La 2ème édition des rencontres régionales du csefrs : Quelques remarques ponctuelles





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Kheïreddine Sahbi et Djalal Sebaa seront enterrés en Algérie




le 25.11.15 | 10h00 
http://www.elwatan.com/actualite/kheireddine-sahbi-et-djalal-sebaa-seront-enterres-en-algerie-25-11-2015-308436_109.php

Les corps de Kheïreddine Sahbi et Djalal Sebaa, victimes algériennes des attaques terroristes qui ont frappé la ville de Paris le 13 novembre, seront rapatriés en Algérie aujourd’hui,  le premier vers Alger par le vol Air Algérie de 11h30 au départ de Roissy, le second vers Batna à 13h55 au départ d’Orly Sud.
La levée des corps des deux jeunes victimes des attaques terroristes du 13 novembre a eu lieu hier après-midi à l'institut médico-légal de Paris. La cérémonie a réuni parents, fratrie,  proches et amis des deux victimes en présence de l’ambassadeur d’Algérie en France, Amar Bendjama, et de responsables consulaires de Paris et de Bobigny.
Les deux jeunes gens (qui n’avaient pas atteint la trentaine) étaient de passage, dans la rue, lorsque les terroristes de Daech ont fait feu ce vendredi 13 novembre à Paris. «C’est du gâchis», nous dit, tout en retenue, Lyès Sahbi, frère aîné de Kheïreddine. «Mon frère avait plein de projets qu’il voulait réaliser en Algérie» à l’issue de ses études  à Paris où il s’était installé il y a un an. Après des études à Bab Ezzouar, en génie civil, «Kheïreddine se rend compte que ce n’est pas sa voie, sa voie, c’était la musique», ajoute son frère.
Ce qui le conduit à faire une licence à l’institut de musicologie d’Alger. Mais «il voulait aller plus loin, approfondir davantage ses connaissances».  Pour ce faire,  «il s’est inscrit à la Sorbonne pour un doctorat et comptait rejoindre, ensuite, l’Algérie pour transmettre ses acquis à d’autres jeunes». Avec ce drame «tout est remonté», nous dit encore Lyès, faisant référence à la tragique décennie traversée par l’Algérie. «J’avais dix ans en octobre 1988. Nous avons lutté, en Algérie, pendant notre adolescence, notre jeunesse, chacun à sa manière» contre le terrorisme.
Le drame du 13 novembre a réveillé dans la mémoire des Algériens de Paris et parmi ceux qui sont venus partager la douleur des proches des deux défunts la blessure indélébile de notre propre tragédie. Non loin des deux cercueils recouverts de l’emblème national, la mère de Djalal est  prostrée dans sa douleur, alors que son père tout aussi éprouvé, recueille condoléances et marques de réconfort.  Kheïreddine sera enterré à El Madania, à Alger, et Djalal à Aïn Touila, dans la wilaya de Khenchela. Une troisième victime des attentats du 13 novembre, Mme Damila Houd (41 ans), a été enterrée lundi à Dreu.

Nadjia Bouzeghrane



El Watan - Vendredi 27 novembre 2015

(Algérie)
Myriam Aït-Aoudia. Politologue

C’est la création du FIS et du RCD et l’annonce de l’armée de se retirer du FLN qui ont permis l’instauration du pluralisme
http://www.elwatan.com/actualite/c-est-la-creation-du-fis-et-du-rcd-et-l-annonce-de-l-armee-de-se-retirer-du-fln-qui-ont-permis-l-instauration-du-pluralisme-27-11-2015-308596_109.php

Comment s’est construite l’histoire du pluralisme politique ? Quel a été le rôle réel des acteurs ? Chercheure en science politiques, Myriam
Aït-Aoudia propose dans son livre L’expérience démocratique en Algérie (1988-1992) une analyse nuancée et démontre comment l’histoire d’Octobre 1988 a été reconstruite après coup.


