Résumé Marx appréhende la longue transition du féodalisme au capitalisme essentiellement comme un procès d'appropriation des ressources naturelles par la classe dominante.





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Congrès Marx International V - Section Ecologie – Paris-Sorbonne et Nanterre – 3/6 octobre 2007

Energie de flux ou énergies de stock ?
Un cheval de Troie dans l'écologie de Marx

Daniel Tanuro


Résumé
Marx appréhende la longue transition du féodalisme au capitalisme essentiellement comme un procès d'appropriation des ressources naturelles par la classe dominante. Cette analyse l'a conduit à produire une théorie de la rente foncière et minière capitaliste dont l’importance du point de vue de l'écologie est très sous-estimée, quand elle n'est pas ignorée. Bâtie sur le constat de la finitude des ressources, cette théorie contredit l’idée malencontreusement répandue que la notion de limite naturelle serait complètement absente de la pensée marxienne. Cependant, la conscience des limites chez Marx est prise en défaut dans un domaine clé: l’énergie. En effet, ni lui ni Engels ne semblent avoir compris que le passage du bois à la houille constituait un changement qualitatif majeur: l’abandon d’une énergie de flux (renouvelable) au profit d’une énergie de stock (épuisable). Alors qu’il avait saisi le mécanisme de la rupture capitaliste du cycle des nutriments et la menace qui en découlait d'un épuisement des sols - ce qui fait de lui un pionnier du développement durable dans le vrai sens du terme - Marx est passé à coté de la perturbation capitaliste du cycle du carbone et du risque que l’exploitation des sources fossiles engage l’humanité dans un cul-de-sac énergétique.
A la différence de certaines citations sur la croissance illimitée des forces productives, qui sont sujettes à interprétations et contredites à d'autres endroits de l'oeuvre, l'incompréhension de la différence qualitative entre énergie de flux et énergie de stock est implicite d'un bout à l'autre des écrits de Marx. Vu le rôle fondamental des énergies fossiles en tant que forces productives dans le capitalisme, on est amené à considérer que Marx commet ici une erreur sérieuse dans sa modélisation de ce mode de production. Cette erreur déstabilise de l'intérieur sa propre thèse écologique prémonitoire relative à la nécessaire régulation rationnelle des échanges de matière entre l'Humanité et la nature, car une telle régulation est incompatible à long terme avec la combustion des combustibles fossiles. Mais le plus grave est que l'amalgame entre énergies de flux et énergies de stock prend à revers la critique marxienne du caractère de classe de la technique et débouche ainsi, potentiellement, sur des positions incompatibles avec le matérialisme historique. Il ne s’agit donc pas d’une simple contradiction - au sens dialectique de la polarisation au sein d’un couple d’éléments qui interagissent - mais d’un antagonisme entre deux thèses incompatibles qui coexistent à la faveur d’un angle mort, d’une zone d’ombre dans la compréhension du capitalisme. De ce fait, la question énergétique constitue un véritable cheval de Troie contribuant à expliquer que le potentiel écologique du marxisme ne se soit jamais vraiment déployé.
L'erreur de Marx n'a pas été corrigée par ses successeurs. En premier lieu, ceux-ci ont négligé de questionner la manière dont le système capitaliste avait solutionné le problème des sols (par la production industrielle d'engrais). En deuxième lieu et surtout, ils se sont montrés incapables d’utiliser le concept de ‘métabolisme social’ pour appréhender d'autres problèmes de rupture des cycles et de pression sur les ressources, notamment dans le domaine clé de l'énergie. Faute d'être utilisé pour relever de nouveaux défis, le concept marxien de « métabolisme Humanité-nature » est tombé dans l’oubli, y compris pour les marxistes eux-mêmes, et ce alors que le développement capitaliste et la montée des préoccupations écologiques en rendaient la pertinence de plus en plus manifeste. Non seulement le stalinisme, mais l’ensemble des courants qui se réclament du marxisme portent peu ou prou la responsabilité de cette situation. Tous en subissent aussi les conséquences. Ce fait contribue notamment à expliquer qu'ils aient tous raté le rendez-vous avec la question environnementale, dans le dernier tiers du 20e siècle.
L'analyse qui est développée ici se distingue de celles d'autres auteurs qui se sont penchés sur les rapports entre Marx, le marxisme et l'écologie. D'une part, elle reconnaît la cohérence, la consistance et l'importance de l'apport marxiste au combat environnemental, mais ne se satisfait pas de la thèse d'un Marx écologiste que ses émules auraient mal compris parce qu’ils avaient tourné le dos aux sciences naturelles. D'autre part, elle juge insuffisant de considérer que des prises de position antagoniques - tantôt productivistes, tantôt écologistes avant la lettre - pourraient n’être rien d’autre que l’expression d’une pensée en recherche, ouverte sur différentes pistes. En identifiant chez Marx une erreur majeure, circonscrite mais aux implications globales, présente systématiquement dans toute l’oeuvre, on fournit une clé pour comprendre comment un certain nombre de formulations irréconciliables ont pu se développer de l'intérieur même de sa théorie, chez lui et plus encore chez ses successeurs, et ce en dépit du fait que cette théorie est essentiellement aux antipodes du productivisme. La critique écologique de Marx s'en trouve à la fois approfondie et resserrée.
En conclusion, l'importance du concept de »système énergétique » est soulignée. Il en ressort que la mise en évidence du caractère de classe du système énergétique capitaliste constitue une condition sine qua non pour que les marxistes s'insèrent de plain pied dans la lutte environnementale en général, et climatique en particulier, en y apportant leur capacité de formuler des propositions globales, ouvrant la voie vers une alternative de société.

