Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»





télécharger 243.72 Kb.
titreCours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»
page2/7
date de publication02.10.2017
taille243.72 Kb.
typeCours
e.20-bal.com > droit > Cours
1   2   3   4   5   6   7

L’ethnoscape: le paysage formé par les individus qui constituent un monde mouvant. Touristes, immigrés, réfugiés, diaspora, exilé...

  • Le technoscape : qui concerne la technologie, qui se déplace à grande vitesse et à travers le monde entier. La répartition des technologies est très inégale mais dépend de plusieurs facteurs comme les flux financiers, les opportunités religieuses, politiques, la disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée ou pas, bon marché ou non... Elle est liée à l’ethno scape.




    • Le financescape : composée par les flux financiers mondiaux, très rapide, voire en temps réel, très complexe et aussi très lié au techno scape.




    • les médiasscapes : informations et supports de diffusion (journaux, télé, radio). Désigne aussi le contenu lui-même, les images véhiculées, les représentations qu'elles impliquent.




    • Les idéoscapes : les plus complexes parce que ce sont les chaînes d'idées, concepts ou images, mais le plus souvent politique ou en relation avec le politique, en relation avec des idéologies, contre idéologies, avec des mouvements qui peuvent être des vers orientés vers la prise de pouvoir : liberté, droit de l’homme, démocratie, bien-être... Ces idéo scapes ne sont pas forcément anglo-saxons ou européens, mais aussi réapproprié par les autres cultures, les échanges n'étant jamais à sens unique. Elles sont sources de malentendus : problème sémantique, une traduction différente d'un contexte à l'autre. Il parle aussi de problèmes pratiques : utilisation des termes, de concepts différents selon le contexte. On peut penser par exemple à Poutine qui traite les tchétchènes de hooligans, terme qui n’a rien à voir avec la définition footballistique anglaise du mot. La démocratie aussi est source de malentendus : tout le monde s'en réclame mais jamais avec les mêmes résonances. On peut donc jouer avec les concepts.


    Les différents scapes sont évidemment en lien, mais chaque paysage à son propre flux, rythme, volume. Il y aussi des disjonctions parfois entre ces paysages : « les états peuvent se trouver opposer à des populations dont les propres ethno scapes se déplacent et dont les médias scapes peuvent créer des problèmes aux idéo scapes avec lesquels ils sont mis en présence ». Il montre les conflits de scapes au sein des États, par exemple la situation typique de la Chine (communisme capitaliste ?), amenant des clashes le plus souvent, des situations nouvelles parfois.
    3. Dimension historique et temporelle
    Cette dimension fait débat, il y a 2 discours/2 écoles :

    • la mondialisation serait récente : années 90

    • la mondialisation peut être replacée dans un contexte historique à long terme, les tenants de cette position étant les plus nombreux.


    Parmi ces derniers, Jan Scholte, décrit 3 phases de mondialisation :


    • l'émergence d'un imaginaire mondial : jusqu'au XVIIIe siècle, on peut trouver des manifestations très anciennes de la mondialisation, avec par exemple l’essor de certaines religions au 6ème et 5ème siècle pour av JC et leur diffusion dans des communautés de croyant supra territorial. la mondialisation a quand même très peu d'existence concrète et matérielle.




    • La mondialisation naissante : elle commence dans les années 1850 jusqu'aux années 1950. Lié à la révolution industrielle qui a permis la croissance des nouvelles technologies (le télégraphe apparaît dès les années 1850 par exemple, la radio dans les années 1890, puis le téléphone, les premiers transports aériens autour de 1920). On voit apparaît une distribution commerciale mondiale. On peut penser par exemple à Coca-Cola qui nait en 1886, qui est commercialisé est vendu 20 ans après (période très courte !)aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, au Mexique, à Cuba... C'est aussi une période d'émergence de monnaie de réserve comme le livre sterling et des organisations internationales dont le but premier était justement technique.




    • La mondialisation à large échelle : commence dans les années 1960 ; développement d'espaces supra territoriaux, des échanges commerciaux, NTIC, des relations sociales internationales.


