Cours C1 : Théorie des organisations





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2.3.Méta-pouvoirs des acteurs de l’économie mondiale

2.3.1.Le méta-pouvoir de l'économie mondiale


La mondialisation est une transformation radicale de l'équilibre reposant sur les États-nations. L'économie, en s'affranchissant du cadre national, a développé un méta-pouvoir qui remet en cause l'équilibre propre à la première modernité en affrontant, dans une lutte pour le pouvoir, les forces en présence dans le jeu politique mondial et, à la fois, en changeant les règles de ce jeu. Elle tire son pouvoir de l’exit option, c’est à dire de la possibilité de ne pas investir dans un pays particulier pour investir plus fructueusement ailleurs et ce sans avoir à se justifier auprès de quelque acteur que ce soit, notamment auprès des organes de contrôle des démocraties (assemblées, tribunaux, gouvernements...). Elle s'étend grâce aux nouvelles technologies de l'information qui lui permettent d'abolir les distances et fait ainsi croître l'asymétrie avec le pouvoir resté territorial des États.

La première victoire de la mondialisation est la mondialisation du discours sur la mondialisation et la diffusion de son pouvoir au sens foucaldien du terme : les dominants et les dominés intègrent et exercent le pouvoir par le biais de pratiques discursives quotidiennes. Plus le discours intègre la vie quotidienne, plus le pouvoir des acteurs de la mondialisation s'accroît : toutes les alternatives à la mondialisation proposées aujourd'hui sont en réalité des projets de capitalisme alternatif, sans qu'aucun ne remette en cause le monisme néolibéral. Le principe TINA (There Is No Alternative) est à l’œuvre, allant de pair avec l'opposition manichéenne entre les bons, les modernisateurs, et les méchants, les anti-modernistes.

Le pouvoir de l'économie mondiale est translégal, c'est à dire ni illégal, ni illégitime, mais ni légal ni légitime non plus. Pourtant il est en mesure d'imposer aux États légitimés démocratiquement. L'exit option, acte non politique par excellence, change la nature du pouvoir du capital tout en le maximisant et le dissimulant vis-à-vis des États. Il contraint ces derniers à un empressement à satisfaire les conditions nécessaires à l'implantation du capital et au conformisme des exigences du néolibéralisme. Le méta-pouvoir de l'économie mondiale étudie et exploite les niches des différents systèmes juridiques nationaux. Dans un contexte de faiblesse des règles internationales, il institue le droit dans les domaines qui l'intéressent : travail, technique, conciliation internationale. L'arbitrage international en est un exemple parfait; il s'agit ni plus ni moins que de la création d'une souveraineté juridique du capital, déconstruisant les droits nationaux. En s'emparant du pouvoir de l'innovation, c'est à dire de la production d'innovations technologiques et de « vérités », le méta-pouvoir de l'économie mondiale peut créer ou supprimer des emplois, développer de nouveaux produits, ouvrir des marchés, contourner ou saper les réglementations et les contrôles étatiques. Les entreprises transnationales se transforment ainsi en quasi-États, relevant de l'économie privée et prenant des décisions politiques.

De militaire dans la première modernité, la clé du pouvoir devient, dans la deuxième modernité, la puissance économique sur le marché mondial. Ce changement de nature du pouvoir remet en cause la définition de l'État formulée par Max Weber : « un rapport de domination fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est à dire considérée comme légitime) ». En effet, le pouvoir économique ne repose ni sur la violence, ni sur la puissance militaire, ni sur la légitimation du consensus démocratique. Alors que le pouvoir militaire était par nature inflexible et pratiqué de manière négative, par la sanction, le nouveau pouvoir économique est, lui, flexible. Il peut être pratiqué de manière négative, par la sanction, et positive, par la récompense.

