Cours C1 : Théorie des organisations





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2.5.Stratégies de l'État


Avant d’envisager les stratégies de l’État, il faut considérer les quatre mouvements de fuite qui empêchent de les résoudre :

  • le nouveau caractère pacifique et extrapolitique du monde : la société civile mondiale ne constitue pas à elle seule une option possible contre l'économie mondiale, il faut surmonter l'optique nationale du politique ;

  • la nouvelle économie politique internationale, servant le pouvoir économique : l'économie échappe au cadre national, mais le pouvoir politique peut être redéfini au sein du méta-jeu de pouvoir par des stratégies de transnationalisation ;

  • gouverner sans gouvernement, c’est à dire par une « gouvernance » non légitimée : l'État doit devenir acteur de sa propre transformation et passer de l'État national à l'État cosmopolitique légitimé ;

  • Auto-blocage du politique : la capacité d'action des États dépend fondamentalement de la façon dont les États se définissent eux-mêmes dans le méta-jeu de pouvoir. L'autodéfinition de sa capacité d'action par l'État est une variable stratégique dans le méta-jeu de pouvoir.

2.5.1.Stratégies d'indispensabilité


Les stratégies d'indispensabilité ont pour objectif d'affirmer le primat du politique sur l'économie mondiale en différentiant la politique et l'économie et en réaffirmant le monopole de la politique sur les décisions qui engagent le collectif, sur la légitimation démocratique et sur l'élaboration du droit. Elles montrent que l'économie mondiale ne peut pas fonctionner en autarcie et qu'à l'inverse, une politique étatique indépendante permet à l'économie mondiale de réussir.

Stratégies de déspatialisation de l'État


Pour être en position de répondre à l'économie mondiale, l'État doit étendre ses activités au delà de l'espace national par la coopération interétatique. Le gain de pouvoir et de souveraineté est ainsi réalisé aux dépends de l'autonomie de l'État ; mais il compense largement cette perte, d'autant que l'autonomie de l'État est devenu illusoire, les initiatives individuelles étant vouées à l'échec.

Par ailleurs, tant que les espaces créés par la transnationalisation de la politique ne coïncident pas avec les espaces de la démocratie parlementaire, ces évolutions échappent au contrôle démocratique direct. Tout en augmentant l'efficacité nationale, la transnationalisation permet donc, par le biais des organisations transnationales, comme la Commission Européenne, de déjouer les contrôles démocratiques et de faire adopter des décisions contraignantes pour la collectivité. L'évolution douloureuse de l'État hors du national peut dès lors être réalisée plus facilement.

Stratégies de Grande Politique


Ces stratégies visent à briser l'hégémonie du discours néolibéral, peu porteur d'enthousiasme, et de le remplacer par un discours sur les contenus de la Grande Politique, plus favorables à la motivation des masses.

  1. Stratégies de délégitimation des acteurs de l'économie mondiale : il s'agit de retirer la légitimation donnée par les États au pouvoir économique, notamment lorsque les États supportent les problèmes sociaux, économiques ou environnementaux produits par l'économie.

  2. Stratégies de conflits et de crises : les acteurs économiques mondiaux sont vulnérables face aux acteurs de la société civile et requièrent les moyens « violents » de l'État en cas de conflit (exemples des émeutes de Seattle, de Gênes). Il s'agit de mettre à profit ses situations pour renverser le rapport de force entre États et économie mondiale, en favorisant les coalitions entre États et Organisations Non Gouvernementales, par exemple, en ouvrant le débat de la légitimation de l'économie mondiale.

  3. Stratégies d'utopie : le pouvoir politique doit adopter une stratégie d'utopie dans le but de récolter l'assentiment et le pouvoir. Il peut dès lors exiger la responsabilité, l'imputabilité et la transparence de la part du pouvoir économique et mettre en place les organes de contrôle adéquats au niveau national et international.