    D’autres auteurs ont fait une description à longues étapes de la mobilisation, tel Roland Robertson qui la faisait démarrer au XVe siècle.
    Autres théories temporelles, très célèbre, celle d’Immanuel Wallerstein, néomarxiste, qui a développé la théorie du système monde dans les années 70. C'est une explication marxiste de la mondialisation : un système monde capitaliste émerge en Europe à partir du XVIe siècle et s'étend progressivement au reste du monde. À partir de là, il en résulte une division du travail mondial entre les pays riches (centre) et les pays pauvres (périphériques). La périphérie va fournir le centre en matière première et en main-d’œuvre bon marché. Le centre les exploite en profitant de cette mise à disposition. Avec le temps, il raffine cette théorie, notamment avec le développement de nouveaux pays et explique que ces pays sont des semi-périphéries, qui travaillent dans un premier temps pour servir le centre, puis renforce aussi les valeurs idéologiques de ce centre.

    La simplicité de cette théorie a été très critiquée par l'historien. Ce qu’on lui reproche, à propos de la mondialisation, c’est que sa description ne reflète pas la complexité de la mondialisation historique. Il se centre sur l'économie et même sur la mondialisation économique, ne reflètant pas toute la complexité des situations, par exemple avec les nouveaux pays come la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie (les BRIC)

    Néanmoins, c'était le premier à parler de “système monde” est aujourd'hui beaucoup d'historien et anthropologue résonne sur une échelle temporelle encore plus longue.
    Notamment, Janet Abu-Lughad, élève de Wallerstein, d'origine asiatique, montrant qu’il existé un système monde eurasien bien avant les systèmes de Wallerstein qui ne commencent qu'au XVIe siècle. Elle dit qu'un premier système monde eurasien existé au XIVe et XVe, grâce à l'empire mongol, établissant des liens commerciaux entre l'Eurasie et l'océan Indien. Elle montre notamment qu’au XIVe siècle, ce système est en pleine croissance culturelle et artistique alors qu’à cette époque, l'Europe reste très marginale. Les grands échanges internationaux se faisaient de la Chine à l'océan Indien. Il n'y avait pas de nécessité d’une hégémonie européenne sur le monde. À l'époque, le plus apte à l'hégémonie, la Chine, ne le fera pas, car elle connaîtra des crises, notamment l'arrêt du commerce par l'empereur, les pestes buboniques et autres épidémies, la chute démographique, les divisions internes et les guerres, la perte de la Chine par les Mongols... C’est une thèse très intéressante car elle décentre l’histoire sur l'Asie. Elle remet en cause l’idée marxiste de l'impossibilité d’une modernité asiatique, le regard ethnocentrique européen de la modernité, de l’idée wébérienne selon laquelle c’est grâce au protestantisme que le capitalisme a connu son essor... Elle remet donc en perspective l'histoire mondiale et son ethnocentrisme occidentalo-centré. . D’autant plus intéressant qu’Abu-Lughad écrit en 1989, bien avant de constater le développement que connaît la Chine actuellement.
    D'autres historiens se sont attelés ainsi à décentrer l’histoire, tel Jack Goody, qui écrit L'Orient en Occident.
    Un autre auteur intéressant, Jan Nederveen Pietersre, anthropologue qui montre que la mondialisation n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire, mais plutôt une tendance vers l'intégration humaine qui est ancienne. La mondialisation peut alors être datée selon plusieurs époques : les 1ers hommes qui peuplent le monde à partir de l'Afrique ; les Celtes, qui voyagent des pays du Nord jusqu'au Pays basque. Pensons encore aux exemples de coca trouver en Égypte, l'exemple de la propagation des grandes religions dans le monde entier. L’essor des techniques partant de la Mésopotamie, mais aussi l'écriture, le calcule... Bien sûr, les dynamiques à cette époque sont très lentes, mais elle nous rappelle qu'il y a un récit finalement différent de la vision très euro centrique que nous avions autrefois et qui a disait que la modernité partait forcément de l'Europe, vision d'ailleurs décrite par Anthony Giddens : il parle d'une modernité qui part de l'Europe, unifie le monde grâce au capitalisme, l'industrie, la surveillance de l'État et la puissance militaire. Mais même si ce n'est pas totalement faux, cette vision est trop ethnocentrique, réduite dans le temps et aussi pessimiste car elle tend à affirmer qu’elle fait disparaitre les cultures dominées par l'Occident.
    L'universalisme moderne ne fait que reproduire des universalismes plus anciens. Il faut donc contextualiser la modernité, retrouver la boite noire collective des grands échanges culturels, essayer de périodiser la mondialisation.
    Depuis les années 80, on a d'ailleurs tout un courant d’historien qui a éclos : l’ histoire globale (ou global/world history en anglais), qui est une façon nouvelle de faire de l'histoire, très bien présenté par Histoire globale, un autre regard sur le monde en 2008.

