Crise agricole et crise industrielle : analyse et interprétation





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date de publication05.07.2017
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Crise agricole et crise industrielle : analyse et interprétation
Comment les crises agricoles et industrielles s’éclairent-elles mutuellement ?


  1. Similitudes d’analyse et d’interprétation

Le premier à véritablement proposer une interprétation des cycles aura été William Jevons avec les « taches solaires », je vous renvoie à la fiche d’Estelle. La première analyse des cycles généraux de l’économie est donc fondée sur les cycles agricoles. Dans un cas comme dans l’autre, on remarque également une certaine fatalité des crises, considérées longtemps comme inéluctables.

Les économistes utilisent pour repérer les crises, puis les cycles, des critères de repérage semblables, qu’il s’agisse de crises agricoles ou industrielles. Les statistiques, notamment, permettent dans les deux cas de construire des modèles économiques de fluctuations. Les prix sont également un indicateur relativement fiable : ainsi Juglar considère que la période de dépression qui suit une « crise commerciale » est marquée par des prix plus élevés que ceux qu’accepterait le marché, et donc qui baissent. De même, des prix de produits agricoles trop élevés sont souvent le signe d’une crise agricole, puisque le marché agricole est très sensible à la loi de l’offre et de la demande : prix élevés = récolte peu abondante !

La périodicité est également la même pour les cycles agricoles et industriels (je me cantonne ici aux cycles les plus « immédiats », à savoir les cycles Juglar) : une dizaine d’années en moyenne (vous vous souvenez des taches solaires !). Elles sont rythmées de la même façon : une période d’expansion, une crise qui constitue un point de retournement et une phase de dépression caractérisée par la baisse des prix jusqu’à une reprise.

Les taches solaires proposent une interprétation des cycles en termes de chocs exogènes. Plus généralement, c’est cette analyse qui est retenue comme explication première des crises agricoles dès la courbe de Farmer : de 1208 à 1325, le prix des céréales en Angleterre est essentiellement lié à des facteurs externes à la sphère économique : guerre (notamment guerre civile à l’époque), aléas climatiques, voire démographie. De même, certains économistes choisissent cette interprétation pour les crises économiques au sens large : les classiques et les néoclassiques surtout. Ce qui ne manque pas de cohérence, quand on y songe : puisque tout va bien spontanément dans le meilleur des mondes walrasso-parétiennement équilibré, ce sont forcément les vilains méchants facteurs extérieurs qui viennent empêcher le marché de réguler l’économie tranquillement !


  1. Différences dans l’analyse et l’interprétation

Cependant, certains théoriciens privilégient une analyse des crises industrielles en termes endogènes : on peut citer entre autres Marx, Keynes (mais ces théories ne sont pas applicables à l’agriculture). Mais aussi ceux qui pensent que les crises sont dues aux défauts d’information sur le marché ou aux défauts du marché perturbé par l’Etat. Cette explication est plus difficile à admettre pour les crises agricoles, puisqu’elles se sont poursuivies après l’unification des marchés et que c’est dans l’agriculture que la loi de la fixation des prix par l’offre et la demande est la plus vérifiée.

Pour Schumpeter, chaque phase ascendante Kondratiev s’explique par l’apparition d’un cycle d’innovations majeures. Cette explication est à la rigueur valable pour les crises agricoles –et encore : la révolution agricole de l’après Seconde Guerre mondiale s’est traduite par une hausse de la production certes, mais aussi l’exode rural qui montre que l’agriculture ne pouvait plus nourrir autant d’actifs que par le passé. Sans compter que la baisse des prix ferait plutôt penser à une phase descendante du cycle Juglar => débat sur l’abondance de la production, qui dans l’industrie est considérée comme un signe de dynamisme (de « croissance » au sens littéral) mais n’est pas forcément souhaitable dans l’agriculture (problème des surplus)

Par ailleurs, les crises agricoles ne sont pas nécessaires comme elles peuvent selon certains auteurs l’être dans l’industrie (qu’elles débarrasseraient des « canards boiteux ») : il n’y a aucun indice qui montre que les crises soient souhaitables dans l’agriculture. Ou alors c’est au bénéfice du reste de l’économie (déversement de main-d’œuvre par exemple, mais l’exode rural a plutôt lieu durant les périodes de prospérité agricole).

On observe également une moindre régularité dans les cycles agricoles, ne serait-ce que parce qu’ils sont plus soumis à des chocs exogènes, et que l’agriculture est très segmentée en secteurs. On ne peut pas trop parler de cycles longs dans l’agriculture, même si c’est de plus en plus le cas aujourd’hui… sans doute parce que justement l’industrie, et l’économie en général, influent de plus en plus sur le secteur primaire. Il n’y a pas non plus de repérage grâce aux stocks comme dans les cycles Kitchin, pour des raisons évidentes.

Enfin, les actions menées pour réguler les crises agricoles et industrielles sont très différentes, mais là n’est pas la question, et heureusement pour moi !


  1. Relations entre crises agricole et industrielle : de la crise agricole pure à la crise mixte

Les premières crises sont dites « agricoles pures » ou « crise frumentaires » et sont dues à une mauvaise récolte (voire une suite de mauvaises récoltes) qui engendre une situation de pénurie et de hausse des prix. Les consommateurs se détournent alors des produits industriels (c’est l’effet Giffen). La sous-production est généralement aggravée par la spéculation, le stockage et le cloisonnement des marchés et a des retombées tant politiques (Révolution française) qu’économiques.

Au XIX°, avec la « crise mixte », le processus reste le même : une mauvaise récolte fait baisser le pouvoir d’achat, mais en plus la Bourse s’affole (psychologie baissière et de panique), les cours s’effondrent et la crise agricole et industrielle se double d’une crise financière et boursière. Le meilleur exemple, et le dernier, en est la grande dépression de la fin du siècle, qui selon Asselain est moins une dépression industrielle qu’agricole. Dans ces deux types de crises, dites d’Ancien Régime, la sous-production agricole est à l’origine d’une surproduction industrielle.

Peu à peu, il semble plutôt que le phénomène s’inverse : l’agriculture dépend de plus en plus de l’industrie (et non l’inverse, comme ç’a été longtemps le cas, notamment en France), et les crises industrielles seraient alors à l’origine des crises agricoles. De plus, le problème se déplace : aujourd’hui, les crises agricoles, comme industrielles, sont des crises de surproduction.
On peut également remarquer qu’aujourd’hui les crises industrielles sont plus liées aux crises du tertiaire, pour lesquelles les arguments en faveur des causes endogènes des cycles sont plus valables…

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