Transcription intégrale du texte et des notes de l’édition originale arial 16





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p.61 [ de l’édition originale ]
Le second jour, où on devait aborder le tournant décisif, j'ai pris le petit déjeuner avec Me Abad. C'est un homme de mon âge, baraqué, impérieux : un bloc d'autorité virile. J'ai pensé que Romand devait en avoir une peur bleue, en même temps que ça devait le rassurer d'être défendu par le genre de type qui à l'école lui aurait de si bon cœur cassé la gueule. Abad consacrait d'ailleurs à sa défense beaucoup de temps et d'énergie, sans espérer qu'elle lui rapporte un centime : il disait le faire en mémoire des enfants morts.

Il était troublé. Romand prétendait avoir eu pendant la nuit un éclair de mémoire et s'être tout à coup rappelé la vraie raison pour laquelle il n'avait pas passé son examen. J'ai demandé quelle était cette vraie raison. Tout ce qu'Abad a consenti à me dire, c'est que si elle était vérifiée, elle plaiderait sans doute en faveur de son client mais qu'elle était hélas totalement invérifiable, ou plutôt qu'il refusait de donner le nom qui permettrait de la vérifier. Par respect, assurait-il, pour les proches d'une personne disparue, et qui lui était chère.

« Ça rappelle les familles défavorisées à qui il apprenait à lire...

- Vous imaginez l'effet ? a soupiré Abad. Je lui ai dit de le garder pour lui. Au fait, il était content de vous voir sur le banc de la presse. Il vous fait ses amitiés. »
Il n'y a pas eu de coup de théâtre. Romand a sagement fait à la Cour le même récit qu'au juge d'instruction : deux jours avant l'examen il était tombé dans son escalier et s'était fracturé le poignet droit. C'est ainsi, par ce « banal accident », que tout avait débuté. Comme il n'en existe aucune trace et qu'aucun témoin ne peut dire s'il avait le poignet bandé en septembre 1975, il devait craindre qu'on le soupçonne d'avoir inventé cet accident, soit à l'époque soit à l'instruction, et il a beaucoup insisté sur le fait qu'il avait réellement eu lieu. Puis, comme si, là encore, l'incohérence de son récit était le gage de sa véracité, il a ajouté qu'en fait ça n'aurait dû rien changer car on pouvait demander à dicter ses réponses.

Le matin de l'écrit, les aiguilles de son réveil ont marqué successivement l'heure à laquelle il aurait dû se lever, l'heure du début de l'épreuve, l'heure de sa fin. Il les a regardées tourner de son lit.

