Définition de Pierre fouquet «Quelqu’un qui a perdu la liberté de s’abstenir d’alcool» Définition des Alcooliques Anonymes





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Psychopathologie de l’alcoolisme

I ) Définitions



Définition de l’ OMS ( 1975 )

«  La dépendance est un état psychique parfois physique résultant d e l ’interaction entre un organisme vivant et une substance se caractérisent par des réactions comportementales ou autres, qui comprennent toujours un besoin compulsif de consommer la drogue de façon continue ou périodique afin d’en retrouver les effets psychiques et parfois d’éviter le malaise de la privation. Cet état peut ou non s’accompagner de tolérance »

Définition de Jean ADES


« C’est une conduite pathologique complexe dont le noyau est la consommation excessive, répétée et prolongée de boissons alcoolisées. Il s’agit d’un trouble bio psycho social dont le déterminisme est plurifactoriel »


Définition de Pierre FOUQUET


«  Quelqu’un qui a perdu la liberté de s’abstenir d’alcool »

Définition des Alcooliques Anonymes



«  c’est une allergie physique doublée d’une obsession mentale »

Définition de . PEELE



«  Manière de vivre, de faire face au monde »

Définition de EDWARDS et GROSS



«  C’est le sentiment d’être aux prises avec quelque chose d’étranger, irrationnel et de non voulu qui est l’expérience intime la plus douloureuse pour des sujets dépendants »
Définition de Michèle MONJAUZE
«  Le terme d’ « alcoolique » désigne un type d personnalité marqué par une faille psychique précoce, telle qu’elle entraîne à plus ou moins long terme la nécessité impérieuse et irrépressible de boire de l’alcool, ou la contrainte d’exercer vis-à-vis de la consommation d’alcool une exclusion radicale « 

( abstinence).

II ° Le Monde de la personne alcoolique ( d’après J.RAINAUT)
A partir de l’expérience de la psychotropie, J. RAINAUT décrit la trajectoire de la personne alcoolique en deux phases :

Celle de la lune de miel pendant laquelle le fonction psychotrope domine et la seconde dite lune de fiel pendant laquelle dominent les complications.

Entre ces deux phases se construit une interphase mêlant les deux autres.
Le monde de la personne alcoolique est un monde de solitudes composé de trois planètes .

La solitude dorée ou celle du «  tapis volant »

Les fonctions de l’alcool sont perçues comme des avantages par la personne.

La personne se vit comme dans une bulle, avec un sentiment de puissance, d’invulnérabilité.

C’est «  la première des solitudes qu’il rencontrera »

«  elle est ineffable , intransmissible ».

Pour RAINAUT, la personne « est de l’autre côté du miroir mais personne ne s’en est aperçu »

Il vit le monde a travers sa réalité intérieure privilégiant le monde imaginaire à celui de sa réalité. Le temps est suspendu.

Quand l’alcoolémie baisse, tel Cendrillon il faut revenir sur terre avec son cortège de réalités.
Puis vient le temps des résolutions, qui comporte une oscillation entre le sentiment de perdre parfois le contrôle, celui de vouloir revenir comme avant.
 La solitude anxieuse s’installe , le sujet sait bien qu’il «  ne manipule plus l’alcool selon son désir » .

Le sujet est confronté à un double problème : boire pour ne pas être «  alcoolique » et ne plus contrôler sa consommation. «  Boire pour être bien » Pendant cette période il perçoit des transformations mais n’accepte pas qu’on lui en parle et de peux pas en parler non plus.

«  La somme des effets négatifs non désirés devient de plus en plus importante »
La dépendance physique peut être la matérialisation objective de cette phase.
«  Entre les envies d’abstinence, les essais d’abstinence et les phases d’alcoolisations, les allers retours se succèdent, se télescopent, se confrontent, s’affrontent ».`

 Les issues possibles :

 Première issue : renoncer à la vie

Le risque suicidaire peut survenir dans cette phase : face à l’insupportable : vivre avec les autres et endurer l’obsession d’alcool ou vivre sans eux et « endurer une disqualification de plus en plus visible « 

Plus qu’un désir de mourir ce passage à l’acte est souvent la traduction d’une non acceptation ou d’un renoncement à l’espoir d’une «  vie comme avant ».

