Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»





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L’industrialisation : elle détruirait les formes d’économies antérieures, standardiserait les produits, les goûts et les technologies. La science et le rationalisme sont aussi des formes d'uniformité.

  • L'urbanisme : à la fois fruit de la perte d'identité culturelle et de la crise sociale. Elle aggraverait le déracinement culturel, la perte de valeur. On peut remarquer que dans ce facteur, Latouche oublie la dimension démographique qui a poussé les gens à se concentrer en ville.

  • Le nationalisme : l'État national, l'étatisation à grande échelle, a été imposé au monde entier et c'est pour lui la plus grande réussite de la domination occidentale, à travers l'obligation internationale d'avoir certaines techniques de pouvoir, de contrôle des populations, de techniques policières et bureaucratiques.


    La conséquence de ces 3 éléments est dramatique pour lui car ils « contribuent à une monstrueuse clochardisation du tiers-monde, un véritable phénomène de décivilisation ». La promesse de l'Occident conduit à l'indigence économique et culturelle des plus pauvres. Il conteste d'ailleurs tous les indicateurs du programme des Nations unies pour le développement (le PNUD) et prend les chiffres les plus catastrophiques.
    À la suite de ces 3 facteurs, il dégage un quatrième agent de domination, particulièrement actifs sur le tiers-monde : c'est l'idéologie du développement. En ce sens que, pour lui, la colonisation a précédé cette idée de développement, qui n’est qu'une idéologie de continuité de la domination du tiers-monde par l'Occident. Lorsqu'elle est reprise par les pays du tiers-monde eux-mêmes, la domination s'aggrave et détruit leur culture.
    Cela a pour conséquence l'uniformisation du monde, « le désir de copier les maîtres ». C'est le triomphe de l'Occident, qui n'est pas un triomphe de l'humanité mais sur l'humanité, “l'ethnocide” généralisé de toutes les cultures traditionnelles qui perdent leur sens. On se considère à travers l'Occident, et on se dévalorise à partir de cette constatation.
    Les critiques de ses théories ont été nombreuses, notamment sur l'existence d’autres dominations culturelles dans le monde. Argument auquel il répond que dans ces cas rares, il y a eu “acculturation positive”. Le cas de le l'Occident est différent car c'est la seule culture à avoir des effets aussi négatifs, détruisant toutes les autres cultures, l'Occident étant une “anti culture”. Latouche à une haine totale de l'Occident et pourtant, dans son ouvrage, il y a un petit espoir car selon lui, l'occidentalisation du monde est en train d'échouer :

    • Le développement a échoué, l'Occident ne pouvant pas tenir ses promesses.

    • Dans ses propres sociétés, l'Occident a échoué dans sa mentalité individualiste.

    • L'État-nation est en crise, voire en voie de disparition.

    • il existe de nombreux signes de résistance et de survivance : sociétés traditionnelles, contre-cultures, mouvements contestataires, des signes même de créativité culturelle, notamment en Afrique (il a longuement étudié la notion d'économie grise).


    Cependant, il s'agit plus d'un syncrétisme que d’une acculturation. Il admet lui-même que certains éléments ont survécu à l'occidentalisation, qui ne peut plus alors être vue comme un destructeur total. Pour lui, il faut refuser l'occidentalisation culturelle, l'économie de marché, c'est-à-dire « décoloniser nos imaginaires du tout économique », avec comme objectif la décroissance dans le but de préserver la planète. Il ne ralliera d'ailleurs que très récemment cette doctrine écologiste. Enfin, il prône le retour aux cultures traditionnelles, qui selon lui sont plus solidaires, avec un retour certain des traditions, d'une société frugale, conviviale et féminine (c'est-à-dire éloignée de toute domination et de toute violence).
    Son projet politique est celui de la décroissance, c'est-à-dire de sortir du marché capitaliste. Ce discours a aussi un projet politique, une société, sans dominant ni dominé, fait de petites unités autonomes, autosuffisantes. C'est un principe anarchique c'est-à-dire sans élections, sans État, proche du projet marxiste et anarchique. Il va tempérer son rejet de l'Occident dans son dernier livre.
    Les critiques ont été nombreuses :