Selon Hannah Arendt, « si la violence peut anéantir le pouvoir, elle n'est absolument pas en mesure de l'instaurer ». La violence et le pouvoir sont mutuellement exclusifs. Le pouvoir naît de l'approbation des actes et des décisions. Non seulement il doit être légitime, mais il doit également faire l'objet d'un consensus. Faute de légitimation et de consensus, le pouvoir décroît et la violence devient incontrôlable. Alors, l'intervention de la police ou de l'armée pour maîtriser les éruptions de violence ne peut plus compter sur l'assentiment nécessaire. Le méta-pouvoir de l'économie mondiale n'est pas légitimé démocratiquement. Plus ce pouvoir monte en puissance, plus son déficit de légitimité est reconnu, plus il devient, par conséquent, d'une part très vulnérable à la violence des forces de résistance, aux mouvements anti-mondialisation par exemple, et, d'autre part, très dépendant du droit légitime (et de la violence légitime) de l'État. La fragilité de la confiance des actionnaires et des consommateurs montre la fragilité de la légitimité des acteurs de l'économie mondiale.

Le méta-pouvoir du capital s'exerce sur un mode à la fois pacifique, mondial et polyethnique, dans une logique d'inclusion des races, des groupes ethniques, des nationalités et dans l'objectif de maximisation du profit. Il s'oppose au capitalisme national, dans lequel les sociétés entrent en contradiction, par leur exclusion des autres cultures, avec la logique de la rationalisation économique mondiale. De ce fait, Le méta-pouvoir de l'économie mondiale est un acteur important de la cosmopolitisation.

L'économie mondiale ne connaît pas les contraintes propres à la nécessité de s'organiser en entité politique agissante et de se légitimer en tant que telle. La politique n'est ici que la somme des conséquences secondaires des décisions économiques, elle n'est mise en place par personne, ce qui accroît d'autant sa force.

2.3.2.Le méta-pouvoir de la société civile mondiale


Le principe fondamental de la société civile mondiale est de faire respecter les droits de l'homme. Cette politique a pris son essor à la fin de la seconde guerre mondiale, notamment par la création de l'ONU dont l'objectif est de répondre à l'échec du droit international fondé sur les États nationaux. Son méta-pouvoir s'exerce dans la transformation des États nationaux en espace sans frontière, régi par une politique intérieure des droits de l'homme, espace dans lequel États et ONG peuvent s'immiscer, intervenant dans la politique intérieure d'un État. Les droits de l'homme priment dès lors sur le droit international, fondé par les États-nations, ouvrant l'ère au cosmopolitisme. À l'instar du pouvoir économique mondial, le pouvoir de la société civile repose sur les nouvelles technologies de l'information.

Dans la société mondiale du risque, qui permet de poser comme hypothèse que le pouvoir ment, le capital de légitimation des mouvements de la société civile repose sur la production à long terme d'informations fiables sur les problèmes essentiels de l'humanité. Ceci implique qu'ils doivent, d'une part, dramatiser pour diffuser l'information, mais que, d'autre part, ce faisant, ils peuvent susciter des doutes sur ces informations, fondement de leur légitimité. Pierre Bourdieu propose de distinguer entre capital culturel, capital économique et capital social, convertibles entre eux ; il faut y ajouter un capital de légitimation, dont la particularité est sa non convertibilité, les entreprises ne pouvant acheter leur légitimité. Du fait de cette non convertibilité, il s'agit d'une ressource de pouvoir privilégiée pour les mouvements de la société civile mondiale.

Tandis que leur pouvoir est faible vis-à-vis des États, les mouvements de la société civile disposent envers l'économie mondiale d'un moyen d'action puissant : le refus d'achat.

Le pouvoir de la société civile mondiale est notamment à l'œuvre :

  • où les droits de l'homme sont garantis par des instruments d'observation ;

  • quand la société civile peut s'organiser en réseaux en mesure de s'appuyer sur leurs liens avec des médias, des États et des acteurs de l'économie mondiale ce qui permet de mettre en cause l'organisation intérieure d'un État ;

  • quand les dirigeants et opinions publiques sont convertis, au moins en parole, à la modernité et à la démocratie et quand la non-application des droits de l'homme entraîne des sanctions économiques (en Afrique du Sud, par exemple).

À l'instar du régime néolibéral, le régime des droits de l'homme fonctionne sur le modèle de la prophétie autoréalisatrice, tentant de rendre les États perméables à ses principes. Les deux régimes sont par ailleurs en relation puisque le respect des droits de l'homme est un critère pris en compte dans les décisions d'investissement. Ils se conjuguent dans l'affaiblissement du pouvoir des États-nations, augmentant le risque de voir éclater des guerres civiles (cf. paragraphe précédent), et rend, en corollaire, les interventions extérieures plus sélectives. D'autre part, cet interventionnisme n'est pas à la portée de tous les États, mais simplement à ceux qui disposent de la puissance économico-militaire nécessaire. Le pouvoir de définir les violations des droits de l'homme dépend essentiellement de cette puissance. Il existe donc un danger d'instrumentalisation de la politique des droits de l'homme pour la seule grande puissance mondiale existante : les États-Unis. Plus généralement, la politique des droits de l'homme ouvre un champ de confrontation entre les « bons riches » et les « mauvais pauvres ».