 Deuxième issue : renoncer à l’alcool

Travail d’acceptation de soi.

«  renoncer à l’alcool c’est admettre de s’identifier à un projet « 
 Troisième issue : le retour à l’alcool

Lorsque la personne retourne dans le monde réel et le vit mal, la solution de recourir à nouveau au produit alcool est une solution à portée de main.
 La solitude marastique : la phase d’effondrement ou de dysfonctionnement.

La solitude pouvant amener à l’isolement, la vie pouvant s’organiser autour et pour l’alcool.

Le recours a l’alcool constitue pour la personne un véhicule dont il devient prisonnier.

De solution il se transforme en problème.

La trajectoire d’alcoolisation peut être un outil dans l’accompagnement des patients ayant un problème avec l’alcool. A partir de celle-ci un travail sur le repérage des fonctions de l’alcool peut y être associé.

III ) Les fonctions de l’alcool
L’ alcool a pour la personne une FONCTION


1) Les fonctions de communication

L’alcool peut être vécu comme une aide à la communication
ANTI-TIMIDE

Fonctions DESINHIBITRICES ( voir adolescence - porte d’entrée pour certaines personnes : découverte de l’autre, de la sexualité...)

Fonctions EUPHORISANTES ( convivialité, ...)

Fonctions d’ APPARTENANCE ( “ il est des nôtre il a bu comme les autres”, pour être accepté il faut renoncer à son individualité pour se conformer aux attentes, aux traditions,du groupe)

2) Fonctions d’ AUTO-MEDICATIONS

ANTI-PEURS ( confère l’usage de l’alcool dans les contextes de guerre, dans les métiers à risque)

Fonctions contra-phobiques ( en particulier phobies sociales)/ attaque de panique

Fonction anti-dépressive ( trouble de l’humeur et de l’élan vital mais aussi de l’estime de soi)

Fonctions anxiolytiques ( “ ne pas être à la hauteur, Freud “ parlait de “ chasse-soucis”)

Fonctions hypnotiques

Fonctions “ désangoissantes”

Fonctions de tranquillisant, de calmant
3) FONCTIONS de COMPENSATIONS dans le cadre de troubles de la personnalité
Fonctions anesthésiantes ( “ boire pour oublier”,” pour fuir la réalité “ ,..)

Fonctions toxicomaniaques ( “ boire pour se défoncer”,..
Du fait des fonctions multiples de l’alcool, les portes d’entrée sont nombreuses.

Repérer les fonctions de l’alcool pour la personne
A la fin un cycle s’installe
AUTO REMÈDES


AUTO MALADIE


IV ) Un fonctionnement psychique
Si l’on retrouve des conduites alcooliques dans toutes les formes de personnalité (névrose, psychose, perversion), il est possible de repérer certains mécanismes.
Pierre FOUQUET a mis en avant la notion d’apsychognosie ( a = privatif, psycho = psychisme , gnosie = connaissance ): “Trouble négatif de la conscience, C’est essentiellement la perte de la capacité de se voir, de se jauger, de se juger par rapport aux autres et à soi-même, opacité de la vie psychique d’un être qui n’est ni objet, ni sujet, qui vit dans un présent immédiat sans possibilité de référence au passé, ni d’appréhension de l’avenir, sans véritable anxiété, ni culpabilité, mais avec désintérêt de soi, des images et schémas de son corps, d’où l‘étonnante propension à recevoir, tolérer, ignorer les coups, blessures, fractures. »
En effet il existe une grande difficulté du malade alcoolique à parler de lui, de ce qu’il ressent, de ce qu’il vit. Ceci est bien sûr observable quand il est sous l’effet du produit alcool mais aussi au delà.
IL convient de rapprocher ce concept d’apsychognosie avec celui d ‘alexithymie ( SIFNEOS- 1973) (a = privatif, lexis = mot, thymie = affect) : » difficulté à lire, identifier, distinguer, nommer ses affects », et avec celui «  de pensée opératoire » décrite par MARTY et les psychosomaticiens.