    • Notamment sur sa définition de l'Occident qui est assez flou, fuyantes, échappant à toute catégorie. Il l'admet lui-même, l'Occident est « un monstre, une machine vivante dont les rouages sont des hommes [...] qui auraient mis l'humanité à son service, dans une course folle et aveugle [...], avec pour objectif de détruire le tissu social et les cultures non-occidentales ». Sa définition se fait à travers des éléments disparates comme la géographie (le nord, nord-ouest), la religion (la chrétienté), la philosophie (philosophie des lumières, démocratie et droits de l'homme, valeur non universaliste mais plutôt impérialiste). Pour lui, « l'Occident règne par un terrorisme effroyable et grotesque ». C'est un discours de la philosophie postmoderne. L'Occident, c’est le capitalisme, une anti culture qui détruit et corrompt tous ce qu'elle touche, et à laquelle aucune civilisation ne peut échapper. Partant de là, l'Occident peut être vu à la fois partout et nul part, c'est une idée flottante plus qu’une entité visible. L'Occident est voué à l'échec car il n'a offert au monde que le bien-être matériel et la technologie. Ce n'est pas rien mais ce n'est pas assez.




    • Sur sa vision discutable car très anti occidental et manichéenne : l'Occident serait le mal et les sociétés traditionnelles le bien. La tonalité du discours, très enflammé, prône le changement radical de société, une sorte de révolution mais plus individuelle et culturelle que collective.




    • Il ne remet jamais en cause le dogme de la domination de l'Occident, alors que certains experts comme Manuel Castells, sociologue américain, remarque que certains pays, autrefois dominés par l’occident, viennent aujourd'hui contester ce leadership occidental (on peut penser aux BRIC). On peut opposer à Latouche les travaux des anthropologues classiques. Lui ne cite toujours que le même anthropologue et ignore l'acculturation, qui n'est pas à sens unique. Latouche ne voit que destruction de la part de l'Occident. Et pourtant, dans La planète des naufragés, sur les systèmes d'économie grise en Afrique, on peut y voir des phénomènes d'acculturations qui sont en contradiction avec sa théorie.




    • Le concept de société traditionnelle est aussi assez flottant chez Latouche qui ne définit pas la tradition. Notamment sur le fait de savoir quelle tradition représente une culture et surtout à quel moment d'histoire. Chez les sociologues et les anthropologues, la société traditionnelle c'est celle qui n'évolue pas mais qui se reproduit. La tradition est toujours une construction sociale. Il est très dur de savoir alors quel peuple, et à quels moments de l'histoire, serait plus dépositaires d'une tradition plutôt qu'un autre.




    • Son tableau très pessimiste est souvent dû à son combat politique, sans parfois démontrer les choses scientifiquement. Son discours relève souvent du culturalisme excessif c'est-à-dire l'idée qu'il y aurait des cultures pures, figé. À partir de là, on refuse le métissage, les mélanges de culture. Cette pensée pose problème car à l'excès, elle amène une double forme de racisme : racisme contre l'Occident et racisme inversé contre les sociétés dites traditionnelles, car en postulant qu’elles sont meilleures et qu'il faut y revenir, on n'en arrive à vouloir conserver ses cultures et même les enfermer (par exemple dans les réserves d'Indiens), sans leur demander leur avis.