Les copies relevées, les étudiants se sont retrouvés à la sortie de l'amphithéâtre, aux terrasses des cafés pour se demander comment ça avait marché. En début d'après-midi, ses parents lui ont téléphoné pour le lui demander aussi et il a répondu que ça avait bien marché. Personne d'autre ne l'a appelé.
Trois semaines se sont écoulées entre le jour de l'examen et l'annonce de son résultat. Tout était en suspens. Il pouvait encore avouer qu'il avait menti. Bien sûr, c'était difficile. À ce jeune homme sérieux, il devait coûter plus que tout de reconnaître une grosse bêtise d'enfant, une bêtise comme celle d'Antoine Doinel qui, dans Les Quatre Cents coups (65), se tire d'un mauvais pas scolaire en racontant que sa mère vient de mourir et doit ensuite se dépêtrer des conséquences inévitables de son mensonge. C'est cela, le pire : que ces conséquences soient inévitables. À moins que par miracle sa mère meure pour de bon dans les vingt-quatre heures, l'enfant sait parfaitement, dès que les mots tabous ont été prononcés, ce qui va se passer : la stupeur, l'apitoiement navré, les détails qu'il va falloir donner, qui l'enfonceront davantage, et bientôt le moment affreux où la vérité éclatera. Ce genre de mensonge jaillit sans calcul. Sitôt lâché, on le regrette, on rêve de pouvoir revenir une minute en arrière, annuler la folie qu'on vient de commettre. Le plus déroutant, dans le cas de Romand, c'est d'avoir commis cette folie en deux temps, comme un usager d'ordinateur qui aurait par mégarde tapé l'annulation d'un fichier précieux, à qui le programme demanderait si vraiment il est sûr de vouloir le détruire, et qui après avoir mûrement pesé le pour et le contre taperait quand même la confirmation. Si la puérilité même de son mensonge le rendait inavouable à ses parents, il lui restait la ressource de leur dire qu'il avait été collé. S'il n'osait pas plus leur avouer un échec qu'une dérobade (66), celle d'aller trouver une autorité universitaire pour lui expliquer son poignet cassé, son accès de déprime, et négocier un rattrapage. D'un point de vue rationnel, tout aurait été préférable à ce qu'il a fait : attendre le jour des résultats et, ce jour-là, annoncer qu'il a réussi, qu'il est admis en troisième année de médecine.
D'un côté s'ouvrait le chemin normal, que suivaient ses amis et pour lequel il avait, tout le monde le confirme, des aptitudes légèrement supérieures à la moyenne. Sur ce chemin il vient de trébucher mais il est encore temps de se rattraper, de rattraper les autres : personne ne l'a vu. De l'autre, ce chemin tortueux du mensonge dont on ne peut même pas dire qu'il semble à son début semé de roses tandis que l'autre serait encombré de ronces et rocailleux comme le veulent les allégories (67). Il n'y a pas besoin d'y engager le pied, d'aller jusqu'à un tournant pour voir que c'est un cul-de-sac. Ne pas passer ses examens et prétendre qu'on les a réussis, ce n'est pas une fraude hardie qui a des chances de réussir, un quitte ou double de joueur : on ne peut que se faire rapidement pincer et virer de la fac sous la honte et le ridicule, les choses au monde qui devaient lui faire le plus peur. Comment se serait-il douté qu'il y avait pire que d'être rapidement démasqué, c'était de ne pas l'être, et que ce mensonge puéril lui ferait dix-huit ans plus tard massacrer ses parents, Florence et les enfants qu'il n'avait pas encore ?
« Mais enfin, a demandé la présidente : pourquoi ? »

Il a haussé les épaules.

« Je me suis posé cette question tous les jours pendant vingt ans. Je n'ai pas de réponse. »

Un temps de silence.

« Quand même, les résultats des examens sont affichés. Vous aviez des amis. Personne n'a remarqué que votre nom n'était pas sur les listes ?

- Non. Je peux vous assurer que je ne suis pas allé l'ajouter à la main. D'ailleurs, les listes étaient derrière des vitres.

- C'est une énigme.

- Pour moi aussi. »

La présidente s'est penchée vers un de ses assesseurs qui lui a glissé quelque chose à l'oreille. Puis :

« On estime que vous ne répondez pas vraiment à la question. »
Son succès annoncé, il s'est enfermé dans le studio que lui avaient acheté ses parents comme, après son échec au lycée du Parc, il s'était enfermé dans sa chambre d'enfant. Il y a passé le premier trimestre sans retourner à Clairvaux, sans aller à la fac, sans revoir ses amis. Si par hasard on sonnait à sa porte, il ne répondait pas, attendait sans bouger qu'on se décourage. Il écoutait les pas s'éloigner sur le palier. Il restait prostré sur son lit, ne faisait plus le ménage, se nourrissait de boîtes de conserve. Les cours polycopiés qui traînaient sur sa table restaient ouverts à la même page. Quelquefois, la conscience de ce qu'il avait fait déchirait la torpeur où il se laissait couler. Qu'est-ce qui aurait pu le tirer d'affaire ? Un incendie à la fac, réduisant en cendres toutes les copies ? Un tremblement de terre, détruisant Lyon ? Sa propre mort ? Je suppose qu'il se demandait pourquoi, pourquoi il avait foutu sa vie en l'air. Car de l'avoir foutue en l'air il était persuadé. Il n'imaginait pas de persévérer dans l'imposture (68), d'ailleurs à ce moment-là ce n'était pas une imposture, il ne faisait pas semblant d'être étudiant, il s'était retiré du monde, enfermé chez lui et attendait que tout cela finisse comme un criminel qui sait bien que la police va un jour ou l'autre venir le chercher, et il pourrait fuir, changer d'adresse, filer à l'étranger, mais non, il préfère rester là à ne rien faire, à relire cinquante fois le même journal vieux d'un mois, à manger froid du cassoulet en boîte, à grossir de vingt kilos, à attendre la fin.