2.5.2.Stratégies d'irremplaçabilité

Stratégies transnationales de compétence


Ces stratégies ont pour but de limiter la possibilité qu'ont les grands groupes de jouer les États les uns contre les autres. Le pouvoir de négociation des grands groupes s'accroît lorsque la complexité technologique augmente plus rapidement que les compétences techniques d'un pays ou quand la taille de l'entreprise dépasse la capacité d'administration du pays. Ces stratégies favorisent, dès lors, l'établissement de conditions de production comparables d'un pays à l'autre en créant des cartels d'intérêts entre eux. Elles visent à créer un cadre légal transnational plus strict, dont le respect peut être contrôlé efficacement par des experts bien équipés et familiers du méta-jeu de pouvoir.

Stratégies de démonopolisation de la rationalité économique


L'objectif est ici de briser le monopole du management efficace, basé sur la maximisation du profit, détenu par l'économie mondiale. Elles consistent à inclure dans la notion d'efficacité, des normes de transparence, de justice sociale et d'imputabilité publique. Après la vague de privatisations et l’affaiblissement des contrôles étatiques, une vague de re-régulations s'impose. Celle-ci nécessite des États forts agissant dans la coopération pour faire face aux acteurs de l'économie mondiale.

2.5.3.Stratégies visant à éviter les monopoles sur le marché mondial


Il s'agit d'intensifier la concurrence entre acteurs de l'économie mondiale. Dans l’optique nationale, les stratégies reviennent toujours à développer le régime néolibéral pour « attirer » les acteurs de l'économie mondiale. Dans l’optique transnationale, les États peuvent, en diversifiant leurs relations commerciales par des accords avec d’autres États et / ou des acteurs de l’économie, briser les constellations impérialistes politiques et / ou économiques existantes –dans les pays faibles notamment. Ils augmentent ainsi leurs possibilités de négociation avec les acteurs de l'économie mondiale : ils passent d'observateurs passifs à participants actifs de la mondialisation. Ils peuvent dès lors s'appuyer sur des conflits sociaux réels ou potentiels pour augmenter le prix à payer par les investisseurs.

La situation des institutions internationales (Banque Mondiale, FMI...) est, dans ce contexte, paradoxale car, d'un côté, ces institutions seraient en mesure de combattre les monopoles économiques, voire d'y mettre un terme. De l'autre, le fait qu'elles renoncent à cette politique soulève la question de savoir si leur but n'est pas de les protéger.

2.5.4.Stratégies de réduction de la concurrence interétatique

Stratégies Étatiques de spécialisation


Elles ont pour but d'utiliser et de fabriquer des particularités et des points forts économiques, culturels et politiques. Elles favorisent la diversité et, ce faisant, augmentent le pouvoir des États face à celui de l'économie mondiale. Toutefois, confinées à la sphère nationale, elles ne tiennent aucun compte des possibilités offertes par la transnationalisation. Dans la seconde modernité, leur efficacité n'est pas démontrée.

1) Stratégies de consensus social-démocrate

Elles consistent en une combinaison d'ouvertures sélectives du marché et de création de niches commerciales protégées, justifiées par des considérations d'ordre sécuritaire ou par la protection de la communauté et de la culture. De cette façon, les États sociaux-démocrates sont à la fois victimes et acteurs de la mondialisation. C’est une position déterminante pour leurs possibilités futures de spécialisation et d'affirmation sur le marché mondial.

Les États-nations sociaux-démocrates reposent, d'une part, sur une identité homogène et, d'autre part, se conçoivent sous l'angle d'une solidarité égalitaire. Ces deux socles sont remis en cause par la mondialisation et par l'individualisation. En outre, les États-nations empêchent leur société de prendre conscience de leur rôle sélectif de gagnants de la mondialisation, dont les niches de prospérité sont conditionnées par l'exclusion des autres États. Ils dramatisent également les coûts nationaux et égoïstes de la mondialisation.

2) Stratégies des pays à bas salaires

Il s'agit ici de créer des enclaves où les réglementations et les contrôles sont réduits. Ce sont des stratégies de chute qui entraînent la prolétarisation de l'État dans la mesure ou elles conduisent à une intensification de la concurrence et, partant, une réduction toujours plus importante du pouvoir de l’État. Ces stratégies ne sont pas le fruit d'un choix délibéré mais dépendent de l'historique et de la condition du pays. Elles vont également à l'encontre des intérêts des pays riches, remis en questions par cette concurrence.