  • Incapacité à exprimer verbalement les émotions ou les sentiments

  • Limitation de la vie imaginaire ( absence de rêves, fantasmes, rêveries)

  • Tendance à recourir à l’action pour éviter ou résoudre les conflits

  • Description détaillée des faits, évènements, symptômes physiques



A partir de ce fonctionnement psychique J.P DESCOMBEY a décliné plusieurs autre mécanismes.
- ASOMATOGNOSIE : méconnaissance du corps, du schéma corporel, le corps est ignoré ou nié . Le corps est présenté comme une machine qui a parfois des ratés.

Cela peut s’accompagner ‘une certaine négligence corporelle, avec troubles de l’hygiène et de l’esthétique. Le corps est présenté comme découplé du psychisme.

Le corps est comme vide de toute sensation.


- ANOSOGNOSIE : méconnaissance du lien alcoolisation maladie ( “j’ai des durillons » un autre expliquant ses difficultés à la marche du fait que pendant 20 ans il avait porté des santiags » « nous disait un patient atteint de polynévrite” , “ j’ai eu de l’eau dans mon ventre pour décrire une décompensation oedémo-ascitique,..)


  • ATHANATHOGNOSIE : méconnaissance du temps et de la mort ( “ il y a un bon dieu pour les alcooliques”, ‘ je suis un trompe la mort”,..). Le malade alcoolique vit en fait le temps présent, sous le règne de l’ici et maintenant avec d’immense difficultés à se projeter dans l’avenir. Il s’agit d’un présent subi. Le passé est soumis au tamis de sa relation à l’alcool avec désir d’un retour en arrière ( “ boire comme avant” ) et l’avenir n’est pas élaborable.

  • La temporalité est le temps vécu, la représentation que chacun se fait de la durée » Michèle Maujauze

  • Le temps du malade alcoolique est souvent le temps présent, avec une difficulté à investir le futur

  • ( travail sur les projections).. Le passé est souvent associé à des traumatismes et l’avenir à une angoisse de l’inconnu



La personne malade d’alcool a donc un lien particulier à son corps, au temps, à l’autre et à sa pathologie.
Un mécanisme de défense puissant et déroutant le DENI
Il s’agit bien d’un mécanisme psychologique dont les fondements sont inconscients et non pas d’un mensonge ou d’une mauvaise foi.
* déni du phénomène : de la consommation, de ses effets, des avantages, des inconvénients, des risques, des pertes de contrôle

* déni de la dépendance : “ je bois comme tout le monde”, déni de la dépendance psychique ou physique ( “ si je tremble c’est parce que je suis nerveux ou c’est à cause du tabac”,..

* déni de la souffrance individuelle ou des fragilités personnelles.
La méconnaissance est un mécanisme de défense inconscient, qui vise à occulter une Réalité insuportable pour le sujet.
La personne qui méconnaît croit et agit comme si quelque aspect de soi, des autres ou de la réalité était moins significatif qu’il ne l’est en fait.
La méconnaissance peut porter sur l’existence d’un fait , sur sa signification, sur les possibilités d’agir ou de changer ou sur ses ressources personnelles.



D’après Ken Mellor et Eric Schiff


La Honte : selon J. MAISONDIEU le malade alcoolique vit sous le monde de la Honte, cet affect constitue pour lui l’organisateur de son monde intérieur. Dans son livre “ Les alcooléens” il écrit “ Sans la honte ils ne boiraient pas et sans le mépris ils -guériraient”. La honte produit un vacillement chez la personne et l’amène à fuir le regard de l’autre.
Ce qui fait honte est ce qui nous échappe, ce que nous ne pouvons maîtriser et ce qui est exposé au regard des autres.

