A grégation de sciences économiques et sociales





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agrégation de sciences économiques et sociales

préparations ENS 2003-2004
Les réseaux sociaux



Social Networks (Barnes, 1972)

Fiche de lecture réalisée par Alexis Trémoulinas (ENS Ulm)

BARNES John A. (1972), « Social Networks », An Addison-Wesley Module in Anthropology, Module 26, pp. 1-29
L’intérêt de cet article est double :

  • d’abord, il situe la perspective de Barnes quant au réseau, perspective originale qui se distingue à la fois de son travail initial sur Bremnes (dans la mesure où le réseau est désormais défini positivement par une série de mesures mathématiques et de concepts aujourd’hui à la base de l’analyse structurale) et de cette même tradition structurale (dans le mesure où Barnes considère le réseau comme un outil parmi d’autres, difficilement exploitable pour un programme de recherche même si les limtes du concept ne sont pas encore atteintes),

  • ensuite, à l’appui de cette thèse selon laquelle le réseau ne saurait constituer la panacée pour l’analyse de la vie sociale, Barnes propose une revue de littérature sur le sujet pour les années 60 et 70 et montre bien, à travers la multiplicité des exemples développés, que le réseau peut rendre compte d’une diversité sociale incroyable mais que cette dispersion affaiblit ses vertus heuristiques.


Nous reprendrons la structure du texte de Barnes, à savoir :

  1. une longue introduction qui fait de Radcliffe-Brown le fondateur de cette analyse ;

  2. un premier chapitre qui énumère les concepts pertinents (taille du réseau, chemins, zones, etc) ;

  3. une classification des relations ;

  4. une approche spatio-temporelle du réseau ;

  5. le rôle de la parenté pour le réseau ;

  6. les unités d’analyse ;

  7. enfin une conclusion portant sur le problème de production des données pouvant être utilisées pour une analyse de réseau.



1. Introduction


Malgré la diversité des études (et des objets étudiés), il n’y a pas encore de théorie des réseaux sociaux établie et peut-être n’y en aura-t-il jamais. Et ce parce que coexistent irrémédiablement un usage métaphorique et un usage analytique du concept. Pour y remédier, Barnes assume une certaine orientation, dérivée de son maître Radcliffe-Brown, selon laquelle c’est la société dans son entier qu’il faut analyser en terme de réseau, et une société (ou un groupe social) où tous les individus sont en contact les uns avec les autres. Il s’inspire également de Bott pour comprendre avec le réseau non seulement les relations inter-groupes mais aussi les relations intra-groupe (« the internal functionning of a group is affected not only by its relationships with the people and organizations of its environment, but also by the relationships among those people and organizations », Bott, 1971). En s’inspirant donc de Radcliffe-Brown, mais aussi de Bott, Nadel et Mitchell, Barnes pose l’importance d’étudier un réseau total et critique au passage vertement les études partielles de réseaux partiels (allusion aux sociétés secrètes et petite pique à Simmel). C’est aussi l’occasion de critiquer la mathématisation excessive de l’analyse de réseaux par importation et adaptation irréfléchies de la théorie des graphes ; l’offre d’outils mathématiques dépasse désormais largement celle de données à étudier et quelques études de réseau confinent davantage à l’étude de propriétés mathématiques qu’elles n’apportent à la compréhension sociologique. Barnes ne jette que l’eau et garde le bébé : par exemple, il montre en quoi l’étude d’un réseau total passe nécessairement par des graphes orientés ; de même il propose quelques notions de base, aujourd’hui au fondement de l’analyse structurale (II).

2. Concepts pertinents

Taille du réseau


Barnes distingue trois tailles de réseau :

  • les petits réseaux de 5 à 10 membres auxquels on peut appliquer une analyse de réseau comme un tout (étude de toutes les relations, de leur contenu, etc),

  • les réseaux intermédiaires de 10 à 40 membres (avec 20 personnes, il y a 380 liens possibles) pour lesquels les méthodes précédentes ne sauraient s’appliquer ; l’exemple à suivre serait l’étude de Kapferer (1971) sur un réseau de 23 personnes,

  • une catégorie non nommée de 40 à 80 membres, idéale pour les sociogrammes,

  • les grands réseaux (plus de 80 personnes), pour lesquels il existe trois solutions : se confiner à l’étude d’une partie du réseau, s’intéresser à la longueur des chemins reiant les individus les uns aux autres, prendre un échantillon en espérant qu’il soit représentatif pour en inférer des propriétés générales sur le réseau en question.

Réseau proche, réseau éloigné


A partir des réseaux de taille intermédiaire et au-delà, Barnes milite pour l’étude de réseaux égocentrés ne prenant en compte que les liens directs d’Ego avec son environnement.