    L'idée est de prendre conscience du passé commun de l'humanité, d'autant plus dans le contexte de mondialisation contemporain. C'est-à-dire s'employer à étudier les connexions entre les histoires nationales plutôt que de se concentrer sur les nationalismes historiques. On étudie les échanges, les connexions, les interactions, les migrations, les convergences et différences souvent gommées par les histoires nationales et construites par le pouvoir. On fait émerger la diversité de l'homme, non plus centré sur le monde occidental, mais au contraire multipolaire et interconnecté.

    Le meilleur livre résumant cette histoire globale vient de Christopher Bayli (sorte de Braudel du XXIe siècle) dans La naissance du monde moderne, parure en 2007. Il commence à la fin du XVIIIe siècle et montre qu'il y a mouvement de modernisation de l'Occident mais aussi en Asie. L'Inde au XVIIIe siècle par exemple se modernise à toute allure, s'industrialise, mouvement qui se développe parallèlement à ceux en Europe. Et il y a des ponts entre ces mouvements de modernisation, notamment entre la Grande Bretagne et l’Inde.
    Pour l'Amérique latin, Serge Gruzinski écrit Les quatre parties du monde, qui raconte la mondialisation dans sa version Caraïbes et Amérique latine, sous fond de colonisation américaine et de métissage.
    Ces historiens globale relativisent la mondialisation, la décentre du regard occidentalo-centré et, s'intéresse à de petits phénomènes qui se diffusent, montre une histoire très riche et très complexe.
    D. La dialectique culture / mondialisation
    Si on repart de la définition anthropologique de la culture, on peut comprendre le terme en tant que sens donné par les individus au monde, à travers la pratique de représentations symboliques.

    Saki Laidi, dans Les imaginaires de la mondialisation, se demande comment cela se fait que la mondialisation soit considérée comme un phénomène nouveau. Il montre que la mondialisation est aussi un imaginaire social, c'est-à-dire un enchaînement de faits admis et des représentations contradictoires de ces faits, et une amplification de leur diffusion dans l'espace et dans le temps. Cet imaginaire social à 5 composantes :


    • Le semblable dans le monde : partout dans le monde, on retrouve des formes de modernité identiques : rapprochement des styles de vie, phénomène d'urbanisation et le développement des villes, la mode à travers les vêtements... C'est la fin de l'altérité radicale et en même temps une peur panique de l'uniformité.

    • La naissance d'une vie quotidienne mondiale faite de happening planétaire : de grands événements relayés en temps réel par tous les médias du monde entier. Cela nourrit le sentiment de vivre dans une communauté mondialisée spontanée. Et cela va impliquer une phénoménologie du présent : toute chose se nourrit de l'instant présent, de l'immédiat.

    • Les médias, qui jouent un rôle important. La plupart des événements mondiaux se jouent à travers les médias sur le mode de l'émotion : c’est la “mondialisation des affectes”.

    • Le marché : par ce terme, Laidi entend moins le marché en terme économique mais plutôt en termes culturels : c'est-à-dire l'idée du libre choix, lié aux principes du relativisme. Chaque individu maximise ses préférences personnelles. De plus en plus, la société est identifiée comme un marché : une volonté d'accès direct aux biens, en politique aux solutions immédiates. C'est le mythe de la culture de l'individualité satisfaite.

    • Une composante discursive : la mondialisation est un espace de mots, de concepts, de priorité. On inscrit des grandes questions sur l'agenda politique mondial : journée d'action, conférences, réunion au sommet, mouvements de mobilisation... Ce sont des discours qui sont volés aux acteurs locaux et qui se mondialisent, voir qui deviennent normatifs lorsqu'ils sont imprégnés du droit international.