La montée en puissance de la politique des droits de l'homme implique une réorganisation des moyens militaires. Ceux-ci sont dorénavant voués, non plus à la conquête, mais au rétablissement et au maintien de l'ordre civil et démocratique sur un territoire étranger. Ils sont joints aux moyens des ONG et de représentants des différentes forces en présence dans le règlement des conflits. Ces nouvelles forces armées, redéfinissant leur univers moral et politique à l'aune de leurs nouvelles missions sont, d'une certaine manière, les précurseurs des forces armées cosmopolitiques.

2.3.3.Formes et pouvoirs de l'État

Le régime néolibéral


Le régime néolibéral, là réside son pouvoir de séduction, se propose de mettre en place une politique réaliste d'optimisation de l'économie tout en instaurant une politique plus juste de répartition des richesses en contrepartie de l'ouverture au monde. Il met en place un principe d'ordre transnational et s'impose comme un parti mondial, s'immisçant dans les partis et les sphères nationales. Ses normes sont définies globalement et s'appliquent, via le FMI notamment, au sein de tous les pays devenus des organes exécutifs locaux, dont la politique est dictée par des objectifs économiques, cependant que le pouvoir économique global reste apolitique. Il institue la société mondiale de la performance, dans laquelle les inégalités entre pays, donc leur hiérarchie, sont déterminées en fonction de critères économiques : chacun est l'artisan de son propre bonheur (ou malheur). Son déploiement induit des comportements qui favorisent les liens avec les marchés et institutions globaux. Les États-nations sont contraints de justifier toutes les tentatives de réduire ces liens, lorsqu'ils nationalisent ou protègent les entreprises nationales par exemple. Traversant toutes les frontières, le néolibéralisme devient une idéologie unifiant tous les programmes politiques :

  • ses réformes ont pour objet l'ouverture nationale aux interdépendances globales ;

  • ses priorités prennent le pas sur les priorités nationales ;

  • son pouvoir est transnational, dans la mesure où il est mis en place par des partis nationaux dont le programme est, au final, le même; cette situation se retrouvant dans tous les pays.

En renforçant les acteurs transnationaux, le régime néolibéral précipite la fin des politiques locales.

Le régime néolibéral n'est pas un état stable, son déploiement s'accompagne de graves instabilités : crises financières, chômage, emploi précaire, phénomènes liés à la croissance du nombre des chômeurs, aggravation des inégalités et de la pauvreté, catastrophes écologiques et risques techniques, évasion fiscale, difficulté de financement des biens publics, contradictions flagrantes entre liberté et capitalisme, entre démocratie et marché. L'économie a besoin de normes et de régulations pour fonctionner : sans impôt, pas de formation, pas d'infrastructure, pas d'opinion publique; sans opinion publique, pas de légitimité et sans légitimité, pas de sécurité, élément essentiel au bon fonctionnement de l'économie mondiale. D'autre part, dans le régime néolibéral, l'État doit tout à la fois être minimaliste, n'exister que pour avaliser les normes dictées par le pouvoir économique mondial, et être fort, pour réaliser les dérégulations nécessaires à la mise en conformité aux exigences du pouvoir économique mondial. En effet, ces dérégulations sont réalisées contre les résistances de la société. Un autre paradoxe réside dans le fait qu'en cas de crise, l'État doit notamment assurer le contrôle des frontières et faire comprendre que si la mobilité du capital est réelle, elle ne va pas de pair avec une mobilité comparable du travail. Enfin, l'État légitimant a posteriori les décisions prises de façon non démocratique par le pouvoir économique global contribue à son propre affaiblissement.

Les échecs que produit le néolibéralisme et la perception des risques qu'il entraîne nourrissent son rejet. En cela également, il prépare l'avènement du cosmopolitisme. Son succès, montre que la réussite d'un régime - la règle vaudra pour le régime cosmopolitique - passe par son acceptation par toute la planète.

