Bibliographie b La constitution d’une philosophie américaine : idéalisme et pragmatisme





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b) Sagesse moderne et pas ancienne



Une réflexion qui est bien, en un sens, « antimoderne », mais parce qu’elle est prise de position sur le moderne, investissement critique du moderne, et pas ignorance du moderne. L’un des intérêts principaux de Emerson et Thoreau : ils comprennent le contemporain et ils y réagissent.

Walden : l’asocial qui s’assume


L’insertion professionnelle et sociale

- on peut vivre comme je l’ai fait en travaillant de ses mains environ 6 semaines par an : une contestation de l’aspect « marchand » de la vie moderne

- on peut coopérer pour gagner sa vie, mais « celui qui voyage seul peut partir aujourd’hui »

 je reconnais être plus solitaire que philanthrope

Life without principle (La vie sans principe)


trad. en Mille et une nuits, Biblio n° 4.

Ce petit texte très lisible, posthume, est symétrique de Walden : la vie en l’absence de principe / la vie en présence d’une principe (Walden).

C’est un texte de critique, essentiellement négative.
Un système de valeur clair :

- contre l’ « affairement » (business, l’affairement marchand) incessant (MP : l’esclavage invisible de soi par soi, dénoncé par Walden)

- pour des valeurs qui font système : vie, poésie, philosophie : « Je crois que rien, pas même le crime, n’est plus contraire à la poésie, à la philosophie, et à la vie elle-même, que cet affairement incessant. »

Une dénonciation non pas du système marchand en lui-même, mais des conséquences morales du besoin de gagner de l’argent (« Les moyens par lesquels on peut gagner de l’argent mènent presque tous à l’abaissement »).

- Ce thème est devenu une banalité, il n’en est pas moins un problème : notre société de confort et de facilité impose à ses membres un « devoir d’enrichissement » au nom duquel on se sent légitime pour façonner des personnalités, des carrières de vie. C’est ce choix de vie non-choisi que dénonce Thoreau, son apparente « naturalité » ou inévitabilité.

« Si je devais vendre à la société à la fois mes matinées et mes après-midis, comme beaucoup semblent le faire, je suis certain qu’alors il ne me resterait plus aucune raison de vivre. »
Une alternative au besoin d’insertion économique et sociale : la self-reliance (qui n’est pas nécessairement l’autarcie) 

 développement de cette idée : « Toute grande entreprise peut vivre d’elle-même – self-supporting ».

La self-reliance des entreprises humaines est la capacité de self-support : pouvoir vivre par soi-même, sans « subvention », être rentable de manière autonome : une caractéristique typiquement américaine, la conception des « entreprises » humaines selon une logique d’« entreprise »…

 une autre forme d’insertion dans le « tissu » socio-économique, une insertion qui n’est pas soumission : l’insertion d’entités (entreprises) self-supporting, qui vivent dans le marché sans se soumettre à ses prétendues « lois » — il y a une éthique du business (des affaires) à extraire de Thoreau
La parabole du chercheur d’or : Thoreau réfléchit sur un « modèle » qui me semble très pertinent, dans son extrémisme. Les ruées vers l’or (Californie, Australie)

  • des mouvements incontrôlables, irrationnels, où l’argent est clairement la seule valeur, abolissant toute valeur humaine et sociale

  • pour l’immense majorité des acteurs : ruine personnelle totale et lamentable (mourir noyé au fond de son trou)

  • pour une infime minorité (celui qui trouvé LA pépite géante) : ruine personnelle totale et lamentable — il devient fou, alcoolique, ne sait que parler de sa pépite, galope d’un endroit à un autre pour se faire admirer (« vous savez qui je suis ? celui qui a trouvé la pépite géante ! ») et finit par s’écraser contre un arbre

= un modèle de notre modèle économique et social :

- les « ratés », en masse, victimes du jeu

- ceux qui « réussissent » dans le jeu qui sont pires encore humainement, qui sont déshumanisés, fous, délirants

- Thoreau ne connaît pas le monde de l’entreprise contemporaine (où son modèle me semble s’appliquer de manière frappante), mais il a une application dans l’agriculture de sa région : tous les fermiers se ruinent, dit-il, la grande majorité se ruinent matériellement, mais ceux qui réussissent matériellement se ruinent moralement. A appliquer aux jeunes cadres dynamiques.
Au contraire, l’idéal de l’éveil, très bien formulé : « Il faut bien plus qu’une seule journée de dévotion pour connaître et posséder toute la richesse d’une seule journée. »

Paradise to be regained


Ce petit article est un texte (publié en 1843 dans une revue) qui porte sur le même thème que La vie sans principe mais qui est plus constructif, sur la question : que faire de la modernité ?

