Cours de Madame Blanc-Noel 2008 2009 Le paradigme de l'uniformisation du monde 29 Le paradigme essentialiste 31 Le paradigme de l’hybridité 34 «L'exception française»





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UNIVERSITE MONTESQUIEU BORDEAUX 4
MASTER DROIT ET SCIENCE POLITIQUE

MENTION SCIENCE POLITIQUE

Histoire de la pensée politique occidentale II

- Théorie de la mondialisation culturelle -


Cours de Madame Blanc-Noel

2008 - 2009



Le paradigme de l'uniformisation du monde 29

Le paradigme essentialiste 31

Le paradigme de l’hybridité 34

« L'exception française  »: entre ignorance de la problématique de la mondialisation culturelle et engagement extrême 35



Introduction
Tout remonte à la chute du mur de Berlin et à l'accélération de la mondialisation qui prend son ampleur dans les années 90, avec une mise en présence de plus en plus profonde des peuples et de leur culture. Cela va avoir rapidement des conséquences très grandes et parfois même très violentes.
Ce phénomène a donc une grande importance politique, qui se dédouble en 2 champs :

  • Le champ des relations internationales qui s'intensifient, qui s'accélère : notamment dans les relations Nord-Sud, l'incompréhension internationale, la violence internationale, le terrorisme...

  • Le champ des espaces nationaux est aussi bouleversé ; des frontières de plus en plus floues et perméables qui vont créer des problèmes inédits aux États-nations : problèmes de citoyenneté, de migration, de revendications identitaires...


Le concept de mondialisation est devenu très à la mode, sorte de valises, employé par les journalistes et dans tout notre quotidien. Il s'agit pourtant d’une notion assez floue, d'une icône du tout et n'importe quoi, un peu fantasmatique (certains sont pour, d'autres contre, certains ont peurs, d’autres euphoriques). D’un point de vue sémantique, la mondialisation connaît une multiplicité de définition, avec comme point commun l'accroissement de l'interconnectivité du monde : l'accroissement du nombre, de la vitesse, de l'intensité des échanges mondiaux dans tous les domaines de l'activité sociale :


  • En économie, on parle d'interdépendance économique croissante, d'intensification des flux commerçants et financiers.




  • En technologie, c’est une révolution des communications, avec une place de plus en plus importante d’Internet, de la télévision, des satellites, des téléphones portables...




  • En politique, on assiste à un phénomène croissant des flux, avec des effets différents tels la multiplication des régimes politiques, des OI

  • , du droit international notamment pénal, de la montée en puissance des O.N.G. et des autres organisations (mafieux, terroristes, migration...)




  • Dans le domaine culturel, mobilité accrue des biens culturels mais aussi une augmentation des échanges culturels par le biais du tourisme notamment grâce au low cost et aux nouvelles techniques d'information et de communication (NTIC) qui favorise la circulation de l'information, des idées (exemple de militantismes mondiaux, d'artistes nés sur le net...)


On peut ajouter à cette des éléments un phénomène de prise de conscience de la nouveauté de la situation, d'où un nouveau nom : la mondialisation. Autrefois, on faisait de la mondialisation sans le savoir, mais aujourd'hui le concept est nommé, c'est une représentation construite depuis le début des années 90.
L'aspect le plus directement perçu par les acteurs est surement sa dimension culturelle, avec de nombreux exemples en tête pour tout le monde ; par exemple l'invasion de certaines marques commerciales (McDonald's, Coca-Cola...) Ou encore d'icônes politiques (José Bové, Barak Obama...) Mais aussi des stars du showbiz comme Madonna, de musique, de films, etc. On assiste aussi à la diffusion simultanée d'information dans le monde entier, par exemple l'investiture de Barak Obama qui fut une première en la matière. Plus subtilement, on assiste à la diffusion de certaines valeurs comme la démocratie, au moins d'une manière formelle, mais aussi l'écologie, le développement durable, les normes concernant la bonne gouvernance, le droit international...
La mondialisation est donc une expérience concrète pour tous les acteurs dans le monde. C'est un phénomène dont l'étendue et le volume n'a pas d'équivalent historique. Selon le sociologue anglais David Held, c’est «  un trait unique et sans équivalent de la fin du XXe siècle et du nouveau millénaire ».
Pourtant très peu étudié en sciences politiques, il s'agit d'une matière fondamentale pour la compréhension du monde. La mondialisation culturelle est à la fois le contexte est la conséquence de la mondialisation, des autres domaines touchés (économique, technologique...). Elle affecte de plus en plus nos manières de penser le monde, de donner un sens aux événements. Elle a des implications sur nos sociétés, nos comportements et sur la vie politique.
D'abord objet d'élucubrations fantasmatiques, de batailles politiques, de débats non résolues : uniformisation du monde imposé par la puissance économique occidentale, voir des États-Unis ou dialogue amélioré entre les différentes cultures ? Le tout pour savoir s'il s'agit d'une occidentalisation ou d'une meilleure expression la diversité culturelle ? La question est toujours en suspens.