Dans le petit groupe d'amis dont il était une figure de second plan, on s'étonnait un peu, sans aller plus loin que des échanges vagues, bientôt rituels : « Tu as vu Jean-Claude, ces derniers temps ? » Non, on ne l'avait pas vu, ni aux cours ni aux TP, on ne savait pas trop ce qu'il fabriquait. Les mieux renseignés parlaient d'un chagrin d'amour. Florence laissait dire. Et lui, dans son studio aux volets clos où il se transformait peu à peu en fantôme, devait se figurer avec une satisfaction amère cette indifférence. Peut-être, comme un gros enfant qu'il était, trouvait-il de la volupté à l'idée de crever au fond de sa tanière, abandonné de tous.

Mais il n'a pas été abandonné de tous. Un peu avant les vacances de Noël, quelqu'un a sonné, insisté jusqu'à ce qu'il ouvre. Ce n'était pas Florence. C'était Luc, avec son dynamisme agaçant, son incapacité totale à voir les choses d'un autre point de vue que le sien, mais aussi son souci de se montrer un type bien qui lui faisait prendre les gens en auto-stop, donner un coup de main aux copains quand ils déménageaient et leur taper énergiquement sur l'épaule quand ils n'avaient pas le moral. On peut compter sur lui pour avoir secoué les puces à Jean-Claude, lui avoir remonté les bretelles et répété qu'il filait un mauvais coton - sans que son goût pour les expressions toutes faites choque son ami, qui avait le même. Tous deux, à l'instruction, se sont rappelés le moment le plus fort de leur conversation. Ils roulaient dans la voiture de Luc sur les quais de la Saône, l'un conduisant et expliquant que c'est quand on touche le fond que le moment est venu de donner un coup de pied pour remonter à la surface, l'autre l'écoutant avec une expression morne et découragée, comme s'il était déjà sur l'autre rive. Peut-être a-t-il été tenté de tout avouer à Luc. Comment celui-ci aurait-il réagi ? D'abord, certainement, en disant quelque chose comme : « Eh bien, tu as fait une belle connerie ! », puis, toujours positif, en cherchant le moyen de la réparer, moyen qui existait, n'avait rien d'irréaliste mais supposait de faire amende honorable (69). Luc lui aurait dit comment s'y prendre, il aurait tout organisé, peut-être parlé pour lui au doyen de l'université. Il aurait été facile de s'en remettre à lui, comme un petit délinquant à son avocat. D'un autre côté, lui dire la vérité, c'était déchoir à ses yeux et, pire, devoir affronter son incompréhension, le harcèlement de ses questions : « Mais enfin, Jean-Claude, c'est dingue ! Est-ce que tu es capable de m'expliquer pourquoi tu as fait ça ? » Justement non, il n'en était pas capable. Il n'en avait pas envie. Il était trop fatigué.

À un feu rouge, Luc s'est tourné vers son ami, cherchant son regard. Il tenait pour acquis que la raison de sa dépression était la rupture avec Florence (ce qui d'une certaine façon était vrai) et venait de faire valoir que les filles sont changeantes, que rien n'était perdu. Alors Jean-Claude lui a dit qu'il avait un cancer.
Ce n'était pas prémédité, mais c'était une rêverie qu'il caressait depuis deux mois. Un cancer aurait tout arrangé. Il aurait excusé son mensonge : quand on va mourir, quelle importance d'avoir eu ou non son examen de fin de seconde année ? Il lui aurait valu compassion et admiration de la part de Florence et de tous ces prétendus amis qui, sans même s'en rendre compte, le tenaient pour quantité négligeable. À peine le mot lâché, il en a éprouvé le pouvoir magique. Il avait trouvé la solution.