    Ces différentes composantes n'ont pas la même intensité, ni la même résonance partout dans le monde : il y a des décalages, mais aussi des résistances.
    Dominique Wolton, dans L'autre mondialisation, parle lui d'une mondialisation comme d'une “bombe à retardement” car elle donne à voir l'“autre” : c'est l'exemple du pauvre qui voit le riche dans l’opulence, à travers son œil outré, des religions qui s'inspectent entre elles... Toutes ces situations sont sujettes à conflits potentiels.
    II - les grands paradigmes de la mondialisation culturelle
    La mondialisation donne lieu à plusieurs analyses contradictoires. De même au sujet de la culture, avec trois grands paradigmes :

    • un paradigme de l'uniformisation du monde

    • un paradigme de l'hybridité du monde

    • un paradigme différencialiste.


    Ce sont des paradigmes qui sont à la fois analytiques (ce sont des lectures du monde) mais aussi des ressources pour l'action politique (qu'elles soient des ressources d'adaptation ou de résistance)
    A. le paradigme de l'uniformisation du monde
    Ce paradigme de l'uniformisation à un double visage :

    • contemporain et négatif : la mondialisation gomme la diversité des cultures humaines. La mondialisation est une domination, un impérialisme, contre lequel il faut réagir. Cette mondialisation contemporaine négative se décline en deux dimensions : une mondialisation qui serait un impérialisme du marché, ou une mondialisation qui serait une domination de l'Occident.

    • Plus positifs et plus anciens : le cosmopolitisme. Un monde qui s'unifie, rejoignant le vieux rêve d'unification du monder et du genre humain.


    1. L'approche négative : unification par domination du marché et de l'occidentalisation
    a. L'unification par le marché
    Particulièrement étudié par le politologue américain Benjamin Barber dans son célèbre djihad vs Mc World en 1996, écrivain de la gauche américaine, il nous livre un best-seller avéré.

    Selon lui, la mondialisation économique, c’est le développement d'un marché capitaliste sans crainte et surtout sans contrepoids d'aucune valeur. La mondialisation est donc un danger pour la démocratie pluraliste et pour la diversité culturelle. Le développement du capitalisme nous conduira à un univers Mc World, vaste parc à thème mondial uniformisé, unifiée par les échanges commerciaux, par les NTIC et par un style de vie fondée sur l'amusement. Ce Mc World est une domination de la culture américaine ou mondiale-américaine, qu'il montre avec des chiffres et des statistiques. Pour lui, la mondialisation est synonyme de culture américaine et de modernisation.
    Cette dynamique serait dangereuse, d'abord en soi, mais aussi parce qu'elle entraîne une réaction, qu’il baptise “djihad”, comme concept générique et non pas comme concept islamique, c'est-à-dire désignant tous les mouvements antioccidentaux et antimodernistes (islamistes, chrétiens américains réactionnaires, hindouiste intégriste...).En gros, ce sont tous les mouvements ethnicistes et nationaliste.

    Par ailleurs, il ne nie pas le capitalisme et ne veut pas le détruire. Il lui reconnaît certaines vertus, certains aspects positifs, notamment au regard de l'histoire, lorsqu'il a réussi à réduire les cas de conflit idéologique ou religieux. Il ne condamne pas non plus les NTIC ou la modernité, qui sont des outils essentiels pour la démocratie.
    Cependant, en général, le Mac World est plutôt un danger pour la démocratie, car les marchés n'ont pas de responsabilité collective et ne sont intéressés que par les résultats économiques. Or ceux-ci ont de nombreuses conséquences sur la vie sociale, politique et culturelle. On peut penser par exemple à l'activité de consommation (TV, cinéma, Internet...) qui peut isoler des individus. Le tissu social est alors en danger, particulièrement dans le domaine de la culture. Le secteur de l'info-spectacle est celui qui a le plus de mauvaises conséquences sur l'État-nation et la démocratie. Et pourtant, ce secteur est celui qui est le plus contrôlé, purement commercial et donc dangereux pour l'individu, « consommateurs manipulés par ses désirs au point de ne plus être capable de pensée, et au poids aussi d'être dépossédé de sa culture au profit d'une culture populaire mondiale qui va gommer toute diversité ». Dans le Mac World de Barber, l'individu se croie libre, mais en fait il ne l'est que dans le choix de produits qui lui sont imposés.
    De plus pour Barber, le mot Djihad désigne un concept tout aussi dangereux, car il est le petrin d’idéologies violentes et intégristes. À long terme, il explique que ce Mc World gagnera sous la puissance notamment des NTIC.
    Il sous-entend la théorie du complot, « ceux qui dirigent le secteur de l'info-spectacle » et qui hériteront du pouvoir, même sans volonté consciente de le conquérir. Ce n'est pas une conspiration, mais cela se fera plutôt par inadvertance : « Mac World et sur pilote automatique ». Ce n'est pas une volonté de pouvoir, une volonté de contrôler, mais plutôt celle de vendre qui amène au pouvoir, c'est une volonté totalitaire par défaut : « nul ne sera souverain, tous seront sujets ».
    Son argumentation du marché comme uniformité culturelle et mal formée : on peut lui opposer une vision plus réaliste d’un marché qui permet de nouvelles formes d'expression, libératrice de la parole, des expressions culturelles et donc de la diversité. De plus, Barber utilise des exemples faux : la mondialisation par exemple serait un unificateur de contenu télévisuel et cinématographique. Pourtant, on constate qu'il existe encore des productions audiovisuelles autonomes et nationales (notamment en France).

