Résumé : Jusqu’aux années 1960, les firmes mettaient en œuvre des processus de concentration nationale du capital. Actuellement, leurs stratégies globales alimentent un processus de concentration mondiale.





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Le règne des titans de l’industrie :

Le processus mondial de concentration du capital
Odile Castel

Faculté des Sciences Économiques

Université de Rennes 1
Résumé :

Jusqu’aux années 1960, les firmes mettaient en œuvre des processus de concentration nationale du capital. Actuellement, leurs stratégies globales alimentent un processus de concentration mondiale. Dans chaque industrie, il se réalise par des fusions, acquisitions et alliances transnationales et donne naissance à des titans. Si chaque industrie mondiale n’est pas encore au stade ultime de concentration, elles ont toutes vocation à l’atteindre, d’autant que des motivations fortes (pouvoir et richesse) poussent les dirigeants et les actionnaires des firmes à aller toujours plus loin. La dynamique en marche annonce la venue du règne des titans qui se réalise au détriment des salariés et provoque une transformation en profondeur du rôle des États.

Mots clés : Concentration du capital, fusions, acquisitions, alliances, transnationales
Summary:

Until the years 1960, the firms implemented of national concentration processes of the capital. Currently, their global strategies feed a process of world concentration. In each industry, it is carried out by transnational mergers, acquisitions and alliances and gives rise to Titans. If each world industry is not yet at the ultimate stage of concentration, they have all vocation to reach it, the more so as strong motivations (to be able and richness) push the leaders and the shareholders of the firms to going always further. Dynamics moving announces the arrival of the reign of the Titans which is carried out with the detriment of paid and causes an in-depth transformation of the role of the States.

Key words: Concentration of the capital, mergers, acquisitions, alliances, transnational
La concurrence systémique que se livrent les firmes, les États et les organisations multilatérales est au cœur de la dynamique actuelle du système capitaliste (Castel, 2002). Dans cette concurrence systémique, les firmes ont acquis un rôle fondamental. Elles sont devenues des puissants acteurs grâce au processus de concentration mondiale du capital qu’elles mènent depuis une vingtaine d’années. Elles réalisent ce processus par des opérations de fusions, d’acquisitions et d’alliances, notamment transnationales, qui donnent naissance à des oligopoles mondiaux dans chaque industrie. Ils sont composés de 2 ou 3 firmes qui deviennent des titans, lorsque leur industrie a atteint le stade ultime de la concentration mondiale du capital. Ce phénomène est récent, il a moins de 20 ans. Aussi toutes les industries ne sont-elle pas encore au stade ultime, mais ont vocation à y arriver dans les prochaines années. La formation d’oligopoles se poursuivra donc dans les années à venir. Le règne des titans de l’industrie mondiale est proche.

C’est l’histoire de la venue de ce règne que nous vous proposons dans ce texte, en montrant l’impact du processus de concentration mondiale du capital sur les salariés et le changement du rôle des États qu’il induit.
1. Le processus séculaire de concentration du capital

Depuis la fin du XIXème siècle, les États-Unis ont connu quatre vagues de concentration du capital. En Europe, elles sont moins accentuées jusqu'aux années 1960 à partir desquelles la construction du marché unique favorise une convergence des mouvements de concentration nationale du capital. Il faut cependant attendre les années 1990 pour que la concentration du capital présente pour la première fois des caractéristiques voisines dans l’ensemble des pays de la triade, reflétant la mondialisation du capital et la mise en œuvre de stratégies globales par les firmes.
1.1. La concentration nationale du capital (1883-1970)

On peut distinguer trois vagues de concentration nationale du capital entre 1883 et les années 1970 : la première se situe à la fin du XIXème siècle, la seconde à la fin des années 1920 et la troisième à la fin des années 1960.

La première vague de fusions, acquisitions commence aux États-Unis avec la fin de la grande dépression de 1883 et se clôture avec la dépression de 1904. En Allemagne et aux États-Unis se développent alors de nouvelles formes d’organisation d’entreprise caractérisées par l’apparition de la « grande entreprise » issue du progrès technique. Stigler (1950) estime que la motivation principale des fusions, acquisitions est alors d’acquérir un pouvoir de monopole sur le marché national. Sur les 92 plus grosses fusions étasuniennes de cette époque, 78 aboutissent à un contrôle de plus de la moitié du marché domestique étasunien. Elles réunissent de nombreuses petites entreprises dispersées sur le territoire étasunien au sein de grosses entreprises qui couvrent la totalité du pays. Au terme de cette première vague, 318 entreprises contrôlent 40% de l’ensemble des actifs industriels étasuniens. Elle a touché directement 15% des salariés de l’industrie (Coutinet et Sagot-Duvauroux, 2003, p.20).