On peut se demander aussi si ce n'est pas plutôt un métissage mondial, une sorte de processus d'hybridation douce.
Sur le plan politique, la mondialisation à de nombreuses conséquences avec cette mise en présence des cultures :


  • sur le devenir de l'État : beaucoup estiment que l'État-Nation est menacé et que vont se multiplier beaucoup d'autres acteurs aussi important.




  • Sur la démocratie : certains disent qu’elle est favorisée : augmentation de la pratique et des valeurs démocratiques, régimes autoritaires dans l'oubli, progression des droits de l'homme, justice pénale internationale, société civile internationale, OI, ONG.

D'autres pensent que cette démocratisation est liée à l'expansion du capitalisme mondial, plutôt imposé par les OI internationales financières tel le fond monétaire international (FMI) ou la banque mondiale (BM). La mondialisation favorise aussi les extrémismes, notamment le phénomène sectaire et les extrémismes religieux. Mais aussi des mouvances internationales comme les altermondialistes.


  • Sur l'identité nationale : le lien entre l'État et citoyen est de plus en plus remis en question car le nombre d'individus qui se sentent concernés par les flux migratoires sont en constante progression et pose la question de la mixité ou du métissage. C'est le retour sur le devant de la scène de la question de l'identité nationale, de la coexistence des cultures dans un même État (multiculturalisme), des rencontres des cultures au plan international. Y-a-t-il, comme l'avait prédit Huntington, un véritable choc des civilisations ?


Cependant, on peut remarquer que ce multiculturalisme international n'est pas inédit. C'est un thème éternel aussi vieux que l'humanité. Les communautés spécifiques culturelles ont toujours échangé : métissage, acculturation. C'est un trait typique de l’histoire de l'humanité avec de nombreux exemples. Pensons à cette statuette de bouddha retrouvé dans des vestiges vikings, un jeu d'échecs créés en Inde et retrouver en Irlande, ou encore de la cocaïne qui entourait le sarcophage d'un pharaon égyptien alors que les feuilles de coca ne poussent que en Amérique.

Ce qui change véritablement aujourd'hui c'est l'étendue le volume et la vitesse des échanges. Ce qui est différent c'est aussi que pendant la guerre froide, on a relégué au second plan la question de la culture, à l'ouest comme à l'Est. A l’est, on est avant tout soviétique, pas baltes ou slovaques...on pense d'abord stratégie de bloc, le reste étant du folklore. À l'ouest, ce qui prime c’est la liberté et la démocratie, quitte à étouffer les revendications identitaires. C'est ainsi que Lapid et Kratochwil parlent du retour de l'identité et des cultures dans les relations internationales en 1997.
Les conditions de ce changement de perspective :


  • D’abord un changement de paradigme en sciences sociales lié au déclin des grandes idéologies, notamment du côté du marxisme qui occupait une grande importance mais qui s'effondre dans les années 90. On recherche alors d'autres paradigmes. En parallèle, on assiste à la progression du libéralisme politique économique, grâce à cet échec marxiste et amplifiée par la crise de la dette dans les années 80 qui touche le Tiers-Monde (d'abord le Mexique, puis par effet domino tous les pays du tiers-monde). Les organisations OI financières, FMI et banque BM, vont alors imposer des plans d'ajustement structurel pour redresser ces économies, avec des pratiques de l'économie libérale imposée (privatisations, dégraissions d'administration pléthorique et corrompue, mécanisme juridique libéral...). D'où une certaine vague de libéralisation des échanges en même temps qu'une vague de démocratisation. Revel parle de « regain démocratique ». Ces évolutions entraînent des changements paradigmatiques et de nouvelles situations dans la dimension culturelle.




