Résumé : Petite région marginale mais apte à de vastes aménagements hydrauliques, la vallée du Sourou (Burkina Faso) a été le cadre d’un projet grandiose mais peu réaliste dans le cadre d’une économie socialiste.





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La vérité du terrain




En première approche : difficultés ou constat d’échec ?



Des lignes qui précèdent ressort à l’évidence un double sentiment d’échec, puisqu’à l’échec de la réforme socialiste s’ajoute l’échec d’une reconversion mise en œuvre sans coordination entre les décideurs gouvernementaux et des agriculteurs précipités sans formation dans une logique de rentabilité économique qui leur échappait. De prime abord, les enquêtes menées sur le terrain entre 1999 et 2002 tendraient à confirmer l’analyse théorique. Les trois pivots et les deux rampes « hippodromes » du périmètre cotonnier de Di ne sont plus en état de marche, exception faite du dernier pivot qui n’arrose que du maïs. Ailleurs, comme à Niassan, des riziculteurs expérimentés sont passés de la culture manuelle à la culture attelée sans recours au tracteur mais peinent à faire tourner les grandes pompes Hydrovis, compte tenu du coût du gasoil. Certains périmètres ne sont cultivés qu’en partie, à moins que le mil en culture pluviale n’ait remplacé le riz. Entre 1996 et 2001, les superficies rizicoles ont stagné à hauteur de 2100 ha et la reprise des années suivantes (2600 ha en 2003) semble mal assurée, compte tenu du fait que le riz burkinabé ne peut concurrencer le riz d’importation vendu dans le commerce et subventionné par l’aide aux agriculteurs dans les pays d’origine. Enfin, à Guiédougou, là où la pratique de l’irrigation est la plus ancienne et la plus élaborée, là où se cultive de longue date « l’or du Sourou », le haricot vert, l’état d’usure des pompes et des conduites de refoulement nécessite d'urgence l’achat d’équipements neufs. Or, l’état du marché est tel, que les prix au bord du champ ne permettent pas de dégager les capitaux nécessaires à l’achat d’un matériel neuf, alors que les banques refusent de s’engager.

Des difficultés d’ordre social s’ajoutent aux problèmes économiques et techniques. Ici, un conflit avéré oppose les migrants riches de leurs savoir-faire, « les rebelles », au chef coutumier qui fait valoir ses droits de « maître de la terre ». Ailleurs, c’est un directeur de coopérative qui est parti après avoir vendu le matériel et en emportant la caisse. Enfin, dans plusieurs coopératives, le nombre d’adhérents a diminué depuis le passage des coopératives d’Etat au stade pré-coopératif.

Et pourtant…



Au-delà des blocages qui viennent d’être recensés, un premier constat s’impose. Même s’ils ne sont pas encore à même de passer au stade de l’autonomie administrative et financière, les irrigants du Sourou peuvent faire état de nombreux acquis concernant aussi bien des savoir-faire techniques (arrosage mais aussi entretien des pompes) que l’adoption de nouvelles pratiques comme le labour attelé. Ce ne sont pas là des atouts négligeables.

Quelles que soient les réserves que l’on puisse faire sur certaines pratiques, l’apparition de nouveaux acteurs doit être interprétée de façon positive. Sur la rive occidentale du Sourou (mieux vaut ne pas parler de rive gauche ou droite s’agissant d’un cours d’eau qui selon la saison coule d’amont en aval ou d’aval en amont), dans le secteur de Sono encore en voie d’aménagement, des personnages influents et pourvus de capitaux ont entrepris, dans un contexte technique encore précaire, de passer à une certaine forme agrobusiness avec des bananeraies mais aussi des plantations de papayes et de légumes (aubergines, tomates, pastèques, piments). Ces diverses spéculations emploient une main-d’œuvre très chichement rétribuée, le plus souvent étrangère à la région. De leur côté, les entrepreneurs prennent de sérieux risques, compte tenu des défaillances de systèmes d’irrigation comme ces rampes d’arrosage importées et mal alimentées. Il est vrai que ces défaillances sont compensées par le transfert de nombreux investissements incluant les premiers labours et l’adduction d’eau à la parcelle ont été pris en charge par l’AMVS, toute référence à l’économie libérale mise à part. L’Etat reste donc un acteur mis au service d’une élite oeuvrant ou voulant œuvrer sur de vastes périmètres. En tout état de cause, si le succès n’est pas assuré, il reste probable après un temps de mise au point.

