Qu’essaie-t-on de faire ?





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date de publication13.02.2017
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LA FORET AMAZONIENNE : ENJEUX CONTEMPORAINS DU DEBOISEMENT ET DE SES LIMITES, par Xavier Arnauld de Sartre, chargé de recherches, CNRS, université de Pau.

KAFE, dimanche 10 octobre, 9H00-10H00.
Le conférencier fonde son exposé sur les études menées sur deux terrains précis de la forêt amazonienne brésilienne, le Brésil représentant 80% de cette forêt. Ces études, dont il estime qu’elles lui permettent de n’être dupe de rien à cette échelle, lui donnent un point de vue assez pessimiste sur l’évolution de cet espace, à l’échelle locale.

Dans ce cadre, la limitation du déboisement s’opère à trois échelles temporelles :

  • l’action immédiate de conservation, souvent qualifiée de « mise sous cloche »,

  • puis la recherche d’un mode de vie et d’exploitation permettant de vivre de la protection, de la « cloche »,

  • enfin, un changement profond des modèles d’expansion.

La gestion que le Brésil fait de l’Amazonie n’est pas mauvaise, mais la forêt s’insère dans une échelle mondiale qui nécessite de dénationaliser le débat.
INTRODUCTION

La conférence se tenant entre les deux tours de l’élection présidentielle au Brésil, l’analyse des résultats du premier tour est éclairante. Les sondages annonçaient Dilma Rousseff, candidate désignée par Lula du Parti des Travailleurs, comme vainqueur dès le premier tour. Or 6 à 7% des votes qui lui étaient attribués se sont reportés sur la candidate « verte » Marina Silva. Même si la question de l’avortement, très prégnante dans la campagne peut brouiller les cartes (vote évangéliste anti-IVG pour M. Silva), ce résultat reste intéressant pour deux raisons :

  1. Cela indique que presque 20% des électeurs expriment une opinion écologiste. Ce n’est pas étonnant si on considère le Brésil comme une extension de l’Europe, avec des préoccupations occidentales. Le problème de l’Amazonie ne provient dès lors pas d’un manque de conscience écologiste.

  2. Marina Silva était de bras droit de Chico Mendes1. Elle a été ministre de l’écologie de Lula, qui défendait lors de sa première élection en 1998 un projet de développement de l’Amazonie fondé sur l’installation des petits paysans sans terres. Le nouveau projet de Lula à partir de 2007, baptisé «accélération de la croissance » s’appuyait pour l’espace amazonien sur des infrastructures, avec des impacts sociaux et environnementaux limités, mais sans changement du système productif. C’est la contestation de ce choix qui poussa Marina Silva à démissionner et qui constitue un des axes de sa campagne.


Quatre questions structurent cet exposé :

  • Où en est-on ?

  • Comment en est-on arrivé là ?

  • Pourquoi déboise-t-on ?

  • Qu’essaie-t-on de faire ?



I / MISE EN CONTEXTE DU DEBOISEMENT ET MODELISATIONS FUTURES.

Le déboisement n’est pas homogène ; l’observation des cartes du défrichement montre une marche vers le Nord et vers l’Ouest, en fonction de l’accessibilité. La « marche vers l’ouest » évoque les épopées et le folklore du far West : sur les fronts pionniers, bien des habitants sont habillés comme des cowboys de western et les conflits sont permanents, pas sous forme de guerres indiennes, mais surtout sous l’aspect de « conflits entre cowboys ».

Ce processus de colonisation est comparable à ce qui s’opère partout dans le monde : ce sont les dernières terres cultivables non exploitées, avec l’extension de la société moderne. Ne restent actuellement inutilisées à l’échelle planétaire que les terres chaudes ou froides, tandis que s’étendent les fronts pionniers. La question du déboisement amazonien s’inscrit dès lors dans le cadre de l’extension mondialisée d’un système de production et d’un type de société.

Le déboisement s’opère le long des axes routiers, comme la transamazonienne, qui va d’est en ouest, et qui sous une appellation pourtant prestigieuse n’est souvent qu’une piste en terre malcommode. De part et d’autre de la route sont définis des lots de colonisation très vastes (100 ha, avec une largeur de 400 m pour une longueur 2500 mètres). En trente ans, environ 80% de ces lots sont déboisés. On observe aussi le long de la transamazonienne la « route de l’électricité », très repérable sur les photos, qui achemine vers les centres de consommation l’électricité produite par les barrages amazoniens.

Sur ces lots cohabitent quatre types de paysages : la forêt non encore défrichée, la jachère (avec un recru forestier récent), les pâturages et enfin les terres agricoles. Cette mosaïque provient de l’organisation d’un véritable cycle agricole sur une même partie d’un lot :

  1. Tout d’abord, l’abattage de la forêt, la végétation étant laissée durant toute la saison sèche, à l’issue de laquelle elle est brûlée, selon la méthode traditionnelle du défrichement/brûlis.

  2. La terre est ensuite mise en cultures, pendant deux ans.

  3. Elle est laissée en jachère pour quelques années, au cours desquelles la forêt repousse.

  4. Un deuxième cycle de culture est mis en œuvre, au cours duquel les rendements chutent fortement à cause de l’épuisement des sols.

  5. C’est alors que la terre est exploitée enfin en pâturages, avec le semis de graminées africaines. Mais le sol, qui reste plus ou moins à nu, se dégrade très vite durant cette dernière phase et la latérisation ne permet pas le retour de la forêt2.


Cinq périodes historiques marquent le déboisement, et c’est l’emboîtement de ces cinq dynamiques qui permet de comprendre la situation actuelle :

1 / jusqu’aux années 1960, a lieu une mise en valeur traditionnelle, assez peu prédatrice, avec des jachères de 20 ans. Les fronts pionniers à cette époque sont rares et restent périphériques.