  • La question culturelle devient un enjeu politique majeur au XIXe siècle. Les revendications identitaires avec la Yougoslavie, les pays baltes, le problème kurde, les conflits ethniques comme au Rwanda, sont de nouveau d'actualité. On assiste à un mouvement mondial de contestation de la domination occidentale dont l'islamisme radical est une des formes d'expression parmi d'autres (altermondialiste, théorie critique, théorie postmoderne, néomarxistes...). Cette critique est due notamment à l'échec marxiste et à l'écrasante surreprésentation du modèle occidental dans le monde. En parallèle, les revendications culturelles sont aussi devenues un débat, un enjeu au sein même des états. On parle de multiculturalisme, de revendications communautaires, d'immigration, de progression des droits de l'homme dans certains pays (pour les femmes et les enfants notamment). De nombreux problèmes de conciliation entre les identités nationales et les particularismes culturels se posent. Exemple de la Yougoslavie, des pays baltes, des peuples premiers, des indigènes de la république en France, des minorités visibles et des quotas encore récemment dans la loi sur l'audiovisuel.




  • Le bond technologique de la fin du XXe siècle est énorme notamment en matière de communication avec les NTIC (Internet, satellite, téléphone portable...) C'est un changement de perspective au niveau de tous les acteurs, une augmentation aussi énorme des contacts physiques avec les voyages et le tourisme.




  • Enfin un événement majeur va pousser à ce changement de paradigme, c'est le 11 septembre 2001, rupture fondamentale dans l'analyse des relations internationales. C'est un événement symbolique de la révolte contre l'Occident, la culture américaine, le libéralisme économique, donnant raison à Huntington.

C'est un événement très paradoxal puisque les terroristes s’opposent à une certaine lecture de la mondialisation alors qu’eux-mêmes sont la quintessence de cette mondialisation ; il s'agit de terroristes qui ont reçu une éducation, souvent dans les pays occidentaux, qui ont beaucoup voyagé, qui utilisent les réseaux et les NTIC. On assiste donc à un retour du culturel dans les relations internationales et à l'émergence de nombreux réseaux avec des rôles importants face aux Etats, notamment avec ce phénomène religieux qui a dépassé les nations (terrorisme plurinational).
Le sociologue Alain Touraine, Un nouveau paradigme pour comprendre le monde aujourd'hui, explique le passage du paradigme politique au XVIIIe siècle à un paradigme économique et social tout au long du XIXe et XXe puis à un paradigme culturel aujourd'hui depuis le 11 septembre. Robert Robertson parle de « tournant culturel ». C'est un débat prégnance que ce retour du culturel, surtout chez les Anglo-Saxons.
Anthropologie, sociologie, histoire, sciences de la communication mêmes et sciences politiques des RI : cette pluridisciplinarité est nécessaire pour comprendre un monde qui est sans cesse lié à ces tensions mondiales. Trois exemples parmi d'autres : celui de l'OPA de Mittal sur Arcelor où on a entendu parler de « patriotisme économique » en France, l'histoire des caricatures de Mahomet qui a fortement ému le Moyen-Orient et enfin l'élection de Barak Obama qui montre bien l'hybridation du monde occidental.
I - Phénoménologie critique de la modélisation culturelle
A. le concept de culture dans les sciences sociales
C'est un concept assez flou, polymorphe, et pendant longtemps la raison de cette désaffection par les recherches. Historiquement il est assez étranger des disciplines de droit et de sciences politiques. Les pionniers vont être les Anglo-Saxons.

Le concept de culture est le concept de phare de l'anthropologie qui a occupé les réflexions, surtout britanniques à cause de la réalité coloniale. Un des premiers à étudier la question est Edward Tylor (1832-1917), fondateur de l'anthropologie britannique qui donne la première définition de la culture : «  c'est un tout complexe qui comprend la connaissance, les croyances, la morale, le droit, les coutumes et les autres capacités ou habitudes acquises par l'homme en tant que membre d'une société ». La culture est alors l'expression de la totalité de la vie sociale de l'homme. Pour lui c'est un mot volontairement neutre, qui s'opposent au concept de civilisation, connotée à son époque positivement (on parle des civilisés contre les barbares). Il veut rompre avec cette approche manichéenne et prouver la continuité entre les cultures primitives et les cultures les plus avancés. Il se place bien dans la lignée de l'évolutionnisme de Darwin où il n'y a pas de différence de nature entre les cultures, simplement des degrés d'avancement.
Citons ensuite Bronislaw Malinowski, anglais lui aussi (1884-1942) qui continue cette tradition en y ajoutant le fonctionnalisme, c'est-à-dire le fait que tout trait culturel remplit une fonction, que toute coutume répond à des besoins collectifs ou individuels.