    Un des défauts de Barber est aussi d'avoir un fond très puritain : il est contre le sexe, la violence, le mélodrame... Il déplore que les gens passent trop de temps au cinéma plutôt qu'à l'école ou au travail. Son modèle idéal de démocratie et celui des petites communautés. C'est aussi celui de la démocratie participative.

    Autre exemple faux : la disparition de la littérature russe, qui dans la réalité n'a jamais eu lieu finalement. Et qui se porte même plutôt pas mal.
    De plus, on peut penser qu'il évalue de façon trop pessimiste les NTIC. Certes, il y a des uniformisations, mais en même temps, ce sont de véritables instruments de libération de la parole des idées, d'écoute, de découverte.
    Il ignore aussi beaucoup de résultats d'anthropologie. Lorsqu'il prend l'exemple de Coca-Cola et de sa soi-disante idéologie de la soif, qui détournerait les consommateurs de leur ancienne boisson (le thé, l’eau...), c'est vrai que c’est plutôt une réussite sur le plan de la publicité, mais d'un point de vue commercial, on peut remarquer que Coca-Cola s'adapte aux goûts de chacun des pays (variation dans le sucre, la teneur en gaz...). En marketing, c'est ce qu'on appelle l'insiderisation. Il est vrai que McDonald’s et Coca-Cola font l'objet de réappropriation culturelle active, selon les cultures. Ce sont des phénomènes d'indigénisation. Le même produit est reçu, mais on lui donne un sens différent.

    En 1996, David Howes fait une étude qui montre l'utilisation différente du coca selon les pays (il soulagerait la turista en France, il devient un symbole avec le cuba livre). Pour l'exemple de McDonald's, il est à l'origine aux États-Unis un moyen de manger vite et peu cher. D'où par exemple le fordisme dans les chaînes de travail. Mais on sait que le McDonald's a connu des usages très différents. Par exemple à Moscou, le repas s'est retrouvé très cher car il y avait une connotation exotique et moderne, une certaine référence aux États-Unis attractive : les familles pouvaient s'y presser pour passer un bon moment. À Tokyo, on a aussi cette recherche esthétique moderne, et on l'a adapté à la tradition nutritive asiatique (beaucoup plus végétarienne), qui devient alors un espace de convivialité pour les jeunes dans un pays où les logements sont très étroits. On sait aussi que McDonald's a su s'adapter aux traditions nutritives de chaque pays (orientation plus végétarienne ou encore du riz à la place des frites). C'est ce que le PDG de Sony a appelé la “glocalisation‘’ (du local à l’échelle global et vise versa...). L'hamburger lui-même est un plat ultra mondialisé : à la base une origine allemande, un pain venu d'Israël, le ketchup emporté d’Inde, des cornichons sucrés plutôt de tradition scandinave...).
    Appaduraï remarque qu'on se plaint souvent de l'américanisation alors que ce n'est pas la seule forme de domination culturelle : la Papouasie se plaint de l’indonéisation, la Corée de la japonisation, à l'est de l'Europe, on a longtemps parlé de russification. L'idée de globalisation de la culture existe certes, mais cela dans une définition très appauvrie de la culture. La culture ne se résume pas en effet à quelques-uns de ses traits. Les premiers anthropologues insistaient d'ailleurs beaucoup sur les aspects immatériels des cultures, résistant beaucoup plus fortement à la mondialisation. Il n'y a pas de globalisation des représentations du monde, des idéologies. Nous vivons des flux certes rapides, mais partiel de transmission culturelle : il n’y a pas d'homogénéisation totale des cultures.

