Appel à communications du gt 44 «Justice sociale et sentiments d’injustice»





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Appel à communications du GT 44 « Justice sociale et sentiments d’injustice »

Congrès d’Amiens, AFS juillet 2017

Politisation de la justice sociale

Le GT 44 en résumé

Le GT 44 a pour vocation de réunir les doctorants, les enseignants-chercheurs et les chercheurs en sciences sociales qui travaillent à titre principal sur la justice sociale, ou qui rencontrant cette thématique via d’autres objets et d’autres interrogations et qui souhaitent contribuer à la construction d’un champ sociologique et empirique sur cette question. Après sa constitution lors du congrès de Paris en 2009, le GT s’est structuré autour de l’idée qu’il y avait la place pour un questionnement transversal sur la justice sociale dans l’ensemble des champs spécialisés couverts par la discipline, ce qui autorise de fructueuses collaborations avec différents RT sur des problématiques initialement liées à la sociologie urbaine, de l’environnement, des inégalités, du travail, du genre, de l’éducation, de la jeunesse ou encore à la sociologie morale et politique. A cette occasion, nous avons réalisé un croisement entre la question de la justice sociale et celle de « Violence et Société ». En 2011, nous avons travaillé sur les nouveaux champs « Création et innovation » en ce qui concerne la Justice Sociale puis, en 2013, sur les logiques de domination (« Les dominations »). Lors du congrès de 2015 à Saint-Quentin-en-Yvelines, qui proposait de réfléchir à la sociologie en tant que discipline « contre » nature, les membres du GT ont traité les logiques de naturalisation/dénaturalisation des injustices sociales, les formes d’action publique et de transformation sociale qu’implique la notion de justice sociale, avec une plus grande ouverture internationale et comparative sur le sujet, motivée par les avancées de la sociologie de la justice sociale hors hexagone. Cet échange a été si productif que les discussions démarrées lors du Congrès ont continué l’année suivante avec un colloque international en 2016 (2-5 septembre, château-refuge de Mirandol, Lot).
Pour le congrès d’Amiens
Lors du congrès d’Amiens, nous capitaliserons sur huit années de fonctionnement du GT 44 pour nous structurer plus avant, dans un vaste champ de recherche aux méthodologies et approches très diversifiées. Les théoriciens de la justice sociale ont pluralisé les cadres du jugement moral, distinguant notamment entre différents régimes d’action ou référentiels de justice. La justice sociale renvoie à un ensemble varié de principes de répartition des biens et des charges, souvent contradictoires entre eux. Bien souvent, les travaux à son sujet cherchent à opérer des choix ou des ordonnancement parmi ces principes, ou encore, lorsqu’ils sont plus empiriques, à observer comment les acteurs sociaux ordinaires gèrent cette pluralité ou établissent entre ces principes des ordres de priorité (Elster, 1992).

En posant la question du pouvoir, on ne peut ignorer le contexte  social actuel, tant à l’échelle nationale qu’internationale, marqué par une exacerbation des inégalités et une radicalisation des crises sociales et politiques qui leurs sont liés. Celui-ci invite alors à accorder une attention particulière à la question de l’égalité : comment est-elle définie par les acteurs, comment est-elle mobilisée politiquement comme support de demandes sociales ou comme logique de résistance au pouvoir ? Comment, dans le cadre des rapports de pouvoir qui tissent le social, la violation d’un principe d’égalité est-il négocié, imposé ou justifié ?

