieux d’aisance. Repliées sur elles-mêmes, ces communautés se décomposent et il n’est même pas sûr que leur transfert sur des périmètres aménagés en terre ferme, puisse les redynamiser.

Des problèmes de santé



Il n’y a pas d’évaluation simple dans ce domaine. Il est certain que la conjonction entre la création d’une nappe d’eau permanente et l’introduction de l’agriculture hydraulique, ne peut que favoriser la propagation des maladies de l’eau, malaria, bilharziose, schistosomiase et trypanosomiase. De fait, les statistiques du centre de santé de Niassan attribuent aux maladies de l’eau 75% des consultations. Encore faut-il observer que cette mise en évidence des problèmes de santé est d’autant plus apparente qu’il existe un encadrement sanitaire de la région, rattachée au Centre médical et chirurgical de Tougan mais incluant sur place deux Centres médicaux avec médecin en poste (Koumbara et Lanfiéra) et deux Centres de santé et de promotion sociale animés par un groupe d’infirmiers. Une analyse comparative montre que, s’agissant de la malaria, les consultations sont d’autant plus nombreuses que la couverture sanitaire est dense, de sorte que les taux d’impaludation peuvent être plus élevés mais non évalués dans des zones moins bien encadrées. En tout état de cause, le nombre des consultations effectuées au dispensaire de Niassan sur un même laps de temps, est passé de 903 à 1 181 entre 1994 et 2000.

Ce constat est d’autant moins satisfaisant qu’il existe un encadrement sanitaire correct. On peut, bien entendu, mettre en cause le milieu, mais ce sont surtout les pratiques quotidiennes et le manque d’hygiène qui sont à l’origine de certaines maladies : les riziculteurs pataugent pieds nus dans les rizières, plutôt que de mettre des bottes et l’usage de la moustiquaire est encore loin d’être généralisé8.

Une possible remise en cause à l’échelle du Mouhoun



L’essentiel des débits du Mouhoun se forme à l’amont et au sud du Sourou, dans la zone tropicale plus humide. Le module de 24 m3/s n’a pas grande signification, compte tenu de la concentration des pluies sur quelques mois. Il vaut mieux tabler sur le flux saisonnier qui a pu varier entre 1,6 km3 en 1970 et 0,24 km3 en 1983 pour une moyenne de 0,75 km3. C’est dire que la cuvette du Sourou peut ne pas être totalement remplie lors des années déficitaires. Mais même en année moyenne, le débit minimum réservé de 4 m3/s ne satisfait pas les besoins des riverains de Douroula et Woro en aval. Ceux-ci demandent un réajustement des débits afin d’éviter l’assèchement du bief litigieux.

Il existe une menace beaucoup plus préoccupante en amont, avec le projet d’un barrage retenant les eaux du Mouhoun à hauteur des chutes de Samandeni. L’énergie produite pourrait satisfaire une grande partie de la demande énergétique de Bobo-Dioulasso tout en permettant l’irrigation de 20 000 ha dont la production serait facilement écoulée sur les marchés de cette même ville.

Le plan d'eau, d'une capacité de 1,05 km3, va créer une zone humide de 150 km2. Alors même que les fonds ne sont pas encore mobilisés, la controverse s'installe. Pour le Ministère de l'eau, l'aménagement va réguler le Mouhoun en assurant un débit sanitaire de 15 m3/s contre des valeurs actuelles allant de 2 à 0 m3/s. Cette régulation préservera les aménagements du Sourou et protégera les riverains contre les inondations répétitives. On escompte une baisse du coût de l'électricité et une production piscicole de plus de 1000 tonnes par an. D'aucuns pensent cependant que le projet ne sera pas nul de conséquences néfastes en aval, et pourrait menacer l'irrigation des champs. Des associations écologistes pourraient donner de la voix sur la détérioration de l'environnement.

Aussi longtemps que le Sourou a représenté « l’avenir du Burkina Faso », toute analyse de rentabilité restait inconcevable. Il n’en va plus de même maintenant et, tant la comparaison avec l’ouvrage de Bagré qui produit de l’énergie et alimente son périmètre par gravité, alors que la Vallée en consomme pour relever l’eau de la retenue, que la comparaison avec les perspectives offertes par l’ouvrage de Samandeni, pourraient remettre en cause les investissements passés ou futurs dont a bénéficié le Sourou. En tout état de cause, en l'absence du tapage médiatique et de la contrainte qui avaient porté le Sourou dans les fonts baptismaux, l'unanimité n'est pas au rendez-vous pour le projet Samandeni, suscitant de nombreuses interrogations sur la faisabilité politique du barrage en question autant que sur le devenir de la Vallée en cours d'incubation par le jeu complexe des modalités transformationnelles.

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