***
I
La tragédie de l’appropriation des communs

La lente décomposition du féodalisme est appréhendée par Marx et Engels comme un processus d’appropriation par la classe dominante des ressources naturelles utilisées collectivement par les populations rurales. Dans ce mouvement général d'accaparement, une place particulière mérite d'être réservée à l’appropriation du bois-énergie, car elle balise le chemin vers l'appropriation capitaliste de la houille lors de la Révolution industrielle, et des autres énergies fossiles par la suite. On ne s’étendra pas ici sur l’important problème social posé par la privatisation des forêts: au cours de la 'Guerre des Demoiselles' dans l’Ariège, jusqu’à 1500 insurgés menèrent pendant vingt ans une guérilla contre les charbonniers et contre le Code forestier de 1827 – qui interdisait le glanage du bois mort, les coupes, le pâturage, la chasse, la pêche et la cueillette; en Prusse, vers 1840, les condamnations pour vol de bois représentaient plus de 80% des affaires criminelles jugées par les tribunaux. L'intérêt du jeune Marx pour ces questions est bien connu de ses partisans et vient opportunément d’être remis en perspective par Daniel Bensaïd1.
Moins connu est le fait que les expropriateurs ont toujours prétendu agir pour protéger la ressource. Cette prétention écologique est magistralement mise en scène par Balzac dans son roman 'Les Paysans', où de pauvres brutes incultes vont jusqu'au crime pour pouvoir continuer à piller la forêt. Dans la même veine, Jared Diamond, dans Collapse, son nouveau best-seller, juge bon de rendre hommage aux hobereaux allemands du 16e siècle qui s'enorgueillissaient d’avoir sauvé les bois en imposant leur droit de propriété par la force, lors de la 'Guerre des paysans'2. Toute une littérature propage le mythe que le bien commun serait synonyme de pillage écologique, tandis que le 'despotisme environnemental éclairé' des propriétaires garantirait une gestion soutenable des ressources. Cette thèse a-historique a même été hissée au rang de vérité scientifique par Garrett Hardin dans une publication qui a rencontré tant d’écho que son titre – 'La tragédie des communs' - fait désormais office d'expression consacrée dans le jargon de nombreux environnementalistes3. Et les enjeux sont loin d’être purement académiques. La soi-disant 'tragédie' de Hardin sous-tend par exemple les tentatives idéologiques d’imputer la destruction de la forêt tropicale aux communautés indigènes pratiquant la culture collective sur abattis-brûlis, et ce en dépit des évidences de terrain, qui accusent en premier lieu la course au profit des multinationales et la corruption4. Par ailleurs, le dogme de la supériorité de la propriété privée capitaliste du point de vue de la durabilité imprime sa marque dans toute une série de domaines environnementaux qui vont de l'appropriation de l'eau à celle de l'air, en passant par le brevetage du vivant.