Nous voulons sociologiser et politiser les questions de justice sociale, en les reliant aux logiques de pouvoir qui œuvrent dans nos sociétés et au sein des groupes sociaux entre eux. Nous souhaitons les rendre en quelque sorte à la société dont elles sont issues, dans des contextes historiques, institutionnels, organisationnels et des milieux sociaux, où elles ont des conséquences politiques en termes d’engagements ou de réformes. Nous entendons prendre la mesure de cet enchâssement du moral dans le social et dans le socio-politique en interrogeant le lien avec les mouvements sociaux, l’action publique et les représentations politiques et religieuses, sur le plan national et international, dans une perspective à la fois théorique et surtout empirique.
Petit état de l’art
Paradoxalement, alors qu’elle correspond à une aspiration omniprésente dans nos sociétés, la justice sociale est un objet récent de la sociologie. En termes généraux, elle, peut être définie comme l’une des composantes de la justice et de ce fait comme une construction à la fois morale et politique, individuelle et collective, de ce qui est juste en termes de droits, mais aussi de distribution et de redistribution des avantages et des ressources de la société (ONU 2014). Cette distribution doit aussi prendre en compte les malus et les désavantages sociaux, qu’ils soient matériels ou symboliques, économiques ou sociaux (distribution des revenus, d’actifs divers, d’accès au travail ou à des prestations sociales, à la connaissance, au pouvoir, ou de passifs comme les lieux contaminés, la pauvreté, etc.) dans la loterie naturelle et sociale (Guillermina Jasso, 2015). Cette définition a bien sûr été complétée au-delà de sa portée universaliste dans le cadre des débats utilitaristes, libéraux, libertaires, marxistes, communautaristes (Will Kymlicka, 1999), féministes ou postcoloniaux (Nancy Fraser, 1995 ; Iris Marion Young, 1990). Cette première dimension de la justice sociale doit en outre être complétée par une dimension procédurale, qui a trait aux règles qui régissent la répartition des (dés)avantages au sein de la société, particulièrement la neutralité dans les règles de répartition mais aussi l’égalité et la non-discrimination dans le traitement (Jonathan Turner, 2007 ; Tom Tyler, 2006).
Quelle politisation de la justice sociale ?
Le rapport entre pouvoir et justice sociale est ambivalent car l’appel à la justice sociale peut à la fois servir à la dénonciation ou à la légitimation des inégalités et de l’ordre social. En France comme ailleurs, dans l’après-guerre, la justice sociale est l’apanage d’un Etat social, garant des droits sociaux et de la protection sociale via un rapport salarial encadré (Robert Castel, 1995 ; Supiot, 2010). A la faveur de la sortie de la guerre froide, la justice sociale a été repensée in abstracto (John Rawls, 1971), mais du point de vue de l’action publique. Depuis une trentaine d’années, au niveau international, des développements empiriques ont constitué un corpus théorique et appliqué très ample et spécialisé, avec par exemple des économistes travaillent sur la justice distributive (John Roemer, 1996 ; Norman Frohlich, Joe Oppenheimer, 1990), ou des psychologues sur les orientations du jugement individuel et collectif (Clara Sabbag, 2001 ; Stefan Liebig, 2001).

Cependant, sur le plan normatif et idéologique, les aspects individuels ont prévalu sur les aspects collectifs, dans le cadre d’une révolution néolibérale et du démantèlement de collectifs institués et aussi des catégories de pensée du collectif (Luc Boltanski, 2013). John Rawls a essayé de bâtir un édifice équilibré entre les principes de justice individuels et collectifs, qui semble remis en cause par l’accroissement de la différenciation sociale. En effet, la justice sociale pâtit moins d’une poussée de « passions égalitaires » propres à la démocratie (Alexis de Tocqueville) que du renforcement de l’intérêt privé sur l’intérêt général, avec une concentration rare du capital et la pression montante d’un pouvoir oligarchique sur les institutions démocratiques (élections, presse, politiques publiques, recherche…). Si l’on ne veut pas « accorder au factuel la force du normatif » mais au contraire « accorder à la normativité de l’agir social la force du factuel » (Axel Honneth, 2013), il reste à sociologiser les faits du point de vue des références, révérences et aspirations des acteurs à la justice sociale. Le lien avec les acteurs sociaux en général, et les mouvements sociaux ou les luttes émancipatrices en particulier, reste peu visible, quand il n’est pas négligé.

Nous nous proposons donc lors du congrès d’Amiens, au sein du GT 44 « Justice sociale et sentiments d’injustice », de réfléchir aux différents liens que la sociologie peut tisser entre les problématiques de la justice sociale (notamment sous l’angle du principe de l’égalité, mais aussi de la tension entre individu et collectif) et du pouvoir, tel qu’il se manifeste au travers des conflits idéologiques, des luttes sociales et des tentatives de réforme.

