«Travailleurs pauvres : de quoi parle-t-on ?», Droit social, n° 3, 2009, pp. 292-299. Julien Damon





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Travailleurs pauvres : mais de quoi parle-t-on ?*

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« Travailleurs pauvres : de quoi parle-t-on ? », Droit social, n° 3, 2009, pp. 292-299.
Julien Damon

Professeur associé à Sciences Po (master d’urbanisme)

Il est apparu récemment dans l’expertise et le débat publics que l’activité n’était pas nécessairement – à supposer qu’elle l’ait vraiment été intégralement un jour – une protection contre la pauvreté. Depuis, s’est développé tout un ensemble de travaux savants, de propositions, de prises de position politiques et d’innovations en faveur et en direction des « travailleurs pauvres », avec principalement le Revenu de solidarité active (RSA) en France, mais aussi toutes les démarches et analyses européennes en termes d’« inclusion active ».
Les travailleurs pauvres sont désormais en bonne place des discussions autour des politiques sociales. Le désordre voire le scandale de telles situations dans une société qui consacre près de 30 % de son PIB à la protection sociale est dénoncé par tous les horizons idéologiques. Chacun y va de son explication, en mettant en avant qui la précarisation et la flexibilisation de l’emploi, qui la permanence du chômage de masse et du sous-emploi, qui encore l’augmentation du temps partiel subi, qui enfin l’inconsistance du système de transferts socio-fiscaux dans sa globalité.
Les travailleurs pauvres constituent assurément pour la protection sociale un défi majeur. Mais de quoi parle-t-on ? Quelle est l’ampleur du phénomène ? Alors que les études et les statistiques s’accumulent, il semble difficile d’avoir une idée simple du problème. La profusion de chiffres, issue d’enquêtes différentes, de sources variées et de définitions hétérogènes n’aide guère. Cette contribution s’appuie sur une pérégrination à travers un dédale de tableaux et de graphiques dans lequel on peut aisément se perdre. Sans passer par la rigueur de l’analyse fouillée des fichiers, on veut simplement d’abord faire état d’un rien de perplexité et tenter un peu de pédagogie, en optant pour des simplifications que l’on espère non excessives.
Avant de s’essayer à un rien de mise en ordre – et pour ne pas verser dans la critique aussi longue qu’aisée de l’évaluation statistique ardue des problèmes compliqués – on peut s’accorder d’emblée sur un chiffre. Un observateur aussi averti et pédagogue que Denis Clerc avance avec rigueur, en s’appuyant sur les définitions couramment admises, que le nombre de travailleurs pauvres serait en France de l’ordre de 2 millions d’individus en 20081. Si l’on doit conserver un ordre de grandeur, pour faire actualité, cette estimation nous semble tout à fait plausible, même si établie à partir d’un seuil de pauvreté discutable.
Ce chiffre énoncé, le lecteur pourrait arrêter la lecture. Il manquerait cependant quelques développements utiles et parfois surprenants sur la définition et la mesure du phénomène. Selon les définitions retenues celui-ci peut en effet toucher, en France, entre 1 et 4 millions de personnes2. Certains vont plus loin, exagérant très nettement le problème jusqu’à décompter 7 millions de personnes3… La perplexité peut, on le comprend, aisément gagner les esprits, et ce même avant de se plonger dans les tableaux.
Dans ce texte de facture informative, un rien embarrassé par l’abondance et l’ambivalence des données, on cherchera d’abord à préciser les contours de la population des travailleurs pauvres (I) sans entrer dans les appareils et les résultats statistiques. Dans un deuxième temps on proposera un panorama des données qui étaient disponibles pour apprécier la situation jusqu’au début des années 2000, qui se caractérisait – semble-t-il – par une relative érosion du phénomène (II). Enfin, on présentera rapidement les statistiques les plus fraîches qui, hélas, ne peuvent être valablement comparées avec celles qui étaient établies précédemment et qui signalent une progression récente du nombre de travailleurs pauvres (III). Le tout doit autoriser une image synthétique du dossier aujourd’hui mais aujourd’hui seulement, car sur ses variations il est en réalité bien difficile d’assurer quoi que ce soit d’évident sur les dix dernières années (pour ne pas chercher plus loin). Certes on constate récemment une hausse. Mais au-delà d’une tendance sur une demi décennie, rien n’est clair.

