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Monsieur le Speaker1, les éloquentes paroles que vous venez de prononcer, et dont je vous remercie, s'inspiraient de la raison et du sentiment qui ont marqué, de tous temps, les relations de nos deux pays.
Depuis que les États-Unis ont paru sur la scène du monde, la France lutta à leurs côtés trois fois et pour trois grandes causes. Ce fut, d'abord, pour leur indépendance. Ce fut, ensuite, pour celle de quelques autres. Ce fut, enfin, pour la sienne. Notre passé commun est lourd d'efforts et de sacrifices. Il est grand parce qu'ensemble nous n'avons, à tout moment, servi que la liberté. Il nous est cher, au point qu'en dépit des péripéties Américains et Français éprouvent les uns pour les autres une amitié vieille de deux siècles et vivante autant que jamais.

En toutes circonstances, c'est donc avec joie que je serais venu voir mon illustre ami, le Président Eisenhower, apporter à votre Congrès le salut très cordial de la République française, reprendre directement contact avec le peuple américain. Je vous avais visités en 1944, quand, sous la conduite de Roosevelt, votre concours décisif allait permettre la libération de la France et de l'Europe. J'étais revenu en 1945, au lendemain des grandes victoires remportées par les armées de l'Occident, en Europe sous le commandement de Dwight Eisenhower, au Pacifique sous les ordres de Mac Arthur, et tandis que le Président Truman s'efforçait de construire une paix qui fût solide et équitable. Mais, dès ce moment, il était écrit que le monde demeurerait troublé et dangereux. Mon présent voyage a lieu à la veille d'une réunion internationale où le sort de l'humanité peut s'orienter, ou bien vers le malheur, ou bien vers la paix. C'est dire quel prix j'attache aux entretiens que je viens d'avoir avec le Président et le Gouvernement des États-Unis, ainsi, Messieurs les Sénateurs et Messieurs les Représentants, qu'à mon contact avec vous-mêmes au Capitole de Washington.

Je ne crois pas, en effet, que l'espèce humaine ait été, à aucune époque, plus menacée. La machine a pris le pouvoir sur la terre. Elle y a lancé un progrès matériel gigantesque. Mais, du même coup, elle a provoqué l'apparition de deux systèmes apparemment inconciliables et qui prétendent, chacun de son côté, détenir la seule manière valable de transformer la société. D'autre part, l'ébranlement causé par les guerres mondiales a suscité, chez des peuples qui totalisent deux milliards d'hommes, la volonté de s'affranchir de toute sujétion étrangère et le désir passionné de parvenir, à leur tour, au degré de développement des région: les plus avancées. Enfin, les moyens nucléaires de destruction, capables d'anéantir la vie sur de vastes espaces, et les véhicules; susceptibles de les porter n'importe où, ne cessent pas de s'accumuler et de se perfectionner. Toutes ces données, liées entre elles, font que l'équilibre du monde n'est autre chose qu'une guerre froide, qui proclame la peur, provoque l'invective et engloutit les ressources, tandis que chaque problème paraît insoluble et empoisonné.

Mais si, matériellement parlant, la balance peut sembler égale entre les deux camps qui divisent l'univers, moralement elle ne l'est pas. La France, pour sa part, a choisi. Elle a choisi d'être du côté des peuples libres; elle a choisi d'y être avec vous. Sans doute, dans sa décision, comptent pour beaucoup le souvenir de ce que fut notre alliance, l'aide qu'en vertu du plan Marshall vous nous avez fournie au lendemain de la dernière guerre pour restaurer notre économie, la menace que le bloc soviétique dresse devant nous et devant vous, enfin l'effort colossal que vous accomplissez pour que, le cas échéant, l'agression entraîne la mort de l'agresseur même si elle doit, en même temps, causer celle du défenseur. Mais, ce qui a conduit et maintient la France à vos côtés, c'est, avant tout, son âme millénaire, sa tradition qui fait d'elle un champion de la liberté, son idéal qui a pour nom les Droits de l'Homme, sa conviction qu'en fin de compte l'ordre du monde exige la démocratie dans le domaine national et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes sur le plan international. Or, c'est cela même qui est, également, la lumière, l'inspiration, l'esprit, du peuple américain.

Cependant, tout en étant partie intégrante de l'ensemble des peuples libres, la France ne désespère nullement de voir s'instaurer la paix. Comme il y a commencement à tout, c'est simplement la détente qu'elle croit maintenant possible et nécessaire. Mais, cette détente, qui donc doit la conclure, sinon les nations qui furent les créatrices et qui demeurent les détentrices de la civilisation moderne? Cela veut dire l'Europe tout entière et l'Amérique, sa 1111e. Assurément, le destin de l'univers a, naguère, dépendu des peuples d'autres régions. Il peut se faire que, dans l'avenir, il en soit ainsi de nouveau. Mais, aujourd'hui, ce sont les États de ce qu'il est convenu d'appeler l'ancien et le nouveau continents qui répondent du sort de notre espèce. Qu'un accord s'établisse entre eux, personne ne passera outre. Que cela ne puisse avoir lieu, alors, chaque point de la terre, de la mer et du ciel recèlera décidément une cause virulente de conflit. Est-il, d'ailleurs, inconcevable que l'évolution, qui est en marche à l'intérieur de l'un et de l'autre régimes pratiqués par les nations modernes, réduise progressivement leurs différences et leurs oppositions ?