Le piège de la nationalité


La non prise en compte, ou la prise en compte partielle de problèmes locaux ou globaux par le pouvoir national, du fait des catégories nationales qu’il utilise, aggrave la crise de légitimation de la politique étatique. Dans bien des domaines, comme le changement climatique, l'énergie nucléaire ou encore la génétique, les questions de savoir qui, dans la globalité, a le pouvoir, qui a le droit de prendre des décisions et de créer des instances régulatrices internationales, réclament une politique que les États-nations actuels, sans créer une souveraineté cosmopolitique, ne sont pas en mesure de produire. Ils affaiblissent au même moment la confiance dans leur capacité d'action.

L'optique nationale empêche les États de tirer parti des paradoxes du néolibéralisme car d'une part, le pouvoir économique fait jouer les États les uns contre les autres en s'appuyant sur sa mobilité, et, d'autre part, les rivalités et les égoïsmes nationaux qu'ils alimentent jouent contre eux.

L'État cosmopolitique


Pour augmenter leur pouvoir et rivaliser avec le pouvoir économique mondial, les États doivent développer leurs activités étatiques hors de leurs frontières en adoptant soit une stratégie impérialiste, soit une stratégie de coopération. Cette dernière repose sur le pouvoir potentiel tiré de la création d'espaces de souveraineté coopérative, ces espaces étant constitués par la création d'organismes transnationaux en mesure de répondre au pouvoir économique global. Partant, cette stratégie offre aux États de nouveaux choix stratégiques.

En restant dans le jeu politique national, les État attisent la concurrence entre eux et le risque de formation de monopoles économiques les dépossédant encore plus du pouvoir. Ce n'est qu'en s'associant que les États peuvent conforter leur position face au pouvoir de l'économie mondiale.

La réaction des États-Unis aux attentats du World Trade Center montre cependant que la construction transnationale coopérative peut être utilisée pour construire des États-forteresses dans lesquels la sécurité et l'armée ont la part belle, aux dépends des libertés et de la démocratie : des prisonniers ont été incarcérés dans des pays où les contrôles démocratiques exercés sur leur sort n'existent pas.

Le cosmopolitisme doit être envisagé pensé et organisé comme un élargissement coopératif des marges de manoeuvre. Ce n'est pas l'existence de réseaux internationaux en tant que tels qui importe mais bien la façon dont ils sont vus, jugés et organisés. La construction européenne, par exemple, se réalise au travers de réseaux transnationaux vus comme de nouveaux espaces de souveraineté coopérative, offrant de nouveaux choix stratégiques. La perte d'autonomie de l'État due à l'existence de ces réseaux transnationaux entraîne un gain de souveraineté, dans la mesure où les gouvernements améliorent leur capacité à diriger les événements. Souveraineté et autonomie : deux notions que le nationalisme méthodologique confond.

De même que la séparation de l'église et de l'État a permis la fin des guerres de religion, l'État cosmopolitique, par la séparation de la nation et de l'État, doit garantir la cohabitation des différentes identités nationales. Son instauration dépendra de l'ancrage national de l'imaginaire des doubles cultures nationales et mondiales, ce qui signifie :

  • de la pacification de la diversité et des rivalités des ethnies et des nations tout en les protégeant ;

  • du développement de souverainetés coopératives ;

  • de la prise en compte de l'accélération rapide des interdépendances mondiales.

De nombreux signes témoignent d'ores et déjà de la montée en puissance du cosmopolitisme. On le voit à l'oeuvre lorsqu'on place la démocratie et les droits de l'homme au dessus du nationalisme, lorsqu'on lutte pour les droits des minorités et des majorités et, à beaucoup d'égards dans la construction européenne.

En outre, la cosmopolitisation des États-nations peut également être une solution aux conflits régionaux et aux situations de dépendance dans la mesure où, d'une part, elle compense la perte d'autonomie par un gain de souveraineté et met en place des espaces au sein desquels des cultures différentes coexistent et coopèrent, et, d'autre part, elle prévient l'instrumentalisation des conflits par les élites locales.