I. Les contours d’un problème récemment redécouvert

Au tournant du millénaire tout comme on a (re)découvert les « enfants pauvres » on a (re)découvert les « travailleurs pauvres »4. Les notions (et pas les problèmes) nous viennent des Etats-Unis et du Royaume-Uni5. On a d’ailleurs, au début, parlé des « working poor » en France. Le plus simple a ensuite été de traduire l’expression… L’avalanche d’articles et d’ouvrages récents traitant des travailleurs pauvres ne doit pas masquer que l’intérêt pour le thème est très neuf en France. En témoigne l’évolution du nombre d’occurrences de l’expression « travailleur pauvre » (au singulier ou au pluriel) dans Le Monde (graphique 1.).
On ne relève aucune apparition de l’expression dans le quotidien du soir durant toutes les années 1990 sinon deux articles, l’un en 1997 et l’autre en 1998, pour dans les deux cas faire référence à la question des « working poor » aux Etats-Unis. Initialement la question était estimée essentiellement anglo-saxonne. Royaume-Uni et Etats-Unis étaient décrits et décriés comme les nations de la pauvreté, en général, et de la pauvreté dite « laborieuse », en particulier. Une forme particulière de dénuement, touchant les travailleurs, mise au jour depuis des années outre-Manche et outre-Atlantique, était ainsi présentée dans une France dont on pouvait implicitement penser qu’elle était épargnée. Les examens sérieux de la situation française et les prises de position qui suivront montreront qu’il n’en est rien.
Graphique 1. Nombre d’articles du journal Le Monde abordant la question des travailleurs pauvres (1988-2008)


C’est à partir de 2000 que des travaux spécifiques ont été diffusés en France sur la question des travailleurs pauvres. L’Insee dénombrait alors 1,3 million de personnes dans cette situation pour 19966. Il s’agissait, avec la définition employée, des personnes ayant occupé un emploi au moins un mois dans l’année et se trouvant pourtant sous le seuil de pauvreté. En comptabilisant les proches cohabitant avec cet actif, on totalisait deux millions de personnes vivant dans des ménages touchés par ce problème. Ces premières données ont ensuite été complétées par d’autres chiffres, assis sur d’autres définitions et d’autres sources de données, ce qui n’a probablement pas contribué à rendre aisée la compréhension de la situation et des enjeux.
Ce visage singulier de la pauvreté, redécouvert en France à l’orée du nouveau siècle, n’est pas aisé à photographier. On imagine bien qu’il y a toujours eu, en raison de la faiblesse de certains revenus associée à certaines configurations familiales, des personnes vivant dans l’indigence malgré l’exercice d’une activité professionnelle rémunérée. Le problème est en fait, comme souvent en ces matières, d’abord une question de définition. Tentons donc un peu de clarification.

Parler de « travailleur pauvre » ou de « pauvreté active » appelle d’abord une explicitation des deux termes. Il faut, partant, à la fois définir ce que l’on entend par « travailleur » et ce que l’on entend par « pauvre ». Et dans ces matières, que certains pourraient croire évidentes, rien ne va de soi… Signalons que nous préférons l’expression « pauvreté active » à celle de « pauvreté laborieuse » car elle vise à mieux rendre compte du fait que dans les expertises et débats on s’intéresse souvent à la fois aux travailleurs et aux chômeurs pauvres (i.e les actifs pauvres, plutôt que les travailleurs pauvres).
La « pauvreté » d’un travailleur dépend, d’une part, de son revenu personnel (rémunérant son travail) et, d’autre part, de sa situation familiale. Le travail renvoie à l’activité professionnelle individuelle. La pauvreté renvoie à l’insuffisance des ressources du ménage pris dans son ensemble.
La pauvreté se définit au niveau du ménage, mais l’activité se définit au niveau des individus. On mêle donc deux niveaux d’analyse. La pauvreté active dépend, d’abord, de la situation d’emploi et des caractéristiques de l’emploi des individus et, ensuite, du niveau de vie du ménage auquel ils appartiennent. Cette double appréciation contient des difficultés. On peut être très faiblement rémunéré mais ne pas compter parmi les pauvres (parce que les autres ressources familiales sont plus conséquentes). A l’inverse on peut être recensé comme pauvre avec pourtant un niveau de rémunération que l’on dirait convenable (par exemple proche de la médiane des revenus). On peut être actif inoccupé (au chômage) et être indemnisé largement au-dessus du seuil de pauvreté. On peut, au contraire, être actif très occupé, mais très faiblement rémunéré, avec de nombreuses personnes à charge, et, en conséquence, se trouver sous le seuil de pauvreté. Concrètement, une personne travaillant moins de 25 heures par semaine, rémunérée au Smic, se trouve sous le seuil de pauvreté, sauf si elle vit avec un conjoint disposant d’un revenu permettant à leur ménage de se situer au dessus de ce seuil.
***** Encadré – La mesure de la pauvreté monétaire *****