Trois axes peuvent être envisagés

  1. Egalité et différences : Comment des entrepreneurs de cause religieux ou politiques s’emparent de la revendication d’égalité ? La différenciation sociale pourrait renvoyer dos à dos le solipsisme du sujet libéral et le communautarisme, qui peine à trouver des acteurs progressistes, même si son argumentation sur le lien social résonne agréablement aux oreilles des sociologues (Michael J. Sandel, 2009). Quelles sont les inflexions idéologiques sensibles du discours des acteurs ? La justice sociale est-elle synonyme de demande universaliste d’égalité, dans une tradition des Lumières soucieuse de vérité, de modernité et d’universalité (Daniel Bensaïd, 2010), d’un double point de vue légal et social, ou un multiculturalisme postmoderne ou postcolonial a-t-il fragmenté les aspirations au nom de l’affirmation et/ou du respect des différences (Stuart Hall, 2007) ?




  1. Egalité et domination. Les mouvements sociaux sont-ils porteurs d’une alternative juste à l’ordre social ? On interrogera ces mouvements aussi bien à l’aune de la conscience que de l’empowerment, des droits sociaux, de la reconnaissance, de la redistribution des richesses, de l’inclusion ou de l’exclusion sociale, de l’expressivité et de l’émotion sociale, des formes de luttes sans revendications formulées… Quels sont leurs rapports avec le pouvoir et quels usages ont-ils de la notion de justice sociale ? Les grassroots struggles tendent à être canalisés pour emprunter une voie légale qui décourage leurs participants (Isaac Balbus, 1977). Or ils peuvent puiser au contraire leur inspiration dans un registre étranger à l’ordre social : ainsi, mouvements ouvriers ou mouvements communautaires indiens ignorent plus ou moins la propriété privée (Karl Marx, 1871 ; Loretta Capeheart, Dragan Milovanovic, 2007). Inversement, les acteurs dominants font aussi usage de la justice sociale afin de légitimer leur position et de décourager la contestation (Boltanski, 2009). On a pu défendre aussi, dans une perspective foucaldienne, que les aspirations populaires au mieux vivre sont non seulement compatibles avec l’ordre social mais qu’elles s’accommodent des pires dérives liberticides, dans leur besoin « d’inclusion sociale » (Béatrice Hibou, 2013), sorte d’appétit égoïste ou d’intérêt bien compris, ou encore de culture politique déficiente en sens civique. Dès 1983, Michel Foucault, adepte d’une émancipation subjective à forte résonance individuelle, juge les mouvements sociaux en souffrance « de ne pas trouver un principe sur lequel fonder l’élaboration d’une nouvelle morale » (cité par Philippe Corcuff, 2012). Qu’en est-il aujourd’hui ?




  1. Egalité et démocratie. L’action publique égalitariste est-elle démocratique et la démocratie est-elle égalitariste ? La question du domaine et des voies d’application de l’égalité en tant que forme de justice sociale est classique : fondée « en nature » par des besoins, mais troublée par des « désirs » ou appétits sociaux instables (selon Platon) ; intrinsèquement politique et reposant sur une qualité morale, l’« amitié civique », motivée et actualisée par nos différences (selon Aristote), l’égalité s’applique à des strates plus ou moins larges de citoyens et de façon plus ou moins autoritaire (Sophie Guérard de Latour, 2001). On évoquera notamment les formes d’individualisation méritocratique, de discriminations (positives et négatives), de clientélisme, de lobbying, d’autoritarisme égalitaire, de compromis sociaux, de tentatives d’imposition du capital… ou encore les politiques d’abandon de populations livrées à elles-mêmes, sans oublier les violences d’Etat tournant le dos à toute forme de justice sociale pour défendre des intérêts particuliers. Avancées ou régressions ?

Bibliographie

Isaac Balbus, 1977, The dialectic of Legal Repression. Black Rebels before Americans, New York, Russell Sage.

