Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»





télécharger 243.72 Kb.
titreCours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»
page5/7
date de publication02.10.2017
taille243.72 Kb.
typeCours
e.20-bal.com > droit > Cours
1   2   3   4   5   6   7

Le paradigme essentialiste



Le paradigme essentialiste met l'accent sur les différences entre des entités culturelles essentielles ou primordiales, considérées comme plus ou moins immuables, éternelles. Leur cohabitation dans la mondialisation est alors vue comme conflictuelle. On peut distinguer trois variantes de ce paradigme.
Dans sa première variante, Le paradigme essentialiste est celui énoncé par Samuel Huntington dans Le Choc des civilisations17. Selon ce politologue américain, la dynamique de la politique mondiale dépend de plus en plus de facteurs culturels. Elle consiste en un affrontement entre six grandes civilisations dont il postule l'existence. Parmi celles-ci, la civilisation occidentale est dominante, bien qu'elle accuse un certain déclin. Les relations internationales sont donc envisagées sons un angle hobbesien, car selon Huntington, « le conflit est universel. Haïr fait partie de l'humanité de l'Homme»18. Et le conflit majeur est et sera celui qui oppose l’Occident aux civilisations chinoise et musulmane. II est inutile, ici, de développer cette thèse qui a fait couler tant d’encre, et qui pêche par de nombreux défauts épistémologiques, tels que la définition même des civilisations et le présupposé de leur affrontement. En revanche, il est intéressant de remarquer que le paradigme essentialiste associe la pensée d'Huntington à d’autres thèses. On peut constater, de façon paradoxale, que l’affrontement entre les cultures est au cœur des fondamentalismes - ceux-là mêmes qu'Huntington désigne comme “l’ennemi”. En effet, les fondamentalismes, qu'ils soient chrétiens, bouddhistes ou musulmans, consistent en la construction d'une idéologie par identification du comportement des individus et de la société aux normes dérivées de la loi de Dieu, celle-ci étant interprétée par une autorité bien précise19. Les fondamentalismes édifient en cela des frontières entre les religions, de la même façon qu'Huntington en propose entre les civilisations.
Le paradigme essentialiste, dans une deuxième variante, est une vision également partagée par les néonationalismes, par exemple celui des mouvements américains tels que la Milice, Wise Use, ou les partis populistes européens de droite extrême qui opèrent un repli non sur la religion mais sur la nation20. Sur Le plan théorique, le nationalisme est justifie par des thèses diverses, par exemple celles d’Anthony Smith pour qui la nation est historique et porteuse d'un sens profond que la mondialisation culturelle ne pourra effacer21.
Enfin, et ceci constitue une troisième variante, le paradigme essentialiste englobe les mouvements neocommunautaristes pour lesquels l'unité fondamentale n'est ni la civilisation, ni la nation, mais l’ethnie, ou pour certains, « le local ». On peut citer comme relevant de cette catégorique des groupements très divers, allant des mouvements de défense des -« peuples premiers », à des organismes révolutionnaires, tels le mouvement zapatiste, emblème de la lutte altermondialiste. Cette variante du paradigme, en effet, fait l’objet de développements théoriques abondants produits par le mouvement altermondialiste, particulierernent par un courant de l'économie du développement appelé « l'après-développèrent », et qui, dans le langage journalistique du quotidien, est plus familièrement désigné comme le mouvement pour la « décroissance ». Ce courant prône la lutte contre l'hégémonie capitaliste et occidentale (l'hégémonie économique étant assimilée a une domination culturelle de l’Occident), ainsi que le refus du développement perçu comme manifestation de cette hégémonie et comme destructeur de l’environnement. Les « décroissants » préconisent le retour aux curures traditionnelles (au sens de la tradition des « peuples traditionnels », ainsi qu'a un mode de vie « convivial », ce qui est une référence aux écrits d'Ivan Illich22. Ce changement radical implique une « sortie de l'économie » et le passage à un mode de vie radicalement différent, un mode de vie « traditionnel », centré sur le « local », en dissidence par rapport au système mondial. Le local est conçu comme le seul niveau pertinent de la vie sociale pour l'avenir, et le projet décroissant est un projet ou de petites sociétés vivant en autarcie pourraient à la fois laisser libre cours à l’expression de leurs particularités culturelles (ce que Serge Latouche appelle le " pluriversalisme ») et vivre dans le respect de la nature, en réduisant au strict minimum vital leur empreinte écologique. Les auteurs phares de la décroissance sont Serge Latouche, Emmanuel N'Dione, Majid Rahnema, Teddy Goldsmith et bien d'autres23...
Le point commun à ces trois variantes du même paradigme est qu’elles survalorisent la dimension culturelle de la mondialisation. L’unité de référence, civilisation, nation, ethnie ou culture traditionnelle, y est présentée comme une unité de résistance, dernier rempart de la lutte contre la mondialisation, celle-ci étant perçue comme un danger menaçant leur « pureté »... La critique de ce paradigme est aisée : le découpage des civilisations, l’affirmation du caractère immuable des nations, ou de la pureté des sociétés traditionnelles n’ont aucun fondement scientifique. Même si le concept de civilisation est intéressant, son application concrète s’avère très délicate, forcément approximative, et finalement peu scientifique. Quant aux nations, l’histoire demontre aisément leur caractère daté et contingent24, caractère qui peut aussi s’appliquer parfois aux ethnies25. Enfin, les auteurs de la décroissance, ne sauraient définir ni la « tradition » ni « l’Occident ». Mais ils les considèrent pourtant comme des ennemis irréductibles et font de l'Occident la cible de leurs critiques ou la cause de tous les maux engendrés - selon eux - par la mondialisation... Leur meilleure définition de ces concepts, faute de mieux, est certainement la pirouette par laquelle Serge Latouche, certainement rompu à cette critique, explique que Iorsqu'un paysan vietnamien boit du coca-cola dans sa rizière, il est occidental, alors qu’un Occidental, lorsqu' il est attaché à sa terre et à ses « traditions » (par exemple un Breton comme lui), peut être « traditionnel »26!
Enfin, le paradigme essentialiste peut servir des intérêts politiques évidents, de nature generalernent belliciste. En exaltant les différences, car les nations/ethnies/cultures sont toujours considérées comme « pures » et « immuables » - on ne pense pas l'acculturation ni la mixité dans ce paradigme, ou alors elles y sont forcèrent présentées comme destructrices. Ce paradigme, en appelant à la résistance contre une mondialisation que l'on prétend source d’hégémonie culturelle, de destruction des nations/ethnies/cultures, est susceptible de justifier toutes sortes de violences, d’archaïsmes et de racismes. En effet, il est la porte ouverte à un relativisme culturel qui pousse é l'extrême : au nom de la conservation de la pureté de la nation/ethnie/culture, on peut se livrer à des guerres contre l’Autre (quel qu'il soit), ou à la révolution contre le système mondial. Par ailleurs, il faut tolérer toute expression culturelle, même la plus barbare ou archaïque, car aucun principe universel, tel que les Droits de I'homrne, ne saurait exister : les Droits de l'homme sont d' ailleurs jugés comme des expressions (condamnables) d'une culture occidentale dominante, ennemie « des cultures »27... Et c' est en vertu de ce paradigme que l'on a vu, ces dernières années, les justices britannique, suédoise et canadienne condamner avec plus de clémence qu'a l’ordinaire les crimes d'honneur et autres méfaits, au motif qu'ils sont inscrits dans la « culture » de leurs auteurs, ou que certains anthropologues prennent la défense des mutilations sexuelles, « expression d'une culture traditionnelle »28...
A l'opposé des paradigmes universaliste et essentialiste, le troisierne paradigme de la mondialisation culturelle se veut plus pacifique.

