Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon





télécharger 48.24 Kb.
titreCours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon
date de publication28.11.2019
taille48.24 Kb.
typeCours
Université Paris I - UFR d’économie - Première année de Licence - Janvier 2008

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon

Introduction générale à l'économie

Durée : deux heures. Pas de documents.

1 Commentaire de texte avec questions (10 points)

Deux interventions de l’Etat sur la concurrence dans le commerce alimentaire : les lois Royer et Raffarin1
TEXTE. Afin de protéger le petit commerce de la concurrence des supermarchés et hypermarchés une loi fut promulguée (la loi Royer) en 1973. Cette loi réglementait l’ouverture des grandes surfaces de ventes alimentaires. Plus précisément la loi Royer confiait à des commissions départementales d’urbanisme commercial (CDUC), composées d’élus politiques et de commerçants et artisans, la responsabilité d’autoriser l’ouverture de surfaces de vente alimentaires supérieures à 1 500 m2 dans les villes de plus de 40 000 habitants ou à 1 000 m2 dans les autres. Le principe de la loi était donc de restreindre le nombre de supermarchés et d’hypermarchés par zone géographique. Les auteurs de la loi escomptaient qu’un supermarché ou un hypermarché en monopole pratiqueraient des prix plus élevés qu’en situation concurrentielle. Le petit commerce aurait été ainsi protégé d’une concurrence par les prix. Mais les grandes surfaces en monopole local ont adopté dans les années 1970 et 1980 une stratégie prédatrice. Elles ont vendu à des prix bas pour évincer le petit commerce, leur taux de marge étant inférieur à 20%, c’est-à-dire huit points en dessous de celui du petit commerce. Cette mécanique permet d’expliquer qu’au milieu des années 1990 les grandes surfaces détenaient en France une part du commerce alimentaire en valeur significativement supérieure à celle qu’elles ont, par exemple, en Allemagne. Comme le seuil retenu était de plus assez élevé (1 000 ou 1 500 m2), la loi Royer n’a pas empêché le développement en France d’un grand commerce alimentaire puissant.
Pour corriger l’évolution précédente, la loi Raffarin, adoptée à la fin 1996, imposa une autorisation pour toute création de commerce de détail d’une surface supérieure à 300 m2. Une barrière à l’entrée fut ainsi créée pour toutes les moyennes et grandes surfaces. L’adoption de ce nouveau seuil n’obéissait pas seulement à la volonté de protéger le petit commerce. L’autre motivation était le contrôle du développement des magasins de hard discount qui sont souvent d’origine allemande2. Cela explique qu’à l’annonce de cette loi les grands groupes de distribution français ont vu leurs cotations boursières augmenter.
La loi Raffarin a fortement ralenti le développement du hard discount en France, le plaçant à l’un des niveaux les plus faibles d’Europe. La loi a aussi freiné les créations de surfaces classiques au profit des grands groupes français déjà en place. La limite drastique de la concurrence par l’offre a augmenté le taux de marge des supermarchés et hypermarchés en France, qui est passé de 21,4% en 1996 à 32,9% en 2002. La part du travail dans la valeur ajoutée de ces grands commerces est passée sur la même période de 78,6% à 67,1%.
La loi Raffarin a été suivie par une hausse significative des prix des produits alimentaires et cela dès l’automne 1996, c’est-à-dire bien avant l’arrivée de l’euro. En cumulé, elle a atteint 7% en 2003. Cette hausse de prix représentait une ponction de l’ordre de 9 milliards d’euros sur le budget des ménages pour l’année 2003.
QUESTIONS. Q1. Quelles sont les conséquences sur les prix, les quantités et le surplus global d’une situation monopolistique par rapport à une situation concurrentielle ? Vous pourrez, pour répondre à cette question, vous aider d’une représentation graphique.

Q2. Rappelez ce qui justifie l’intervention de l’Etat sur un marché. Donnez des exemples de modes d’intervention de l’Etat.

Q3. Les lois décrites dans le texte (lois Royer et Raffarin) ont-elles eu des conséquences bénéfiques pour le petit commerce ? pour les consommateurs ? pour les grands groupes de consommation français ?

Q4. Ces lois vous semblent-elles avoir amélioré l’efficacité du fonctionnement du marché du commerce alimentaire ?

Q5. Quelles politiques alternatives de protection du petit commerce pouvez-vous proposer ?

Exercice 1 Les effets d’une taxe (5 points)

  1. On appelle q la quantité échangée d’un bien et p son prix. La figure 1 ci-dessous représente l’équilibre concurrentiel en l’absence de taxe. Les courbes et D sont les courbes d’offre et demande.

Reproduisez cette figure en faisant apparaître les surplus du producteur et du consommateur.



Figure 1




Figure 2




  1. L’Etat introduit une taxe de 4 par unité échangée. La situation est représentée sur la figure 2 où p désigne maintenant le prix hors taxe et où on a porté sur les axes quelques valeurs numériques. Quels sont les prix d’équilibre hors taxe et taxe comprise et quelle est la quantité échangée ? Interprétez la manière dont l’équilibre s’est modifié

  2. La figure 2 fait apparaître différentes zones numérotées de 1 à 9. Utilisez ces numéros pour procéder à une analyse de surplus des effets de la taxe. Reproduisez pour cela le tableau ci-dessous, remplissez-le et interprétez les résultats.

