Les circuits courts, une agriculture à taille humaine





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Les circuits courts, une agriculture à taille humaine

Amandine CAILHOL 31 mars 2015 à 21:06

brasserie la baleine, dans le 20 ème arrondissement de paris.

Brasserie La Baleine, dans le 20 ème arrondissement de Paris.

REPORTAGE

Des séances de speed dating ont réuni, en Seine-Saint-Denis, producteurs et acheteurs désireux d’éviter les intermédiaires.

«Travailler sans intermédiaire, cela permet de valoriser le travail du berger», entonne Mathilde, jeune éleveuse d’agneaux de prés salés, qui vient tout juste de s’installer au pied du mont Saint-Michel. Elle veut «tisser des liens directs avec des professionnels». De l’autre côté de la table, Naomie cherche justement des producteurs désireux de rencontrer les clients de son restaurant, Léo and Phil, qui ouvrira ses portes dans un mois, à Bagnolet, près de Paris. Toutes deux participent au premier rendez-vous des circuits courts entre professionnels de l’alimentaire en Ile-de-France. Une sorte de speed dating organisé il y a quelques jours à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) par Minga, une association qui milite pour plus d’équité dans les échanges commerciaux.
«Business». Réunis dans une salle de la communauté d’agglomération Est Ensemble, ils sont près de 80 restaurateurs, artisans, transformateurs, producteurs ou fournisseurs à enchaîner les entretiens de vingt minutes. Le but ? «Provoquer la rencontre entre acteurs de l’agriculture et du commerce qui, jusqu’alors, se tournaient un peu le dos, précise Elie Préveral, codirecteur de Minga. Car s’il y a bien un effet de mode autour des circuits courts, cela n’est pas suffisant, il faut structurer le secteur» (lire ci-contre).

L’enjeu est d’autant plus fort en Ile-de-France, région marquée par une offre de production limitée et un gros bassin de consommation. Soit 5 000 exploitations agricoles, dont 800 en circuit court, pour un marché de 12 millions de consommateurs. «Trouver des fournisseurs n’est pas évident, confirme Naomie. Sur Internet, on trouve tout et n’importe quoi. Là, au moins, on a des explications claires. Et puis c’est mieux de mettre un visage sur un partenaire.» Placé sous le signe de «la solidarité et du renforcement commun», l’événement est d’abord «dédié au business», note Jean-Pierre Dardaud, administrateur de Minga.

«Bien sûr qu’on est en négo !» sourit Naomie qui ne tarde pas à faire part de ses attentes en termes de prix et de régularité des livraisons. Sauf que pour son interlocutrice bretonne, se rendre à Paris toutes les semaines pour livrer sa marchandise relève de l’impossible. «Cela demanderait trop de temps et un lourd investissement dans un camion réfrigéré», explique-t-elle. «A moins de se greffer à des transports groupés ?» interroge la restauratrice. Mais déjà un gong retentit dans la salle, invitant chacun à changer de table. «La logistique est un problème récurrent pour les acteurs des circuits courts, analyse Julie Orliac, chargée de mission en économie sociale et solidaire à Est Ensemble, car le dernier kilomètre pèse lourdement sur le coût du produit alimentaire. Il existe des initiatives éparses de regroupement, mais la question n’est pas ou peu traitée par les logisticiens.»

Ubiquité. Quelques pas chassés entre les tables plus loin et Naomie retrouve Chantal, agricultrice venue avec ses confitures et jus de fruits ardennais qu’elle vend sur les marchés du proche Paris. Le rendez-vous tourne à la dégustation. «Etre agricultrice, c’est toute une organisation. Difficile de s’occuper des bêtes, de transformer et de livrer en même temps», confie-t-elle. Un impératif d’ubiquité que connaît bien Bruno, créateur de la brasserie la Baleine, dans le XXe arrondissement parisien, et qui propose des bières artisanales brassées à la main. Reconverti depuis peu, cet ancien photographe enchaîne les journées à rallonge entre la production, la commercialisation et la comptabilité. Sans dégager assez de marges pour embaucher. «Certains producteurs veulent tout assumer, y compris la distribution, mais ils n’ont pas toujours les moyens de le faire. On ne s’improvise pas forcément vendeur», note la chargée commerciale d’Andines, «grossiste à taille humaine», qui envisage de diffuser ses bières.

Autre table, autre rendez-vous. Dominique, une brique de lait à la main, présente son label, Fairefrance, «une marque solidaire et équitable, qui permet aux éleveurs laitiers de recevoir une rémunération décente pour leur travail». Un projet né après la crise laitière de 2009, dans le but de «reprendre en main la commercialisation». De quoi intéresser la coopérative Andines, d’autant plus que le projet est en train de s’ouvrir au lait biologique. Mais un problème subsiste, celui du packaging. «Cela va être difficile de faire un emballage particulier pour vous», s’excuse Dominique. Puis, la chargée commerciale d’Andines part à la rencontre du conseil général pour parler des cantines des collèges. Soit, en Seine-Saint-Denis, 35 000 repas par jour. «Chaque établissement fait ses propres commandes, mais si vous voulez faire partie des fournisseurs, il vous faut d’abord répondre à l’appel d’offres global et respecter le cahier des charges», lui explique la responsable qualité du conseil général. «Nous sommes intéressés par les circuits courts, jure-t-elle, mais il y a aussi la loi du marché et nous n’avons pas un budget énorme. Il faut donc s’aligner sur les prix.» Autant dire que le bastion est difficile à prendre pour une petite structure. «A moins que vous ne vous affiliez à un plus gros ?» suggère-t-elle. Au risque d’ajouter un nouvel échelon dans la chaîne. Et de brouiller un peu plus les frontières du circuit court.

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