Entre 1916 et 1929, une nouvelle vague d’acquisitions, interrompue par la Première Guerre mondiale, intervient essentiellement dans le secteur énergétique et prend fin lors de la crise des années 1930. La vague des fusions, acquisitions des années 1920 n’a pas eu d’impact remarquable sur le degré de monopolisation du marché étasunien en comparaison avec la vague précédente. En effet, la vague de la fin du XIXème siècle avait épuisé en partie les possibilités de regroupement et avait vu l’émergence de structures monopolistiques caractérisées par des concentrations horizontales. A l’opposé, les années 1920 virent apparaître des structures oligopolistiques issues de fusions verticales et « conglomérales ». Ainsi, la majeure partie des fusions, acquisitions réalisées à cette époque ont donné naissance à des holdings de forme pyramidale. Ne disposant pas en propre des moyens techniques d’exploitation détenus par les sociétés contrôlées, elles se sont effondrées en cascade lors de la crise de 1929 (Mucchielli et Kohler, 2000). En Europe, seule l’Angleterre est réellement touchée par cette vague.

La fin des années 1960 fut le témoin de la troisième vague de nature « conglomérale ». Aux États-Unis, le Celler-Kefauver Act de 1950 permet aux autorités fédérales de rendre illégale une fusion qui accroît la concentration sur le marché. Les entreprises développent alors des stratégies de croissance externe fondées sur des fusions « conglomérales » avec l’objectif de diversifier les risques et de réaliser des synergies, notamment en matière de marketing. La formation de conglomérats est donc encouragée par la professionnalisation du management des firmes et le développement de la théorie « managériale » (Coutinet et Sagot-Duvauroux, 2003, p.31). A la même époque en Europe, le temps est aux fusions horizontales destinées à permettre aux firmes d’acquérir la taille nécessaire pour affronter le nouveau marché européen.

L’arrivée au pouvoir de l’administration Reagan en 1981 marque un relâchement des dispositions antitrust étasuniennes qui, conjugué aux innovations de l’ingénierie financière, à la déréglementation des marchés financiers d’abord aux États-Unis, puis dans les autres pays de la triade, facilitera l’explosion de la mondialisation du capital.
1.2. La mondialisation du capital (1980- …)

Les fusions, acquisitions reprennent à un rythme soutenu pendant les deux dernières décennies du XXème siècle. Elles touchent la majorité des pays développés et présentent des caractéristiques analogues d’un pays à l’autre : recentrage sur les activités principales. En jouant sur les synergies et les complémentarités, en investissant dans la haute technologie, ce recentrage va réduire le nombre des conglomérats industriels dans les années 1980, mais fortement augmenter les oligopoles industriels mondiaux dans les années 1990, par le jeu des fusions, acquisitions transnationales et des alliances stratégiques.

La vague de fusions, acquisitions transnationales de la dernière décennie du XXème siècle présente plusieurs caractéristiques spécifiques. La plus évidente tient certainement à l’envergure et au rythme des fusions, acquisitions transnationales. La valeur de ces opérations dans le monde a plus que quintuplé entre 1990 et 1999, passant de 153 milliards de USD en 1990 à 792 milliards de USD en 1999. La plus grande partie de cette augmentation en valeur est maintenant imputable aux fusions, acquisitions transnationales de grande envergure : les méga-fusions. Elles représentent 67% de la valeur de toutes les fusions, acquisitions transnationales dans le monde en 1999 (OCDE, 2001, p.18). Bien que dans des proportions moins spectaculaires, on constate la même tendance dans le nombre de fusions, acquisitions transnationales ; celui-ci a été multiplié par 3 au cours de la période passant de 2572 en 1990 à 7242 en 1999 (OCDE, 2001, p.17). Si de nombreuses fusions, acquisitions transnationales continuent d’être conclues dans les secteurs manufacturiers, près de 60% d’entre-elles conclues en 1999 concernaient le secteur des services, dont les télécommunications, les services financiers et les services aux entreprises. Elles sont principalement réalisées par des firmes d’un petit nombre de pays de l’OCDE : les États-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas dont les firmes sont responsables de 62% des fusions, acquisitions transnationales au cours des années 1990. Toutefois, la vague actuelle des fusions, acquisitions transnationales s’étend à des firmes d’autres pays de l’OCDE, comme le Japon et la Corée du Sud. En outre, elles impliquent de plus en plus des firmes de pays ne faisant pas partie de l’OCDE comme la Chine, l’Argentine et le Brésil (OCDE, 2001, p.10-11). Enfin, la proportion de fusions, acquisitions transnationales horizontales réunissant des firmes concurrentes a augmenté fortement, atteignant 70% de la valeur des fusions, acquisitions transnationales en 1999. Elles sont à l’origine de la formation d’oligopoles mondiaux dans chaque industrie.