Le poids de la taxe retombe-t-il plus sur les offreurs ou les demandeurs ? Pourquoi ?



Surplus du

consommateur

Surplus du

producteur

Surplus de

L’Etat

Surplus

Social (total)

Sans taxe













En présence de taxe













Variation













Exercice 2 Les effets macroéconomiques des minimum sociaux (5 points)

  1. Les variables Y, C, I, G et T représentent respectivement la production nationale, la consommation, l’investissement, les dépenses publiques (c’est-à-dire la consommation des administrations) et les impôts.

La fonction de consommation est



c est un paramètre positif inférieur à l’unité et un paramètre positif. L’investissement, les dépenses publiques et les impôts sont exogènes.

Ecrivez la condition d’égalité entre la production nationale et la demande globale. Calculez la valeur de Y. Interprétez la formule obtenue.

  1. L’Etat introduit un RMI (Revenu Minimum d’Insertion). On appelle R le montant total des sommes distribuées. L’Etat finance cette dépense par emprunt. On suppose que les titulaires du RMI le consacrent entièrement à des dépenses de consommation. La variable C désigne maintenant la consommation des non-RMIstes, dont on suppose qu’ils conservent la même fonction de consommation. La variable G représente maintenant les dépenses publiques hors RMI.

Ecrivez la condition d’égalité entre la production nationale et la demande globale. Calculez la valeur de Y. Interprétez la formule obtenue. Commentez.

  1. On suppose maintenant que les dépenses R sont financées par un impôt supplémentaire payé par les non-RMIstes. La variable T désigne maintenant les autres impôts.

Ecrivez la condition d’égalité entre la production nationale et la demande globale. Calculez la valeur de Y. Commentez et comparez aux résultats de la question précédente.

Commentaire du texte (quelques éléments incomplets de corrigé)

Q1/ Quantités < quantités de CPP, prix > prix CPP perte de surplus (perte sèche du monopole)



Q2/ -défaillances de marché : concurrence imparfaite (+ si barrières à l’entrée mentionnées), monopole naturel, externalités, asymétries d’information, biens collectifs (= politique d’allocation des ressources) + politique de redistribution (correction des inégalités) -modes d’intervention : politique de la concurrence, réglementation (normes, institutions pour réduire les asymétries d’info), introduction de concurrence pour le marché (dans le cas des monopoles naturels par ex), création de marchés de droits à polluer (dans le cas des externalités), fourniture de biens collectifs
Q3/ Loi Royer : loi visant à protéger les petits commerçants en accordant à leurs concurrents (les grandes surfaces) des monopoles locaux = limitation du jeu de la concurrence (≠ objectifs classiques de la politique de la concurrence). En fait, les grandes surfaces ont eu un comportement prédateur en adoptant des marges basses, pour éliminer une partie du petit commerce et disposer à terme d’un pouvoir de marché accru.

Loi Raffarin : introduction de barrières à l’entrée pour les moyennes surfaces et concurrents étrangers hard discount  augmentation du pouvoir de marché des grandes surfaces (qui se traduit par une augmentation de leurs marges). Là encore, contraire au objectifs de la politique de la concurrence (qui lutte en général contre les barrières à l’entrée). La perte de surplus des consommateurs s’observe surtout comme conséquence de la loi Raffarin : la stratégie de prix des grandes surfaces à la suite de la loi Royer avait bénéficié aux consommateurs, mais préparait aussi la situation actuelle.
Q4/ Le marché des produits alimentaires est maintenant peu concurrentiel. Il y a donc outre la redistribution de surplus des consommateurs vers les grandes surfaces, une baisse du surplus global, analogue à celle mesurée par le triangle d’Haberler dans la théorie du monopole. On peut aussi commenter sur le fait que la rente des grandes surfaces peut être partiellement « gaspillée » sous forme d’une stratégie politique de rent seeking (lobbying auprès de l’opinion et des hommes politiques).
Q5/ Taxe d’aide au petit commerce prélevée sur les bénéfices des grands distributeurs

Exercice 1 Les effets d’une taxe (corrigé)

  1. L’équilibre sans taxe est , . A l’équilibre avec taxe, on a un prix hors taxe de 4, un prix TTC de 8 et la quantité échangée est 6.

Il y a comme d’habitude un effet de coin fiscal. Le prix TTC, payé par les acheteurs est plus élevé qu’en l’absence de taxe ; le prix HT, reçu par les vendeurs est plus bas. Les deux côtés du marché perdent donc à la présence de la taxe. La quantité échangée diminue. La présence de la taxe limite les échanges, ce qui entraîne une diminution du surplus social.

