Analyse formelle et conceptuelle des formes verbales du français contemporain : a la croisée du passé simple et de l’imparfait, du futur et du conditionnel, les concepts «potentiel» et «défini»





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1-2 Une analyse structurale qui sépare le R de la base.



Les fonctionnalistes sont probablement les premiers à avoir proposé une analyse du futur qui sépare le R de la base. C’est parce que l’analyse structurale pose pour principe premier la prise en compte de la forme orale et qu’à l’oral, l’analyse du futur et du conditionnel construits sur la base de l’infinitif n’est plus aussi pertinente qu’elle pouvait le paraître à l’écrit qu’il est devenu nécessaire de revoir le statut de l’infinitif.

Ces linguistes remarquent que la présentation traditionnelle des conjugaisons « ne s’attache qu’aux formes écrites du verbe ». Or, « la conjugaison orale doit être considérée comme la conjugaison de base »48, la conjugaison écrite devrait correspondre à un simple passage du code oral au code écrit. Il y a inversion de l’analyse dans la présentation traditionnelle: on oublie que l’écrit n’est qu’une transcription de l’oral et ne permet donc pas de fonder l’analyse des formes. Suivant cette remarque, on constate, par exemple, que le tableau du futur que nous avions présenté plus haut n’est plus aussi valide si l’on opte pour sa transcription phonétique, infinitif et radical ne coïncidant pas pour le verbe présenté :




Infinitif / radical

Suffixes du futur

Suffixes du conditionnel



tt



































Fig.2

Le second principe adopté par les structuralistes est celui de la commutation entre les différentes formes pour en dégager les morphèmes49. Selon la définition de Martinet,

« C’est l’opération dite de commutation qui permet de dégager les monèmes. La commutation réussit lorsqu’on constate qu’une différence de sens correspond à une différence de forme et vice-versa. L’utilisation de cette opération se fonde sur la notion saussurienne de signe qui suppose la coïncidence d’un signifié et d’un signifiant et dont on peut déduire que rien n’est proprement linguistique qui n’implique une telle coïncidence. L’opération commutative qui permet de dégager les différences de sens correspondant à des différences de forme sera poursuivie dans l’analyse de la langue jusqu’au moment où l’on aboutira à des signes qu’il n’est plus possible d’analyser comme la somme de deux signes distincts.»50

Selon Hjelmslev,

« l’épreuve de commutation est un outil d’investigation indispensable qui permet non seulement de rendre compte de la structure d’une langue à un stade donné de son développement, et des changements linguistiques mais aussi d’établir une typologie des langues. »51

Cette méthode scientifique appliquée aux formes verbales doit permettre d’aboutir à un résultat fiable sur le plan formel. Pour autant, nous constaterons que, pour le futur et le conditionnel, elle fournit des découpages variables selon les linguistes qui l’ont utilisée. D’une part, on trouvera les tenants d’une analyse du futur en base + désinence Ra (Martinet, Dubois, Touratier…), que cette désinence soit précisément définie ou non ; de l’autre, les tenants d’une analyse en base + R + A (Pinchon et Couté, Van den Eynde et Blanche-Benveniste…) dans laquelle le R est le suffixe du futur et le A un suffixe de personne. Ces résultats divergents sont également repris dans de nombreuses analyses ultérieures.

1-2-1 Le découpage d’une désinence –Ra au futur.

1-2-1-1 Martinet, 1958


Dans l’article intitulé « De l’économie des formes du verbe en français parlé » repris dans Le Français sans fard en 1969, Martinet cherche à montrer les phénomènes d’analogie qui aboutissent à simplifier les conjugaisons dans l’usage parlé de la langue. Il souligne en particulier que l’isolement de certaines distributions verbales conduit à en éviter l’emploi. Ce faisant, il s’attache à repérer les différents radicaux ou thèmes des verbes conjugués, ce qui le conduit à découper avant le –r- au futur et au conditionnel :

« On aura en pratique intérêt à choisir l’invariabilité comme critère pour déterminer ce que, dans le cas des modes personnels, nous considérons comme faisant partie de la désinence ; par exemple, la désinence de futur sg. 3, sera donnée comme /-ra/, et non comme /-a/, parce que /-ra/ est ce qui est commun à tous les futurs sg.3 »52