    Par exemple, dans The Post developement Reader, Majid Rahnema explique ce qu’il est bon de faire pour le bien de ces sociétés traditionnelles, qu’on sait le faire et qu’on devrait le faire. Autre exemple, beaucoup d'auteurs post développement critiquent la médecine moderne, qui pervertirait les cultures traditionnelles pour qui la mort a un sens spirituel et profond : Jean-Philippe Peemans explique qu'il ne faut pas soigner les petits enfants thaïs car la Thaïlande est habituée culturellement à perdre de nombreux enfants. C'est une sorte de « totalitarisme des bons sentiments ». En pratique, on a l'exemple d'une expérience qui a été fait dans les années 60 par les anthropologues indiens dans les îles Andaman. Ils ont préservé cette culture indigène pendant très longtemps, en interdisant l'accès, et aujourd'hui, avec l'augmentation de la population, le gouvernement a rouvert l'accès à ces îles : la cohabitation entre aborigènes, qui sont toujours à l'âge de pierre, et les nouveaux colons autorisés à s'installer, est grave et choquante au vu du fossé entre les deux.
    Latouche reste dans des schémas marxistes : une lecture de l'histoire où le facteur déterminant est l'économie, où le point de départ de la dépendance est celui de Wallerstein. Par contre, il veut une rupture avec cette lutte des classes. Il souhaite une révolution, plus précisément une résistance, une “décolonisation des esprits”. Révolution individuelle, car il ne croit pas au partis, qu'il juge inefficaces. On peut le rapprocher de Culture et barbarie européennes d’Edgar Morin ou de l'Empire de Hardt et Negri.
    Bilan
    Ces deux visions de l'unification du monde, par le marché ou par l'occidentalisation, sont très manichéennes. Ce sont des paradigmes qui prolongent la matrice binaire de la guerre froide. Ce sont des visions politiciennes appelant à l'action et la résistance (lorsque Barber écrit, il est engagé auprès de H. Clinton contre Bush, Latouche lui fait partie d'une O.N.G. altermondialiste).

    Ce paradigme de l'uniformisation est décrié par une grande majorité d’anthropologues et de sociologues, pour qui l'harmonisation est beaucoup plus complexe qu'un simple combat du bien contre le mal.
    2. Une approche plus positive : la perspective cosmopolitiste
    Ce paradigme ne se trouve pas dans le rejet mais dans l'aspiration à un monde unifié et pacifié, c’est-à-dire accomplissant l'unité du genre humain et le désir de paix. C'est un paradigme qui s'illustre très tôt dans l'histoire.
    Déjà dans la philosophie grecque avec le concept de Cosmopolis : la cité mondiale. Cela signifie être citoyen du monde. Les tenants de l'uniformisation refusent cette idée car pour eux l'universalisme est forcément “cannibale”1.

    Ce cosmopolitisme et même plus anciens. Les sumériens autour de 2700 avant Jésus-Christ avaient déjà essayé d'unifier le monde avec l'empereur Sargon 1er (certes par la conquête !). L'idée était d'unifier le monde dans une conception généreuse, sans rejeter aucun de ces sujets. Les sumériens ont inspiré les grecs.

    Ceux-ci ont eu, plus tard, une conception plus raffinée et plus pacifique, à l'époque notamment d'Alexandre le Grand qui était élève d'Aristote. Lorsqu'il essaie de réaliser un empire mondial, il veut réaliser l'unité du monde connu à son époque : esprit cosmopolite authentique car il veut fondre les différentes ethnies, créer une identité transnationale où chaque peuple est égaux et coexiste pacifiquement. Il a fait sienne cette proposition d’Isocrate selon laquelle on peu appeler « Grecs ceux qui ont en commun avec nous la culture, plutôt que ceux qui ont le même sang ».