Chemins


Intérêt des chemins pour relier Ego à des contacts éloignés. Barnes avance l’intuition future de Granovetter sur la force des liens faibles : les chemins reliant Ego à des « higher-order contacts » (par opposition au « first-order contacts » du réseau proche) sont plus efficaces. Exemple : Lee (1969) s’intéresse à la transmission d’information concernant l’IVG. Les femmes ne s’adressent ni à des inconnu(e)s ni à des personnes trop proches (parents, collègues) : ce sont les petits copains ou maris, les confidentes et les médecins qui ont leur préférence et qui les mettent efficacement en contact avec un avorteur.

Zones


Barnes propose une discussion des quatre mesures proposées par Kapferer (1971) : multiplexité et uniplexité, densité, « span » (quelle proportion les liens des 23 hommes occupe-t-ils dans leur zone totale commune ?). Il propose alors le concept d’accessibilité (sans tenir compte de la distance), de frontière (cette notion n’est pertinente que pour les réseaux partiels) et reprend la distinction d’Epstein (1961/71) entre réseau proche et réseau étendu.

3. Classification des relations


On peut classer les liens en trois espèces selon leur nature :

  • nature des attitudes vis-à-vis d’une autre personne (enquêtes sociométriques),

  • nature des rôles (analyse des situations sociales concrètes car l’amitié demandée ou revendiquée peut ne pas être réciproque) : amitié, parenté ; idée que les réseaux génèrent des normes autonomes et que la multiplexité des liens peut être affectée par l’interaction concrète entre rôles multiples,

  • nature transactionnelle (échange d’information, contact familial).

Comme le rappelle Barnes, attitudes, rôles et transactions peuvent être étudiés indépendamment du concept de réseau ; ce dernier permet cependant de discriminer entre liens actifs et liens dormants donc entre attitudes, rôles et transactions activées par la structure même du réseau par opposition à ceux inactifs du fait de ce même réseau.

4. Réseau, temps et espace


Transition : la fréquence des transactions et la stabilité des rôles expliquent la persistence du réseau au cours du temps. Pour l’espace, recours aux analyses connues de Bott sur le déménagement comme rupture de liens avec la famille et donc désorganisation de l’économie domestique ouvrière (d’où la plus grande fusion des rôles). Au contraire, Bell (1969) qui étudie les classes moyennes au Pays de Galles montre que la distance géographique est moins importante pour les contacts et aides entre parents et enfants que la phase dans laquelle se situe le couple des enfants.

5. Réseau et parenté


La parenté semble être le parangon de réseau dans la mesure où tout le monde en dispose d’une. Nécessité de distinguer les liens de parenté effectifs des non-effectifs. La parenté est très souvent susceptible de former un réseau partiel dense à l’intérieur d’un réseau plus total. L’avantage de la parenté pour l’étude de réseau est qu’Ego est vraiment le centre de ce réseau partiel de sa parenté, qui forme une zone avec une frontière marquée.

6. Unités d’analyse


La principale unité d’analyse : non pas l’individu mais le couple marié. Barnes reprend le travail de Bott (Family and Social Network, 1957). Il pointe une confusion dans le travail de sa collègue dans la mesure où, par endroits, elle confond pour unité d’analyse les couples mariés et les seules épouses. Barnes montre que s’intéresser aux liens entre couples mariés diminue la qualité de l’étude du lien entre individus et réciproquement. Barnes propose de distinguer le mari de sa femme et d’étudier leurs connaissances respectives.

Barnes poursuit sa revue de littérature et rappelle que d’autres unités que l’individu ou le ménage sont utilisées dans l’analyse de réseaux : les villes (Hallpike, 1970) ou les CSP dans le cas d’une étude réticulaire de mobilité sociale (Beshers et Laumann, 1967).

7. Production des données


Trois types de méthode peuvent conduire à produire des données utilisables pour l’annalyse de réseau : l’entretien, le questionnaire, l’observation.

Deux problèmes se posent :

  • Ego renseigne mal sur les liens d’Alter (typiquement le mari ne connaît pas tous les liens et surtout tous les liens effectifs et investis de sa femme),

  • Les données produites sont en nombre insuffisant.


Barnes conclut sur la fertilité du concept de réseau qui n’a pas selon lui atteint ses limites mais qui ne pourra constituer un paradigme (cf intro). Deux raisons à cette fertilité :

  • le peu de données produites combinées à une grande dispersion des travaux,

  • les pressions, les intérêts et les modes de calcul ne préexistent pas au réseau ; l’agent ne vient pas du dehors avec ces trois attributs, il les acquiert et les développe au sein du réseau ; d’où la compatibilité du réseau avec n’importe quelle théorie (structuralisme, choix rationnel).

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