 
Dans votre introduction, vous expliquez avoir voulu changer de regard sur cette période de l’histoire du pays. Pourquoi ?
J’ai été témoin des émeutes et j’ai été très marquée par ce qui se passait. Nous vivions dans un pays socialiste à parti unique sans grand éclat politique et les bouleversements qui surviennent alors ont été très impressionnants. Autour de moi, ces événements suscitaient beaucoup d’enthousiasme mais aussi de l’inquiétude.
C’est aussi une période centrale pour comprendre l’évolution ultérieure du pays. Les travaux sur cette période, Algériens comme étrangers sont très politiques et s’opposent soit aux militaires, soit au FIS. Aucune enquête empirique d’envergure n’avait été menée. J’ai suspendu mes propres opinions politiques et j’ai notamment conduit des entretiens avec tous les acteurs : les généraux, les responsables du FIS, du FLN, du RCD, du FFS…
Cette nouvelle manière de travailler a-t-elle changé votre regard sur le déroulement des événements ?
Oui. Je peux donner un exemple. Toutes les analyses faites jusqu’ici expliquent que la Constitution du 23 février 1989 est novatrice et reconnaît la démocratie.
Or, lors de la campagne de 1989, le FLN tient un discours qui dit le contraire et parle de «continuité», il ne présente pas le texte comme novateur. Pour moi, c’est la création de deux partis, le FIS et le RDC, qui se fondent sur l’article 40 de cette Constitution qui reconnaît les Associations à caractère politique et l’annonce de l’armée trois semaines plus tard de se retirer du FLN qui ont permis l’instauration du pluralisme.
Car ce n’est qu’en juin que le FLN transforme la portée de la Constitution en reconnaissant officiellement le pluralisme partisan. Je pense que l’instauration du pluralisme partisan n’était pas un objectif à court terme pour les rédacteurs de la constitution.
Ce changement n’était ni évident, ni planifié, ni prévu pour être instauré si rapidement. Les responsables du FLN étaient contre. Mouloud Hamrouche a conçu les associations à caractère politique (ACP) comme une étape intermédiaire. Lors de la création du FIS et du RCD, les militants de l’époque craignaient la réaction des autorités. Certains militants berbéristes que j’ai rencontré expliquent qu’ils avaient pris des pulls avec eux parce qu’ils craignaient d’être arrêtés. L’absence de répression après la création de ces partis a ouvert un espace des possibles extraordinaire.
Vous expliquez dans votre thèse que les émeutes d’octobre 88 ont été politisées. Elles n’étaient donc pas politiques au départ ?
Les violences de 1988 étaient inorganisées, il n’y avait pas de banderoles, pas de mot d’ordre. Elles étaient le fait de jeunes hommes dépolitisés, issus de quartiers populaires.
Ces jeunes-là n’ont pas pris la parole. En revanche, d’autres ont pris la parole pour eux. Le FLN et les organisations de masse d’abord pour criminaliser les émeutiers, ce qui est un processus politique très classique pour décrédibiliser des émeutes. Mais des imams, des médecins, des journalistes, des étudiants, des avocats ou encore des militants berbéristes eux aussi ont pris la parole en affirmant que ces jeunes contestaient le pouvoir du FLN et demandaient la liberté politique.
Comme ces « porte-parole » étaient nombreux, issus de différentes sphères de la société, qu’ils se sont mobilisés en même temps et qu’ils avaient le même message, la politisation a fonctionné et a trouvé un large écho dans la presse nationale et étrangère. Ils ont imposé un sens politique et contestataire à l’émeute. Selon moi, ce qui a poussé tous ces acteurs à politiser ces émeutes, c’est le fait qu’ils étaient tous engagés dans des contestations lors de la décennie précédente. Ils avaient une expérience de la mobilisation et des compétences militantes. Des journalistes qui ont pris position pour les émeutiers avaient par exemple milité pour la création d’un syndicat indépendant quelques années auparavant.
Ces personnes se sont senties moins vulnérables que les émeutiers, elles avaient des situations sociales plus élevées. Finalement, quelques semaines plus tard, l’état a donné une réponse politique aux violences. Le gouvernement a finalement libéraliser le parti unique en partie grâce à cette politisation.
Vous dites dans votre conclusion que depuis 88, plus aucune émeute n’a pu être politisée ?
Il y a beaucoup d’émeutes en Algérie. Cependant, c’est la mobilisation multisectorielle qui conduit à une crise politique et qui pousse le pouvoir a réagir politiquement. En 2011 et 2012, les violences se sont limitées à un problème sectoriel. Les rares tentatives de politisation ont échoué notamment parce qu’elles n’ont pas été appropriées par d’autres secteurs sociaux.  
Pourquoi, selon vous, le FIS a-t-il eu un tel succès ?
Jusqu’à présent, le discours des analystes est que le FIS comble un vide laissé par l’Etat. Mais un électorat n’est jamais homogène, il ne peut pas y avoir une seule raison à ce succès. En l’absence d’enquête électorale, je ne peux émettre que des hypothèses. D’abord, le FIS a su mobiliser des réseaux interpersonnels via son action caritative, avec une dimension de clientélisme politique. Ensuite, leur slogan, pour «la solution islamique» («El hal houwa el islam»), a probablement eu une résonance chez certains.
Cette thèse du vide laissé par l’Etat est fragile puisque nous étions dans un Etat socialiste, il n’y avait pas de chômage, il y avait beaucoup d’organisations de masse, des syndicats… On peut également expliquer le succès du FIS par la faiblesse de l’implantation des réseaux des autres partis politiques, comme le RCD qui n’est pas parvenu à présenter des candidats dans tout le pays.
Vous évoquez le concept de «démocratie militante» et estimez qu’il peut être utilisé dans la situation algérienne. Pourquoi ?
Ce concept de « fighting democracy» ou « militant democracy » a été inventé pas un juriste Allemand réfugié aux Etats-Unis après la montée du nazisme. Selon lui, une démocratie doit pouvoir se protéger des mouvements anti-démocratiques. La démocratie a une substance et ne se réduit pas à des élections libres. Le parallèle peut être fait avec l’Algérie car ceux qui ont soutenu l’arrêt du processus électoral ont une conception similaire de la démocratie.
Les restrictions introduites dans les lois sur les partis de 1997 et 2012 confirment cette conception d’une démocratie qui doit se protéger de ses « ennemis intérieurs ». Le régime algérien a mis en place des mécanismes de régulation de la démocratie. Chaque parti doit désormais notamment donner des gages de son acceptation du pluralisme politique.