La honte est souvent lié au corps ( vomissement, diarrhée, etc).

C’est la même chose sur le plan psychique : lapsus, maladresse verbale pouvant amener à être confus devant un autre.

La honte est l’équivalent d’une régression à l’état infantile d’un sentiment d’impuissance devant un autre tout puissant.

La honte nous rend démuni face à l’autre et peut être pansée par une intervention extérieure.

La honte sociale chez le malade alcoolique est compréhensible en fonction même de l’alcoolisme

( notion de vice et de tare)

Mais c’est aussi un sentiment d’impuissance à se contrôler et à se mettre dans un état de régression face au regard de l’autre.
Michèle MONJAUZE parle de honte fondamentale, s’inscrivant précocement dans l’histoire des sujets. L’entourage pouvant « faire honte » à l’enfant à travers ses comportements, ses propos. «  Tout se passe somme si l’entourage avait doté l’enfant d’une identité de nullité, d’excrément, identité que la conduite d’alcoolisation vient confirmer »

Par exemple, Mme Double, raconte que son frère plus âgé d’un an est décédé vers 8 ans. Frère brillant et investi est par la suite toujours cité, la jeune fille est comparée au mort, ses besoins ne sont pas pris en compte comme tel, elle est sans cesse disqualifiée, faisant moins bien que ce que son frère aurait fait, culte du frère mort.Elle dira «  j’ai vécu à l’ombre d’un mort ».
«  La honte se soigne par le respect, la bienveillance et la compassion »Michèle Maujauze
La culpabilité :

La culpabilité demande une action de notre part vers autrui. Je t’ai fait mal, je te demande de m’excuser.

Souvent présente, elle peut porter sur le fait d’être malade alcoolique ou d’avoir fait souffrir l’entourage.
Entre honte et culpabilité, il y a souvent intrication : en cas d’accident de voiture avec blessé , je peux me sentir coupable d’avoir fait mal et avoir envie de réparer ma faute en dédommageant la victime, mais je peux aussi me sentir honteux de ne pas avoir maîtriser mon comportement et de rouler dangereusement.

La perte de l’ ESTIME de SOI traduisant une fragilité narcissique et une recherche du même et une peur de ce qui est différent. Parfois certains auteurs ont pu décrire la notion de “ moi faible” , de “ personne immature”, ....Le repérer en terme d’estime de soi permet de travailler sur le changement.

Certaines personnes expriment cela sur le plan de la perte de confiance en soi ( je ne peux pas y arriver , je ne suis pas à la hauteur), sur le plan de l’image de soi ( je suis un bon à rien, je suis une merde,…), sur le plan de l’amour de soi ( je me dégoûtais, je me haïssais).
Le deuil : Faire le deuil s’avère souvent difficile. Pour certains parler du décès d’un proche c’est sur le mode de la reviviscence plus que de la réminiscence. Il y a souvent un travail de deuil à faire pour les patients, dont celui de l’alcool .

Le déni / La protestation colère / la tristesse souffrance / La peur ( d’être abandonné ) / La rationalisation / L’ acceptation / Créer un nouvel attachement / Le pardon ou l’adieu / La gratitude ou le cadeau

Les angoisses du malade alcoolique :
1) Avec alcool :

Angoisse de pénétration = effet activateur sur les fantasmes schizoparanoïdes de persécution = se protéger d’une intrusion.

Certains patients évoquent volontiers, le fait que lorsqu’ils étaient alcoolisés, un «  simple regard » pouvait déclencher chez eux une réaction de peur, de fuite, de violence.
2 ) Angoisse du sevrage : angoisse dépressive
3 ) Angoisse de l’abstinence plus discrète

S’il est tout à fait observable de constater la plupart de ces faits cliniques chez les malades alcooliques quand ils sont dans la phase active de la dépendance, la question de l’étiologie sur le plan de la personnalité reste toujours difficile à trancher.