Ayant atteint un niveau record en 2000, les fusions, acquisitions transnationales ont connu un ralentissement, mais la CNUCED (2001) prédit que ces fluctuations masquent une tendance séculaire à la hausse, comme nous le verrons, d’autant plus qu’elles s’accompagnent d’alliances stratégiques. Cette vague actuelle de concentration mondiale du capital repose sur la mise en œuvre d’une stratégie globale de la part des firmes.
1.3. La stratégie globale des firmes

Dans les années 1980, plusieurs nouvelles stratégies ont été combinées par les firmes : fusion des stratégies de marché et de rationalisation de la production ; stratégie technico-financière fondée sur le montage d’opérations complexes exigeant une forte ingénierie technique et financière ; alliances entre firmes jetant les premiers jalons d’une stratégie globale d’intégration mondiale de la production. C’est dans les années 1990 que les firmes vont alors globaliser leur stratégie.

Une firme mène une stratégie globale, lorsque simultanément elle : a une vision mondiale des marchés et de la concurrence ; connaît bien ses rivaux (la concurrence n’étant pas anonyme et créant une interdépendance entre les firmes) ; a le pouvoir de contrôler ses opérations dans l’espace de la triade et maintenant du monde ; se comporte comme un joueur global (sa survie étant mise en jeu par une concurrence aiguë dans les oligopoles mondiaux) ; concurrence mondialement les autres firmes pour l’accès aux ressources ; opère dans des industries de haute technologie et/ou y recherche des actifs porteurs d’innovation à l’échelle globale ; localise ses activités là où elles sont les plus rentables suivant les avantages comparés offerts par les pays ; a des activités coordonnées à l’aide des nouvelles techniques de l’information et de la communication et des techniques de production flexibles, créant de la valeur ajoutée dans de nombreux pays et intégrées en chaîne de valeur internationale ; organise ses usines et filiales spécialisées en un réseau flexible internationalement intégré et s’intègre dans un réseau d’alliances stratégiques avec d’autres firmes menant-elles aussi une stratégie globale (Andreff, 2003, p.50).

La stratégie globale des firmes ne se réduit donc pas à la présence dans plusieurs pays, elle est aussi une intégration organisationnelle : technique, financière, industrielle, commerciale, d’approvisionnement, de marché et de rationalisation de la production, simultanément à l’échelle mondiale.

C’est dans le cadre de cette stratégie globale que les firmes réalisent leurs fusions, acquisitions transnationales qui favorise un processus de concentration mondiale du capital. Ainsi, ce processus réuni des firmes dispersées sur des territoires nationaux différents au sein de titans de l’industrie qui couvrent la totalité du monde. Ces titans obtiennent alors un pouvoir de marché en aval (monopole) et/ou en amont (monopsone) à l’échelle mondiale dans leur industrie. Ils sont aujourd’hui les acteurs les plus puissants du système capitaliste mondialisé, comment en sont-ils arrivés là ?
2. Le processus de concentration mondiale du capital : naissance des titans de l’industrie

Depuis 25 ans, au sein de l’industrie mondiale, chaque industrie vit son propre rythme de concentration mondiale du capital. Pour l’instant chaque industrie se trouve à l’un des quatre stades du processus : stade de l’ouverture, stade de l’accumulation, stade du recentrage, stade des alliances (Tableau n°1). Mais, elles ont toutes vocation à atteindre le stade le plus élevé de concentration mondiale du capital dans les prochaines décennies. Sur une base de données de 25000 firmes, c’est Deans et al. (2003) qui ont mis en évidence les 4 stades fondés sur l’indice de concentration mondiale du capital de chaque industrie (part du marché mondial des trois leaders de l’industrie). Par le passage des firmes au travers de ces stades, c’est une véritable dynamique qui s’est mise en marche à la fin du XXème siècle.

Tableau n°1 : Les stades de concentration mondiale du capital par industrie

au début du XXIème siècle

Stade de l’ouverture

Stade de l’accumulation

ICM

Industries

ICM

Industries

10%

















25%


Chemin de fer

Service postal

Télécommunications

Services à l’industrie

Textile

Distributeurs d’électricité

Industrie du jeu (Casino)

Construction

Industrie du vêtement

Agences immobilière

15%























40%

Banques

Grande distribution

Compagnies aériennes

Industrie chimique

Industrie pharmaceutique

Équipementiers automobiles

Chaînes d’hôtel

Magasins de prêt à porter

Distribution de gaz naturel

Restaurant et « fast food »

Industrie du papier

Brasserie

Transport et fret

Stade du recentrage

Stade des alliances

ICM

Industries

ICM

Industries

40%



























70%

Sidérurgie

Industrie agroalimentaire

Industrie automobile

Caoutchouc et pneumatiques

Industrie du jouet

Industrie laitière

Industrie des biens d’équipement

Verrerie

Édition

Industrie du charbon

Poids lourd

Fournisseurs de l’aérospatiale

Aviation civile et militaire

Chantiers navals

Industrie des spiritueux

65%

















90%

Boissons gazeuses

Industrie de la chaussure

Machine agricole

Industrie du ciment

Métallurgie

Industrie de l’aluminium

Industrie pétrolière

Industrie du tabac

Électronique

Aérospatiale et défense
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