Sur la rive orientale, avec des moyens plus modestes, quelques bons agriculteurs on rompu avec les pesanteurs des coopératives (mais sans doute ont-ils été relayés dans celles-ci par leurs proches) pour cultiver des légumes acheminés vers les marchés relativement proches de Tougan ou de Koudougou. Ailleurs, d’autres entrepreneurs de moyenne envergure (aux environs de 5-10 ha) se sont établis sur des parcelles abandonnées sur le périmètre dit des « étudiants ».
Bien qu’apparemment marginal et totalement négligé tant par l’administration que par les bailleurs de fonds, le mouvement le plus intéressant concerne la petite hydraulique. Tout au nord du projet, en marge des installations officielles, des travailleurs allogènes occupent les rives d’un petit affluent du Sourou. Ils ont creusé le long de ses berges, de diverticules dans lesquels l’eau pénètre et sur lesquels ils ont branché des petites pompes, achetées d’occasion et souvent bricolées ou réparées avec du matériel de fortune acheté et vendu sur les marchés locaux. Ces pompes, propriété d’individus ou de petits groupes, servent à arroser des parcelles qui peuvent avoir de 1 000 à 8 000 m2 et sur lesquels sont cultivés en contre-saison des oignons ou des légumes à destination des marchés locaux. C’est également sur les marchés locaux, que ces modestes irrigants se procurent les intrants, notamment des engrais qui pourraient bien provenir des coopératives officielles.

Aux abords de Di, d’autres allochtones se sont regroupés dans le cadre d’une coopérative 6S7 qui occupe 19 ha en deux périmètres branchés directement sur le lac. Ce regroupement sur le modèle des groupements d’entraide naam (Bin, 2004b) et une gestion simplifiée ont permis le renouvellement des pompes et l’achat d’un matériel léger.

Tout cela reste simple tant sur le plan du matériel et des techniques que sur celui d’une gestion simplifiée à l’extrême. Ainsi de l’accès à la terre, prêtée en saison sèche par un ayant droit local, lequel récupère pour une récolte pluviale, un terrain propre et enrichi par les apports d’engrais. Au final, alors que les coûts s’échelonnent entre 45 et 55% sur les périmètres de l’hydraulique officielle, ils sont évalués entre 6 et 10% sur les petits périmètres. Deux points méritent d’être précisés : d’une part, l’extension de ces périmètres pourrait être acquise à faible coût si l’AMVS acceptait de creuser ou d’approfondir quelques petits canaux branchés sur le lac, mais d’un autre côté, l’existence même de ces petites structures peut être remise en cause si l’AMVS implante de nouveaux périmètres au nord de Di.

Sur le plan de l’économie régionale, il n’y a pas d’incompatibilité entre agriculture irriguée et agriculture pluviale. La plupart des autochtones pratiquent des cultures traditionnelles (manioc, mil et maïs) en culture pluviale et ils prêtent – sans pour autant les céder – des terres aux allochtones. Ces cultures pluviales profitent dans une certaine mesure des pratiques et des mentalités acquises sur les périmètres arrosés, apport d’engrais mais surtout pratique du compostage diffusée par les techniciens du Ministère de l’Agriculture.

Par rapport aux pratiques traditionnelles, deux changements d’importance sont intervenus en quelques années. Tout d’abord, la création d’une vaste retenue a relancé la pratique traditionnelle de la pêche. La nappe d'eau de 100.000 ha à son maximum s’avère propice à la multiplication des espèces piscicoles planctonophages ou autres et la retenue fournit maintenant 800 t. de poisson, soit le dixième de la production nationale. La pêche constitue donc un sérieux appoint dans les comptes régionaux, d’autant qu’un pêcheur qui immerge ses filets le soir et les relève le matin gagne de 4 000 à 5 000 francs CFA par jour contre 500 francs pour un salarié agricole. Les effectifs des pêcheurs ne sont pas comptabilisés mais on relève l’existence de 24 groupements dont 12 de femmes qui travaillent le poisson fumé et séché et environ 150 pêcheurs indépendants.

Dans le même temps, si les pâturages de décrue, le bourgou, ont été réduits, les superficies cultivées en riz flottant se sont accrues. Le revers de cette nouvelle dynamique porte sur l’élevage bovin qui garde une certaine importance, les bergers peuls conduisant des troupeaux dont une partie appartient aux autochtones qui voient dans le bétail un placement de capital. Malheureusement, la réduction des pâturages de décrue d’un côté, la réduction des terrains de parcours suite à l’extension des cultures pluviales de l’autre, à quoi s’ajoutent les difficultés d’accès aux zones d’abreuvement suite à l’implantation des périmètres irrigués, réduisent les perspectives de l’élevage. Cela non seulement pour les peuls sédentarisés mais aussi pour les grands nomades dont les troupeaux transitaient originellement par le Sourou, sur un parcours allant du Mali à la Côte d’Ivoire.

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