De plus, toute culture tend à sa conservation à l'identique, le changement venant toujours de l'extérieur. Il a amélioré les techniques d'anthropologie en inventant notamment l'observation participante.
L’anthropologie américaine a ensuite pris le relais, avec notamment Franz Boas (1858-1942) qui fonde la méthode monographique de l'observation directe (c'est-à-dire observer et noter tous sans exception). Il combat l'évolutionnisme de Tylor. Il n'y a pas selon lui de loi générale d'évolution des cultures. Il invente ainsi le relativisme culturel, c'est-à-dire qui insiste - dans sa version modérée - à dire que les cultures se valent, qu’il n’y en a pas de meilleur que d'autres. Le chercheur doit alors être neutre, sans jugement de valeur car chaque culture est unique, spécifique et il faut la comprendre dans sa totalité.
Très vite, anthropologie devient culturelle grâce au multiculturalisme des États-Unis, avec ses vagues d'immigration et où le modèle d'intégration nationale se forme autour de communauté reconnue. On peut penser à l'école de Chicago et l'étude de l'immigration, des étrangers dans la ville.
Les anthropologues vont aussi faire le lien entre la personnalité individuelle et les sociétés dans laquelle l'homme vie. Margaret Mead étudie notamment la transmission culturelle par l'individu. Ralph Linton s'intéresse lui à la personnalité et la culture. D'autres, comme Abraham Kardimer, ont montré au contraire que chaque individu est certes marqué par la culture du groupe, mais que chacun intériorise à sa façon cette culture.
En France on aura beaucoup de retard dans ce domaine de la culture, a cause de l’âge d’or de la sociologie qui occulte le reste du champ (période de Durkheim) et où la question du culturel sera longtemps considérée comme une annexe de la sociologie. On utilise surtout le terme de civilisation le mot culture n'était que l'ensemble des créations de l'esprit, les arts et les lettres. Aujourd'hui, les deux termes sont différenciés.
Si on a utilisé pendant longtemps le mot civilisation, c'est aussi avec la révolution française et son héritage : la civilisation que les Lumières voulaient apporter au monde entier. Ce discours se retrouvera dans les vagues de colonisation du second empire et de la IIIe République avec la « mission civilisatrice » de la France.
Une raison politique aussi, de propagande rivale contre l'Allemagne qui préfère le concept de Kulture qu’il différencie de la civilisation. La Kulture allemande est l'authenticité de l'enrichissement spirituel et intellectuel ; valeur de la bourgeoisie intellectuelle. La civilisation désignant tout ce qui est superficiel, léger, brillant, à la mode, valeur de l'aristocratie cosmopolite et francophone.

Au XIXe siècle en Allemagne, on lie le mot Kulture au concept de nation, notamment avec Herder. La culture devient le génie national de chaque peuple. La civilisation devient synonyme de progrès technique, matériel. La culture, c'est l'âme du peuple.
À la même époque pour les français, la civilisation c’est l'universalité ; on met en avant la nature universelle de l'homme. Père de l'opposition entre ces deux concepts, Norbert Élias dans la civilisation des mœurs. Le concept de culture en France apparaît dans le 30 avec la sociologie qui se scinde, et l'apparition de la sociologie de terrain, surtout chez les africanistes comme Michel Leiris ou Marcel Griaulle. Ils sont très prudents au départ et pense que ce sont des termes interchangeables.
Durkheim avait déjà avec une conception de la sociologie anthropologique : comprendre la société dans toutes ses dimensions, y compris culturelle. Il utilise peu le terme de culture, il développe le concept de conscience collective : « l'ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d'une société, qui transcende les individus, s'impose à eux comme un fait social » (la division est du travail sociale).

Dans cette perspective, c'est le religieux qui est au centre de la culture. Il pense que lorsqu’une conviction est partagée dans une société, elle prend forcément une forme religieuse. Mais il pense que la culture évolue lorsque les sociétés se transforment : on passe du nomadisme aux sociétés agricoles puis l'apparition de la religion.