    Il en résulte dans les faits une hellénisation de l'Orient jusqu'en Inde et en Égypte, mais en même temps une orientalisation de la Grèce en retour. Alexandra voulut fonder des villes sur le modèle grec partout dans le royaume, il obligeait les élites à parler plusieurs langues, il demandait aux soldats d'épouser les autochtones et de se conformer le plus possible aux coutumes des pays conquis.
    Autres théoriciens du cosmopolitisme, Zénon de Citium (335-264 avant J-C), père fondateur des stoïciens. Pour lui le cosmopolitisme est la communauté suprême réunissant tous les hommes et tous les dieux. Elle reposera sur l'idée que les individus sont guidés par la raison qui est universelle. Ce que souhaitent les hommes, c'est s'affirmé en tant qu'individu et tous participent à la raison universelle qui gouverne le monde, quel que soit leur ethnie. Tous les hommes sont donc égaux et ont des droits et devoirs identiques. On peut même en déduire une loi universelle. Il imagine un univers unifié où l'harmonie régnerait.
    Le cosmopolitisme a été un peu oublié chez les humanistes et on le retrouvera plutôt chez les utopistes comme Francis Bacon, La nouvelle Atlantide, La cité du soleil de Campanella, ou encore Thomas More dans Utopia.
    On le retrouvera au 18ème siècle avec les Lumières qui y réfléchissent : Kant, Voltaire, Condorcet, Franklin... Un texte résume parfaitement cet universalisme des Lumières, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, puisque elle se veut universaliste, rédigée pour tous les hommes, de toutes les époques, partout dans le monde.
    Au 19ème siècle, siècle des États-nations, l'universalisme se fait nécessairement un peu oublié. Reste cependant quelques auteurs qui se penchent sur la question comme Herbert Spencer, Karl Marx et Friedrich Engels (puisque dans leur philosophie de l'histoire, il y ait une fin avec la société communiste, universelle. À ceci près que c'est une version radicale violente du cosmopolitisme, avec aucune pitié pour certaines classes : les bourgeois, les paysans, les prolétaires les plus pauvres, certaines cultures traditionnelles qui sont dénigrées...).
    Aujourd'hui, le cosmopolitisme a deux images :

    • pour certains, il faut s'en méfier, car ce serait un prétexte à l'hégémonie, à la domination à travers de belles paroles.

    • Pour d'autres, le cosmopolitisme est authentique et prône véritablement l'unité du genre humain.


    Depuis les 2 guerres mondiales, on voit un certain retour du cosmopolitisme avec cette conscience que la planète est un monde clos et que ces problèmes sont partagés par l'humanité tout entière. Notamment à travers les mouvements de défense des droits de l'homme, le courant de Jacques Maritain ou encore la création importante d'O.N.G. telles que l'Unesco. Aujourd'hui, on parle plutôt de “dialogue des cultures”. En 2005, Koffi Annan avait lancé une initiative pour l'alliance des civilisations. Le terme de cosmopolitisme et donc assez peu utilisé car il fait référence souvent à l'utopie, à l'irréalisable. Le concept renait cependant depuis la fin de la guerre froide, avec notamment Ulrich Beck comme grand défenseur. C'est un grand sociologue allemand, proche de la gauche et des écologistes allemands, il a publié Qu'est-ce que le cosmopolitisme et Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la la mondialisation.
    Pour lui, il y a deux étapes dans la mondialisation :

    • La 1ère modernité, l'air des États-nations.

    • La 2ème modernité, où l'État n'est plus qu'un acteur parmi les autres. Il ne subit pas totalement la mondialisation mais y participe. Cette 2ème modernité est traversée de crise économique et globale. On observe des inégalités, notamment entre les nations et des problèmes sociaux graves.


    Beck reste pourtant optimiste et pense que tous ces nouveaux problèmes amènent la mise en place d’un “méta-jeu de la politique mondiale”, c'est-à-dire la mise en place de nouvelles formes de rapports sociologiques, politiques et mêmes économiques, dans lequel les Etats jouent un rôle aux côtés d'autres acteurs (économiques et de la société civile).

    Pour lui, la situation est sombre mais fait naître de nouveaux espoirs. Le cosmopolitisme sera pour lui la prochaine grande idée et qui va « succéder à toutes ces idées que l'histoire a usées et permettra de survivre au XXIe siècle sans sombrer à nouveau dans la barbarie ».
    Il définit le cosmopolitisme comme la double appartenance pour tous, c'est-à-dire qu’un cosmopolites connaît 2 loyalismes en même temps : c'est à la fois un citoyen du monde et un citoyen de la cité.
    Le cosmopolitisme est aussi la reconnaissance de l'altérité, de l'“autre”, dans leurs différences et l’égalité de chacun.
    Beck précis ensuite ce que le cosmopolitisme n'est pas :

    • Ce n’est pas l'universalisme qui est ethnocentrique ou occidental.