V) De quelques hypothèses psychopathologiques :
Freud n’ a jamais véritablement abordé la question de l’alcoolisme ou des conduites addictives sauf de manière partielle. Alors qu’il a pratiquement abordé tous les domaines de la psychopathologie, il n’a jamais consacré un seul article à cette thématique de l’addiction. Cela n’est pas sans rapport avec sa propre relation à la cocaïne ou au tabac.

Freud sera resté un «  grand fumeur » et n’aura jamais réussi à rompre définitivement avec cet usage, tout en sachant la place du tabac dans son cancer et donc sa mort.

Il a plutôt évoqué, en particulier dans sa correspondance avec Fliess, les satisfactions que cet usage lui a apporté et les difficultés de sa privation.

“ L’alcoolique ne s’avoue jamais que la boisson l’a rendu impuissant. Quelle que soit la quantité d’alcool qu’il supporte, il rejette cette notion intolérable. C’est la femme qui est responsable, d’où délire de jalousie ”

Pour lui l’addiction était un substitut à l’acte sexuel,sur un mode auto-érotique intégrant la masturbation comme la première addiction.

“ La masturbation est la seule grande habitude, le "besoin primitif", et les autres appétits tels que le besoin d’alcool, de morphine, de tabac, n’en sont que des substitutifs, des produits de remplacement ”. ( Correspondance avec Fliess – décembre 1897 ).
“ "Accoutumance" n’est qu’une simple façon de parler sans valeur explicative ; tous ceux qui ont l’occasion de prendre pendant un certain temps de la morphine de la cocaïne, du chloral et autres n’acquièrent pas de ce fait "l’appétence" pour ces choses. Une investigation plus précise démontre en règle générale que ces narcotiques sont destinés à jouer le rôle de substituts – directement ou par voie détournée – de la jouissance sexuelle manquante, et là où ne peut plus s’instaurer une vie sexuelle normale, on peut s’attendre avec certitude à la rechute du désintoxiqué ”
Avec Les trois essais sur la sexualité (1904), il fixe l’origine de l’alcoolisme à “ une forte fixation de la libido au stade oral ” et, qualifiant les pulsions sexuelles en jeu chez l’alcoolique, il évoque l’auto-érotisme dans lequel la pulsion trouve satisfaction à son point de naissance, sans détour par l’objet. Ces principes de base ont été repris par différents psychanalystes (S. Ferenczi, L. Andréa-Salomé, V. Tausk) ; K. Abraham insistant le plus sur le rôle de cette fixation orale.

Cette thèse sera reprise ultérieurement par O. Fenichel qui, en 1945, développe la notion généralisée d’addiction comme une régression à des stades précoces, le Surmoi se trouvant soluble dans l’alcool.
Dans "Contributions à la psychologie de la vie amoureuse" (1912), Freud compare le lien sexuel qui unit l’alcoolique à la bouteille, au lien amoureux à son objet d’amour : ce dernier est marqué par la poursuite continuelle de la satisfaction par changement d’objet, alors que la relation de l’alcoolique à la bouteille est évoquée comme un modèle de mariage heureux 
En 1927, dans l’Avenir d’une illusion, il évoque pour la première fois la notion d’addiction comme une façon que trouve la vie psychique pour se soustraire à la contrainte de la douleur. C’est non sans esprit qu’il précise encore dans ce texte qui montre les liens entre la névrotisation de la vie quotidienne et le travail de la culture, que “ peut-être celui qui ne souffre d’aucune névrose n’a-t-il pas besoin d’ivresse pour étourdir celle-ci ”. La même année dans son travail sur l’humour il ajoute que “ l’ivresse est un procédé pour échapper à la souffrance, pour substituer le principe de plaisir ou principe de réalité ”.