1   2   3   4   5   6   7

similaire:

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\L’ideologie en économie elle existe car on a deux paragdigme principaux...

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\1 Le paradigme biologique introduction la naissance des sciences...
«transformisme» (les modifications des espèces sont dues à l’influence directe du milieu)

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\«Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux...
«Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux communaux collaboratifs») (3)

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Régularités et intégration du «techno-push» et du «demand pull» dans...
«techno-push» et du «demand pull» dans l’approche en terme de paradigme technologique et de trajectoire

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Du grand commerce caravanier а la mondialisation contemporaine :...

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Lieu : salle de réunion du Laboratoire Population Environnement Développement
«Le paradigme de la fragmentation urbaine approches critiques : E. Dorier et J. Farah.»

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Congrès Marx International V section Etudes Féministes Atelier 7...

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\La nouvelle societe du cout marginal zero. Que retenir pour une education...
«Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux communaux collaboratifs») (3)

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\«Ne prenons pas la terre pour une dinde ! A noël, réchauffons nos cœurs»
«Vivre autrement» sont l’initiative d’un collectif d’associations, mouvements et services chrétiens, 8 lors de la 1ère campagne de...

Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Le développement «humain» : un mot lourd de sens éthique et politique
«d’un chemin révolutionnaire»3 «d’une nouvelle vision du progrès humain» ouverts par le recours à ce paradigme






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com