    • Ce n’est pas l'américanisation du monde ou la conquête du monde par le capitalisme, car ceux-ci passent par la domination.

    • Ce n’est pas du multiculturalisme qui reconnaît la coexistence des cultures. Pour lui le multiculturalisme c’est « le chat, la souris et le chien qui mange dans la même écuelle ». En effet pour lui le multiculturalisme a un gros défaut car il suppose une définition essentielle des cultures, comme si les cultures étaient des identités figées qui coexisteraient sans se mêler, et qui pourrait même entrer en rivalité. Cela conduit a annihilé individu, qui est étiqueté à une catégorie collective. Au contraire, le cosmopolite est libre d'être membre de plusieurs cultures à la fois.


    Beck a longtemps été critiqué sur son positivisme. Il explique que le cosmopolitisme sera l’idée dominante du 21ème siècle. Les dangers et les crises ont créé des mouvements de résistances qui vont accélérer la mondialisation puisque alter et anti mondialistes utilisent eux-mêmes les moyens de la mondialisation. Il pense eux-mêmes dans des catégories globales. Et dans la résistance à la mondialisation, il voit une mondialisation politique qui est en train de naître : la naissance d'une société civile internationale où le monde combattra les grands fléaux de façon transnationale. Il pense d'ailleurs que l'opinion publique mondiale réclamera les droits de l'homme et la démocratie, qui seront des outils juridiques globalement utilisés.
    C'est une vision très optimiste, proche de la science-fiction pour certains. On peut douter, c'est vrai, de l’existence d’une société internationale, du rôle des crises dans l'unification plutôt que dans l'isolement ou le repli. On peut aussi dire que les grandes crises d'aujourd'hui ne sont pas si nouvelles que ça.
    Paradoxalement, les opposants au cosmopolitisme sont ceux dans lesquels Beck place tous ces espoirs : notamment les altermondialistes et les décroissants.
    Il y a d'autres critiques, tel Anthony Smith, théoricien de la nation, qui trouve prématuré de parler de culture mondiale, car si elle existait, elle serait nécessairement construite (de la même façon qu'on a construit les cultures nationales au XIXe siècle) mais serait forcément ahistorique, c'est-à-dire sans mémoire collective, sans sens profond et car trop artificielle. Alors que les cultures nationales ont un véritable sens profond tiré d'une mémoire collective historique à laquelle on peut s'identifier, une culture mondiale qui mobiliserait tous les individus est selon lui loin d'exister.
    D'un autre côté, certains sociologues ont relevé des éléments de cosmopolitisme aujourd’hui dans le monde :

    • évolution du droit international, notamment pénal.

    • multiplication des OI qui ont fait bouger de nombreux dossiers notamment sur l'environnement et les droits de l’homme. Cependant on ne peut pas dire que ces organisations soient créées pour produire du cosmopolitisme.

    • des éléments de cosmopolitisme à travers les médias, les voyages. Aujourd'hui, on est globalement plus conscient de l'existence de l'autre qu'on ne l'a jamais été. C'est une reconnaissance cependant partielle et limitée à certains individus, car les téléspectateurs ne font pas partie d'une grande diaspora mondiale.

    • il y a des événements mondiaux qui rassemblent tous les individus autour d'un même combat, d’une cause, comme par exemple l'aide aux victimes lors du Tsunami en Asie. Mais cela reste très rare.