[il existe une traduction, aux éditions Mille et une nuits : Le paradis à (re)conquérir, qui m’est signalée par une auditrice, Madame Namias, que je remercie]
Part du compte rendu d’un livre (de J.A. Etzler) sur le « paradis » que le progrès est en train de créer, de re-créer. Un programme en 10 ans de réalisation du paradis sur terre…
Thoreau conteste la manière « superficielle et violente » dont nous utilisons la nature à notre profit : « Nous procédons aujourd’hui d’une manière superficielle et violente. Nous ne soupçonnons pas tout ce qui pourrait être fait pour améliorer notre relation avec la nature animée, tout ce qui pourrait être douceur et courtoisie envers elle. »
Nous exerçons notre pouvoir de « maître » sur la nature, mais elle a elle-même ses propres pouvoirs, avec lesquels nous pourrions nous allier au lieu de les ignorer ou de les mépriser.

= retrouver la valeur potentielle pour l’humain du vent, des marées, des vagues, du soleil.

= Thoreau expose théorie du « développement durable » ! (et même de la « révolution écologique ») — nous avons vu qu’il en a aussi la pratique, dans Wild Fruit.
Le problème n’est pas pour nous de trouver le bon levier, la bonne manette (crank), de presser sur le bon bouton. mais de comprendre que le levier essentiel est interne (la réforme de soi). Nous le cherchons à l’extérieur alors qu’il est à l’intérieur.

= un programme du meilleur des mondes possibles doit être un programme de réforme de soi, pas d’action technique sur le monde

 ce n’est pas un problème de moyens, d’argent et de temps (d’investissements) de compétence

« Le véritable réformateur ne manque ni de temps, ni d’argent, ni de collaborateurs, ni de conseils. »

… c’est un problème de lucidité, de compréhension, d’Éveil.

« Tout ce qui peut être fait ne peut être fait que par une personne seule. » (« Nothing can be effected but by one man »)
Conclusion : Nous essayons de réaliser le paradis en maîtrisant mécaniquement les forces de la nature. Alors que ce sont les forces intérieures, intérieures en nous et en la nature, qu’il faudrait faire agir.

c) Sagesse et pas savoir



Thoreau : l’essentiel ne s’apprend pas des autres (= ici aussi un extrême, celui de la self-culture)



 parce que l’essentiel ne s’apprend pas au sens de l’enseignement (doctrine zen), l’essentiel s’éprouve. L’essentiel n’est pas de l’ordre du savoir.
Des significations à retrouver, non pas en se tournant vers le passé, mais en inventant de nouvelles formes :

- méditer (et pas calculer, gérer, optimiser, expédier les affaires courantes…)

- agir (et pas attendre que les conditions de l’action collective soient réunies, parler, raisonner, faire circuler les flux de discours sans leur opposer aucune résistivité…)

- l’unité des deux, qui serait la sagesse moderne.

La question de l’expression et de l’art (une conclusion sur la forme)


L’essentiel « s’éprouve »  l’expression, littéraire, ou artistique, fait éprouver quelque chose. La poétique philosophique de Thoreau est un modèle du genre. On « ressent » la pensée de Thoreau.
Thoreau n’est pas toujours reconnu comme « philosophe ». C’est une façon aussi de lui rendre justice, tant il n’est pas un philosophe comme les autres. Non pas parce qu’il appartient au domaine de la « littérature », avec des velléités théoriques de second rang. Cela est à mon avis un contresens. Sa pensée n’appartient pas au genre scolaire, qui a envahi la philosophie comme beaucoup d’autres territoires de culture, mais au genre existentiel et poétique, qui n’est pas le courant dominant de la philosophie occidentale. (= L’expression artistique de la philosophie, question centrale pour Platon et Nietzsche par ex, et bien oubliée par les traditions dominantes en occident (Descartes, Kant, Hegel, les positivistes… : des philosophies qui se croient supérieures à leur mode d’exposition et de transmission).

Par cette originalité, Thoreau philosophe, reconnu, propose une voie de rapprochement entre philosophie occidentale et modes de pensée asiatiques.