Le cancer qu'il s'est choisi était un lymphome, c'est-à-dire une maladie capricieuse, à l'évolution imprévisible, grave sans être forcément fatale et n'empêchant pas celui qui en souffre de mener des années durant une vie normale. En fait, elle lui a permis de mener une vie normale car elle a pris la place de son mensonge pour les autres et pour lui. Quelques personnes ont su qu'il vivait avec une bombe à retardement qui un jour le détruirait mais pour le moment dormait dans le secret de ses cellules - car il a bientôt parlé de rémission et à partir de là il n'en a plus été question. Lui-même, je pense, préférait se représenter ainsi la menace qui pesait sur lui et se convaincre qu'elle était à la fois imminente et lointaine, en sorte qu'après une période de crise où il s'est vu perdu, réduit à attendre l'inévitable catastrophe, il s'est installé dans l'état d'esprit d'un malade qui sait cette catastrophe inévitable, en effet, qui sait que chaque instant peut être le dernier de sa rémission, mais qui malgré cela décide de vivre, de faire des projets, suscitant par son discret courage l'admiration de ses proches. Avouer un lymphome à la place d'une imposture revenait pour lui à transposer en termes compréhensibles par les autres une réalité trop singulière et personnelle. Il aurait préféré souffrir pour de bon du cancer que du mensonge - car le mensonge était une maladie, avec son étiologie (70), ses risques de métastases, son pronostic vital réservé -, mais le destin avait voulu qu'il attrape le mensonge et ce n'était pas sa faute s'il l'avait attrapé.