La pauvreté n’est analysée, pour ce qui relève de la « pauvreté active », que dans sa dimension monétaire : un ménage est pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur à un seuil monétaire. Il s’agit dès lors de choisir un seuil de revenus du ménage à partir duquel on est ou non considéré comme pauvre. Conventionnellement on a longtemps utilisé, en France, un seuil à 50 % de la médiane des revenus, et, dans l’Union européenne, on utilise un seuil à 60 %.

Dans l’approche de la pauvreté dite monétaire, sont donc définies comme « pauvres » les personnes vivant dans des ménages dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian de la population.

Le niveau de vie d’un ménage est égal à son revenu disponible divisé par le nombre d’unités de consommation (on compte 1 unité pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus et 0,3 pour chaque enfant de moins de 14 ans).

Le niveau de vie médian de la population est tel que la moitié des individus ont un niveau de vie inférieur et l’autre moitié un niveau de vie supérieur.

Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du niveau de vie médian selon l’approche retenue au niveau européen. Ce choix est conventionnel : des estimations de l’ampleur de la pauvreté monétaire peuvent également être proposées avec le seuil plus strict de 50 % du niveau de vie médian, ou de 40 %.

Pour des présentations et des interrogations sur les méthodes, voir deux sources : le site www.inegalites.fr ; le récent rapport de l’OCDE Croissance et inégalités. Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE, Paris, OCDE, 2008 avec le site qui lui est dédié www.oecd.org/els/social/inegalite)

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Au risque de la répétition, il faut marteler qu’il n’y a pas de correspondance univoque entre le fait d’être un « travailleur à bas salaire »7 et un « travailleur pauvre ». Des individus ayant de faibles salaires (par exemple inférieurs au seuil de pauvreté) ne sont pas nécessairement pauvres dans la mesure où dans le ménage où ils vivent il peut y avoir d’autres apporteurs de ressources. A l’inverse, des individus ayant des salaires nettement au-dessus du seuil des bas salaires, voire très nettement supérieurs au seuil de pauvreté, peuvent être statistiquement pauvres car ils vivent dans une famille nombreuse sans autre apporteur de ressources et où les prestations familiales et de logement ne viennent pas combler le décalage qu’il peut y avoir entre le seuil de pauvreté et leur niveau de revenu primaire.
Au fond, pour dénombrer et décrire les « travailleurs pauvres » tout dépend des définitions du travail et de la pauvreté… De cette évidence découle le fait que le nombre de travailleurs pauvres peut varier très sensiblement selon le seuil de pauvreté retenu et selon la durée de présence sur le marché du travail, en occupant ou en cherchant un emploi, qui est retenue pour mesurer l’activité professionnelle.
Pour savoir ce qu’est un « travailleur », une approche stricto sensu consiste à ne retenir que les individus effectivement en emploi, c’est-à-dire exerçant une activité rémunérée, pendant un certain laps de temps (par exemple six mois sur une année). Une approche lato sensu considère comme travailleur tout personne employée effectivement ou au chômage. Les actifs sont les personnes en activité ou en recherche d’activité professionnelle. Pour les travailleurs pauvres, l’approche stricto sensu consiste à ne prendre en considération que les personnes effectivement employées et donc à ne pas compter les chômeurs aux revenus inférieurs au seuil de pauvreté comme travailleurs pauvres ; l’approche lato sensu rassemble tous les actifs dont la rémunération ne permet pas à leur ménage de se situer au dessus du seuil de pauvreté. Une approche encore plus large, et tout aussi légitime, pour mesurer la pauvreté active, englobe les individus directement concernés et les membres de leur ménage qui, en effet, se trouvent avec des revenus situés sous le seuil de pauvreté.
Qu’il y ait des chômeurs pauvres, en soi, ne choque pas immédiatement. En revanche, qu’il y ait des personnes exerçant une activité rémunérée et ne disposant pas de revenus, dans leur foyer, leur permettant de se situer au-dessus du seuil de pauvreté est, disons, plus contre-intuitif. Il y a donc tout à fait lieu de distinguer deux catégories d’actifs pauvres : ceux qui n’occupent pas un emploi (les chômeurs pauvres), ceux qui occupent un emploi (les travailleurs pauvres stricto sensu).
II. Un panorama flou au début des années 2000