Pourtant, avant que ces nations aient abouti dans leurs relations à un réel modus vivendi, toute exigence posée au sujet de traités à conclure, de frontières à fixer, de statuts à modifier, dans les régions les plus sensibles, serait fâcheuse et intempestive parce qu'elle ne manquerait pas de compromettre les rapports meilleurs qu'il s'agit d'instituer. Au contraire, dans l'ambiance pacifique qui pourrait être créée, on verrait se dessiner peu à peu des solutions objectives.

Chacun comprend, qu'en évoquant de tels sujets, je vise, en premier lieu, ceux qui concernent l'Allemagne. Sans vouloir les traiter explicitement ici, j'affirme qu'il faut écarter toute tentative d'aggraver les blessures qu'a subies le peuple allemand. Et même, je déclare que l'Allemagne fédérale, en s'incorporant, comme elle le fait, à l'Europe occidentale, rend à la coexistence le plus grand service possible. Car, c'est grâce à l'organisation d'un ensemble européen de l'Ouest, face au bloc construit par les Soviets, que pourra s'établir, de l'Atlantique à l'Oural, l'équilibre entre deux zones comparables par le nombre et les ressources. Seul, un pareil équilibre permettra peut-être, un jour, à l'ancien continent d'accorder ses deux fractions, de trouver la paix au-dedans de lui-même, de donner un essor nouveau à sa civilisation, enfin d'avoir la possibilité, en conjonction avec l'Amérique, d'aider en toute sérénité au développement des masses dépourvues de l'Asie et des populations en plein éveil de l'Afrique.

Or, ce concours, prêté aux peuples qui manquent de tout, c'est pour ceux qui ne manquent de rien le plus grand devoir humain et la plus féconde politique. Que de chances perdrait la guerre si les grands États modernes choisissaient comme but commun une pareille entreprise ! Quel souffle d'apaisement passerait sur le globe s'ils instauraient entre eux, dans ce domaine, par-dessus leurs rivalités, une coopération pratique, fût-elle, pour commencer, limitée à quelques sujets !

Mais, quoi que puissent tenter bientôt les responsables suprêmes des États-Unis, de l'Union Soviétique, de la Grande-Bretagne et de la France en ce qui concerne l'amélioration des relations entre leurs pays, l'accroissement de leurs rapports humains, économiques, culturels et leur collaboration pour le progrès de certaines régions africaines ou asiatiques, la paix et la vie n'en seront pas moins condamnées si la tentation et la menace de la guerre demeurent suspendues sur le monde du fait des armes nucléaires. Détruire ces armes d'un commun accord, s'engager à ne plus en fabriquer d'autres, ouvrir tous les territoires à un contrôle réciproque, il n'y a pas d'autre espérance pour l'avenir de notre espèce. Certes, on peut d'abord appliquer les mesures contractuelles aux véhicules de la mort, engins, avions, navires, qui sont, encore aujourd'hui, susceptibles d'être empêchés de transporter des bombes et surveillés en commun. Précisément, c'est par là que la France recommande de commencer le désarmement

Mais, nous voici au dernier moment où un accord paraît possible. Faute que les États pourvus d'un armement atomique en viennent à y renoncer, la République française serait évidemment contrainte de s'en doter. Par la suite, combien tenteraient de le faire à leur tour ? Dans le trouble croissant où l'angoisse plonge les peuples, grandit le risque qu'un jour les événements échappent aux raisonnables et que les pires catastrophes soient déchaînées par des fanatiques, des fous ou des ambitieux.

Dans trois semaines, MM. Eisenhower, MacMillan, Khrouchtchev et moi, allons confronter nos vues après l'avoir fait deux par deux. Je ne crois pas que personne pense qu'il nons suffira d'être tous les quatre ensemble pour régler effectivement des problèmes d'une telle dimension. Peut-être déciderons-nous, tout au moins, de la route à suivre, si longues et difficiles que puissent être les étapes. En tout cas, mon pays a fixé ses intentions et ses espoirs. Mais, Américains, sachez-le l dans la grande partie qui s'engage, rien ne compte davantage pour la France que la raison, la résolution, l'amitié du grand peuple des États-Unis. Je suis venu vous le dire.

Charles de Gaulle discours au Congrès de Washington le 25 avril 1960.

1 Il prend la parole après que le Speaker de la Chambre de Représentants, M. Sam Rayburn, lui ait souhaité la bienvenue au nom du Congrès.

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