Thoreau permet aussi une expérience de déscolarisation de la culture (l’une des tâches de la sagesse contemporaine).
L’écriture particulière de Thoreau, qui peut sembler insuffisamment « philosophique » :

- elle est une expression artistique, qui fait partie de son système de vie : l’action parfaite (le bâton de Kourou)

- elle est le moyen de transmission d’une sagesse qui n’est pas une doctrine, mais un style, un rythme, une inspiration, une sensibilité

La plupart des « leçons de morale » ne transmettent rien du tout :

1) parce que le donneur de leçon n’est pas un « échantillon » de la marchandise qu’il a à vendre, selon le critère de Thoreau (il est extérieur au contenu de son discours)

2) parce que la manière dont il s’exprime laisse paraître le point (1)

= l’expression de la sagesse n’est pas une expression purement « informationnelle » ou intellectuelle ; elle doit transmettre une propriété existentielle, un contenu humain, et cette transmission appartient, pour un écrivain comme Thoreau, au registre de l’expression artistique.

Analyse éthique de la modernité (une conclusion sur le fond, le contenu)



Pessimisme de la sagesse : Emerson : « nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de l’époque » : il n’existe pas de savoir global qui serait la solution, il n’existe même pas de sagesse qui serait une solution globale

1) nous ne pouvons que nous délivrer individuellement de la souffrance, nous ne pouvons transformer que notre propre soi ; mais :

2) c’est cela l’essentiel, et une partie des données du « problème de l’époque »
Le lien entre la sagesse et le sauvage (dans un sens antisocial)

une sensibilité très contemporaine : le sauvage dépend de nous, de notre capacité à le « voir », à reconnaître sa valeur, à le conserver. Si nous laissons la planète perdre le sauvage, c’est pour nous humains une perte de valeur.

Thoreau nous lègue le problème : distinguer le sauvage du simplement « naturel », et en même temps que nous apprenons à « habiter » la nature apprendre à « respecter » le sauvage (que nous ne pouvons pas habiter sans le détruire).

Avec une transposition analogue dans l’intériorité : apprendre à voir, reconnaître, respecter le sauvage en nous (au-delà de la seule « nature »).
L’Amérique n’a pas réalisé les promesses de ses premiers philosophes…

 ils restent un possible, un potentiel, qui n’est pas la propriété de la tradition culturelle américaine — et permet au contraire, depuis les années 1960, une contestation « intérieure » des côtés les plus déplaisants de l’« américanisation du monde ».



la valeur de la simplicité et de la frugalité dans le monde de l’abondance et de l’arrogance

Un nouveau système de valeur

- la diététique en donne un modèle : c’est le plat de viande que nous ne mangeons pas qui nous fait du bien, ce n’est plus que le plat de viande que nous mangeons ; c’est la capacité à ne pas accumuler les richesses et les honneurs qui nous donne valeur, plus que l’accumulation des richesses et des honneurs. Parce que nous vivons non dans le monde du dénuement et de l’affrontement, mais dans le monde moderne de l’abondance et de l’arrogance. Apprendre à apprécier ce que nous pouvons nous passer d’avoir. Emerson et Thoreau me semblent avoir été des vigies de ce monde moderne.
Déréliction / résolution (Heidegger) = perdre / retrouver un mode d’être, cad en même temps un potentiel d’ê

MP : inconsistance / consistance :

2 formes particulières

- de la déréliction : une déréliction moderne qui est le manque de cohérence (manque de cohérence notamment entre le « déclaratif » et l’action ; manque de cohérence entre ses propres idées et convictions, par manque de self-culture, de construction volontariste de soi) et le manque de contenu (prendre pour culture les contenus inconsistants des flux médiatiques et les conventions scolaires).

- de la résolution : la prise en charge de soi par soi, la construction de soi, self-culture et self-reliance, un souci de soi méditatif, qui est le souci premier, reléguant au second plan toute autre préoccupation.

Sagesse moderne : le processus de passage des formes modernes de l’inconsistance vers une forme moderne de la consistance.
C’est dans une sorte de lien entre la forme et le fond que Thoreau accomplit une fusion de l’idéalisme et du pragmatisme :

Le style de consistance de Thoreau (comme dans la création artistique, chaque sculpteur de sa propre vie doit découvrir son propre style) : la densité méditative de l’action, (densité poétique, spirituelle, si on préfère) un éveil existentiel, qui n’a rien de religieux ni de surnaturel.

Image : Thoreau « conscient de chaque pas qu’il fait » : l’action, car il marche, accompagnée par l’éveil. C’est cette union qui est le cœur de sa pensée.

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