Cours C1 : Théorie des organisations





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2.4.Stratégies du capital


Du point de vue de l'économie mondiale, l'État doit :

  • être facilement remplaçable et interchangeable, d'où les stratégies d'autarcie ;

  • être en concurrence avec le maximum d'États, d'où les stratégies de substitution ;

  • avoir intériorisé le régime néolibéral, d'où les stratégie de monopolisation ;

  • avoir renoncé aux conquêtes militaires et utiliser ses moyens de légitimation au service de l'économie mondiale, d'où les stratégies de domination préventive.

2.4.1.Les stratégies d'autarcie


Elles ont pour objectif la minimisation de l'indépendance des États et la transformation des États par le régime néolibéral et l'autolégitimation du pouvoir économique mondial, ce qui revient à fusionner le capital avec l'État de droit et la rationalité économique avec l'identité personnelle.

Les stratégies d'usurpation (appropriation de l'espace transnational par le pouvoir économique mondial)


Dans la première modernité, le pouvoir dominant de l'État a conduit à la main mise de ce dernier sur l'information, que ce soit par la censure ou par le monopole des média. L'innovation technologique et les dérégulations ont entraîné la chute de ces contrôles. De grands groupes de communication se sont immédiatement constitués. Si ces groupes parviennent à instaurer des situations de monopoles, ils exerceront à leur tour une influence décisive sur le contenu de l'information, substituant leur censure à celle de l'État.

Les stratégies d'innovation (contrôle de la force d'innovation)


L'innovation est en elle-même une stratégie de pouvoir, d'une part, en ce qu'elle apporte de possibilités d'action nouvelles (génétique, nanotechnologies...), et, d'autre part, parce que vis-à-vis des États, elle renforce les possibilités d'exit option et de rejet des responsabilités et des conséquences secondaires sur les États eux-mêmes. Les décisions ne peuvent plus être légitimées qu'a posteriori par les gouvernements nationaux, sous la pression de l'exit option et de la concurrence entre États, en invoquant soit la foi dans le progrès, soit l'argument de la mondialisation empressée. Ainsi, le pouvoir de légitimation sans cesse décroissant de l'État-nation engage de manière paradoxale la planète entière dans la course à la mise en oeuvre des technologies les plus risquées : selon Bill Joy, « Certains domaines, par exemple dans les nanotechnologies, sont tellement dangereux que nous ne devrions même pas y toucher ».

Les stratégies de glocalisation et de dénationalisation (indépendance vis-à-vis des États par la spécialisation sur un coeur de métier à l'échelle mondiale)


La centralisation de l'organisation, imposée par la mondialisation aux acteurs de l'économie, provoque un retour à l'économie planifiée. Les plus grands d'entre eux produisent chaque année des marchandises et des services dont la valeur dépasse le produit intérieur brut d'un État de taille moyenne. Ainsi, par le jeu des fusions, les marchés mondiaux du pétrole, des minéraux, des produits agricoles sont dominés par quelques entreprises seulement, tandis qu'une centaine se partagent le secteur industriel et celui des services.

La création de ces groupes spécialisés dans des activités clés, mais d'envergure mondiale, a pour objectif d'accroître l'indépendance des groupes mondiaux par rapport aux acteurs nationaux. Par le procédé de rationalisation transnationale, ils optimisent leur organisation et leurs coûts de production. Du fait de leur présence sur tous les territoires, ils consolident leur pouvoir vis-à-vis des États-nations.

Cependant, leur stratégie hiérarchique de mondialisation coûte cher et l'autonomie ainsi acquise leur confère une signification politique et culturelle entraînant des contradictions internes. On explique ainsi les stratégies de glocalisation qui consistent à traiter le maximum de tâches localement tout en profitant du réseau mondial de l'entreprise, ouvrant ainsi aux multinationales, un champ d'expérience cosmopolitique.

Les stratégies de retrait potentiel (augmentation du pouvoir par la possibilité de quitter le territoire national)


Dans la logique nationale, l'exercice de la domination est étroitement lié à la proximité spatiale : le pouvoir s'accroît par le contrôle et la conquête de nouveaux territoires, de leurs ressources et de leurs populations.

À l’inverse, le pouvoir de l'économie mondiale n'est lié à aucun lieu ; il s'accroît lorsque ses acteurs se mettent en situation de quitter le territoire car l'économie alimente les ressources vitales de la politique nationale que sont les emplois et les impôts. L'exit option pousse les États à agir dans le sens de l'économie mondiale, soumis au contrôle externe exercé par des acteurs financiers, jamais localisables dans le réseau mondial virtuel des acteurs de l'économie.

Les stratégies de souveraineté économique (expérimentation et édiction du droit qui s'impose dans le domaine national)


Ces stratégies ont pour objectif de privatiser les missions relevant de l'État comme de disposer des moyens militaro-politiques, d’instaurer un ordre sur le droit ou de diriger la politique étrangère. Elles vont à l'encontre des principes fondamentaux des sciences politiques. Si l'enjeu du pouvoir économique n'est pas a priori de conquérir les États, l'absence d'État mondial lui permet de justifier son action.

Le pouvoir économique mondial justifie son action par l'efficacité que procurerait l'autorité privée, par la diminution des frais de transaction qu'elle est censée permettre. Ainsi, le pouvoir économique trouve les moyens de légitimer ses intérêts sans pour autant avoir à justifier ses décisions de manière démocratique.

Toutefois, la stratégie de souveraineté économique est confrontée aux limites causées par l'impossibilité du recours à la violence -qui reste monopole d'État -, par l'absence de légitimation démocratique et par la sensibilité des acteurs économiques aux fluctuations des marchés. Quant à l'efficacité proclamée de la privatisation des États, elle repose sur l'externalisation des conséquences et donc des coûts sociaux et politiques qu'elle entraîne pour des régions entières du monde. Ces coûts sont cependant, in fine, supportés par les acteurs économiques.