    D'ailleurs, l'immense majorité des anthropologues réfute l'idée de culture mondiale, avec seulement des éléments sporadiques de diffusion. De plus l'approche de Barber, qui se fixe sur les facteurs essentiellement économiques, négligeant du coup les autres secteurs, notamment ceux qui touchent le tissu social.

    D'autres auteurs parlent de l'harmonisation comme le fait Barber, notamment Fukuyama avec sa fin de l'histoire où le marché et la démocratie sont vus comme des facteurs de domination du monde. Le Français Georges Balandier, dans Le grand système, parle de modernité mondialisante. Cette lignée d'auteur a été très prisée notamment chez les marxistes, qui voient dans la mondialisation comme une domination du capitalisme. On peut penser à Samir Amin avec L’empire du chaos, pour dénoncer la domination du capitalisme, Jean Ziegler avec L’empire de la Honte explique que le capitalisme domine à travers la faim et la dette ou encore Michael Hardt et Antonio Negri, Empire.
    Ce sont des visions d’uniformisation culturelle par une domination américaine occidentale. Ils rappellent d'ailleurs la prophétie de Karl Marx, qui voyait l'expansion mondiale du capitalisme comme base de la révolution socialiste. Cette mondialisation serait donc à la fois une catastrophe et un espoir.
    b. L'occidentalisation du monde
    L’auteur emblématique est Serge Latouche, ancien marxiste, aujourd’hui défenseur de la décroissance ; Très critique sur l’occident, il a écrit L’occidentalisation du monde. Auteur post-moderne, il est devenu une référence du milieu alter/antimondialiste et fervent défenseur de la décroissance. Il par du point de départ de Wallerstein, à savoir la conquête du monde par l’occident dès le 16éme siècle. Latouche parle de la mise en place d'un capitalisme-monde, reposant sur une division internationale du travail : les Nords produisent des produits manufacturés et les Suds de la matière première : les échanges profitent aux Nord qui s’appuient sur l'impérialisme colonial.

    Aujourd'hui, il s'écarte de cette thèse, qui selon lui apporte trop d'intérêts à la dimension économique, laissant du même coup de côté la domination culturelle de l'Occident, qui est la plus important, car elle perdure au-delà de la colonisation et elle est beaucoup plus insidieuse que la dimension économique. Il décrit d'ailleurs l’impérialisme occidental par le don : c'est en donnant la modernité, la science et les techniques que l'Occident exerce un pouvoir de domination culturelle. Une domination culturelle qui est très profonde, car elle joue sur toutes les composantes sociales des cultures dominées. Il va même jusqu'à dénoncer l'unification du temps, avec l’heure GMT.

    Cette domination s’appuie sur 3 facteurs :

  • 1   2   3   4   5   6   7

    similaire:

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\L’ideologie en économie elle existe car on a deux paragdigme principaux...

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\1 Le paradigme biologique introduction la naissance des sciences...
    «transformisme» (les modifications des espèces sont dues à l’influence directe du milieu)

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\«Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux...
    «Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux communaux collaboratifs») (3)

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Régularités et intégration du «techno-push» et du «demand pull» dans...
    «techno-push» et du «demand pull» dans l’approche en terme de paradigme technologique et de trajectoire

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Du grand commerce caravanier а la mondialisation contemporaine :...

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Lieu : salle de réunion du Laboratoire Population Environnement Développement
    «Le paradigme de la fragmentation urbaine approches critiques : E. Dorier et J. Farah.»

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Congrès Marx International V section Etudes Féministes Atelier 7...

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\La nouvelle societe du cout marginal zero. Que retenir pour une education...
    «Le grand changement de paradigme : du capitalisme de marché aux communaux collaboratifs») (3)

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\«Ne prenons pas la terre pour une dinde ! A noël, réchauffons nos cœurs»
    «Vivre autrement» sont l’initiative d’un collectif d’associations, mouvements et services chrétiens, 8 lors de la 1ère campagne de...

    Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l\Le développement «humain» : un mot lourd de sens éthique et politique
    «d’un chemin révolutionnaire»3 «d’une nouvelle vision du progrès humain» ouverts par le recours à ce paradigme






    Tous droits réservés. Copyright © 2016
    contacts
    e.20-bal.com