  • l’importance de l’angoisse;

  • le lien avec la pulsion sexuelle réprimée; 

  • la régression vers l’oralité;

  • la recherche d’un objet permanent;

le rôle défensif de cet acte de boire contre la douleur; 


1) La prévalence de l’oralité :

- fixation ou régression au stade oral

- référence à la bouche , à l’auto-érotisme

- Sandor RADO a parlé “d’un orgasme alimentaire” (parole de patient : “ un goût qui reste au palais”)

- selon Freud dans la construction de la personnalité le stade oral constitue le premier modèle de relation à l’autre

- cette relation se caractérise par le couple satisfaction / frustration et par l’ambivalence dans la relation à l’autre marqué par le besoin et la peur de perdre l’autre.

- ceci peut parfois se retrouver dans la difficulté de certains à accepter la frustration ou à établir des relations sur le modèle du tout ou rien.

- cette fixation au stade oral n’aurait pas permis l’autonomisation ou la maturation psychique d’où la recherche d’objet de dépendance ( choix de couple, relation à l’alcool,..)

2 ) La question du narcissisme : les approches psychanalytiques post-freudiennes mettront plutôt l’accent sur la question du narcissisme.

  • monde du malade serait le monde du miroir -

  • ( recherche du même, peur de l’autre, de la différence comme tentative de maintenir une identité fragile) – cette fragilité est également perceptible pendant la période de soin – en effet, lorsqu’une personne s’alcoolise pendant le séjour certains expriment la crainte «  que ça leur arrive aussi »

- fragilité narcissique

- question du stade du miroir

- alternance entre le moi idéal ( ce que le sujet attend de lui pour être conforme aux exigences infantiles d’omnipotence par identification primaire à la toute puissance du parent)et l’idéal du moi ( les attentes du sujet pour répondre aux exigences du surmoi) ( J . CLAVREUL – 1960 ) «  Ivre, l’alcoolique est Tout et le monde n’est Rien, à jeun il n’est Rien, pas même particule »

- dans les années 70-80 , le psychiatre BRISSET «  Nous sommes à l’étude des troubles narcissiques, de certains types de déficit narcissique, ce qui veut dire en termes simples certains troubles de développement précoce de la personnalité. Pas aussi précoces que ceux du psychotique, pas aussi tardifs que ceux du névrotique. Il s’agit de la phase intermédiaire, dont on appelle souvent les troubles « états limites », caractérisés par une dépression chronique, une angoisse importante, une demande constante d’appui et d’amour.Lorsque de tels sujets rencontrent l’alcool, ils en deviennent étroitement dépendants . »

3) Les travaux de SHENTOUB et MIJOLLA
“ Pour une psychanalyse de l’ alcoolisme” Payot 1973
Leurs travaux ont porté essentiellement sur la nature du moi de la personne alcoolique. L’observation clinique montre que sous l’influence mal connue de leurs pulsions les malades alcooliques semblent détacher leur moi de la réalité pour installer une nouvelle réalité
Ils ont mis en avant six points importants dans la dynamique psychique des malades d’alcool.
1) L’ acte de boire

- La rencontre avec le malade se fait sous le signe de la méfiance, de la suspicion

- la place possible reste celle de l’agir

- régression au niveau de rythmes corporels anciens qui viennent prendre la place d’une relation objectale élaborée ( confère patient qui en état d’ivresse venait dormir en position foetale au pied du lit de ses parents)

- important investissement renvoie au stade d’organisation libidinal auto-érotique

l’acte de boire est investi comme un moment sans limite de toute puissance narcissique et de maîtrise motrice

«  Et puis flûte ! Après tout…C’est la r

ègle, je paye pour parler. Donc je parle. Voilà. Hier soir je suis allée dans une épicerie, le Djerbien, ouvert la nuit et au coin de ma rue, j’ai acheté une bouteille de vin et je l’ai bue d’un trait, seule. Puis je me suis traînée jusqu’à mon matelas et j’ai dormi. Ca m’arrive quelquefois. Je n’aime pas spécialement l’alcool, quel qu’il soit. Seulement parfois, ça me prend ainsi. J’achète une bouteille et je la bois d’un trait. Voilà. Ce n’est ni important, ni intéressant, n’est-ce pas ? »
Gérard Haddad – Les femmes et ‘alcool – Page 92 – Grasset- 2009
2) La rencontre initiatique avec l’ alcool

