Transcription intégrale du texte seul de l’édition originale arial 16





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Les oubliés de Vulcain / Danielle Martinigol
ISBN 978-2-01-322420-8
Transcription intégrale du texte seul de l’édition originale – ARIAL 16

Service de Transcription et d’Adaptation de Documents

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Ouvrage adapté pour une personne empêchée de lire

Copie Interdite

1. Odilon



Charley n'en croyait pas ses yeux. Il regardait avec stupéfaction le petit animal niché au fond du paquet qu'il venait de déballer.

« Tu peux le prendre, dit Clara en riant, il est à toi désormais. »

Charley leva vers sa tutrice un regard rayonnant.

À côté d'elle se tenait Jim, le compagnon de Clara, les poings dans les poches, comme à son habitude, et derrière eux se pressait une bonne vingtaine de personnes. Tous avaient le sourire ravi de ceux qui ont préparé une belle surprise.

« Vous m'aviez dit qu'il ne serait prêt que dans un mois ! s'étonna Charley en regardant à nouveau l'animal dans la boîte au milieu des rubans et du papier cadeau.

- Eh bien, nous t'avons menti, répliqua Jim, mais c'était pour mieux te faire plaisir. Nous avions bien calculé pour t'offrir ton charat le jour de ton anniversaire. »
Anniversaire ! Le mot magique de sa petite enfance. Pour le petit Charley, c'était la seule fête de l'année. Mais il avait grandi. Il allait avoir quinze ans à minuit. Recevait-on encore des cadeaux à quinze ans ?

Depuis qu'il avait ouvert les yeux, ce matin-là, il n'avait cessé de s'interroger sur ce que Clara et Jim lui réservaient. À plusieurs reprises dans la semaine, il les avait surpris en grand conciliabule. Comme les conversations s'arrêtaient dès qu'il approchait, il en avait vite déduit que son anniversaire était au cœur des débats.

Pour ne pas risquer d'entendre une de leurs conversations - il préférait ne rien apprendre avant le jour J -, Charley s'était donc appliqué à siffler ou chanter à tue-tête avant d'ouvrir une porte quelle qu'elle soit. La méthode avait fonctionné. Sa surprise était totale.

Il avait pensé à tout sauf au charat !

« Montre-le-nous, Charley, dit une jeune femme par-dessus l'épaule de Jim.

- Oui, on veut le voir ! insista un homme dans le fond de la pièce. Après tout, c'est nous qui l'avons fabriqué. »

Devant le sourire narquois de Jim, le scientifique ajouta à la cantonade :

« D'accord, c'est Jim et Clara qui l'ont fabriqué, nos génies généticiens... Mais Jim et Clara, c'est l'Usine, et l'Usine, c'est nous tous, non ? »

Charley n'écoutait pas. Il avait les yeux rivés sur le charat. Il écarta avec précaution le coton qui calait l'animal et, mettant ses mains en coupe, il le souleva doucement. Le petit corps était doux et chaud contre ses paumes. Il sentait le cœur battre la chamade sous ses doigts.

« Il a peur, il tremble, constata-t-il, en approchant ses lèvres de la fourrure soyeuse pour l'embrasser.

- Rien d'étonnant, expliqua Jim. On ne l'a sorti de la matrice qu'hier.

- Il est viable ? demanda l'un des invités.

- Bien sûr, dit Clara, il est même très solide. C'est non seulement un hybride mais un amélioré.

- Il va encore grandir ? s'enquit la jeune femme derrière Jim.

- Non, il a atteint sa taille définitive. Nous sortons les hybrides des matrices à maturité maintenant.

- Comment vas-tu l'appeler, Charley ? demanda une des jeunes filles présentes.

- Il a déjà un nom, répondit Charley, il s'appelle Odilon.

- Odilon, répéta la fille, c'est joli. C'est toi qui as choisi ?

- C'est le nom du programme, expliqua Clara, mais Charley peut en parler aussi bien que moi. Il a suivi le projet depuis le début.