Un consensus international est indispensable pour diffuser les normes de la justice sociale, de la dignité au travail et d'une utilisation paisible des ressource naturelles. On pourra par la suite définir les sanctions à l'encontre de ceux qui enfreignent les règles.

3) Stratégies des paradis fiscaux

L'avantage concurrentiel est ici obtenu par la protection du secret bancaire rendue possible par les lacunes des réglementations internationales. Ces enclaves disparaîtront lorsque la communauté des États créera une nouvelle architecture transnationale pour les marchés financiers permettant la collecte d'une taxe sur le mouvement des capitaux (taxe Tobin).

Stratégies d'hégémonie


Les stratégies d'hégémonie ont pour but d'imposer une coopération avec d'autres États. Elles relèvent du cadre national, mais, par les coopérations qui en résultent, elles établissent une coopération internationale. Elles peuvent se déployer de manière régionale ou globale. Seuls les États-Unis peuvent aujourd'hui prétendre à une hégémonie globale. En effet, les coûts de fonctionnement de ces stratégies sont élevés car elles impliquent une présence politique et militaire, une volonté et les moyens d'avoir voix au chapitre en tout lieu et à tout moment. Elles peuvent constituer un préalable à l'ouverture transnationale des politiques nationales.

Stratégies de transnationalisation


L'objectif est ici de supprimer les rivalités et les concurrences nationales par des systèmes de régulation interétatiques de nature juridique. Les États imitent ainsi les entreprises en étendant leurs activités au delà de leurs frontières nationales cependant que, dans le cadre national, ils déploient une stratégie d'hégémonie. Ces stratégies impliquent dans le même temps une restriction de l'autonomie nationale et la dissolution des éléments qui, au sein de l'État-nation, formaient un tout (indépendance de l'État, autodétermination nationale, accomplissement des tâches fondamentales de la politique comme la prospérité, le droit, la sécurité...). Ces éléments, s'autonomisent tout en se combinant d'une nouvelle façon. Il s'ensuit qu'une nouvelle politique des frontières de la politique, rendues poreuses par la transnationalisation, doit être mise en place. L'efficacité de ces stratégies dépend tout particulièrement de la taille de l'espace et du marché formé.

Les stratégies de transnationalisation se déploient selon trois axes :

  • la rationalité économique : la taille du marché et son intégration favorisent à la fois la croissance économique et la diversité de l'économie, ceci pouvant servir de façade à une stratégie d'expansion de l'action transnationale plus globale ;

  • la rationalité stratégique : la transnationalisation permet d'augmenter les marges de manoeuvre de l'État, tant vis-à-vis de l'économie mondiale que de la politique extérieure et intérieure ;

  • la rationalité politique : les marges de manoeuvre dégagées par la transnationalisation se nourrissent d'un recul de la démocratie directe et d'une re-nationalisation parallèle de la politique et de la société, consolidant l'intérêt de la politique pour la politique.

2.5.5.Stratégies de re-politisation de la politique

Stratégies de solutions globales


À partir des idées phares de protection et de justice globales, il s'agit d'obliger le capitalisme international à accepter et à appliquer les règles globales de l'engagement politique, par exemple les neufs principes de « Progress Report on Business and Human Rights » définis par l'ONU.

Stratégies de coalitions multiples


Il s'agit de définir un nouveau jeu politique incluant à la fois les États, les entreprises multinationales et les Organisations Non Gouvernementales en tant qu'acteurs politiques globaux. C'est une des stratégies appliquées avec succès par l'ONU, par exemple, dans le cas de la vente des médicaments contre le SIDA dont le prix est diminué de 90% pour les pays périphériques.

Stratégies globales de risques


Il s'agit d'empêcher les catastrophes environnementales et morales issues de la modernité -les risques liés à la génétique, par exemple- par une politique globale dotée du pouvoir transnational nécessaire.