Pour tenter de rester dans les canons de la rigueur, et dans une approche stricto sensu, on peut revenir aux premières statistiques spécifiques sur le sujet, qui ont nourri le débat public. Les chiffrages et les analyses ont d’abord reposé sur des approches de la pauvreté avec un seuil à 50 % de la médiane des revenus, ce qui minore le nombre et la proportion de pauvres au regard des comparaisons européennes. Ainsi, pour 2004, une étude recensait autour de 1,4 million d’actifs qui disposaient de revenus inférieurs au seuil de pauvreté (soit alors 657 euros par mois)8. Parmi eux 150 000 seulement travaillaient à temps complet tout au long de l’année. Dit d’une certaine manière on pourrait considérer que moins de 1 % des « travailleurs » – définis comme à temps complet sur toute une année - étaient pauvres. Il y aurait cependant là une forme d’illusion, car on minimise de la sorte l’importance du problème en réservant la « pauvreté active » au temps complet, ce alors que la question a pris de l’envergure en raison de la progression des différentes formes d’intermittence et de temps partiel contraints.
Il existait déjà bien des discussions sur la validité des conventions et des enquêtes qui sous-tendaient ces premiers chiffres. Les débats portaient (déjà) sur les insuffisances relatives de l’appareil statistique français, sur les temps réellement pris en considération dans la définition du travail, sur les périodes d’aller et retour entre emploi et chômage, sur l’ampleur du temps partiel subi, etc.
Passons rapidement outre en empruntant la voie de la comparaison internationale. Pour dépasser les polémiques hexagonales et les expertises inutilement sophistiquées, la voie européenne est loin d’être la plus mauvaise. Dans le cadre de la stratégie européenne pour l’emploi, elle-même intégrée à la célèbre stratégie dite de Lisbonne, la diminution du nombre de travailleurs pauvres est devenue une priorité de l’Union.
Il a donc fallu, à partir de 2003, bâtir un indicateur pour évaluer et comparer. Une définition a été élaborée par le Comité de protection sociale. Le « travailleur pauvre » est une personne qui, durant l’année de référence, est « principalement au travail » (comme salarié ou indépendant) et vit au sein d’un ménage dont le revenu total est inférieur à 60 % du revenu médian national. Il doit avoir été en emploi plus de la moitié de l’année9.
Avec cette convention l’Europe, à 15, rassemblait en 2001, 11 millions de travailleurs pauvres. C’était le cas de 14 millions de travailleurs dans l’Union à 2510. Ainsi une minorité non négligeable, 7 % de la population active dans l’Union européenne (à 15 comme à 25), se trouvait concernée par ce qui est appelé dans les cénacles européens la « pauvreté au travail ».
La France, avec 8 % de travailleurs pauvres, se situait (en 2001) au-dessus de la moyenne européenne (Graphique 2.). Les pays nordiques, comme c’est généralement le cas sur la plupart des questions sociales, se trouvaient nettement en dessous, et les pays du sud nettement au-dessus. Au Danemark, 3 % des travailleurs étaient pauvres. En Italie, en Espagne ou au Portugal 10 % des travailleurs étaient pauvres. Sauf en Allemagne où l’écart était faible, les travailleurs indépendants étaient significativement plus touchés par la pauvreté que les salariés. Partout les ménages mono-actifs, les familles monoparentales, les familles nombreuses et les plus jeunes apparaissaient surreprésentés dans le décompte de la « pauvreté active ».
Graphique 2. Taux de pauvreté des travailleurs et des ménages en Europe (2001)