Lorsque la division social du travail progresse, on a observé une régression de la religion qui va occuper une partie de plus en plus réduite de la vie sociale. Elle va être parfois continuée par d'autres domaines, comme la morale de l'État laïque par exemple. Cependant, Durkheim n'est pas évolutionniste, c'est-à-dire qu'il refuse un schéma unilinéaire qui irait pour chaque société. Il est aussi relativiste, c'est-à-dire qu'il montre que les « primitifs » étaient bien aptes à la pensée logique et rationnelle.
Un des premiers anthropologues français, Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939), étudie les cultures primitives et crée l'Institut d'Ethnologie de l'Université de Paris en 1925. Il va réfléchir aux différences de mentalités entre les peuples et pense que tous les peuples ont une mentalité logique et prélogique qui coexistent. Il refuse l'évolutionnisme dépend des mentalités. Les primitifs ne sont pas des peuples de « grands enfants » comme on a pu le croire à une certaine époque, discours qui a eu un très grand impact politique, notamment avec la colonisation sous Ferry. On abandonne notamment le concept de « conscience collective », développé avec Durkheim.
Un autre anthropologue célèbre français, Claude Lévi-Strauss, dont on a fêté les 100 ans en 2008, va s'acclimater à l'anthropologie culturelle car il a vécu aux États-Unis. Il importe beaucoup d'idées en France, notamment l’idée que la culture est une totalité des éléments de la vie en société. Sa grande théorie était que les cultures particulières ne pouvaient pas être prises sans référence à une grande Culture, capital commun de l'humanité. Les cultures particulières puisent leurs éléments anthropologiques structuralistes dans cette Culture commune : on peut découvrir des catégories, des structures inconscientes de l'esprit humain à travers les différentes cultures. Il recherche donc des invariants culturels que l'on trouve dans toutes les cultures : c'est un point de vue relativiste. (Il faut être conscient qu'il n'a pas trouvé énormément d’invariants culturels, hormis peut-être celui du refus de l'inceste).
À lire : Deny Cuche, la notion de culture dans les sciences sociales, repère numéro 205.
B. Des concepts complémentaires
1. Le concept d’acculturation
Ce concept très important montre que les cultures ne sont pas des silhouettes penchent ilots étanches. Elles se construisent au contact des autres. C’est un concept qui a été vulgarisée à mauvais escient très souvent.

En France, c'est un concept beaucoup étudié par Roger Bastide (1898-1974). C'est lui qui signe notamment l'article acculturation dans l'encyclopédie universalis. Cela concerne les contacts entre les cultures. Avant lui, l'Américain perce qu'au Herskovitz avait analysé la culture des noirs américains, avec un phénomène de syncrétisme culturel. L’acculturation serait « l'ensemble des phénomènes qui résultent d'une contact continu et direct entre des groupes d'individus de culture différente et qui entraîne des changements dans les modèles culturels initiaux de l'un ou des deux groupes ».
Concept à différencier et à ne pas confondre avec :

  • Le changement culturel car un changement peut être endogène alors que l’acculturation est toujours extra gène.

  • La déculturation qui n'y a implique une perte de la culture d'origine. Ce n’est pas le cas de l’acculturation.

  • L’assimilation, qui est souvent considérée comme la phase ultime de l'acculturation.

  • La diffusion, autre grand concept qui fait débat au XIXe siècle entre les évolutionnistes et les diffusionnistes. Alors que la diffusion parle d'échange déjà vécu, du passé, l'acculturation est quelque chose qui est en train de se faire.

  • Une simple conversion d’une culture à une autre, car les cultures en contact se transforment par cette sélection d’éléments culturels empruntés. La sélection se fait selon la tendance de la culture preneuse et selon ce que la culture donneuse offre.


L’acculturation n’entraîne pas forcément la disparition de la culture initiale c’est plutôt l’appropriation d’une nouvelle culture, un ensemble d’interactions réciproques.
Bastide ajoute que l’acculturation connaît 2 principes fondamentaux :

  • Les éléments non symboliques, technique, matérielle, technologique, sont plus facilement transférables.

  • Un trait culturel va être mieux accepté s'il prend une signification en accord avec la culture preneuse.