Mais il ne s’attache pas à déconstruire ce qu’il nomme désinence : dans son analyse, la désinence du futur a pour initiale –r-, la désinence du conditionnel est constituée de –r- + les désinences de l’imparfait. Il n’entre pas dans son projet de les opposer pour déconstruire, il s’intéresse plutôt au « lieu » de découpage entre radical et suffixation. Enfin, il faut remarquer, qu’au moins dans cet article, l’objectif de Martinet n’est pas d’opérer une analyse systématique. Il le signale d’ailleurs :

« Il ne faudrait pas chercher dans l’étude qui précède ce qu’on n’a pas voulu y mettre, notamment une analyse formelle du verbe français visant à la présentation la plus simple compatible avec l’exhaustivité. »

C’est ce qui peut expliquer l’absence de déconstruction des désinences.

Cependant, dans sa Grammaire fonctionnelle du français, Martinet détaille plus précisément son analyse du futur :

« Le monème futur présente toujours un –r- /-r-/ qui apparaît seul dans nous chanter-ons /nu -r-/. Mais le /-r-/ n’est plus seul dans /il -ra/. On verra toutefois dans /-ra/ plutôt une variante du monème futur qu’une combinaison de /-r-/ avec un élément personnel /-a/ inconnu par ailleurs. »53
1-2-1-2 Dubois,1967


Contrairement à ce qui est affiché par Martinet, on trouve un objectif de présentation ordonnée des conjugaisons du verbe dans La Grammaire structurale du français54 de Dubois, dont on peut dire qu’il cherche à systématiser dans un but d’enseignement les propositions de l’article « De l’économie des formes du verbe en français parlé » de Martinet, propositions qui étaient plus de l’ordre de l’observation que de la prescription. Pourtant, Dubois reprend son découpage en [–ra] et en [-r] 55 sans le justifier et consacre toute son analyse au classement par bases sans reconsidérer les désinences posées par Martinet.

Ce désintérêt s’explique surtout par le fait qu’il s’agit d’élaborer, pour la première fois, un classement par bases qu’il faut imposer en place du classement traditionnel par groupes fondé sur les désinences. La difficulté de la tâche est mesurable au fait que ce classement, à la fois plus probant et plus didactique, ne s’est toujours pas imposé dans l’enseignement du français langue maternelle aujourd’hui. Dubois s’est donc focalisé sur l’établissement des bases et a rejeté l’analyse précise de ce qu’il appelle, comme Martinet, les désinences, comme sans intérêt pour l’établissement d’un classement des verbes.

De fait, Dubois montre le caractère infondé du classement de la grammaire traditionnelle qui prend pour critère les désinences verbales :

« L’établissement des conjugaisons classiques […] repose fondamentalement sur la régularité des désinences, considérées comme l’élément essentiel ;les conjugaisons sont formées à partir des marques spécifiques des verbes. Cette régularité est envisagée en minimisant les oppositions singulier/pluriel à la 3e personne, ou les différences entre les 1ère et 3e personnes. »56

Il souligne aussi que les groupes correspondent à un classement des verbes latins, ce qui s’adapte mal à la morphologie du français. On peut penser que cette critique que Dubois a menée de l’importance accordée par les grammairiens aux désinences a pu le conduire a occulter de l’analyse de la suffixation.

Ces raisons expliquent que ne soit pas prise en compte la comparaison entre les suffixes du futur et du conditionnel chez Dubois comme chez Martinet.

1-2-2 Le découpage au futur d’un suffixe -Ra + suffixes personnels.



Dans son ouvrage intitulé Le Système verbal français, Touratier se rallie à la thèse proposée par Martinet mais en prenant en compte les analyses différentes opérées depuis, en particulier les travaux de morphophonologie de Van den Eynde et Blanche-Benveniste et en analysant plus précisément la suffixation. Il part d’une comparaison entre le futur et le conditionnel pour définir ce dernier :

« Il est difficile de ne pas retrouver dans le conditionnel d’une part la marque de l’imparfait et d’autre part la marque /R/ du futur, comme le montrent les deux paires minimales :
/nu -R-i-/ ~ /nu -R-/ ; nous chant-er-i-ons ~ nous chant-er-ons