Pourquoi estimez-vous que la période 1988-91 a été une période d’apprentissage de la démocratie ?
Tous les travaux présentent de façon évidente le fait que des partis aient été créés, des élections menées, des campagnes organisées. Or, aucun des acteurs de l’époque n’a d’expérience du pluralisme politique. En 1990, les partis ont eu cinq semaines pour déposer des listes de plusieurs dizaines de milliers de candidats et rédiger des programmes.
L’Administration qui organisaient des élections à un ou deux choix depuis 1962, a dut organiser une élection à 11 candidats. Il a fallu apprendre aux citoyens à voter, car cette fois, plus question de barrer le nom du candidat FLN non-désiré sur le bulletin, mais il fallait choisir un bulletin et le déposer dans l’urne. Le FLN a aussi du apprendre à se positionner par rapport à d’autres partis.
Personne n’avait l’expérience du débat contradictoire. Lorsque j’ai rencontré des responsables du FFS, ils m’ont raconté que le boycott des élections de 1990 s’expliquait aussi par le fait qu’ils n’étaient pas prêts pour ce scrutin d’un point de vue organisationnelle.
Il n’avait pas de structuration, pas de programme politique, ni de textes récents. Toute cette période a été un apprentissage gigantesque. Il y a eu des difficultés, des hésitations et des erreurs.
Myriam Ait Aoudia

Myriam Ait Aoudia  39 ans , est maître de conférences en sciences politiques à Science-Po Bordeaux et chercheure au centre Emile Durkheim. Elle a soutenu sa thèse sur le changement démocratique en Algérie dont est issu cet ouvrage en 2008. Ses travaux portent aujourd’hui sur les processus de politisation, les régimes politiques et la représentation politique. Elle est la sœur du journaliste disparu Malik Aït-Aoudia. Son ouvrage devrait être édité en Algérie dans les prochains mois.
 

Leila Berrato

El Watan - Vendredi 27 novembre 2015

(Algérie)
Un nouveau regard sur la nation
le 22.11.15 | 10h00
http://www.elwatan.com/contributions/un-nouveau-regard-sur-la-nation-22-11-2015-308137_120.php

«La nation est le résultat d’un pacte tacite qui demande chaque jour à être renouvelé.»