2.4.2.Les stratégies de substitution


L'objectif de concurrence maximale entre États exige que toute mesure protectionniste soit levée afin de permettre la libre circulation des capitaux et des biens. Ces conditions sont difficiles à instaurer : les États faibles doivent ouvrir leurs frontières tandis que les États forts maintiennent des barrières protectionnistes contre les intrusions.

D'un autre côté, l'interchangeabilité ne signifie par pour autant la similitude à tous les égards puisque c'est l'inégalité entre États qui est la source de la maximisation des profits. Parallèlement à la mondialisation du capital, on observe donc une spécialisation du marché du travail : les producteurs à haute valeur ajoutée basée sur l'information, les producteurs de matières premières et les producteurs de travail dévalué (M. Castells). La radicalisation des inégalités est une condition essentielle des stratégies de l'économie mondiale. En effet, les gouvernements doivent mettre en place des stratégies de mobilité sociale descendante ou de paradis fiscal pour attirer les capitaux.

Les stratégies de substitution sont paradoxales car, d'un côté, elles favorisent la création de normes mondiales, la diffusion de la démocratie et des droits de l'homme par l'ouverture des pays. Mais de l'autre côté, les stratégies de mobilité descendante et l'apparition de paradis fiscaux provoquent le désenchantement.

2.4.3.Les stratégies de monopolisation

Les stratégies de monopolisation de la rationalité économique


Depuis l'effondrement du bloc soviétique, les acteurs de l'économie mondiale ont imposé un monopole mondial de la rationalité économique, c'est à dire de la production de valeurs d'usages et de prestations de services économiquement rationnelles, minimisant les coûts, la qualité et la proximité avec le client.

À mesure que l'économie mondiale élimine l'État en tant que concurrent économique, il devient possible de soustraire des blocs de plus en plus importants à la tutelle étatique et de créer ainsi de nouveaux monopoles privés qui peuvent conduire à de graves dysfonctionnements – par exemple, la privatisation des chemins de fer britanniques. L'extension de ce phénomène à des domaines plus sensibles comporte un risque politique important.

Les stratégies de diplomatie inter-économique


L'objectif est ici de construire, par des coopérations ou des fusions, des monopoles à l'abri de la concurrence des autres acteurs économiques. La diplomatie entre acteurs de l'économie prend dès lors le pas sur la diplomatie entre États et grands groupes.

2.4.4.Les stratégies de domination préventive


Les stratégies développées jusqu'ici se heurtent à une limite absolue car le pouvoir économique a besoin du cadre, de l'ordre et de la légitimation des États sans lesquels sa puissance s'effrite. Il est donc nécessaire, d'une part, de reconnaître l'autonomie de l'État et, d'autre part, d'impliquer ces derniers dans la réalisation des objectifs propres au pouvoir économique.

La stratégie des États voyous


Il s'agit ici d'imposer une norme satisfaisant les objectifs propres au pouvoir de l'économie mondiale, c’est à dire les principes néolibéraux de la performance économique : stabilité monétaire, hausse modérée des salaires, faible fréquence des grèves, État minimaliste, mais aussi droits de l'homme et démocratie. Cette norme permet d'établir une hiérarchie structurant la société mondiale, allant des bons États aux mauvais États ou États voyous.

Pour imposer la norme, un système de sanction est mis en place par les acteurs de l'économie mondiale, par le biais de l'exit option, par le FMI, par la Banque Mondiale et également par « l'humanisme militaire » (la violation militaire du droit à l'autonomie des peuples justifiée par la violation des droits de l'homme). Pour renforcer la validité de la norme, on célèbre les modèles de carrière des pays d'Asie de l'Est : aux pays inférieurs dans la hiérarchie, ils prouvent que l'on peut réussir - et que l'on est seul responsable de ses échecs, aux pays hiérarchiquement supérieurs, ils rendent tangibles la menace de la chute. En réalité, la hiérarchie est statique, indépendante des performances et de la politique de chaque État ; elle dépend essentiellement de leur position de départ et de leur situation historique.

Les stratégies de néolibéralisation de l'État


Elles ont pour objectif l'instrumentalisation de l'État au service de l'économie mondiale. Depuis les années 1970, des théories transposent au niveau de l'État - le « Competition State » (et au niveau de la société) « la société économique » ou « la culture entreprenariale », les principes néolibéraux.

Ces théories s'appuient sur des évolutions réelles : les acteurs du marché mondial jouent un rôle majeur dans la réalisation des objectifs étatiques. Les règles du méta-jeu de pouvoir de la politique mondiale s'écrivent au sein d'organisations transnationales telles que l'OMC, l'OCDE ou le G8. Le consensus établi entre les États et ces organisations présente comme nécessaire la réforme des institutions étatiques selon les principes de la liberté politique - droits de l'homme, démocratie - et économique mondiale. Ce sont les principes fondamentaux de la « politique » de la troisième voie, en d’autres termes, la fin des idéologies et de la politique.

Ces stratégies se fondent sur une erreur car elle sont exclusivement pensées sous le primat de l'économie mondiale. Dans cette optique, la nécessité pour les États de s'adapter à la concurrence du marché est interprétée à tort comme une absence d'alternatives. Cette erreur s'explique uniquement par l'optique nationale dans laquelle, par habitude, la réflexion reste confinée. En pensant que la voie unique est l'adaptation et non la refonte, l'État se prive de toutes les stratégies Étatiques de pouvoir.
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