Résumé : Jusqu’aux années 1960, les firmes mettaient en œuvre des processus de concentration nationale du capital. Actuellement, leurs stratégies globales alimentent un processus de concentration mondiale.





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3.2. l’impact sur les salariés

On observe que les dirigeants des firmes sont placés sous la haute surveillance des actionnaires quant aux conséquences financières de leurs décisions ; en retour ils se trouvent être exonérés de toute responsabilité quant aux conséquences sociales qu’impliquent ces mêmes décisions en matière de gestion des organisations. En pratique, comme le signale Dieuaide (2003), cette asymétrie se traduit par une distribution polarisée des pertes et des gains de la firme. Lorsqu’il y a des pertes, aux salariés revient la charge d’assumer individuellement les mauvaises performances au niveau organisationnel (licenciement, mobilité forcée, baisse de rémunération, …), aux investisseurs financiers de réagir au nom de la communauté des actionnaires en ajustant instantanément, titres par titres, la composition de leur portefeuille. Lorsqu’il y a des gains, les actionnaires et les dirigeants se partage la totalité de ces gains créée par le changement organisationnel lié aux fusions, acquisitions et alliances, alors même qu’ils sont la contrepartie d’un effort collectif en matière de productivité.

Cette polarisation de la distribution des pertes et des gains témoigne d’une contradiction réelle, non régulée au niveau du régime des droits de propriété. En particulier, les droits de la communauté des salariés à récupérer une partie des gains sous forme de dividende social ne sont pas reconnus. La spéculation qui règne aujourd’hui sur les marchés financiers est donc l’expression de stratégies de captation d’un surplus social qui devrait revenir aux salariés.

Il est en conséquence évident que les fusions, acquisition, alliances ne sont pas seulement un enjeu de pouvoir entre actionnaires et dirigeants. Elles affectent aussi le rapport de force entre actionnaires et dirigeants d’un côté, salariés de l’autre. En renforçant le pouvoir des actionnaires, les nouveaux modes de gouvernance des firmes fragilisent la position des salariés. Les recherches de synergie s’accompagnent de réduction d’effectifs. D’après Coutinet et Sagot-Duvauroux (2003, p.73), les réductions de coûts à la suite d’une opération de concentration sont réalisées à 80% au détriment du personnel. Simultanément, la constitution de titans de l’industrie aboutit à la mise en concurrence des salariés des différentes zones économiques mondiales (Pottier, 2003). Parallèlement, le pouvoir des actionnaires leur permet à la fois d’exiger des taux de rentabilité élevés et de transférer en partie le risque lié à cette rentabilité sur les salariés. Comme l’a montré Artus (2002), ce transfert ne s’est pas accompagné d’un report équivalent de la prime de risque. Le salaire réel a augmenté dans les années 1990 continuellement moins vite que la productivité du travail. De même, les investissements faits par les employés pour développer des qualifications spécifiques et accroître la productivité de l’entreprise ne sont pas payés à leur vraie valeur à l’occasion du renouvellement du contrat de travail par la nouvelle firme issue de la fusion ou par la firme acheteuse lors d’acquisition. La spécificité de cet investissement, par définition non transférable, permet aux nouveaux employeurs d’adopter un comportement opportuniste consistant à rémunérer la main-d’œuvre en dessous de sa productivité réelle, faute pour cette main-d’œuvre de pouvoir valoriser sa qualification spécifique sur le marché (Weston et Weaver, 2001). Ainsi, les démonstrations d’Artus et de Weston viennent renforcer l’idée de la polarisation des gains, issus de la constitution des titans de l’industrie, entre les actionnaires et les dirigeants d’une part, et les salariés d’autre part.

Le processus de concentration mondial du capital a donc un coût social très élevé qui n’est jamais évalué. Les études économétriques portent sur les performances financières pour les actionnaires, pas sur le coût social. La poursuite de la concentration mondiale du capital ne pourra qu’augmenter le coût social que doivent supporter les salariés. L’accroissement de la pauvreté et des inégalités sociales au niveau mondial devrait donc lui aussi se poursuivre avec la venue du règne des titans. Mais que fait l’État ?
3.3. Le rôle de l’État

Le rôle de l’État a changé. La convergence d’intérêts entre l’État du pays d’origine et « ses » firmes et la méfiance de l’État hôte à l’égard des firmes étrangères se diluent avec la concentration mondiale du capital, puisqu’en particulier les espaces de production et de répartition de la valeur ne se confondent plus.

