Les firmes chinoises à l’assaut du monde





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Jéco 2014

Vendredi 14 Novembre 2014 – 16h- 17h30

Compte rendu de L. Auffant
Les firmes chinoises à l’assaut du monde
Intervenants :


  • Antoine Brunet : géo-économiste, ancien président de AB Marchés (2007-2012), co-auteur de La visée hégémonique de la Chine avec JP Guichard.

  • Mamadou Lamine Diallo : président du mouvement Tekki et Député à l’Assemblée Nationale du Sénégal.

  • Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à Mines Paris Tech et à Paris Dauphine.

  • Vincent Rambaud, consultant en stratégie, Solidor Management (a travaillé pendant 10 ans pour le groupe PSA).

  • Joël Ruet, chercheur CNRS au Centre d’Etudes Français sur la Chine contemporaine à Hong Kong.


Modérateur : François Roche, La Tribune
Présentation dans la plaquette des Jéco :
Les grandes firmes chinoises sont contrôlées par l’État. Leur ancrage productif au territoire d’origine reste très fort et elles y sont largement protégées de la compétition extérieure (mais non intérieure). Resteront-elles des champions nationaux, à l’expansion extérieure fortement influencée par des États « mercantilistes », ou vont-elles évoluer vers des firmes globales, insérées dans les réseaux existants ou en créant de nouveaux par d’importants investissements directs à l’étranger ? Quelles conséquences pour les territoires et les gouvernements européens ?

Introduction :
Pierre-Noël Giraud : je lance juste cette conférence, j’en ai choisi le thème mais je laisserai la parole aux spécialistes.
L’objectif fondamental du gouvernement chinois est de fermer la parenthèse historique de la position de l’Empire du milieu avec peu de propension à l’exportation. L’objectif est depuis une trentaine d’années, le rattrapage technologique, le développement dans des conditions calmes, d’harmonie. Aujourd’hui le rattrapage technologique est pratiquement achevé : usines, centres de recherches. Les salaires sur la côte chinoise pour les hauts qualifiés sont quasiment les mêmes que dans l’Occident. Aujourd’hui le rattrapage continue avec un mélange d’intervention de l’État et de la main invisible du marché. L’encadrement par l’État est fort. Les firmes chinoises vont-elles rester longtemps les instruments du rattrapage économique organisé par le gouvernement chinois ? On pourrait remplacer dans les textes mercantilistes le mot « or » par « emplois qualifiés » cela donnerait la stratégie chinoise. Les firmes chinoises vont-elles se fondre dans des réseaux de firmes globales ? Quelles sont les conséquences pour le territoire européen ? Quelles politiques d’accueil des IDE et FMN d’origine chinoise ? Quelles politiques incitatives ? Des accords de réciprocité ?

Nous aussi nous voulons attirer de bons emplois nomades.
Exposés des intervenants, intégrant les réponses aux questions posées par l’auditoire :
Joël Ruet :
Les stratégies des firmes chinoises reflètent qu’elles sont un outil du mercantilisme chinois, une stratégie nationale de rattrapage économique d’un territoire. Mais la Chine dispose d’autres outils importants : la politique industrielle (alors que l’UE se l’interdit), les quotas à l’exportation (par exemple pour les terres rares dans le but d’attirer sur le territoire les technologies, le savoir-faire, le capital humain), les finances publiques : vrai système public, administré de rattrapage technologique. On peut parler de stratégie mercantiliste en remplaçant « or » par technologies et savoir-faire. Le but est de développer ses propres ressources humaines dans l’avenir. Dans ce contexte, les firmes chinoises ont commencé un certain internationalisme (ex : automobile, industrie lourde, énergie, matières premières et minières).
Les entreprises chinoises sous le contrôle de l’État ne se saisissent pas de toutes les opportunités mais quand les pouvoirs publics mettent en concurrence les entreprises, elles sont ensuite très vite autorisées à s’internationaliser. C’est différent pour le minerai de fer : la Chine s’est refusée à l’internationalisation par peur que les firmes s’émancipent trop. L’économie chinoise a remis au centre du jeu la notion de « rente » de manière originale : la rente créée ne provient pas de la nature mais d’un cycle de production. Dans le secteur industriel, les entreprises ont des moyens fonciers, financiers et en ressources humaines qui conduisent à des rentes de situation, à des quasi avantages absolus, à des rentes nationales par rapport aux autres économies. Les autorités organisent ensuite une compétition en interne entre ces entreprises. Si les firmes jouent le jeu de la compétition sur ces rentes, elles sont autorisées à s’internationaliser, sinon elles restent sous le contrôle de Pékin. Ces entreprises deviennent « nomades » mais elles ne sont pas totalement internationalisées (notamment de par leurs modes de financement).
La Chine a un État particulier ayant une vision industrielle : est-ce une vertu ou un danger ? Nos États européens doivent s’adapter en se dotant d’une politique industrielle, ce que font les États-Unis. La plupart des pays africains se dotent d’une politique d’attractivité vis-à-vis de la Chine. La Chine n’a pas de visée hégémonique parce qu’elle doit faire face à des enjeux domestiques : elle doit produire ce qu’elle ne consomme pas + risque démographique ; la Chine risque d’être vieille avant d’être riche. Vu du Sud, il existe une opportunité historique pour les pays d’Afrique et leurs partenaires historiques à ce qu’il y ait une industrialisation de la Chine.