C'est un fait que le pâturage des troupeaux en forêt, au Moyen-Age, a pu causer de sérieux dégâts environnementaux (formation de landes à podzol, notamment). La prétention écologique des propriétaires et de leurs thuriféraires s’appuie sur des éléments de ce genre. Pourtant, l'appropriation des forêts eut des conséquences au moins aussi sévères, et à bien plus large échelle: recul du taillis sous futaie, monocultures exploitées par coupe à blanc, déforestation galopante puis plantation massive de résineux contribuèrent à la dégradation des sols, à l'ensablement des voies navigables, à l'acidification des eaux et au déclin de la biodiversité. Les plus grandes causes de destruction furent le prélèvement de grumes pour la construction navale, puis la production de charbon de bois pour l'industrie naissante. Le pillage populaire aveugle des forêts et de leurs produits eut un impact également, mais ce phénomène ne peut pas être appréhendé indépendamment de la pauvreté, de la généralisation des relations marchandes et de la dissolution des liens communautaires traditionnels (qui englobent les rapports avec l’environnement). L’un dans l’autre, l'ampleur des destructions fut telle que le pouvoir politique dut prendre des mesures, mais la sauvegarde de la ressource servit alors de prétexte pour accentuer l'appropriation et réduire encore plus les droits communaux.
La perte des communs, pour paraphraser Hardin, fut à coup sûr une ‘tragédie’ pour les masses populaires, et c’est la raison pourquoi cette longue histoire est jalonnée de nombreuses luttes sociales. Les fondateurs du marxisme se sont penchés plus particulièrement sur une des plus fameuses d’entre elles : la 'Guerre des Paysans', en Allemagne, à laquelle Engels consacra un ouvrage devenu classique. Or, il est à noter que les insurgés de 1525, dans leur cahier de revendications, reconnaissaient la nécessité d'empêcher le pillage des forêts par les populations, démasquaient les prétentions écologiques de la noblesse et proposaient une alternative qui garde un petit parfum d'écologie populaire: l'élection d'une commission chargée de protéger la ressource. Le cinquième point de leur charte dit en effet ceci: 'Nos seigneurs se sont appropriés tous les bois, et si l’homme pauvre a besoin de quelque chose, il faut qu’il l’achète pour un prix double. Notre avis est que tous les bois que des ecclésiastiques ou des laïques possèdent sans les avoir achetés doivent redevenir la propriété de la commune entière, et qu’il doit être à peu près libre à quiconque de la commune (…) d’y prendre du bois sans le payer. Il doit seulement en instruire une commission élue à cette fin par la commune : par là sera empêchée l’exploitation'5
Il est probable que Marx et Engels connaissaient ce texte remarquable, mais ils ne le citent pas. D’une manière générale, ils ne semblent pas avoir mis particulièrement en évidence la dimension 'protection des ressources' qui est présente dans les conflits sociaux autour des produits de la forêt. Ils ne paraissent pas davantage avoir répondu explicitement à l’argument écologique des expropriateurs. Toutefois, leur dénonciation des destructions causées par la gestion forestière bourgeoise peut être considérée comme une réponse indirecte. Il faut notamment relever que, pour Marx, le rapport capitaliste d’exploitation est totalement inapproprié à un secteur tel que la forêt, où le 'travail de la nature' représente la plus grande partie d'un processus productif dont la longueur s'accommode mal de la course au profit à court terme. Nous ne nous attarderons pas davantage sur ce point : ce qui a été dit suffit à conclure que la critique marxiste de l'appropriation des ressources est « écologiquement très correcte ». Les choses changent avec l'analyse de la Révolution industrielle. En cette matière, la relecture de Marx d'un point de vue environnemental débouche sur une appréciation beaucoup plus contrastée.