La vie a repris son cours. Il est retourné à la fac, a revu ses amis et surtout Florence. Tout secoué par ce qu'il venait d'apprendre, Luc avait demandé si elle était au courant et Jean-Claude a répondu avec une pudique gravité qu'il ne le voulait pour rien au monde. « Tu ne lui diras rien, n'est-ce pas ? Promets-moi de ne rien lui dire », s'est-il même risqué à ajouter, devinant ce que Luc, ami de la vérité, allait lui opposer : « Je ne peux pas te promettre ça. Florence est une chic fille. Elle a le droit de savoir. Si elle savait que je sais et que je le lui ai caché, elle m'en voudrait jusqu'à la fin de mes jours et elle aurait raison... » La manœuvre, si c'en était une, a réussi. Les filles avec qui habitait Florence insinuent qu'elle avait pour Jean-Claude de l'estime et de l'affection, mais qu'il ne l'attirait pas physiquement. L'une d'elles va jusqu'à dire que son corps moite la dégoûtait et qu'elle ne supportait pas qu'il la touche ni de le toucher. De là à penser qu'elle est revenue vers lui parce qu'elle le croyait gravement malade... Elle est en tout cas revenue et, deux ans plus tard, ils ont célébré leurs fiançailles.
Un document administratif étonnant figure au dossier, c'est la correspondance échangée entre l'étudiant de seconde année Jean-Claude Romand et l'UER / Faculté de médecine de Lyon-Nord, de 1975 à 1986. Deux fois, lors des examens d'entrée en troisième année, il a envoyé des lettres invoquant des raisons de santé pour ne pas s'y présenter. Ces lettres sont assorties de certificats médicaux signés de praticiens différents qui, sans dire pourquoi, lui prescrivent de garder la chambre huit ou quinze jours - tombant, hélas, pendant les épreuves. En 1978, la formulation reste la même mais le « certificat ci-joint » n'est pas joint. D'où plusieurs lettres de relance, auxquelles il répond en faisant référence au fameux certificat comme s'il l'avait envoyé. Cette façon de jouer au con porte ses fruits : on l'avise qu'il n'est pas autorisé à se représenter en septembre. Mais il n'est pas précisé qu'il lui est défendu de se réinscrire en seconde année, et c'est ce qu'il fera régulièrement jusqu'en 1985. Chaque automne, il reçoit du service des inscriptions sa nouvelle carte d'étudiant et du service des examens la même lettre, signée du doyen de l'UER, lui défendant de se représenter en septembre. C'est seulement en novembre 1986 qu'une nouvelle chef de service a voulu savoir s'il était possible d'interdire à ce M. Romand, non seulement de se représenter (ce qu'il ne faisait pas), mais encore de se réinscrire. On lui a répondu que le cas n'était pas prévu. Elle a convoqué l'étudiant fantôme qui n'est pas venu et, sans doute alarmé par ce changement de ton, n'a plus donné signe de vie.
En évoquant ces années d'études, la présidente, l'accusation et la défense se déclaraient également stupéfaits et il partageait leur stupéfaction. « J'étais moi-même, dit-il, surpris que ce soit possible. » Il pouvait à la rigueur spéculer sur la pesanteur de l'administration, se bercer de l'idée qu'il n'était dans ses registres qu'un numéro, certainement pas imaginer qu'il s'inscrirait douze ans de suite en seconde année de médecine. L'alerte, de toute façon, aurait dû venir bien avant, de ceux pour qui il n'était pas un numéro mais Jean-Claude l'ami, Jean-Claude le fiancé. Or rien ne s'est passé. Il assistait aux cours, fréquentait la bibliothèque universitaire. Il avait sur sa table, dans son studio, les mêmes manuels et polycopiés que les autres et continuait à prêter ses notes aux étudiants moins consciencieux que lui. Il déployait pour feindre de faire sa médecine la somme exacte de zèle et d'énergie qu'il lui aurait fallu pour la faire réellement. Lorsqu'il s'est remis avec Florence, ils ont pris l'habitude de bachoter ensemble, de se soumettre mutuellement à des examens blancs. Ils ne suivaient pourtant plus les mêmes études car Florence avait raté l'examen de fin de seconde année, celui qu'il était supposé avoir réussi, et, comme les deux filles avec qui elle partageait son appartement, comme leur camarade Jacques Cottin, s'était rabattue sur la pharmacie. Elle a été un peu déçue, sans en faire un drame : mieux vaut être une bonne pharmacienne qu'un mauvais médecin et Jean-Claude, lui, allait devenir un bon médecin, peut-être plus que cela. Il était ambitieux, travailleur, ses amis pensaient tous qu'il irait loin. Elle lui faisait réviser ses questions d'internat et lui son programme de pharmacie. Au total, il a bouclé le cycle complet des études de médecine, à ceci près qu'il ne passait pas les examens et ne participait pas aux stages hospitaliers. Pour les examens, il lui arrivait de se montrer dans le hall à l'entrée et à la sortie, comptant sur le nombre et le stress de chacun pour se faire oublier entre-temps. Pour les stages, leurs effectifs étaient réduits, chaque étudiant personnellement suivi par le patron, il était impossible de s'y glisser en clandestin mais, comme ils avaient lieu dans divers hôpitaux de la région lyonnaise, il pouvait prétendre faire le sien là où ne le faisait pas son interlocuteur. On voit le parti que tirerait de cet argument le moins habile des scénaristes de comédie, les situations où l'affabulateur (71) se retrouve coincé entre deux personnes à qui il a raconté des histoires différentes. Ni lui pourtant ni aucun de ses camarades d'études ne se rappelle de semblable scène et il faut bien se résoudre à ce qu'il ne s'en soit jamais produit.
Les amis commençaient à se marier. Jean-Claude et Florence étaient des témoins très demandés. Nul ne doutait que ce serait bientôt leur tour. Les parents de Florence y poussaient beaucoup : ils adoraient leur futur gendre. C'est dans leur maison près d'Annecy que le mariage a été célébré, en présence de cent cinquante invités. L'année suivante, Florence a soutenu sa thèse de pharmacie avec les félicitations du jury et Jean-Claude été reçu au concours de l'internat de Paris. D'abord chargé de recherches à l'INSERM de Lyon, il a été détaché avec le titre de maître de recherches auprès de l'OMS à Genève. Ils ont alors quitté Lyon pour s'établir à Ferney-Voltaire. Luc Ladmiral venait d'y reprendre le cabinet de son père et Jacques Cottin une pharmacie où Florence pourrait travailler à temps partiel. En une heure de route, on était à Annecy d'une part, à Clairvaux de l'autre. On avait les agréments de la campagne, de la montagne et d'une capitale à deux pas ; un aéroport international ; une société ouverte et cosmopolite. Enfin, c'était idéal pour les enfants.

Les amis commençaient à en avoir. Jean-Claude et Florence étaient des parrain et marraine très demandés et nul ne doutait que ce serait bientôt leur tour. Jean-Claude raffolait de sa filleule Sophie, l'aînée de Luc et de Cécile, qui en étaient déjà à leur second. Caroline est née le 14 mai 1985, Antoine le 2 février 1987. Leur père a rapporté de magnifiques cadeaux offerts par ses patrons de l'OMS et de l'INSERM qui, par la suite, n'ont pas oublié les anniversaires. Florence, sans les connaître, leur écrivait des lettres de remerciement qu'il se chargeait de transmettre.

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