Pour parodier J. Robinson, il y a pire qu’être exploité par la Chine, c’est ne pas être exploité par la Chine.
Des perspectives : ralentissement économique en Chine, surendettement interne, développement de systèmes de financement non bancaire, question environnementale. Ces enjeux sont une occasion pour l’Europe de prendre part à des discussions avec la Chine, à de la coopération, à des partenariats dans l’industrie qui peuvent être utiles à l’Europe puisqu’elle a besoin de redéfinir sa politique industrielle.

On peut se demander si la Chine est un meilleur rival que les États-Unis.
Vincent Rambaud :
La réflexion portera particulièrement sur le secteur automobile.

Il y a 25-30 ans, les objectifs dans le secteur automobile étaient : d’abord créer un marché, puis créer des champions chinois sur ce marché et conquérir les marchés internationaux. La stratégie a consisté à s’associer avec des constructeurs étrangers à travers des joint-ventures dans le secteur automobile et dans des secteurs connexes à l’automobile.

Actuellement le marché mondial représente 80 millions de voitures par an. La Chine représente environ 25% de ce marché soit 22 millions de voitures vendues chaque année (= 10 fois le marché français), c’est le 1er marché du monde depuis 2009 (en 2000 ce marché ne s’élevait qu’à un million de voitures). 95% des voitures vendues en Chine sont produites en Chine. Les marques chinoises sont nombreuses mais aucune ne détient plus de 3% de son propre marché et plus de 1% du marché international. Dans l’automobile l’idée de champions nationaux est un échec. Pourquoi un tel échec ?

  • Pas de décisions totalement centralisées : jeu d’influence de différents acteurs politico-économiques. Les 2-3 partenaires chinois de chaque joint-venture n’ont pas bénéficié d’importants transferts de savoir-faire.

  • Les entreprises sont de petite taille, mais rentables.

  • Les consommateurs chinois ne sont pas très nationalistes et sont attachés à la sécurité, au prestige de marques étrangères.

Mais l’actualité récente (alliance PSA-Dongfeng) fait augurer un autre avenir. L’industrie automobile chinoise devient partie prenante de groupes internationaux américains, européens, japonais dans lequel il ne s’agit non pas de dominer les entreprises en question mais de faire changer un peu les stratégies pour avoir un poids croissant sur le marché asiatique (Chine et émergents).
Antoine Brunet :
Le livre La visée hégémonique de la Chine a été écrit en 2010 et est paru en 2011. Entre 2010 et 2014, la Chine a encore accentué sa visée hégémonique.

La Chine n’est pas belliciste mais elle a une visée hégémonique : elle domine ses partenaires. La Chine souhaite s’emparer de l’hégémonie mondiale, la ravir aux États-Unis : c’est le pays le plus peuplé et le plus anciennement civilisé. Quels sont les critères témoignant de sa puissance ?