Le champ d’étude de l'acculturation est extrêmement vaste : étude des éléments psychologiques favorisant l’acculturation, les modes de sélection, les phénomènes de résistance, les phénomènes de contre acculturation.
L'acculturation n'est en tout cas jamais à sens unique, c'est toujours une « interpénétration », un « entrecroisement des cultures ».
Bastide lui ajoute le principe de coupure. L’acculturation ne rend pas forcément les individus malheureux, déracinés ou inadaptés. Il prend l'exemple des noirs brésiliens qui font coexister la religion candomblé avec parfois un comportement d'agent économique ultra rationnel. Ce n'est pas incohérent au niveau de l'individu, qui découpe l’univers social en compartiments, quelquefois complètement étanches et auxquels il participe de façon différente. Les individus ne vivent pas alors entre deux cultures mais dans les deux à la fois. Ce concept de coupure est utilisé lors de l’étude des phénomènes d'immigration, notamment chez Abdelmalek Sayad.
Bastide avait quand même conception optimiste de la marche marginalité culturelle qui pour lui reste très adaptable ; ils pensent même que c'était dans ces situations qu'on était plus créatif, voire qu'on y trouvait des grands leaders du changement social.
2. Le concept de civilisation
C’est l’entité culturelle la plus large. C’est un ensemble de peuples ou de société. Aujourd'hui, cela n'a plus rien à voir avec le clivage civilisation/barbare. Je Le concept est assez flou, difficile à distinguer de celui de culture.
C'est Marcel Mauss qui a essayé de réconcilier les 2 en disant que la civilisation était le regroupement de plusieurs sociétés et était lié au passé des sociétés. Il distinguait donc les deux en fonction du volume, la civilisation étant plus vaste et ancienne que la culture.
La notion a quand même été remise en question par Samuel Huntington dans son choc des civilisations, se référant notamment selon lui à Braudel. C'est que Braudel, dans la grammaire des civilisations, explique que pendant longtemps culture et civilisation ont été des mots assez synonymes et se sont séparés avec l'anthropologie britannique. Le pluriel apparaît en 1819 : on parle des civilisations, c'est à dire dans le sens de collectivité, de groupe, mais aussi les de l’état d’un groupe à une époque.
Braudel essaye d'être concret en se basant sur cinq dimensions :


  • les civilisations sont des espaces ou tout du moins toujours liés à un espace à peu près stable. Il y a un lien entre les civilisations et l'environnement où elle vit, avec ses contraintes et ses jeux. C'est un espace où l'on trouve des traits culturels communs. Mais ces espaces peuvent se décomposer (l'Occident est fait de l'Europe, des États-Unis, de la Russie...). Les frontières des civilisations sont perméables, non refermées sur elles-mêmes, elles échangent entre elles. En 1963, avec la croissance des échanges, Braudel se demande si elles ne tendent pas à disparaître et à s'uniformiser.




  • Les civilisations sont très liées aux sociétés. Par exemple, la civilisation occidentale est liée à la société industrielle. La civilisation, c'est une vision du monde nécessairement dominé par des tensions sociales dominantes. Par contre, la civilisation est plus durable que les sociétés qui évoluent plus vite. Par exemple la civilisation occidentale est passée de la société industrielle à la société postindustrielle en quelques décennies seulement.




  • La dimension économique : les civilisations sont aussi des économies : « Les conditions matérielles et biologiques pèsent sans fin sur le destin des civilisations ». Économie au sens très large si on y inclut la démographie ; la montée démographique facilite l’essor des civilisations. Elle peut être compensée par la technologie. Économie au sens strict lorsque l’on constate que les civilisations sont fonctions de la redistribution, de l'utilisation des richesses, du développement de l’art, de la culture, du luxe...




  • Les civilisations sont des mentalités collectives. À chaque époque, il y a une représentation du monde dominante dans une société. Les structures psychologiques sont ce que les civilisations échangent le moins facilement. Dans ces mentalités collectives, l'élément central c’est la religion, sauf pour la civilisation occidentale qui évolue vers le rationalisme et le moins de religion.




  • Une dimension historique : la civilisation est une continuité historique, de succession de longues histoires, même si les époques changent. Certaines ont cependant pu disparaître comme la civilisation égyptienne antique.

Ce concept est intéressant et utile mais difficilement maniable. Bernard Nadoulek, l’épopée des civilisations, explique que les civilisations ne seraient que des matrices culturelles, difficiles à définir précisément, mais qu’on peut considérer comme des « boîtes noires » qui ont de l'influence sur les différentes cultures.