Source : Eurostat
Comme souvent sur les questions de pauvreté et d’inégalité11, le problème des travailleurs pauvres est régulièrement présenté comme en extension. Il n’est pas certain que cette affirmation qui irrigue les débats autour de l’exclusion, de la précarité et, ici, de la pauvreté active, soit véritablement fondée… La pauvreté des ménages, appréciée à l’aune des indicateurs monétaires relatifs, n’a fait que baisser depuis une trentaine d’années, certes à un rythme qui s’est ralenti sur la dernière décennie, certes également en masquant de larges transformations (rajeunissement, féminisation, urbanisation).
Pour ce qui concerne la pauvreté active, celle-ci est apparue en force sur l’agenda politique mais rien ne permet de soutenir qu’elle se soit massifiée depuis la fin des années 1990. Les données disponibles doivent nous inciter à la prudence. On pourra tout dire de la qualité des chiffres (toujours critiqués quand ils ne correspondent pas à ce qu’on souhaite démontrer…). Si l’on fait le seul effort de les consulter on ne peut qu’observer une atténuation de la pauvreté active depuis le milieu des années 199012, suivie il est vrai depuis le milieu des années 2000 d’une reprise à la hausse.

De 1996 à 2004, période pendant laquelle la thématique de la pauvreté active a progressivement pris place dans le débat politique, le nombre et la proportion des travailleurs pauvres ont diminué. Une compilation de chiffres établis par l’INSEE est claire (Tableau 1.). Selon que l’on prend en considération le seuil de pauvreté, habituel dans l’Union européenne, de 60 % de la médiane des revenus ; ou bien celui, plus souvent usité dans l’hexagone, de 50 % de la médiane, la tendance est la même. On observe une diminution du nombre d’actifs pauvres. Si l’on reprend les chiffres avec le seuil de pauvreté à 50 %, alors les actifs pauvres étaient 1,6 million en 1996. Ils étaient de 1,4 million en 2004. Ils représentaient 6,6 % des actifs en 1996 ; 5,2 % en 2004. La lecture du tableau 1. nous indique aussi que cette diminution n’est pas linéaire. Le nombre et la proportion des actifs pauvres a systématiquement diminué tous les ans jusqu’en 2002, pour repartir à la hausse depuis 2003. Cette reprise à la hausse, qui est à considérer avec sérieux, n’invalide en rien cette conclusion importante : la pauvreté active, lors que tous les clignotants idéologiques étaient à l’inquiétude et à la dénonciation, régressait au moment où sa place allait grandissante sur l’agenda politique. Au sein de cette pauvreté active, c’est surtout le nombre des travailleurs pauvres stricto sensu (les actifs occupés) qui a diminué (de 18 % en près de 10 ans). Le nombre de chômeurs pauvres a lui diminué de 14 %.
Tableau 1. La diminution de la pauvreté active (de 1996 à 2002)

Pauvreté des individus selon leur statut d’activité

Au seuil de 60 % de la médiane des revenus




1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Part des actifs pauvres (en %)

11,3

11,1

10,4

9,7

9,6

9,2

9,2

9,1

9,2

actifs occupés

8,3

8,1

7,5

7,3

7,4

7,2

6,9

6,5

6,7

Chômeurs

33,0

32,7

32,4

31,4

32,7

30,3

31,9

32,8

31,9

Nombre d’actifs pauvres

2 843

2 798

2 663

2 496

2 493

2 421

2 440

2 425

2 445

actifs occupés

1 825

1 816

1 686

1 688

1 750

1 716

1 651

1 554

1 594

Chômeurs

1 019

982

977

808

743

706

789

871

851

Au seuil de 50 % de la médiane des revenus




1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Part des actifs pauvres (en %)

6,6

6,1

5,8

5,2

5,2

4,8

4,8

5,1

5,2

actifs occupés

4,7

4,2

3,9

3,7

3,7

3,5

3,3

3,3

3,5

Chômeurs

20,2

19,9

20,0

19,1

20,3

18,9

19,6

21,4

19,9

Nombre d’actifs pauvres

1 654

1 553

1 486

1 367

1 359

1 285

1 268

1 368

1 383

actifs occupés

1 030

937

873

856

883

833

784

799

849

Chômeurs

624

597

603

492

461

438

483

569

534
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