  • La démographie : Chine = 1ère puissance

  • L’industrie : la production industrielle chinoise a dépassé la production industrielle américaine.

  • La puissance commerciale importatrice (levier sur les pays fournisseurs) et exportatrice (levier sur pays clients)

  • Une croissance économique forte tout en ayant un excédent commercial

  • La 1ère puissance économique si l’on raisonne en PIB-PPA la Chine dépasse les EU et le gap se creusera.

  • La Chine = le 1er marché, donc on ne peut pas se fâcher avec la Chine. Elle crée des tensions en choisissant la Corée du Sud plutôt que le Japon, l’Allemagne plutôt que la France ou les EU.

  • 1ères réserves de change : 6 000 milliards de dollars (en intégrant le 1 milliard – sic - détenus par Hong-Kong) donc 1ère puissance financière mondiale (rappel épisode de 2008 où le FMI a mendié un prêt de 1 000 milliards de dollars à la Chine).


En 15 ans la Chine a réalisé un véritable exploit grâce à un mercantilisme très développé notamment grâce à un coût salarial très faible. L’ambition de la Chine est de ravir l’hégémonie monétaire au dollar. Le jour où le yuan sera la monnaie de paiement des achats de toutes les matières premières, la Chine balaiera le monde.

L’intention n’est pas d’hybrider les entreprises chinoises et occidentales mais de dominer. Les exemples de Volvo et Peugeot sont des exemples de prédation car ces entreprises n’avaient pas investi en Chine.

Avenir peut-être assombri par un projet russo-chinois de consortium dans l’aviation civile.

La Chine montre que les frontières ne sont pas intangibles, inviolables. Elle cherche à étendre son hégémonie sur la mer de Chine du sud et de l’est. D’où la construction de bases navales militaires notamment autour de l’Inde, pays avec lequel elle n’a jamais été en conflit.

Autre preuve de cette volonté hégémonique : propos tenus sur Asia timeonline (http://www.atimes.com/).
Mamadou Lamine Diallo :
Les relations entre la Chine et l’Afrique (pour en savoir plus : http://www.focac.org/fra/)
En Afrique, la Chine n’est pas perçue comme une puissance coloniale dominatrice. La gouvernance est spécifique en Chine, elle n’a pas pour intention de siniser le monde entier, de dominer, de s’ingérer dans les affaires africaines. Elle n’est pas une menace pour les pays occidentaux, elle sera obligée de partager ses succès technologiques avec le reste du monde.

La Chine connaît une industrialisation et un rattrapage technologique par rapport à l’occident qui font monter ses coûts salariaux. L’Afrique pourrait alors être le prochain atelier du monde. D’ailleurs les IDE chinois en Afrique ont progressé depuis une dizaine d’années. Mais ces IDE se concentrent sur quelques pays seulement. La Chine investit dans les hydrocarbures principalement.

Un exemple d’investissement chinois en Afrique dans l’industrie de la chaussure en Éthiopie (entreprise Huajian : une partie des salariés sont des Chinois).
Pourquoi l’Éthiopie (facteurs cités lors du forum Chine-Afrique de 2013) ?

  • La stabilité politique

  • Le faible coût du travail : 50 dollars en Éthiopie contre 500 en Chine

  • Des matières premières sur place

  • La proximité des marchés européens

Une entreprise automobile voulait s’implanter en Éthiopie mais auparavant il faut rétablir la ligne de chemins de fer entre Djibouti et Addis-Abeba.
La Chine a l’intention de délocaliser 80 millions d’emplois en Afrique, une partie sera des emplois pour des Chinois. La présence de travailleurs chinois en Afrique n’est pas un problème, aujourd’hui ils vivent avec les populations locales.
Pour le Sénégal, les IDE chinois représentent une véritable opportunité. Le pays construit sur fonds propres un parc technologique proche de Dakar pour attirer les IDE chinois. D’autres pays en construisent: le Nigéria, la Zambie (mines de cuivre), l’Ile Maurice.

L’avenir est la compétition entre pays africains pour attirer ces 80 millions d’emplois.

Page sur L. Auffant, Aix-Marseille, nov. 2014

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