Idir El Watani

Plus de 60 ans après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, la question de la nation algérienne est toujours sujette à débats et interrogations, souvent sur un terrain polémique.
Ce qui était une certitude à l’indépendance, voire à l’éclosion du premier mouvement nationaliste algérien, l’Etoile nord-africaine (ENA) est devenue, aujourd’hui, une question sur laquelle le consensus est difficile à établir. Nous sommes tentés de voir dans ces tiraillements «nationalitaires» une marque de diversité d’opinions ou de visions s’agrégeant, tout de même, autour d’un idéal commun.
Mais la réalité est tout autre : l’histoire récente de l’Algérie, marquée par la décennie meurtrière du terrorisme, le printemps noir de Kabylie, la situation de violence dans la vallée du M’zab suggère, quant à elle, l’opposition frontale de courants idéologiques et politiques mettant en doute la coexistence pacifique des composantes de la société algérienne.
L’Etat-Nation de l’Algérie est en crise profonde, et tout indique que s’il n’arrive pas à se conformer aux exigences démocratiques et à s’adapter institutionnellement en abandonnant le modèle centralisé jacobin, le spectre d’un effondrement à la «syrienne», agité par les tenants du pouvoir et d’une partie de l’opposition, pour exercer un chantage en faveur d’un statu quo de toute façon intenable, risque malheureusement de se produire.
Nous sommes au mois de novembre, et c’est naturellement que nous renouons avec le débat pour appréhender cet événement hautement symbolique qu’est le déclenchement de la Guerre de libération. La dette morale que les Algériennes et les Algériens ont envers Ramdane Abane et Larbi Ben M’hidi et leurs compagnons tombés au champ d’honneur y est certainement aussi pour quelque chose. Novembre reste une fierté, une fierté commune à tous.
Mais peut-il en être autrement puisque l’on porte (malgré nous, si j’ose dire) l’héritage d’une Révolution qui a marqué l’histoire des peuples opprimés au XXe siècle. Avec la Révolution algérienne, n’est-ce pas la décrépitude des empires coloniaux qui s’est accélérée pour qu’arrivent enfin à se soustraire les peuples de l’Afrique à l’histoire coloniale dans laquelle la mission «civilisatrice» de l’Europe voulait les confiner.
Néanmoins, la question est de savoir pourquoi Novembre continue d’exercer un intérêt majeur, une fascination mythique sur nous alors que nous avons toutes les peines du monde à débattre des drames que nous avons vécus et subis dans notre histoire récente. Novembre est-il devenu le refuge de nos consolations d’une Algérie rêvée mais jamais réalisée, ou bien s’agit-il comme un appel sans cesse renouvelé pour aller à la recherche d’un nouvel élan patriotique ?
Nous avons évoqué dans le cadre du Manifeste pour un statut politique particulier de la Kabylie la question de la nation algérienne et de son devenir, et nous avons explicitement appelé à un nouveau contrat d’unité nationale.
Dans le paragraphe relatif au rôle historique de la Kabylie dans le Mouvement national, nous avons invité «à une lecture critique du projet national tel qu’il a été pensé et engagé par les idéologues du mouvement national».
Et sans aller jusqu’à disculper les prédateurs politiques qui ont confisqué le pouvoir en Algérie, nous avons noté que «c’est l’absence de référents explicites à la pluralité politique et culturelle dans le discours du Mouvement national, après la crise berbériste de 1949, qui a ouvert la voie aux dérives totalitaires qui ont marqué l’histoire politique de l’Algérie depuis l’indépendance».
Ce regard historique que nous avons développé n’est pas nouveau contrairement à ce que l’on pourrait penser, et à bien des égards il puise sa source dans la vision d’un groupe de nationalistes révolutionnaires qui ont, pour la première fois, posé la question de la nation, de manière moderne, rompant de manière nette avec la vision arabo-islamique, dominante alors, au sein du PPA-MTLD .
Dans un document de réflexion intitulé L’Algérie libre vivra, signé par Idir El Watani en 1949 par trois co-rédacteurs (Sadek Hadjeres-Mebrouk Belhocine et Yahia Henine), nous retrouvons la thèse d’une Algérie plurielle, démocratique et sociale tout en renforçant l’accent sur le caractère révolutionnaire de l’action à engager contre le colonialisme français. Mais ce qui saute aux yeux, puisque même aujourd’hui peu de voix se hasarderont à cette audace intellectuelle, Idir El Watani ne manque pas de relever le caractère évolutif de la nation et son lien avec la citoyenneté, ce qui lui a fait dire : «La nation, qui est dynamique et non statique, est le résultat d’un pacte tacite qui demande chaque jour à être renouvelé.»
On conviendra qu’une telle déclaration ne pourrait guère convenir aux partisans de «l’Algérie une et indivisible» qui, cachant mal leur conception rigide et monolithique de la nation, se mettent en guerre contre toute nouvelle vision de la nation. Cette intolérance n’est pas nouvelle, nous savons aujourd’hui quelle suite a été réservée à ces trois révolutionnaires : la marginalisation et l’exclusion du PPA-MTLD.