- Odilon est un sigle, précisa Charley tout en caressant le charat lové au creux de son bras, O pour Organisme, Di pour divergent, Lo pour lois et N pour naturelles.

- Organisme divergent des lois naturelles. C'est un charat, un mélange de chat et de rat.

- On peut difficilement trouver plus surprenant comme mélange ! dit Paul, un des techniciens. Je parie que vous allez nous fabriquer un homme-oiseau un de ces jours, ajouta-t-il à l'adresse de Clara.

- Si on buvait à la santé de Charley ? » coupa la jeune femme en se dirigeant vers le buffet.

Tout le monde la suivit.
Charley resta à l'écart. Il s'assit dans un fauteuil et, posant Odilon sur ses genoux, se mit à l'observer minutieusement.

À maintes reprises il était allé regarder le charat à travers les parois de plasverre de la matrice artificielle. Petit à petit, il avait vu l'étrange animal se développer.

Du chat, il avait gardé la fourrure soyeuse à poils longs ainsi que les petites oreilles pointues. Du rat, il avait la longue queue annelée et les pattes avant ressemblant étrangement à des mains à quatre doigts.

Le regard de l'animal était fascinant. Noir, brillant, profond. Il observait son jeune maître autant que Charley pouvait l'examiner. Ils étaient nez à museau, les yeux dans les yeux. Charley découvrait ceux d'Odilon pour la première fois. Dans la matrice, le charat flottait dans son liquide les yeux clos.

« Charley, viens manger du gâteau ! dit Clara.

- J'arrive. »

Il se leva du fauteuil.

« Qu'est-ce que je vais faire de toi ? » dit-il à Odilon, qu'il tenait à bout de bras, les mains glissées sous les pattes avant du charat.

Mû par une inspiration subite, il posa l'animal sur son épaule. Le charat, guère plus grand qu'un chaton, s'accrocha un peu dans le pull, tourna, renifla, puis se cala contre Charley, le museau contre sa joue, sa longue queue derrière la nuque autour du cou, faisant balancier. Ainsi installé, il ne risquait pas de tomber même si Charley marchait un peu vite.

« On dirait que tu as trouvé ta place, petit frère. Allez viens, on va déguster mon gâteau d'anniversaire. »
***
La fête battait son plein. Les uns dansaient, les autres discutaient devant le buffet lorsque la porte s'ouvrit. Deux personnes entrèrent. Charley les dévisagea. Deux têtes nouvelles ! C'était la première fois depuis des années qu'il voyait en chair et en os des individus inconnus. Il y avait un homme d'âge mur et une jeune femme. Le silence était tombé d'un coup dans la pièce. L'instant de surprise passé, Jim s'approcha de l'homme et lui tendit la main.

« Monsieur le Directeur, c'est un honneur de vous recevoir, nous n'espérions pas vous voir.

- Votre invitation m'est parvenue à temps. J'ai pensé qu'il serait bien que je vienne revoir Charley. »

Revoir… songea Charley, mais je ne connais pas cet homme ! Je ne l'ai jamais vu.

« Charley, viens, approche-toi, lui dit Clara en le poussant pour le forcer à sortir de la masse des invités.

- Bonjour, Clara, dit l'homme, vous êtes toujours aussi séduisante.

- Merci, monsieur le Directeur. Voici Charley. »

Surpris, l'homme haussa les sourcils. La femme qui l'accompagnait prit soudain la parole :

« Il est grand pour son âge, il n'a pourtant été achevé qu'en quatre-vingt-di...

- Charley est un adolescent maintenant ! la coupa vivement Jim en la prenant par le bras. D'ailleurs nous fêtons ses quinze ans ce soir. Voulez-vous prendre un verre ? Regardez, nous avons un buffet splendide préparé par Ralph, notre cuisinier. Vous savez, à l'Usine, on ne manque de rien. »

Devant le flot de paroles de Jim, la jeune femme resta bouche bée, puis elle se renfrogna en croisant le regard du Directeur et celui de Clara qui lançait des éclairs.