/nu -R-i-/ ~ /nu -i-/ ; nous chant-er-i-ons ~ nous chant-i-ons
Ceci veut dire qu’au point de vue morphologique, le conditionnel dit présent a tout l’air d’être un futur imparfait et donc d’appartenir aux temps de l’indicatif. Car si le futur est un temps de l’indicatif et l’imparfait un autre temps de l’indicatif, on ne voit pas comment la combinaison de ces deux temps de l’indicatif pourrait ne pas appartenir aussi au mode indicatif. »57

Chez Touratier, ces oppositions servent à définir le conditionnel et non le futur dont Touratier signale plus loin qu’il «est plus délicat à analyser». Il s’agit de faire apparaître des morphèmes communs à ces trois formes verbales, dans une sorte de logique de l’ajout : le conditionnel serait du futur auquel on ajoute de l’imparfait. A défaut de poser un zéro, ce dont il s’explique par ailleurs58, Touratier doit prendre en compte le /a/ qui apparaît aux personnes 2 et 3, le // qui apparaît à la personne 1 et le / qui apparaît à la personne 6. Comme Martinet, il se propose d’allier le /a/ au R pour en faire une variante du R du conditionnel. Mais il précise la formulation d’un suffixe –Ra en le rattachant, non seulement aux personnes 2 et 3, mais aussi aux autres pour lesquelles il propose des règles de réduction à la forme –Ra, règles dont on peut comprendre la nécessité, ici, quand on sait que Touratier pose, à l’instar de Martinet une hiérarchie des formes dans les cas d’allomorphisme :

« Le futur est marqué par un segment /()Ra/, auquel s’ajouterait, pour les deux dernières personnes, la marque de la série d’allomorphes, à savoir /ty…(z)/ et /il…(t)/. La première personne, elle, ajouterait au segment /()/ ce qu’on appelle une forme de remplacement, qui s’écrit : /  ¢ (a)/ et veut dire que la voyelle /a/ du segment /Ra/ de futur, comme celle du segment /a/ de passé simple de conjugaison est remplacée par une voyelle de timbre //. »59

« On peut admettre que les désinences de ces formes [aux trois dernières personnes] du futur présentent des réalisations particulières du même segment /()Ra/ qu’aux trois premières personnes. […]  /R/ est une variante de /Ra/ devant voyelle et que /il(z) …. (t)/ est une variante de /il(z) …(t)/, qui apparaît précisément dans le contexte du futur. »60

Par ailleurs, Touratier propose plusieurs variantes du suffixe /Ra/ qu’il a identifié comme étant le suffixe du futur :

  • la variante /Ra/ après un radical s’achevant sur une consonne.

  • la variante /iRa/ pour un certain nombre de verbes qui ont un infinitif en –ir, où le i est la voyelle thématique. (offrir, mentir, partir, dormir…)

  • les variantes /dRa/ et /tRa/ 

Bilan :



Si le découpage du futur –Ra peut sembler identique chez Martinet, Dubois et Touratier, on constate cependant qu’on passe d’une désinence non identifiée à un suffixe allomorphique parfaitement défini, y compris sur le plan phonétique. De plus, il faut signaler la proximité de vue dans l’analyse structurale que développent ces trois auteurs : il y a, en particulier, communauté d’idées sur les questions de l’allomorphisme, du zéro, ce qui peut expliquer, nous le verrons plus loin, ce résultat commun.

Il faut souligner que ce découpage d’un suffixe –Ra, allomorphe du R du conditionnel, est passé dans la littérature linguistique et qu’on le retrouve notamment sous la plume de Wilmet61, de Maingueneau62, entre autres.

Pour autant, et nous l’avons déjà signalé, ce n’est pas la seule analyse que proposent les structuralistes et on trouve également un découpage en Base + R + a où le /a/ se combine cette fois avec les suffixes de personnes, pour composer une série allomorphique des marques personnelles.

1-2-3 Le découpage d’un suffixe /R/+ désinence /a/.

1-2-3-1 Pinchon et Couté, 1981


Pinchon et Couté reprennent, en le modifiant, le classement par bases de Dubois pour le didactiser, ce qui les amène à présenter aussi un découpage des désinences. Le terme de désinence qui amalgamait plusieurs notions chez Martinet et Dubois (désinence de l’indicatif présent aux trois premières personnes par exemple) se précise pour désigner la marque de la personne.