    Ces éléments de cosmopolitisme sporadiques peuvent même entraîner des réactions culturelles violentes, de repli vers les traditions. Le fait de fournir des images du monde complexe sans véritables moyens de les décrypter se révèle être à double tranchant : certes il peut amplifier le désir de cosmopolitisme, le sentiment d’unité mondiale, mais il peut aussi entraîner des réactions de repli.
    B : Le paradigme du mélange des cultures
    C’est un paradigme beaucoup plus complexe que l'unification du monde. Il est assez déroutant puisqu'il induit que le monde serait fait d'influences réciproques et complexes. C'est une vision très plurielle et relativiste de la mondialisation. Loin des combats politiques et idéologiques, il est plutôt le fruit des historiens et des anthropologues, avec un travail nettement plus empirique. Il insiste sur le fait que toutes les cultures sont mélangées, après des siècles d'échanges et de contact entre des cultures très variées, sorte de “mélange global”. C'est d'ailleurs un paradigme ancien, qui est renouvelé aujourd'hui à travers des termes comme “hybridité”, “créolisation”, “métissage”, “mondialisation locale” et “localisation mondiale”, “modernité multiple”, etc.

    Cependant, l’hybridité reste le concept qui fait le plus consensus au sein des chercheurs et qui semble le plus générique.
    1. la théorie de l'hybridation
    Jan Nederveen Pieterse, anthropologue hollandais, explique dans ses ouvrages que l'hybridation est un processus vieux comme l'histoire est que, pour le prendre en compte, il faut regarder dans la longue durée : mouvements de population, échanges interculturels, mariage entre différents groupes ethniques, c’est-à-dire des phénomènes qui existent depuis le début de l'histoire de l'humanité. L'Humanité a une origine unique, un foyer de naissance commun et a connu au fil de son histoire l’hybridation. On est tous des migrants africains.

    Lorsque les êtres humains se sont fixés dans l'histoire, cela n'a jamais stoppé les échanges à l'échelle mondiale :

    • grandes migrations de population (les Indiens d'Amérique viennent d'Asie, les Roms viennent d'Inde, les vikings ont énormément voyagé).

    • diffusion des techniques qui ont beaucoup voyager, depuis l'invention de l'agriculture, le dressage du cheval, ou encore l'utilisation de la roue.

    • diffusion des idées à l'échelle mondiale : diffusion des grandes religions, diffusion des langues (dont la plupart ont des racines indo-européennes)

    • même chose pour des pratiques sociales, l'alimentation, etc.



    COMPLEMENTS
    Hégémonie et cultures dans la mondialisation : trois paradigmes et une exception française
    Nathalie Blanc-Noel Université Montesquieu-Bordeaux IV
    Cet article constitue les premiers résultats d'une recherche sur la problématique de la cohabitation des cultures2 dans la mondialisation et ses conséquences sur le politique.