La deuxième modernité ne s'impose pas brusquement, elle coexiste avec la première modernité. Elle ne concerne pas de manière équivalente tous les continents. Pour l'Afrique, la deuxième modernité n'a pas été précédée d'une première modernité au sens européen du terme, c'est à dire de l'État, du droit, de la science, de la démocratie. Pour l'Europe, le traumatisme engendré par la seconde guerre mondiale a ouvert la voie au cosmopolitisme, la communauté européenne étant une expérience historique d'État cosmopolitique conçu comme une réponse à la mondialisation. Pour l'Asie, en marge du succès économique des « tigres », la modernité a également donné un second souffle à l'héritage culturel. Touchés de manières différentes par la modernisation, il n'en reste pas moins que les conflits que celle-ci engendre forment une communauté de destin.

2.3.4.Le pouvoir des risques


Quelles sont les forces qui pousseront les États-nations à partager leur autonomie pour s'engager dans la voie du cosmopolitisme ? Ce n'est pas la supériorité morale du régime cosmopolitique qui conduira à son avènement mais bien la soif de pouvoir et le désir de puissance, le coeur du politique selon Max Weber.

La première modernité reposait sur la simplification du système dit fermé : les évolutions ne causaient aucune conséquence inattendue. Dans la seconde modernité, les systèmes deviennent ouverts : quoi que nous fassions, des conséquences inattendues seront causées. Dans la société du risque « le pouvoir et les caractéristiques censées définir la qualité nouvelle de la sécurité sont en même temps la cause de leur incontrôlabilité absolue », La science et la technologie ne simplifient pas les débats, ils les ouvrent plus encore (les nanotechnologies, la génétique par exemple). Dans la deuxième modernité, la perception des risques que la civilisation fait peser sur elle-même ouvre de nouvelles sources de pouvoir cependant que, parallèlement, elle crée de nouvelles sources de dangers politiques.

Selon Fritz W. Scharpf, la légitimité de la domination nationale provient d'une part de la participation du peuple et, d'autre part, de l'efficacité de la résolution des problèmes politiques par le pouvoir (input et output). Ce principe devient caduque dès lors que l'on entre dans un système politique à plusieurs niveaux et que l'on quitte la sphère nationale, comme au sein de l'Union Européenne, car ces deux sources de légitimation ne coïncident plus. De nouvelles sources de légitimation deviennent nécessaires. Toujours selon F.W. Scharpf, au sein de l'Union Européenne, la règle de l'unanimité et l'obligation de consensus qui s'ensuit entre États-nations dont les intérêts divergent n'entraîne en aucun cas une amélioration de la possibilité de prise de décisions, mais, au contraire, conduit à l'absence de prise de décision. La seule possibilité d'amélioration consisterait dès lors à faire adopter les décisions à l'unanimité, règle qui prévaut dans les sphères nationales, réduisant la pression consensuelle. Pourtant, les États prennent des décisions contraignantes pour la collectivité. Le pouvoir et la légitimité dont ils disposent alors proviennent de la perception des risques par l'opinion publique. Celle-ci dégage de nouvelles marges de manoeuvre pour la transnationalisation des marchés financiers, des mesures de protection du climat, des compétences militaires et policières... Toutefois cette source de pouvoir a également ses revers. Elle est strictement fonction de l'attention suscitée par les média, sa durée de vie est brève, enfin, elle est a-démocratique puisque soustraite à toute procédure démocratique.

D’autre part, les grandes controverses mondiales, créées autour des risques civilisationnels mondiaux, ont une fonction éducatrice dans la mesure où elles produisent au sein des communautés transnationales, unies par ces risques, les conditions d'expérimentation de solutions et de normes cosmopolitiques. Tout en révélant l'irresponsabilité des acteurs économiques mondiaux, le risque conduit à une union des « ignorants » et produit une situation quasi-révolutionnaire, où l'ordre social établi est renversé.

La conscience des risques et la politique d'évacuation des risques « résiduels » conduite par les acteurs économiques et les États, provoque la perte de confiance des consommateurs et fragilise les marchés. Les tentatives des acteurs économiques pour rétablir la confiance n'ont que peu de portée, venir à bout des mouvements d'opposition s'avère une entreprise très difficile (Cf. les affaires Brent Spar ou le blue washing par exemple). Les mouvements de protestation luttent ainsi pour la reconnaissance d'une responsabilité mondiale et pour la responsabilisation des auteurs de ces risques.
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