Ces auteurs procèdent à des commutations pour préciser les suffixes et logiquement, ils aboutissent à un découpage du conditionnel en base + 3 suffixes :

« vous liriez ;

[cette forme verbale a ] deux marques : /r/ + /j/ /vu li-r-j-ez/ vous li-r-i-ez. » 63
Mais ils évitent une analyse similaire pour le futur en posant un allomorphe du suffixe de personne –a- :
« /il vdra/ : futur 3 comporte trois fois l’indication du futur :

l’élément caractéristique /r/,

la désinence /a/,

la base /vd/. »64
Le /a/ est considéré comme une variante combinatoire du Ø, suffixe des personnes 1, 2, 3, au même titre que la variante de la base. Cette hypothèse se comprend si l’on considère, par exemple, que –mes et -tes sont les variantes combinatoires de –ons et -ez au passé simple, on convient qu’une variante allomorphique de la personne peut n’apparaître que pour une forme verbale unique.
Dans les tableaux que proposent Pinchon et Couté apparaissent bien trois suffixes à la suite de la base mais ces trois suffixes sont aléatoires : Pinchon et Couté excluent clairement que cette analyse en trois suffixes soit pertinente pour toutes les formes verbales de l’indicatif, c’est-à-dire qu’ils excluent la présence d’un suffixe zéro. C’est ce que signifie, sans équivoque possible le ou de leurs conclusions :
« Entre la base et la désinence peut s’insérer un élément ou65 deux éléments.

/j/ : /nu liz-j- / i- : nous lis--ons.

/r/ : /il li-r-a/ r- : il li-r-a

/r + j/ : /nu li-r-j- / r + i : nous li-r-i-ons.”66

« Toute forme verbale régulière présente une succession de deux, trois ou quatre éléments selon le schéma suivant :

base /r/ /j/ désinence

1 2 3 4

    /- nous conclurions

  e /e - vous conclurez

   / - nous concluions

y e /e - vous concluez »67

Ainsi, la possibilité de découper trois suffixes ne serait propre qu’au conditionnel, le futur présentant deux suffixes : le /r/, commun au conditionnel et le /a/, allomorphe du / / et du /e/.
1-2-3-2 Van den Eynde et Blanche-Benveniste (1970)


Dans un article paru dans Orbis en 1970, Van den Eynde et Blanche-Benveniste se proposent de réduire les oppositions entre les conjugaisons en assimilant les allomorphes combinatoires de façon à aboutir à la présentation la plus économique possible de la conjugaison française à l’oral, leur objectif étant de limiter la conjugaison à seulement deux classes de verbes.

Cet objectif les amène à considérer que le suffixe –r- est commun au futur, au conditionnel et à l’infinitif  :

« Il paraît intéressant dès lors de donner aux autres éléments –r- et –ir- un statut autonome et de leur trouver également une analogie. Les déclarer allomorphes du morphème de l’infinitif peut se faire, moyennant insertion des règles distributionnelles supplémentaires suivantes :

en position non finale,

- pour le morphème de la catégorie A

°eR_______ : /r/

- pour le morphème de la catégorie B,




: /ir/ après °rC (autre que °d), °~ t, °Cr

°r : / r/ dans tous les autres cas »68

Dans l’analyse du reste de la suffixation du futur et du conditionnel, les auteures commencent par déconstruire un morphème supplémentaire :

« On peut reconnaître au conditionnel les marques de temps de l’imparfait et les marques des personnes y afférentes. On peut poser une marque de temps supplémentaire pour les allomorphes /-r/ et /-ir/, dont il est possible d’établir la distribution complémentaire. Cette dernière marque est commune d’ailleurs au conditionnel et au futur.