Les acheteurs perdent plus que les vendeurs à l’introduction de la taxe. Le prix qu’ils payent augmente de 3, alors que le prix reçu par les vendeurs ne diminue que de 1. La raison en est que la demande est plus élastique que l’offre. Le prix réclamé par les offreurs ne peut pas beaucoup changer, car une forte baisse de ce prix entraînerait une très grande baisse de la quantité offerte. On peut se rappeler que les offreurs ne supporteraient pas du tout le poids de la taxe si leur offre était parfaitement élastique (courbe d’offre horizontale).

Remarque : la détermination algébrique de l’équilibre n’était pas demandée, mais elle peut être reconstituée à partir de la figure.

Les courbes d’offre et demande en l’absence de taxe sont



La solution de ce système est bien .

Si p désigne le prix HT, la condition d’équilibre avec une taxe égale à 4 est







Le prix d’équilibre HT est donc , le prix TTC  et la quantité échangée .

  1. Tableau



Surplus du

consommateur

Surplus du

producteur

Surplus de

L’Etat

Surplus

Social (total)

Sans taxe

1+ 2+ 3+ 4+ 5

6+ 7+ 8+ 9




1 +2+ 3+ 4+ 5+ 6+ 7+ 8+ 9

En présence de taxe

1 +2

9

3 +4+ 6+7

1+2+ 3+ 4+ 6+ 7+ 9

Variation

-(3+4+5)

-(6+7+8)

3 +4+ 6+7

-(5+8)

Les consommateurs payent un prix égal à 8, supérieur au prix antérieur de 5. Ils n’achètent plus que 6 unités et non 9. Ils perdent la bande . Les producteurs reçoivent un prix égal à 4, inférieur au prix antérieur de 5. Ils ne vendent plus que 6 unités. Ils perdent la bande .

On vérifie que les consommateurs ont plus perdu que les producteurs. Ceci tient au fait que leur courbe de demande est plus pentue, c’est-à-dire moins élastique au prix.

D’autre part, le surplus social diminue. Il y a une perte sèche représentée par l’aire des zones 5+8. Elle traduit le fait que des échanges mutuellement avantageux ne se réalisent plus. Pour prélever une masse de recettes égale au rectangle 3 +4+ 6+7, l’Etat doit faire perdre plus aux agents.

Exercice 2 Les effets macroéconomiques des minimum sociaux Corrigé

  1. L’égalité emplois-ressources est , soit . On obtient



Le niveau de la production est déterminé par application du multiplicateur à la demande autonome.

  1. L’égalité emplois-ressources est , soit . On obtient



La présence du RMI augmente la demande autonome et a un effet multiplicateur sur la production. Les sommes versées sont intégralement dépensées. Elles augmentent la demande, stimulent la production et déclenchent un processus keynésien de multiplication. Elles constituent en fait une dépense publique et jouent exactement le même rôle que G.

  1. Il faut maintenant prélever des impôts supplémentaires égaux à R.

L’égalité emplois-ressources est , soit . On obtient



Le multiplicateur décrivant l’influence de R est égal à 1. On retrouve le théorème de Haavelmo. Les dépenses publiques de RMI sont financées par impôt.

1 Cette épreuve de commentaire est fondée sur l’opuscule du Cepremap no 7 écrit par Philippe Askenazy et Katia Weidenfeld, Les soldes de la loi Raffarin. Le contrôle du grand commerce alimentaire, téléchargeable sur le site http://www.cepremap.ens.fr/depot/opus/OPUS7.zip.. Nous avons fortement simplifié, sinon caricaturé, l’argumentation des auteurs pour les besoins de cet examen. Notamment, la détérioration que nous décrivons s’est arrêté et nous assistons à une lente amélioration depuis ces dernières années. On peut penser que certaines réformes actuellement envisagées accentueront ce mouvement récent.


2 Les magasins hard discount sont de taille modeste, en moyenne 600-700m2, mais souvent moins de 400m2. L’offre limitée, un besoin = un produit, la présentation spartiate, un personnel polyvalent, l’absence de rayons traditionnels, des horaires limités, un cahier de charge strict imposé aux fournisseurs, permettent une organisation frugale en main-d’œuvre, environ deux fois plus faible par m2 que dans les magasins classiques.




similaire:

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconCours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Nicolas Canry

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconIge cours d’Antoine d’Autume, Nicolas Canry et Jean-Pierre Laffargue

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconEmilie-Anne Pépy, doctorante en histoire, umr larhra / Université Pierre Mendès-France

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconAnne cabotin lionel austruy – Jean Christophe irrilo – Svetlana cosson...

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconAnne cabotin lionel austruy – Jean Christophe irrilo – Svetlana cosson...

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconPublications de Pierre-Jean benghozi

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconPierre et Jean, Maupassant. Extrait n°1 ( Incipit )

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconJean Pierre villaescusa rfe président de la Commission de l’UE

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconBRÉtigny-sur-orge lycée Jean-Pierre Timbaud

Cours d’Antoine d’Autume, Jean-Pierre Laffargue et Anne Yvrande-Billon iconPar Jean-Pierre Augustin, université de Bordeaux, umr ades du cnrs






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com