- rencontre particulière avec l’alcool devient marquante et bouleversante ( contexte psychique et relationnel) constitue de ce fait un véritable traumatisme

- ce moment traumatique tardif survient sur un terrain où le moi est déjà débordé par ses conflits

- ce traumatisme renvoie à un traumatisme initial

- cicatrices traumatiques ( zones muettes du corps) renvoie à l’échec de la construction unifiante du narcissisme
« J’ai commencé à quinze ans. Un soir d’été, une bouteille de rhum Bundaberg bue avec des copains d’école chez l’un d’eux, dans le jardin derrière sa maison. 9a ne m’a pas du tout plu, je m’étranglais rien qu’à sentir le goût et j’ai ensuite été malade à en crever. Je n’ai pas bu de nouveau pendant plusieurs mois. D’ailleurs, je n’ai jamais retouché au rhum. Mais avant de m’être rendu malade j’avais perçu là quelque chose, une sorte de promesse dorée qui m’étais restée dans l’esprit. »
Andrew Mc Gahan – Page 188 – Derniers verres – Babel noir - 2007
3) Automatisme de répétition

Ces parties blessées du corps trouent en permanence le fonctionnement psychique . Ces fragilités amènent à un recours répété à la prise d’alcool du fait d’une difficulté à mettre des mots sur les souffrances passées.

L’objet d’addiction , qui ne constitue pas un objet transitionnel, mais un objet transitoire ( Joyce Mac Dougall) a des effets transitoires. La répétition ne fait pas sens, les actes répétés ne font pas épreuve de réalité.
«  Est-ce que je bois ? Je n’en sais rien. Je vous avoue ne pas apprécier les whiskies de fin d’après-midi autour de la piscine. Seulement voilà… certains jours je ne sais ni comment, ni pourquoi, une sorte de mélancolie aiguë, insupportable, tranchante comme une lame, s’empare de moi. Je me procure alors une bouteille et je la bois d’un trait, ou presque. »
Gérard Hadad – Les femmes et l’alcool. Page 23- Grasset - 2009
4) Le clivage du moi

Le clivage du moi est présenté comme un mécanisme de défense majeur consistant à répondre au besoin de maîtriser l’angoisse par “ deux réactions simultanées et opposées, l’une cherchant la satisfaction, l’autre tenant compte de la réalité frustrante”. Les auteurs décrivent le moi comme comportant une zone alcoolique et zone du moi non alcoolique.
5) Objet alcool

recherche de gratification spontanée

satisfaction a-conflictuelle vécue sur un mode passif

l’urgence de la satisfaction immédiate reflète la déficience du moi

- moyen de projeter sa haine, ses peurs, son incomplétude sur un objet qui viendrait combler le manque à soi-même
6) Les relations contre transférentielles

La rencontre avec les malades alcooliques provoque des sentiments des attitudes, des pensées, des comportements qui font obstacle à la compréhension et à la relation d’aide.
Descombey a pu distinguer

  • les contre attitudes négatives :

  • l’ennui – le désintérêt

  • le rejet : “ ce ne sont pas de vrais malades”

  • le dégoût

  • la haine : “ je ne peux pas les ( malades alcooliques) les sentir”

  • la dépression

  • la peur

  • le déni :

    • déni de l’alcoolisation

    • déni de la réalité psychique du sujet

    • déni de la souffrance

  • les contre attitudes positives : la fascination, la prise en compte obsessionnelle de l’alcool, la psychothérapie éducative, certains maternages, la réparation, la connivence, ...