Sadek Hadjeres relate dans son livre Quand une nation s’éveille (p 361, Ed INAS) le procédé utilisé pour leur évacuation du parti : «Ils se sont contentés d’avancer une rumeur anonyme et invérifiable pour éluder l’interpellation sur trois questions essentielles : la révolution, la nation et la démocratie». La direction du PPA n’en restera pas là et à l’occasion du 2e congrès du parti tenu à une année du déclenchement de la Guerre de libération, un réquisitoire sévère cible de nouveau les partisans de l’Algérie algérienne. Ils seront vilipendés et taxés de concepteurs de complot berbériste et de berbéro-matérialistes.
La mise à l’écart de ceux qu’il faudra peut-être nommer les «berbéro-nationalistes» aura une conséquence majeure dans le déclenchement et la conduite de la guerre de libération, puisqu’il faudra attendre le Congrès de la Soummam, en 1956, sous l’impulsion de Abane Ramdane, pour qu’enfin la Révolution se donne une orientation politique claire et une organisation militaire avec un commandement défini.
Cette transformation fera dire à certains historiens que c’est le congrès de la Soummam qui a fait passer la guerre de libération de l’insurrection à la Révolution.
Formellement, rien ne permet de l’affirmer aujourd’hui, aucun témoignage n’est venu le suggérer, mais entre le texte d’Idir El Watani et la plateforme de la Soummam il y a des résonances qu’on ne peut pas s’empêcher de reconnaître. «En quoi serions-nous révolutionnaires ?
disait déjà Idir El Watani : pour obéir aux lois de la transformation des choses, des idées, des sociétés humaines ; nous serons révolutionnaires dans nos buts, notre idéologie, notre action et enfin notre organisation» et plus loin il énonce : «Sans théorie révolutionnaire, dit-on couramment, pas d’action révolutionnaire.
La théorie, c’est l’ensemble des principes directeurs de l’action, principes tirés de l’expérience et qui ont pris une forme générale. Autant la théorie est inutile sans la mise en pratique, autant la pratique est aveugle sans la théorie qui éclaire la route.»
C’est dans les rapports de force et du poids de la légitimité historique dans la conduite de la Révolution que l’absence de ces cadres de valeur va le plus se ressentir.
Pour certains, alors qu’ils étaient à l’avant-garde, leur intégration au FLN se fera sur le vocable du ralliement, tandis que pour d’autres c’est l’élimination physique qui leur sera réservée, à l’image de Benaï Ouali, Amar Ould Hamouda et Mbarek Aït Manguellet. Autant dire, surtout après l’assassinat d’Abane Ramdane et la marginalisation qui s’en est suivie du GPRA, que c’était un mirage de croire à une autre voie que celle de la militarisation du pouvoir à l’aube de l’indépendance de l’Algérie.
Les récentes déclarations de Daho Ould Kablia justifiant l’assassinat d’Abane par son tempérament coléreux renseignent à elles seules de ce qui peut résulter de l’indigence politique quand elle se conjugue avec la perversité du pouvoir. «La primauté de l’intérieur sur l’extérieur» et «la primauté du politique sur le militaire» sont les deux principes directeurs de la Révolution, à vrai dire qui ne pouvaient être admis par ceux qui étaient déjà dans la course au pouvoir, pour laisser vivant celui qui les a imprimés en gras dans la plate-forme de la Soummam.
«La meilleure façon de penser la nation, écrit Chris Southcott, est de la penser comme une communauté imaginaire basée sur des mythes fraternels». Novembre reste un mythe fondateur de la Nation algérienne malgré son exploitation effrénée comme source de légitimation au pouvoir.
Mais il devient problématique de garder intemporel le dogme si le nationalisme algérien n’arrive pas à se renouveler et à évoluer de son fondement originel : la décolonisation, combat inscrit dans une phase historique spécifique n’a que bien peu de choses à voir avec une mondialisation qui a bouleversé les normes et les approches.
Aussi, la question de la Nation algérienne doit être repensée en revisitant les fondements du nationalisme algérien auquel il faut appliquer les catégories explicatives de la science politique moderne. Il faut rendre grâce à Ferhat Abbas qui avait osé la question ayant bouleversé la conscience des premiers nationalistes algériens en allant jusqu’à assumer son doute quant à la réalité de la Nation algérienne. Les réactions violentes que subira celui qui deviendra le premier Président du GPRA auront été aussi injustes qu’aveugles.
Ferhat Abbas avait eu l’outrecuidance de poser la bonne question, même si la réponse qu’il avait sous-entendue pouvait ne pas être la plus opportune politiquement. S’il avait pu savoir, comme on le sait aujourd’hui, que c’est le nationalisme qui crée les nations et non l’inverse, il aurait certainement engagé le nationalisme sur des voies encore plus fécondes. Il n’est pas inopportun de reconsidérer sa question en se demandant quelle aurait été l’évolution, ou plutôt la genèse du nationalisme algérien si l’Algérie était restée sous «protectorat» turc.
Sans le choc du colonialisme français, les Algériens se seraient-ils réveillés, dans les mêmes termes et les mêmes procédures, à la conscience de leur propre nationalité face aux Turcs ? Auraient-ils engagé, comme ils l’ont fait au début du XXe siècle, une action déterminée dans le sens de la libération nationale ? La question n’est pas une invitation à la fiction politique, loin s’en faut, suggère de saisir le caractère contingent de la naissance et du développement des nations.
Pour notre part, en tant qu’animateurs du Manifeste kabyle, nous sommes convaincus que l’avenir de la Nation algérienne est dans la conception multiculturelle qui, compte tenu de nos réalités sociologiques, politiques et culturelles, est la seule capable de fédérer nos mythes communs et nos mythes spécifiques pour construire un avenir collectif .
Hamou Boumediène : animateur du Manifeste kabyle