Mais que se passait-il donc ? Charley sentait l'air comme électrisé autour de lui. Il chercha à croiser des regards amis. Mais les yeux se détournaient. Paul, Ralph, Claudie et les autres, tous semblaient absorbés par le contenu de leur verre ou l'aspect de leur petit four.

« Charley, suggéra Clara d'une voix douce, si tu allais faire prendre l'air à Odilon, il a besoin de fortifier ses petits poumons... Il fait bon dehors, tu peux lui montrer le jardin. »

À l'évidence, elle souhaitait qu'il s'éloigne. Charley jeta un regard circulaire. Personne ne viendrait à son aide. Tout le monde avait l'air gêné. La fête était gâchée.

Odilon effleura sa joue du bout de ses moustaches. Sous ce contact léger, une partie de sa déception s'envola. Que lui importaient les histoires des adultes ! Il avait désormais un compagnon. Depuis le temps qu'il rêvait d'avoir un véritable ami autre que Carl, l'hologramme de l'ordinateur central, ou le personnel de l'Usine.

« Tu m'appelleras quand tu voudras que je revienne ! » dit-il à Clara pour lui montrer qu'il n'était pas dupe de sa manœuvre. Elle eut un petit sourire triste en lui passant la main dans les cheveux.

Sans un regard vers le Directeur ni les autres, il se dirigea vers la porte et sortit.

Quelques minutes plus tard, comme il longeait les fenêtres du salon pour rejoindre le jardin derrière le bâtiment, il entendit des éclats de voix féminines. Clara...

« Tenir votre langue, c'est au-dessus de vos moyens !

- Mais je ne pouvais pas deviner que vous ne lui aviez rien dit. C'était pourtant convenu qu'il devait tout savoir avant la fin de cette année !

- Parce que vous pensez que ce genre de choses est facile à dire...

- Évidemment, si vous vous croyez obligée de jouer les mères-poules...

- Jim, retiens-moi ou je lui colle une gifle !

- Mesdames, voyons, intervint le Directeur, un peu de tenue. Nous sommes justement ici ce soir pour mettre les choses au clair, mais dans le calme et la collaboration. Clara, ma chère, excusez ma secrétaire, elle travaille peu sur le projet Charley et...

- Chut ? » dit soudain quelqu'un.

Une silhouette que Charley, à contre-jour, ne reconnut pas ferma brusquement la fenêtre et tira les doubles rideaux.

Le jeune garçon était pétrifié. Le projet Charley... Il resta un instant immobile, puis devant le flot d'idées qui se bousculaient dans sa tête, il se mit à courir en direction du jardin. Au bout de quelques mètres, il s'arrêta pour retirer Odilon de son épaule car les griffes du charat lui labouraient la chair.

Serrant l'animal contre sa poitrine où son cœur s'affolait, il reprit sa course.

Derrière le bâtiment où il habitait, un véhicule inconnu était stationné. Il ressemblait aux aéroglisseurs que Charley avait vus maintes fois dans les vidéos de l'Extérieur. Sans doute appartenait-il au Directeur. Charley ralentit en passant au niveau du véhicule. La carrosserie était brillante, racée. Un vrai bolide conçu pour fendre l'air à haute altitude. Le garçon n'avait jamais eu l'occasion de contempler l'intérieur d'un tel engin. Il se pencha pour regarder par la vitre de la portière. Il était du côté conducteur. Il examina le tableau de bord, puis jeta un regard circulaire pour détailler l'habitacle. Quelque chose était posé sur le siège passager. Un dossier.

Charley contourna le véhicule et se pencha pour lire ce qui était inscrit sur l'épaisse chemise cartonnée.

Une chape glaciale tomba sur ses épaules. Il se releva lentement et dut s'appuyer contre la portière tant ses jambes semblaient devoir lui manquer. Il connaissait ce type de sigle. Il ne le connaissait que trop bien. Il observa le charat niché au creux de ses bras. O. Di. Lo. N.

Sur le dossier était inscrit en lettres de feu :

Projet C.H.A.R.L.Ey.
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