Samuel Noah Eisenstadt (1923-....), sociologue israélien brillant, utilise le concept de civilisation avec une définition sociale et culturelle. La culture détermine toutes les dimensions de la vie sociale. L’analyse en termes de civilisation permet de faire apparaître des liens entre les structures sociales et les activités humaines à travers la culture. Ainsi, les civilisations permettent d'expliquer des éléments qui semblent irrationnels ; forme des institutions, fixation des frontières des collectivités...
3. Le concept d'identité
Lui aussi très souvent associé au processus plutôt inconscient de culture, le concept d’identité s’avère lui être conscient, fondée sur des oppositions symboliques. Il est construit à partir de l'opposition entre un groupe et d'autres groupes, l’opposition « eux et nous ».
C'est toujours une construction sociale, relevant d’une même représentation et d'une même temporalité. Ceci dit, elle a une base bien réelle, construite à l'intérieur d'un cadre socio-juridique qui détermine la position de ses agents et oriente leurs représentations. L'identité produit ainsi des effets réels (guerre, légitimation du pouvoir...).
Pour le définir, il n'y a pas besoin de faire un inventaire de tous les traits culturels d’un groupe mais juste ceux qu'il utilise pour affirmer son identité et se différencier des autres groupes. Ce n'est pas la culture elle-même qui produit l’identité : celle-ci n’est construite qu'au moment de l'interaction avec un ou plusieurs groupes. C'est pour ça que certain peuple reclus est isolé dans le monde s'appelle eux-mêmes « homme », car ils n'ont pas besoin de se différencier. Le mot inuit par exemple signifie homme.
L’identité est un concept dynamique : elle se construit et se déconstruit constamment selon les échanges sociaux. C'est un compromis entre l'auto identité, c'est-à-dire l'identité pour soi, et l’exo identité, celle attribuée par les autres.
L'identité a toujours était un enjeu de luttes sociales dans les sociétés ; tous les groupes n'ont pas le même pouvoir d'identification. Ce phénomène est montré notamment par Bourdieu : le pouvoir de donner une identité au groupe dépend de sa position dans le système de pouvoir. C’est l’exemple par exemple aux États-Unis dans les années 50 du groupe dominant les mois ce WASP (white anglo-saxon protestant) qui vont placer les autres dans des groupes ethniques : les européens immigrés non protestants, les groupes ethniques de couleur... C'est un pouvoir de classement identitaire.
À l'époque moderne, l'identité est très liée aux nations construites à partir de la fin du XVIIIe parallèlement à l'identité nationale. C'est L’Etat moderne tend alors à la mono identification par souci d'uniformité. Parfois c’est possible, par exemple en France, mais souvent cela s'avère beaucoup plus difficile notamment leur là où on utilise une identité dominante (les WASP aux États-Unis par exemple). L'identité nationale se construit donc forcément par exclusion.
Les Etats modernes ont rigidifié l'identification grâce aux techniques juridiques et de contrôle (nationalisations, carte d’identité...). Les individus sont moins libres de choisir leur identité.
Dans les sociétés primitives, les identités étaient souvent beaucoup plus souples. Baillart montre que l'Afrique ancienne était polyculturelle, multiculturelle, basée essentiellement sur le métissage. (Phénomènes identiques aux Caraïbes, Asie du Sud-est avec une culture du métissage et de l'échange).
L'anthropologie montre que les entités ne sont pas fixes. Personne n'y est enfermé. L'identité a un caractère fluctuant, se prêtant à différentes interprétations, voire manipulation, expliquant les phénomènes d'identité mixte possible pour un seul individu, qui peut se créer une identité syncrétique entre plusieurs cultures : on peut très bien par exemple être basque, français, européens, musulmans.
Certain ont souligné le concept de stratégie identitaire c'est-à-dire prendre l'identité comme un moyen d'atteindre un but. C'était notamment le cas des religions dans les années 50 aux Etats-Unis, moyen de montrer son appartenance à une classe. Les identités peuvent être un enjeu de classement dans les sociétés. Aujourd'hui, cela se retrouve plus dans les RI, notamment avec les peuples premiers et leur reconnaissance. Ronald Niezen montre que certains peuples utilisent leur identité de façon stratégique comme par exemple le peuple arctique de Laponie, les Sâmes (autrefois les Lapons) qui obtiennent une grande reconnaissance au niveau internationale pour pouvoir contrôler certains intérêts économiques. On a observé le même phénomène chez les Indiens Cree du Canada.
C. La conceptualisation de la mondialisation
En France, on peut décliner le mot monde : mondiale, mondialisation... Mais pas en anglais où on parle du coût de globalisation.

Mais le terme de globalisation en français n'a pas le même sens : caractère intégré, entier... Ce n'est pas tout à fait pareil.
Le concept de mondialisation est très récent, il apparaît dans les années 80-90, après la fin de la guerre froide, à partir du moment où on parle du succès du capitalisme et du modèle libéral. Avant, on parlait dans les années 60-70 d'interdépendance.
En France, c'est surtout avec l'essor du mouvement alter/anti mondialiste que le terme de mondialisation s’est divulgué. Après, c'est passé dans le langage courant, dans l'imaginaire collectif, soit positivement soit négativement : promesses de développement du monde, prospérité, paix, fin du monde Fukuyama mais aussi une mondialisation menaçante, l'hégémonie américaine occidentale. Ce dernier entraîne évidemment une réaction contre la mondialisation.