El Watan - Vendredi 27 novembre 2015

(Algérie)
Je suis un Algérien biométrique

le 25.11.15 | 10h00
http://www.elwatan.com/contributions/je-suis-un-algerien-biometrique-25-11-2015-308445_120.php

Mais qu’est-ce qui fait courir les Algériens de France ? Depuis plus d’un an, ils forment, dès potron-minet, de longues chaînes patientes et obstinées devant les consulats de l’Hexagone.

Un moment, j’ai cru naïvement que le président remerciait les zmigris de France de leur fidélité au pays en leur octroyant un lopin de la mère patrie, y compris dans les zones pétrolifères. Mais non, les compatriotes se pressent par milliers pour obtenir le passeport biométrique, désormais incontournable et cela avant janvier 2016. Le peuple émigré est pris de panique et moi de même ; je suis aussi concerné que ces masses compactes qui butent sur les grilles consulaires depuis des mois. Côté paperasse, j’avais l’essentiel, le fameux S12, précieux et indispensable, obtenu grâce à l’entregent d’un marchand de légumes...

Le ventre noué comme au jour du bac, je monte au front par une nuit d’avril. Dans l’obscurité, je discerne des chibanis, des femmes enceintes, des enfants à moitié endormis.. Pourquoi les autorités malmènent ainsi leur peuple à ciel ouvert ? Il fut une époque où les Algériens étaient grands au regard du monde. Pourquoi une telle déchéance ? Après deux heures d’attente dans le froid matinal, la grille laisse passer dans le tumulte les trois cents stoïques : certains d’entre eux ont dormi sur place.

J’ai hérité du numéro 73 qui me permet de passer à… midi pile. Première étape, demander le transfert de mon dossier de Vitry à Nanterre. Une secrétaire penchée sus son portable me demande de remplir un formulaire et se replonge dans ses mails. A la fin des formalités, je la vois écrire mon nom avec une faute caractérisée. Je le lui fais remarquer. Elle me fusille du regard en serrant le dossier contre sa poitrine.

- Ah mais ça c’est à nous, vous n’avez pas à regarder. Je fais profil bas pour ne pas compromettre la suite. La République algérienne est bien la seule à vous donner tort quand vous avez raison... J’ose une question stupide, qu’aucun Algérien sensé ne poserait.
- Comment vais-je savoir que mon dossier est arrivé ?
- Vous n’avez qu’à téléphoner…

Sa réponse me met hors de moi. Je redeviens le Bouzid révolté qui n’aime pas qu’un bureaucrate se fiche de lui.
- Vous êtes sûre madame qu’il y a quelqu’un qui répond au téléphone. Bien sûr que non et elle le sait. Débusquée dans sa mauvaise foi, elle baisse les yeux et ça tombe bien pour elle : un message s’est affiché sur son écran.