Stratégies de cosmopolitisation du national


Elles sont fondées sur la combinaison apparemment contradictoire du nationalisme et du cosmopolitisme. Des symboles nationaux sont utilisés par des formations politiques transnationales pour augmenter leur pouvoir face à l'économie mondiale. En France, cette stratégie est utilisée avec succès par la confédération paysanne. Les gouvernements peuvent tirer parti de ces mouvements et augmenter parallèlement leur pouvoir, ce que tente, avec un succès certain, le gouvernement français.

Stratégie d'un « New Deal » global


Le cosmopolitisme repose sur la diversité, il nécessite une architecture transnationale du politique construite sur une version globale du « New Deal », c'est à dire sur des tribunaux internationaux habilités à sanctionner, sur des partis transnationaux traitant des thèmes cosmopolitiques dans leur contexte national.

2.5.6.Stratégies de cosmopolitisation de l'État

Stratégies d'imbrications politiques intérieures et extérieures


Ces stratégies ont pour objectif de multiplier les réseaux mondiaux dans lesquels l'État intervient dans le but d'augmenter le pouvoir de ce dernier. L'État augmente ainsi sa capacité d'intervention interne, c’est à dire sa capacité à diriger les événements.

Stratégies gagnant-gagnant


D'un côté l'économie mondiale non réglementée produit des risques insoutenables, entraînant un coût exorbitant pour le contribuable global, de l'autre, elle impose aux investisseurs des risques considérables, les États, pour leur part, devant prendre en charge les conséquences des investissements. Il s'agit dès lors de créer de nouvelles réglementations permettant à tous les participants (États, grands groupes, société civile) de sortir gagnants, comme cela a été le cas lors de l'institutionnalisation des normes environnementales européennes.

Stratégies de cosmopolitisation du droit


Elles visent, dans la perspective cosmopolitique, à subordonner l'exercice étatique de la souveraineté juridique au régime des droits de l'homme, garantissant les droits cosmopolitiques et la démocratie. Ainsi, les dirigeants seraient responsables à titre personnel des crimes commis dans le cadre des fonctions qu'ils exercent dans l'État ou dans l'armée.

Stratégies d'institutionnalisation de la diversité


La cosmopolitisation de l'État passe par une prise de distance vis-à-vis de son identification à une nation homogène. Ces stratégies ont pour objectif d'instaurer une tolérance institutionnelle permettant à la diversité d'être découverte comme une source de créativité. Les capitales mondiales, mélangeant les cultures, peuvent devenir les berceaux du cosmopolitisme.

2.5.7.Stratégies de cosmopolitisation régionale


Les stratégies de cosmopolitisation régionale peuvent se développer dans les conditions suivantes :

  • une situation historique dans laquelle l'irruption de l'économie mondiale bouleverse les formations traditionnelles et oblige à reconstruire les traditions ;

  • l'existence d'une communauté de risque qui permet et / ou impose de définir une situation dans l'espace global du pouvoir ;

  • des réponses régionales allant dans le sens de la régulation de l'économie ;

  • l'engagement à appliquer le régime des droits de l'homme et à accepter la coopération avec les organisations non gouvernementales, les grands groupes, et les organisations supranationales.

L'Union européenne, par exemple, est fondée sur les traumatismes provoqués par les deux guerres mondiales.

2.5.8.Stratégie des droits de l'homme


Les droits de l'homme représentent un avantage stratégique pour le régime cosmopolitique, lui conférant une légitimité qui manque cruellement aux acteurs économiques et aux pouvoirs politiques nationaux.

La morale globale des droits de l'homme devient une base de pouvoir dans la mesure où :

  • le bilan des droits de l'homme devient un indicateur clé, y compris pour les décisions d'investissement à l'étranger ;

  • la bonne conscience des États respectant les droits de l'homme leur donne la possibilité d'intervenir dans les affaires des pays étrangers.

Au total, l'État cosmopolitique augmente son pouvoir et fonde sa supériorité face à l'État national par une imbrication de la légitimité et du pouvoir moral, économique et militaire qui s'appuient et se renforcent.
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