Pour l’analyse du futur, on peut distinguer les formes du singulier de celles du pluriel. La marque de temps du passé simple de la catégorie A ainsi que les marques de personne y afférentes se retrouvent au futur, pour le singulier. On y reconnaît le morphème °A et les marques de personnes : °zéro, °Z’, °T’.

me mre

m-a mra

m-a-(t) mra(t) »69
Cependant, Van den Eynde et Blanche-Benveniste relèvent aussitôt l’absence de régularité du suffixe du passé simple pour les personnes du pluriel au futur, en particulier pour la troisième personne du pluriel dont le // ne présente plus d’analogie avec aucune marque de temps. Cela les amène à préférer une autre analyse du futur plus économique en terme d’explications:

Remarquant que l’élément /-(t)/ se retrouve dans /s(t)/, /v(t)/, /f(t)/ et /(t)/ et que la conjugaison de l’indicatif présent du verbe /avwar/ offre une analogie parfaite avec l’ensemble des désinences du futur, elles proposent de présenter :

« les finales du futur : e, a(z), (z), e(z), (t), comme n’étant que les formes de l’indicatif présent du verbe /avwar/, et de poser la règle distributionnelle suivante :  le radical –av n’est pas représenté, sauf en position initiale de forme ; autrement dit, s’il figure comme suffixe à une forme, il n’est pas représenté. » 

Ce qui les conduit à ce résultat d’analyse pour le conditionnel :

« Si l’on opte pour une analyse selon laquelle le futur est composé de radical + morphème infinitif + verbe avwar au présent, on peut opter pour une analyse analogue du conditionnel, sans devoir faire appel à une seule nouvelle règle : radical + morphème infinitif + verbe avwar à l’imparfait. »70

En définitive, Van de Eynde et Blanche-Benveniste sont animées par la volonté de présenter les flexions verbales de façon économique. C’est ce qui leur fait rejeter la reconnaissance d’un suffixe supplémentaire au futur, car la série PS n’est pas complète et préférer une version qui correspond partiellement à l’analyse qui s’appuie sur l’étymologie car la liste des suffixes est alors complète.

On retrouve cette analyse chez Le Goffic qui prend en compte, dans Les Formes conjuguées du verbe français, les acquis de l’analyse structurale sans renier pour autant une analyse basée sur la diachronie. Le Goffic présente le futur de la sorte :

« Futur : suffixe [r] + désinences proprement dites. […] Les désinences proprement dites ne sont autres que les formes du présent du verbe avoir (sauf aux personnes 4 et 5) : ai, as, a, (av)ons, (av)ez, ont, ce qui s’explique par l’origine du futur : infinitif (d’où le [r]) + présent du verbe avoir, c’est-à-dire originellement une forme modale périphrastique proche de « j’ai à (Infinitif) ». »

Il fait une analyse parallèle du conditionnel :

« suffixe [r] + désinences proprement dites (qui sont exactement celles de l’imparfait, et tirent comme elles leur origine du verbe avoir).71

Ce qui sépare cette analyse, comme la précédente, de celle qui est basée sur l’étymologie, c’est la prise en compte d’un suffixe [r] dans le découpage du futur et du conditionnel :

« La formation du futur d’après l’infinitif- fait historique- ne peut être érigée en règle du français actuel : synchroniquement il aim e ra [() ra] n’est pas formé sur l’infinitif [] non plus que il viendra, devra, courra, cueillera, ou d’autres, sur leurs infinitifs respectifs. »72

Bilan73 :



Que ce soit pour ne pas contredire une analyse traditionnelle du futur ou au contraire parce qu’ils se battent sur d’autres fronts, les linguistes ont souvent laissé à l’arrière-plan aussi bien la question des suffixes du futur que l’analyse de leurs prédécesseurs. Il est particulièrement remarquable que l’analyse structurale ne parvienne pas à trancher entre les deux découpages : R+AS ou RA+S, chaque camp ayant de bonnes raisons de rejeter l’autre option. Martinet pense peu souhaitable d’établir un allomorphe de la personne qui n’ait cours que pour le futur et préfère établir un allomorphe du suffixe –r-, suivi en cela par de nombreux descripteurs ; Pinchon et Coute choisissent de découper le –a du –r- et de le poser comme allomorphe de la personne au futur74

Ce sont, entre autres, ces contradictions, ces silences qui nous ont conduite à mener notre propre analyse du futur et du conditionnel.

 « S'en aller, s'éloigner, regarder toute sa vanité, porter la main dans son vide, la voir repasser encore devant soi, et puis soi partir, être sûr qu'elle s'en est bien allée sa jeunesse et tranquillement alors, de son côté, bien à soi, repasser tout doucement de l'autre côté du temps pour regarder vraiment comment qu'ils sont les gens et les choses. » (L-F. Céline, Voyage au bout de la nuit)

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