La négligence nationale

Comment vais-je savoir que mon dossier est arrivé ? Le guichetier d’accueil au rez-de-chaussée est plus probant. Il me montre son ordinateur.

- Il y a tout dans son ventre. Repassez dans un mois à une heure tranquille et je vous renseignerai. Enfin un fonctionnaire irréprochable ! Un mois après, il me donne la bonne nouvelle : mon dossier est bien là. Pourquoi un mois pour transférer un dossier entre le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine. Un coursier aurait mis 50 minutes ? Mystère de l’Algérianitude. M’attend alors la deuxième étape, établir une nouvelle carte consulaire, la fameuse carte blanche sans laquelle aucun fonctionnaire n’acceptera de vous parler.

Tôt le lendemain, je reprends le chemin du consulat pour revivre le même cauchemar. Les mêmes regards transis et hagards et cette résignation fataliste qui m’indigne. Seul point positif, début juin, il fait moins froid à 6h. Prévoyant cette fois, j’ai apporté une canne rustique, taillée dans du bois d’olivier, ainsi qu’un siège pliable. Les jeunes qui m’entourent me font de l’espace tout en jacassant leurs blagues, leurs insinuations sur les vices du pouvoir. L’un d’eux vibrionne autour de la file, s’en va, revient, insaisissable.

Il me donne le tournis, et je le surnomme Bouzenzel... la guêpe. Grâce à ce groupe truculent, le temps s’écoule plus vite. Les grilles s’ouvrent enfin, provoquant un frémissement animal, une ruée contenue de la foule. Déception : au guichet j’hérite du numéro de passage 70, moi, qui espérais un 40/50. Je me suis donc mal battu ou alors, d’autres se sont mieux débrouillés.

Notre groupe se reconstitue dans la salle bien connue du deuxième étage. Le martèlement du tableau électronique égrène ses avis creux, puisque les guichets n’ouvrent que dans une heure. C’est alors que Bouzenzel se rassied à côté de moi et me glisse un papier dans la main. Je baisse les yeux sur un ticket numéroté 26. Dans un murmure complice, il m’explique :
- J’ai réussi à avoir des numéros intéressants. Ne me demande pas comment. Je ne te le vends pas, je te le donne, car tu m’as fait pitié. Te faire attendre à ton âge, c’est vraiment de la hogra.

La faute du logiciel

Son ticket me fait gagner deux heures. A dix heures, je tends mes papiers à une préposée plutôt jeune et rondouillarde. Elle paraît délurée. Bon signe. En cinq minutes à peine, elle me sort une carte blanche toute neuve, avec ma belle photo, pas numérique.

- Vérifiez, me dit-elle, en se curant les ongles avec un stylo.
Je parcours à peine le document. Mon identité est correcte et malgré mon détachement, une coquille me saute aux yeux.
- Madame, Neuilly ça prend deux l. Sinon, ça fait pas ye ça fait Neuily…
J’adopte un ton des plus humbles pour ne pas l’indisposer. Elle me toise d’un air souverain, indignée, et me montre son ordi posé sur le comptoir.
- Mais monsieur, ce n’est pas moi, c’est le logiciel. J’y peux rien.

J’observe son appareil en cherchant comment m’adresser à lui. Le logiciel ! Imparable. Me voilà renvoyé à mon tour dans le silo de la résignation. Mais qui a organisé cette pagaille nationale ? Qui a conçu cette hachma à portée internationale ? Je redescends les marches somme toute content de ce premier trophée.

Ce qui compte, c’est le passeport, la carte consulaire n’est là que pour satisfaire l’orgueil de l’administration. Il me reste à revenir un autre matin pour le dépôt du dossier passeport. L’ultime étape. Et puis subitement, une idée germe dans mon cerveau embrumé. Je redescends au guichet d’accueil. Le jeune homme des tickets est toujours là. Le parterre est jonché de détritus, confirmant la pérennité de la négligence bien de chez nous. Je demande au préposé s’il délivre encore des tickets d’attente pour le passeport.