Dans les sciences sociales, il y a de nombreuses définitions de cette mondialisation ; des définitions mono factorielle (économie, culture, immigration...) peu satisfaisante et d'autres, multifactorielles, beaucoup plus globales et convenables.
1. Quelques lectures scientifiques de la mondialisation
Les auteurs soulignent un nombre de dimensions concrètes mesurables de cette mondialisation. Si on reprend les travaux de Saki Laïdi, il parlait d'intensification des relations sociales planétaires, au-delà des frontières et des nations, ainsi qu'une intensification des façons de voir et de penser le monde. Il y a un ensemble de processus mesurables mais aussi un aspect matériel, celui des représentations.
Tous les auteurs insistent beaucoup sur les NTIC, sur les marchés financiers, sur les aspects culturels en ce sens d'une diffusion d'une culture politique nationale, sur la dimension environnementale (notamment des dangers qui guettent la planète)etc. La mondialisation est vue comme un ensemble de processus inter relié, opérant sur toutes les composantes du pouvoir social, y compris politique et militaire. Exemple pour l'aspect politique : le développement des relations sociales mondiales peuvent atténuer le sentiment national par rapport à la nation. En même temps, la distanciation par rapport au nationalisme peut être liée à l'intensification des petits mouvements nationalistes locaux, l’’État étant devenu trop petit pour les grands problèmes liés aux grands pour des petits problèmes qui ont tendance à se localiser.
Beaucoup d'autres auteurs, comme John Tomlinson, ont beaucoup sur le phénomène d' “interconnectivité complexe”, avec le développement des réseaux d'interconnexion traversant le monde. Un réseau étudié et reconnu aussi bien par les anthropologues que les politologues. Ce réseau, il le précise comme étant le rétrécissement des distances, à la fois dans le temps et dans l'espace. Il parle d'une extension de l’espace du champ des relations social. Être connecté, c'est faire l'expérience de la proximité et aujourd'hui, il y a plusieurs façons de faire cette expérience, physiquement ou culturellement. Pour lui, la mondialisation serait complète si l'abolition de la distance physique était comparable à l'abolition de la distance culturelle. Cela est certainement impossible (voyage de plus en plus court, mais le dépaysement culturel reste identique). Sauf peut-être pour quelques élites dans le monde, autour de certaines professions comme la finance qui fréquente les aéroports, les hôtels internationales et les salles de marchés qui sont des lieux entièrement mondialisés. Il faut donc différencier mondialisation et uniformisation qui ne sont pas identiques. Sauf pour certain milieu. Il ne faut pas exagérer cet aspect d'uniformité. Au contraire, il faut faire attention à l'expansion de la dimension du local, qui reste le cadre de vie des individus, avec toujours les mêmes contraintes physique. Néanmoins, celle-ci est aussi affectée par la mondialisation. Le train de vie locale est aussi transformé par les relations sociales mondiales ; exemple du chômage dans un grand groupe international qui dégraisse ses effectifs dans une région, les mutations des supermarchés...
Les médias transforment aussi les vies quotidiennes, par exemple avec la diffusion du rap américain dans les banlieues française.

C'est bien souvent dans ces sphères locales que se situent les réactions à la mondialisation (ou bien comme témoins ou bien comme révolté)
2. Les dimensions spatiales, historiques et temporelles
Beaucoup d'étude sur la mondialisation ont aussi insisté sur sa dimension spatiale, notamment les anthropologues tels que Arjun Appaduraï, qui a essayé de faire une géographie de la mondialisation détachée des cartes : un univers déterritorialiser, composé de plusieurs espaces et de flux culturels globaux, sorte de fractales ou de kaléidoscope. Il les appelle les paysages, ou scapes en anglais, aux contours fluides, irréguliers, et où évoluent différents types d'acteurs, de l'État à l’individu, en passant par les multinationales ou les associations. Il les appelle aussi les constructions imaginées, c'est-à-dire des mondes constitués par des imaginaires historiquement situées, de personnes et de groupes dispersés sur la planète. Il distingue 5 paysages culturels globaux :

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