2 / dans les années 1960-1970, est lancée la colonisation officielle. L’Amazonie doit servir au développement du Brésil, avec la mise en accès des zones (construction d’axes routiers) et l’installation de colons. Plutôt que de procéder à une réforme agraire en redistribuant les possessions foncières latifundiaires, l’Etat a choisi de faire accéder les pauvres à la terre en Amazonie. Il s’agit, comme dans d’autres Etats, de changer la structure productive sans enlever leurs terres aux grands propriétaires.

3 / à la fin des années 1970, le Brésil étant confronté à la crise consécutive aux chocs pétroliers, il cesse d’attribuer la terre aux petits et choisit de laisser faire les dynamiques capitalistes de production agricole, avec l’attribution de grandes parcelles.

4 / depuis le début des années 1990, émergent les préoccupations du développement durable.

5 / enfin depuis le début des années 2000 il y a une nette accélération du déboisement lié à l’agriculture de marché, en particulier pour la production de grains obtenue avec des tracteurs.

Ces systèmes successifs se répartissent dans l’espace, ces cinq logiques cohabitent en Amazonie. La réforme agraire menée par Lula est avant tout la reprise de la colonisation, avec un effet d’appel d’air. D’un côté l’augmentation des cours des grains ne freine pas l’expansion du soja, et de l’autre s’expriment concrètement des projets de développement durable.
Dans ce cadre d’analyse, quels futurs se dessinent pour l’Amazonie ?

Si les politiques actuelles sont respectées, avec des zones protégées (« sous cloche »), elles nécessitent un changement de système productif (jachères très longues, prélèvement non prédateur de ressources renouvelables). Il s’ouvre deux perspectives, selon que l’expansion spatiale des déboisements est plus ou moins contenue. Mais actuellement se met en place le scénario le plus pessimiste, qui ne laisse que des poches (des lambeaux) de forêt, ne préservant un massif cohérent qu’au nord-ouest. Enfin, quel que soit le scenario envisagé, il se traduit de toute manière par une érosion nette de la biodiversité.
II / RATIONALITES ET IRRATIONALITES DU SYSTEME.
Pourquoi déboise-t-on ?

  • rarement pour le bois. Les essences précieuses sont très rares, on ne pratique pas de coupes à blanc pour le bois.

  • pour faire face à la pauvreté, qui n’est qu’une des causes. Car si cette pauvreté est éradiquée, elle laissera simplement le champ libre aux autres acteurs.

  • l’agriculture capitaliste, avec le boom du soja. Mais le soja a déjà probablement atteint la limite nord de ses capacités, car il ne pousse que mal sur les sols sédimentaires qui portent la forêt.


Déboiserait-on pour rien ?

Quand on corrèle le déboisement et l’IDH, on voit apparaître des courbes en cloche qui coïncident, qui plus est l’IDH après le déboisement retombe à un niveau aussi faible qu’avant. On déboise donc pour produire de la richesse pendant le point haut de la courbe en cloche. C’est une production de richesse provisoire qui ne permet pas une mise en valeur des espaces concernés. Ils sont pris dans le système de la rentabilité à court terme. Mais ce système a une logique à toutes les échelles, les problèmes du déboisement n’étant qu’un aspect de l’économie mondialisée de rentabilité à court terme. Cela peut enfin apparaître comme un des nouveaux « cycles » qui marquent l’évolution de l économie agricole : le « cycle du déboisement » après le « cycle de l’or », le « cycle du café »… Néanmoins, certains peuvent faire observer que chacun de ces cycles produisant de la richesse, cette richesse cumulée finit par produire des changements sociaux et politiques positifs, dont témoignent par exemple l’épanouissement de la démocratie et la baisse de la fécondité au Brésil.

III / UN AVENIR PROBLEMATIQUE.
Cette déforestation traduit l’échec d’une certaine conception de la durabilité.

Trois actions principales sont actuellement mises en place pour favoriser cette durabilité :

  • le durcissement de la loi, souvent très bien conçue, mais dont l’application est inégale (problème de la corruption qui rend parfois invalides les systèmes de certification). Qui plus est, les autorités étant élues, un changement de majorité amène un changement rapide de politique, tandis que le développement durable s’inscrit dans le long terme. Par exemple, au nord-est, le gouverneur de l’Amapa, qui avait impulsé des projets inscrits dans la durabilité n’a pas été réélu : faute de subventions publiques, les actions engagées ont été subitement stoppées, tandis que le processus inverse, reposant sur la prédation, est très rapide.

  • le système de zonage, avec des parcs nationaux, ces unités de conservation se multiplient. Ils reposent sur un système de zonage, où l’accès et la mise en valeur agricole sont interdits. Par exemple, les banques n’accordent pas de crédit pour l’installation dans ces zones, car elles ne peuvent pas garantir leurs prêts par des hypothèques sur des terres illégales. Ces unités de conservation limitent les dynamiques de déboisement.

  • la rémunération de la conservation, avec le développement d’activités environnementales (commercialisation des noix d’Amazonie, récolte du latex…), il s’agit là d’extraire durablement les produits de la forêt, avec un système d’exploitation reposant par exemple sur des jachères longues, permettant à la forêt de repousser.

1 Chico Mendes (1944-1988) : militant syndicaliste brésilien, mort assassiné, qui défendait les petits paysans brésiliens et luttait contre les grands propriétaires terriens pour la sauvegarde la forêt amazonienne, contre les défrichements destinés à l’élevage. Des réserves forestières furent créées dans la région où il vivait.

2 Latérisation : à la suite de processus chimiques et mécaniques, dus au lessivage de sols pauvres en milieu chaud, la sol est recouvert d’une carapace, très dure et stérile, baptisée latérite.

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