3 ) L’addiction comme réponse

En 1978, Joyce Mac DOUGALL, dans «  Plaidoyer pour une certaine anormalité «  a conceptualiser ce qu’elle nomme la solution addictive. « la dimension la plus urgente de l’économie psychique qui sous tend la conduite addictive est le besoin de se débarrasser aussi rapidement que possible de tout sentiment d’angoisse, de colère, de culpabilité ou de tristesse voire même de sentiments en apparence agréables vécus inconsciemment comme interdits ou dangereux ».
Dans cette perspective, ce n’est pas le désir mortifère qui est à l’œuvre mais bien la réponse à une souffrance psychique qui s’origine dans l’histoire du sujet , et qui constitue une tentative enfantine de se soigner.
Joyce Mac Dougall a introduit également le concept de « désaffection »

«  Une expérience à l’origine d’une émotion intense n’est pas reconnue comme telle et ne peut être élaborée »

Par conséquent le sujet, ne pouvant reconnaître cette expérience émotionelle ne peut y réfléchir.

Cette difficulté à ressentir et exprimer constitue un processus défensif face à à celle de contenir un excès d’expérience affective.


Si de nombreux auteurs situent la prise d’alcool comme un symptôme intervenant dans le cadre d’une structure psychique particulière ( névrose, psychose ou perversion):

  • D’autres auteurs ont essayé de penser une quatrième structure : celles des addictions

  • Sur le plan topique Derely et Rousseaux ont proposé une représentation qui mérite l’intérêt d’intégrer certaines observations et en particulier celle de FOUQUET .

  • «  En effet si le moi névrotique refoule le ça, le Moi psychotique «  refoule » la réalité extérieure, le moi pervers se clive, alors le moi intoxiqué des assuétudes s’annihile en diminuant globalement toutes les fonctions moïques : conscience, maitrise, synthèse,…



PERVERSION ( clivage du moi)



MOI PSYCHOSE

Réalité extérieure

REFOULEMENT

Des pulsions du CA


ASSUETUDE ( éclipse ou destruction du moi )

D’où l’importance de travailler
1) Dispositions préalables du soignant :

L’imaginaire : représentation de ” l’alcoolique “ quelles images cela mobilise t-il chez le soignant ?

2 ) Le travail théorique :
Sans ce travail théorique : le soignant intervient avec des opinions, des sentiments, des préjugés.

Alcoolisme = une conduite = comportementalisme

Alcoolisme = maladie sociale = action sur l’environnement

Alcoolisme = souffrance psychique = relation d’aide / parole
3 ) L’ implication personnelle

La place de l’alcool et de la souffrance alcoolique dans son environnement, dans son histoire.

quelques notions de psychopathologie

Le psychisme se structure en deux phases :


  • une phase préverbale , de la naissance à l’acquisition de la parole

  • une phase oedipienne marquée par le langage et l’intégration de la temporalité et l’organisation spatiale


Une autre notion importante est celle d’enveloppe psychique . Comme la peau délimite le corps, le séparant de son environnement tout en étant en communication avec lui notre psychisme fonctionne comme s’il était à l’intérieur d’une membrane qui assure protection et échanges avec l’extérieur.

La partie primitive de notre psychisme est confrontée à des angoisses sans nom qui appellent une réponse motrice.

Au niveau verbal se développe la partie pensante du sujet qui vise à maintenir une adaptation à la réalité.
Ces deux parties co-existent en chacun de nous.
La personnalité alcoolique peut présenter schématiquement 4 cas de figure :

  • protection inconscient du fonctionnement alcoolique par la partie adaptative

  • crise de décompensation : chaque partie cherche un but opposé, la partie alcoolique s’accroche à l’alcool, la partie adaptative voudrait contrôler la situation

  • rupture dans l’abstinence : le sujet étouffe sa part alcoolique

  • harmonie du dépassement : acceptation par la partie saine du sujet de la part d’une partie souffrante, à comprendre et à contenir.



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