Considérées depuis les pays d’origine, les firmes se dissocient de l’État nation qui les a vues naître. Les fusions, acquisitions et alliances entraînent des firmes sous le contrôle de capitaux étrangers, les conduisent à ne plus avoir le même pays d’origine qu’avant où à ne plus en avoir vraiment. De plus, une firme dominée par une autre dans une alliance est plus sensible aux mesures prises par l’État du pays d’origine de son allié qu’à celles qui s’exercent sur le territoire national qui la vue naître. Cela brouille considérablement l’identité nationale des titans de l’industrie. Considérées depuis les pays hôtes, les firmes font l’objet de politiques d’attractivité qui donnent à penser que les États jouent eux aussi la logique de la concentration mondiale du capital.

La naissance des titans des industries mondiales signifie que si la logique de fonctionnement du capitalisme n’est pas encore mondialisée, puisque les États nationaux continuent de jouer un rôle essentiel, elle n’est plus nationale ou internationale, mais qu’elle dépasse et transcende les territoires nationaux. Il ne s’agit plus seulement de « contraintes extérieures » venant peser sur des décisions de firmes ou d’États qui seraient d’abord prises sur une base nationale, mais les stratégies, les calculs et les anticipations des firmes et de leurs actionnaires sont devenus mondiaux. Le rôle des États reste certes décisif, mais une contradiction majeure commence à s’ouvrir entre la logique de la concentration mondiale du capital d’une part, et un mode de régulation resté largement borné dans les dimensions de l’État nation d’autre part.

En conséquence, le mode de régulation est marqué par un « retour » en force des mécanismes de marché propre au XIXème siècle à cette exception prés, mais notable : l’espace sur lequel s’exerce cette régulation, et dans les titans des industries sont les principaux acteurs, est d’emblée celui des marchés mondialisés. Aussi, la régulation marchande, de l’échelle locale à l’échelle planétaire, a-t-elle destitué le mode de régulation à dominante étatique, en redéfinissant les fonctions des États nations : « ces derniers n’ont plus ni pour but, ni pour vocation d’encadrer les marchés, de les soumettre à des objectifs sociaux définis à l’échelle nationale, mais se transforment en « fournisseurs » d’institutions destinées essentiellement à améliorer et fluidifier le fonctionnement des marchés globalisés » (Dockès, 2003).

Ainsi l’État aujourd’hui intervient principalement en faveur des firmes, s’adapte à la mondialisation et la promeut. L’État est devenu « mondialisateur ». Il s’est largement ranger du côté des dirigeants et des actionnaires des titans des industries mondiales, même s’il maintient des politiques sociales, dont les reculs sont loin d’être négligeables, pour amoindrir le coût social du processus de concentration mondiale du capital ou pour éviter des mouvements sociaux trop forts.
Conclusion

La vague actuelle de concentration mondiale du capital amènera le règne des titans de l’industrie et son corollaire l’augmentation de la pauvreté et des inégalités sociales à l’échelle planétaire. Il est temps d’imaginer au niveau mondial une institution capable de contrôler l’action des titans de l’industrie. Mais, pour l’instant, aucun acteur de la concurrence systémique n’est en mesure de mettre en œuvre cette régulation mondiale : les États se sont largement mis du côté des dirigeants et des actionnaires des titans, quant aux organisations multilatérales elles n’ont pas le pouvoir de mettre en œuvre une telle régulation ou lorsqu’elles pourraient l’acquérir, telle que l’OMC, elles se rangent elles aussi du côté des titans de l’industrie. En effet, ils utilisent leur puissance pour assujettir les États autant que les organisations multilatérales ; ceci laisse présager que les titans de l’industrie, dont leurs dirigeants et leurs actionnaires, ont encore devant eux de longs et nombreux beaux jours.

Seule l’action conjuguée, au niveau local, national et mondial, des mouvements sociaux et des sociétés civiles pourra peut-être modifier radicalement cette perspective : espoir bien mince face à la puissance financière, industrielle, commerciale, sociale et politique des titans de l’industrie.


1 Au moment même où j’écris ces lignes, j’apprends par Le Monde daté du mardi 27 janvier 2004 l’offre publique mixte d’achat-échange de Sanofi sur Aventis d’un montant de 47,8 milliards d’euros pour former le premier groupe en Europe et le troisième groupe mondial de l’industrie pharmaceutique.

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