Daniel Bensaïd, 2010, Une radicalité joyeusement mélancolique, Textes rassemblés par Philippe Corcuff, Paris, Textuel, 220 p.

Luc Boltanski, 2013, « Inégalités et classes sociales. Quelles entités pour quelles sociologies ? », in Julia Christ, Florien Nicodème dir., Injustice sociale. Quelles voies pour la critique ? Paris, PUF, coll. Pratiques théoriques, 252 p.

Luc Boltanski, 2009, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard.

Loretta Capeheart, Dragan Milovanovic, 2007, Social Injustice, Londres, Rutgers University Press, 257 p.

Robert Castel, 1995, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Fayard, coll. L’espace du politique, 490 p.

Philippe Corcuff, 2012, « Individualités, domination et émancipation : dialogue critique entre Michel Foucault et Pierre Bourdieu », Où est passée la critique sociale ? Paris, La Découverte, coll. Bibliothèque du MAUSS, p. 245.

John Elster, 1992, Local Justice : How Institutions Allocate Scarce Goods and Necessary Burdens, New York: Russell Sage Foundation.
Nancy Fraser, 1995, « From Redistribution to Recognition? Dilemmas of Justice in a Postsocialist Age », New Left Review nº 212, pp.68-93.
Norman Frohlich, Joe Oppenheimer, 1990, « Choosing justice in experimental democracies with production », The American Political Science Review, 84, pp. 461–477.
Stuart Hall, 2007, Identités et cultures. Politiques des cultural studies, Paris, Editions Amsterdam, 327 p.

Béatrice Hibou, 2013, « Injustice et domination. De quelques figures concrètes de la justice sociale », in Injustice sociale. Quelles voies pour la critique ? op. cit..

Axel Honneth, 2013, « Des luttes perdues dans Le Capital. Essai de correction normative de la critique marxienne de l’économie », in Julia Christ, Florien Nicodème dir., Injustice sociale. Quelles voies pour la critique ? op. cit.

Sophie Guérard de Latour, 2001, La société juste. Egalité et différence, Paris, Armand Colin, 190 p.

Guillermina Jasso, 2015, « Thinking, Saying, Doing in the World of Distributive Justice », Social Justice Research n°28, pp.435-478.

Will Kymlicka, 1999, Les théories de la justice. Une introduction, Paris, La Découverte, 1999.

Stefan Liebig, 2001, “Lessons From Philosophy? Interdisciplinary Justice Research and Two Classes of Justice Judgements”, Social Justice Research, vol. 14, N°3, Septembre 2001, pp.265-287.

Karl Marx, 1871, La guerre civile en France. Adresse du conseil général de l’AIT, Londres, 35 p.

ONU, 2006, Social Justice in an Open World. The Role of the United Nations, New York, ONU

John Rawls, 1971, A Theory of Justice, Harvard, Harvard University Press.

John E. Roemer, 1996, Theories of distributive justice, Cambridge, MA, Harvard, University Press, 1996.
Clara Sabbagh, 2001, “A Taxonomy of Normative and Empirical-Oriented Theories of Distributive Justice. », Social Justice Research, 14 (3), 237-263.

Michael J. Sandel, 2009, Justice. What’s the right thing to do ?, New York, Farrar, Straus and Giroux, 308 p.

Alain Supiot, 2010, L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total, Paris, Seuil.
Jonathan Turner, 2007, « Justice and Emotions, Social Justice Research », 20, pp.288–311.
Tom R. Tyler, 2006, Why people obey the law, Princeton, N.J., Princeton University Press.
Iris Marion Young, 1990, Justice and the Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press.

Les propositions de communications (1500 à 5000 signes espaces compris) sont à envoyer pour le 20 janvier 2017 aux adresses suivantes :

ivan.sainsaulieu@unil.ch

ebarozet@uchile.cl

david.melo@univ-smb.fr

regis.cortesero@gmail.com

sarah_ms2@yahoo.com

La sélection des communications sera officialisée le 28 février 2017.


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