- Ecoute mon frère, il doit y avoir 100 numéros avant toi. T’en as pour la journée. Reviens demain matin. Mais si tu y tiens absolument, je te donne un numéro. Banco, il me tend un biffeton qui affiche le 183. C’est abyssal mais la loi des grands nombres ne m’effraie plus. Je fonce dans l’escalier pour consulter l’écran qui égrène les numéros d’appel. Il est figé sur le 50. Il y a donc 130 personnes avant moi. Il me faudra patienter quatre ou cinq heures.

Tant pis, je suis d’humeur combative aujourd’hui ! Faire contre mauvaise fortune, bon appétit, c’est ma devise. Je trouve sur le boulevard Clémenceau la gargote qui me convient. Je m’abîme dans des mots fléchés géants puis dans la lecture de la presse. Je prends un menu complet pour laisser à l’horloge le temps de dérouler sa mécanique. Je retourne lentement sur les lieux. Le tableau magique affiche le numéro 123. Plus que 60 numéros.

La salle est pleine, les visages sont las, l’atmosphère sent le moisi à force de macérer dans la sueur rance des frustrations populaires. Je trouve une place à côté d’un quadragénaire débonnaire qui me sourit. Je lui rends la politesse, élégance mutuelle de ceux qui sont embarqués dans le même naufrage. Il vit à Belfort dans l’est de la France. Il s’est déplacé à Orléans où réside sa tante diabétique. Comme elle n’a personne, il l’accompagne en voiture à Nanterre dont dépend sa circonscription. Mon voisin est ingénieur en informatique, il a sacrifié une semaine de RTT pour aider sa tante.

Cette solidarité existe encore. Merci le consulat de me l’avoir fait retrouver ! Dans cette dernière étape il y a des sous-étapes. D’abord remettre son dossier puis attendre de payer, car même pour donner des sous, ils vous font poireauter. Puis attendre le final avec le photographe qui décide de la bobine que vous aurez sur le passeport pendant dix ans. Il est sympa le trentenaire, frais, futé. Il me demande de patienter un mois et demi, car le passeport se fait à Alger ! A quoi sert le consulat ?

Il est 18h quand je quitte l’institution. Cela fait douze heures que je suis arrivé. Comment peut-on infliger une telle ignominie à ses concitoyens ? Je rentre à Neuilly épuisé, vidé. Me revient la question sidérée de l’actrice Ariane Ascaride, rencontrée au Salon du livre de Casa.

- Mais qu’est-ce que tu fous à Neuilly-sur-Seine ?
- C’est le destin qui m’a jeté là. J’en profite pour éduquer politiquement les mamies qu’on a formatées pour l’urne électorale... Fin août,

j’apprends que mon biométrique est prêt. C’est le copain Rachid qui m’a briefé en consultant internet avec mon code. Lui n’a mis qu’une heure pour récupérer son passeport. Rue d’Argentine à Paris. Il m’en a fallu un peu plus. Dans la salle des retraits, l’ambiance est plus détendue. Normal, c’est la fin du calvaire. Je m’assieds à côté d’un Bougiote qui a la bougeotte. La dame qui me remet mon passeport me demande de vérifier si tout va bien. Je lui raconte le coup du logiciel et la faute sur Neuily. Elle n’en revient pas

- Mais Neuilly c’est en face, comment elle ne le sait pas ?

Je préfère me taire et examine ce document qui m’a valu dix-huit heures de chaîne. Il n’y a ni adresse ni état civil. Un document tout petit, une photo de bagnard ! Tout ça pour ça… Je quitte les lieux un peu las, déçu mais soulagé. En dévalant les marches, je suis saisi d’un immense éclat de rire. Me revient à la mémoire cette blague racontée par le tonitruant Bouzenzel. Un vieil Algérien s’adresse à un jeune compatriote.

- Tu vois mon fils, tel que tu me vois, j’en ai fait des guerres dans ma vie. J’ai connu 39-45, contre l’Allemagne, j’ai fait l’Indochine avec la France, la guerre de Libération contre la France et bien d’autres choses encore...

Le jeune homme écoute respectueusement le vieil homme et s’exprime à son tour.

- Cheikh, excusez-moi, mais j’ai vécu bien pire que vous !
- Ah bon, s’esclaffe le chibani. Mais qu’as-tu pu faire si jeune ?
 - Moi, dit le jeune homme, j’ai fait le consulat.
 
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