***


II.
La théorie marxiste de la rente : une richesse écologique méconnue

Chacun sait que la Révolution industrielle, sur le plan énergétique, se caractérise essentiellement par le passage aux combustibles fossiles, sans lesquels elle n’aurait tout simplement pas été possible. Or, si l'on considère ce passage sous l’angle de son impact environnemental, on constate que l’analyse marxienne présente à la fois un point fort gravement sous-estimé, voire ignoré (y compris par des marxistes) – la théorie de la rente - et une erreur qui, parce qu’elle n’a pas été corrigée, a pesé et pèse encore très lourdement sur la relation entre marxisme et écologie: la non prise en compte de la différence qualitative entre flux et stock énergétiques. On traitera successivement les deux aspects.
Du point de vue social, l’appropriation des gisements de houille était dans le droit fil de celui des forêts. Par conséquent, Marx et Engels étendirent sans difficulté la théorie de la rente foncière au cas particulier de la rente minière. L'idée que les auteurs du Manifeste Communiste n'avaient aucune conscience des limites naturelles étant fort répandue, il convient d'insister sur le fait que leur théorie de la rente et leur explication de la formation du capitalisme sont bâties en réalité sur le constat de la finitude des ressources terrestres. Marx l’écrit très clairement dans Le Capital : le caractère limité du sol (et des richesses du sous-sol) est la condition sine qua non de son appropriation, donc aussi de son 'enclosure', de l'expulsion des habitants et de la formation d'une classe de gens sans feu ni lieu, séparés de leurs moyens de production, obligés de vendre leur force de travail: le prolétariat. De plus, c’est parce qu’elle contrôle la totalité d'une ressource finie (la terre cultivable) que la classe des propriétaires fonciers peut imposer ses conditions au reste de la classe dominante et à la société en général : prélever un surprofit en vendant ses produits à la valeur déterminée par leur production sur les plus mauvaises terres (ou par leur extraction dans les mines les moins productives)6 – autrement dit les soustraire à la péréquation générale du taux de profit - et pérenniser ce surprofit sous forme de rente.
Certains ont décrit cette théorie comme une curiosité un peu obsolète: 'La question de la rente foncière occupe une grande place dans l'oeuvre de Marx parce qu'elle est importante dans les sociétés de son temps', écrit par exemple Claude Gindin7. D’autres, comme JP Deléage, ont déploré que Marx, en se focalisant sur cette question, ait envisagé 'le rapport société/nature dans le cadre d’une théorie purement économique'.8 Ces deux affirmations passent à côté de l'essentiel. D’une part, on constate aisément que la rente foncière capitaliste n'a pas disparu9. D’autre part, loin d’être purement économique, la théorie marxiste de la rente fournit la clé pour appréhender le mode particulier d’intensification capitaliste de la production agricole et minière, qui est une des manifestations majeure de la dynamique écodestructrice de ce mode de production10. Le mécanisme est simple et parfaitement décrit par Marx : puisque tout investissement en capital sur une surface de sol donnée (machines, engrais, pesticides,... OGM, etc.) grossit le surprofit transformé en rente, l’agrobusiness pousse la mécanisation et accroît la quantité d’intrants à l’hectare. La même chose vaut, mutatis mutandis, pour l’industrie extractive : c'est la course à la rente qui presse le capital minier d'accroître le gigantisme des installations, la productivité des technologies extractives, la profondeur des puits et des forages, etc.
La théorie de la rente n'est pas tombée complètement dans l'oubli. Certains marxistes parmi les plus créatifs de la seconde moitié du 20e siècle se sont ainsi concentrés sur la rente technologique dans l'industrie, en liaison notamment avec l'analyse des ondes longues du capitalisme.11 Mais l'intérêt pour la rente foncière ou minière s'est émoussé. Cette tendance s'est prolongée, à tel point qu'aujourd'hui bien des personnes se réclamant du marxisme ignorent quasiment tout des travaux de Marx sur ces questions, ou pensent comme Claude Gindin qu'ils n'ont plus guère d'actualité. Il semble donc utile d'ouvrir une parenthèse pour montrer concrètement que le chantier entamé par Marx reste fécond, notamment dans des domaines relevant de la politique environnementale, ou du débat théorique sur les relations humanité/nature. On prendra deux exemples : le poids de la rente pétrolière dans la riposte aux changements climatiques, d’une part, et la controverse sur la mise en formule de l’impact environnemental du genre humain, d’autre part.

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