    Jusqu’à une époque récente, la réflexion sur le concept d'hégémonie dans les relations internationales a essentiellement concerné la problématique de la puissance. Or le tournant du XXIème siècle pose à l'analyste de plus en plus de questions touchant aux aspects culturels de l'hégémonie. On peut citer comme exemples d’événements dans lesquels le facteur culturel a joué un rôle déterminant ou déclenchant des épisodes aussi divers que le 11 septembre 2001, l'affaire des caricatures du prophète Mahomet publiées dans la presse danoise, ou l'émergence des Indiens comme force politique en Amerique Latine3. II est désormais avéré que la dimension culturelle se trouve au cœur des enjeux des relations internationales4.
    La problématique de la mondialisation culturelle et de ses conséquences politiques et géopolitiques est aujourd'hui fondamentale et même centrale. En effet, la mondialisation contemporaine, de plus en plus vite, de plus en plus brutalement, met les cultures en présence. Si la mondialisation consiste en une augmentation des flux d'échanges de toute nature, économiques, financiers, technologiques, mais aussi humains et idéels, tous ces flux ont des implications culturelles, dans la mesure ou les échanges dont ils sont porteurs impliquent tous des interactions culturelles.
    La mondialisation, phénomène complexe, est aussi un phénomène ambigu, a la fois porteur d’espoir et de menaces. En ce qui concerne l'espoir, on peut constater qu'elle rapproche les peuples, en produisant des phénomènes d'acculturation, qui modifient cultures et identités nationales. Dans le monde entier, des groupes de professionnels parlent le même langage technique, ont des comportements de travail identiques, un style de vie qui se rapproche, les mêmes rêves de consommation, de liberté, véhiculés par toutes sortes de medias... Au-delà de ces phénomènes sociologiques, on assiste à un consensus grandissant sur certains principes politiques fondamentaux tels que la démocratie pluraliste, les Droits de l'homme, la justice pénale internationale, consensus qui a permis d'accomplir bon nombre de progrès en matière de gouvernance mondiale depuis la fin des années quatre-vingts.
    Mais la mondialisation a aussi un visage plus menaçant, Elle rapproche et sépare à la fois. Comme l'a bien montre Dominique Wolton, « la mondialisation de l'information rend le monde tout petit mais très dangereux » cette « omniprésence de l’Autre », rendue possible par les medias « peut devenir un facteur d'incompréhension, voire de haine et « constitue un défi politique majeur »5. Pour ne prendre qu’un exemple, l’explosion des fondamentalismes, musulmans, bouddhistes, ou chrétiens6 ne doit pas seulement être expliquée comme une réaction à la pauvreté, mais aussi comme un repli face aux conséquences culturelles de la mondialisation. L'invasion de modes de vie nouveaux, d’images choquantes, la conscience de la différence des styles et des niveaux de vie, les malentendus sur des messages médiatiques parvenus de l'étranger lointain, entrainent le besoin de se protéger en recréant des identités sur les décombres de modèles nationaux ayant trop souvent échoué économiquement et politiquement, sans oublier bien sur les possibilités de manipulation politique du malaise culturel...
    On le voit, Le thème de la mondialisation culturelle soulève des problèmes inédits en matière politique, brouillant la distinction classique entre national et international. Ceux-ci ne sauraient être réduits à la question de l'hégémonie, bien que celle-ci y soit très présente, en révélant l'opposition d'une culture mondialisée dominante, émise par l’Occident, à des cultures locales inévitablement marginalisées. Des faits plus vastes apparaissent : la redéfinition de la citoyenneté et l’intégration des populations migrantes, la redéfinition des nations et des symboliques nationales dans des contextes devenant multiculturels, les replis identitaires lies au refus de la mondialisation, l'instrumentalisation de la problématique culturelle comme ressource de l'action internationale (pour la reconnaissance de droits, la création d'Etats-nations, etc. ... ), la reconnaissance - ou non - du caractère universel des normes internationales (notamment des Droits de l'homme), etc. ...
    La Littérature sur la mondialisation culturelle est pluridisciplinaire: la science politique y côtoie la sociologie, l'anthropologie, l’histoire... Cette pluridisciplinarité est, d'une part, indispensable à la compréhension de phénomènes complexes, et, d’autre part, elle compense le désintérêt que la science politique, et plus particulièrement les relations internationales, ont manifesté à l'égard du facteur culturel jusqu'aux années quatre-vingt-dix environ. Lorsqu’on observe cette production, on est frappé par l'abondance des sources anglophones sur le sujet, suivies d'une production hispanophone relativement importante (surtout sud-américaine). Face à cela, on ne peut que constater la très grande pauvreté de la production française... La France ne semble guère s’intéresser -pour l’instant - à cette problématique, à l’exception près des dossiers de la francophonie et de la diversité culturelle.

    Avant d'analyser cette exception française en la matière, je présenterai dans un premier temps une réflexion synthétique sur la littérature consacrée à la problématique de la cohabitation des cultures dans la mondialisation.

    Les théories de la mondialisation culturelle : trois paradigmes fondamentaux
    L’analyse de l'abondante littérature consacrée a cette problématique fait apparaitre trois paradigmes essentiels d’interprétation de la mondialisation culturelle, revenant tels trois modèles archétypaux d'analyse sons différentes plumes et différentes formes : le premier est celui de l'uniformisation du monde, Le deuxième celui de l'hybridation, Le dernier est le paradigme différencialiste.

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