L'homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont en mesure de leur être





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L'embryon: cet inconnu *

Par René Frydman.
L'homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont en mesure de leur être.

Pour celles qui ne sont point, mesure de leur non-être.

Protagoras, in, Platon, le Théétète
I.Les divergences d'idées selon la religion, la société à laquelle nous appartenons

Pour les religions, l'embryon est un "presque tout": il ne peut être sacrifié que par l'être supérieur; Dieu. Ainsi, interrompre volontairement une grossesse est un acte condamnable. Pour d'autres, l'embryon est un "presque rien", en fait, il oscille entre les deux, comme le dit Daniel Sibony, c'est un "entre deux".

Toutes les religions n'ont pas le même regard sur l'embryon; les protestants refusent de sacraliser l'embryon, preferant insister sur la santé de la femme et les droits de l'enfant à naitre ou déja né. Ils n'admettent cependant pas l'intervention humaine lors de la grossesse.

Le judaisme préfère également centrer sa reflexion sur l'homme réel et non sur l'embryon, qui est considéré comme un être virtuel: en cas de problemes liés à la grossesse, tout doit être fait pour sauver la femme, et non l'embryon.

La société française, bien que laique, est influencé par les idées catholiques, nous sommes influencé par "l'état d'esprit catholique", nous attendons une loie venue d'en haut qui nous preciserait ce qui est légitime et ce qu'il ne l'est pas: nous n'écoutons pas notre conscience.
II.Les difficultés rencontrées pour définir l'embryon

Suivant cette influence catholique, le CCNE (comité consultatif nation d'éthique) a nommé l'embryon "personne potentielle", ainsi, le statut de l'embryon ("chose" ou "personne") n'est pas réellement défini. Cependant, le statut de "personne" est plus manifiée. Parler de "potentialité de personne" aurait été plus judicieux.

La justice a établi des lois qui s'appliquent a l'embryon, mais il n'a pas un statut en "droit", le statut de l'embryon est "indécidable".

Cependant, divers éléments suggèrent que l'embryon n'est pas une personne: par exemple, le fait que jusqu'au 14eme jour, l'embryon peut se scinder et donner naissance à des jumeaux, il y aussi le phénomène des fausses couches, qui concernent une personne sur trois: comment Dieu peut-il sacrifier autant d'embryons, si ces embryons sont des personnes?
III.Le statut de l'embryon dépend de l'avenir qui lui est réservé

Pour le judaisme, l'Islam et le christianisme du Moyen-Age, l'embryon était doté d'une âme à partir du 40ème jour, la modernité donne en fait un supplément d'âme à l'embryon (certains considerent que l'embryon constitue une personne dès la jonction de deux patrimoines génétiques).

Le nature est une condition peut-être nécessaire mais en tous cas pas suffisante pour fonder l'éthique: un embryon (une "potentialité de personne") est un amas de cellules, c'est un avenir conditionel: il faut que la nature l'autorise à vivre et que le désir parental le porte vers l'humanité. Sans projet parental et sans avenir, l'embryon n'est rien: l'idée d'embryon varie de "personne" à "ne pas etre personne" selon le projet d'avenir qu'ont ses parents envers lui.

En fait, la question du statut de l'embryon n'a aucune réponse évidente, la seule évidence à son sujet est qu'il est de l'ordre de l'être et non de la possession, ainsi il ne peut etre commercialisé.

La sacralisation de l'embryon relève d'un pensée magique, archaique, et non d'une métaphysique. Pour mieux respecter l'embryon, il ne faut pas le cataloguer, mais au contraire lui laisser sa part d'inconnu.
*Le titre, "l'embryon, cet inconnu" est une paraphrase de l'ouvrage de Alexis Carrel (prix nobel de physiologie et de médecine) : "l'Homme, cet inconnu", dans lequel il plaide pour l'eugénisme (volonté d'améliorer l'espece humaine), alignant les certitudes, les

préjugés et les contre-vérités sur la nature l'humanité. Cet paraphrase est donc paradoxal.

autres conférences intéressantes a consulter sur le site l'université de tous les savoirs (www.canal-u.fr)
L'intelligence de l'homme

Sommes-nous responsables de nos croyances?

Adieu à l'esthétique

Que reste-t-il du paradis?

Qu'est ce que le style?

Conférences à Rennes

12 Décembre (18h30, à l'IEP de Rennes)

La Chine et la démocratie

avec Pierre-Étienne Will, professeur au Collège de France
13 Décembre (20h30, Les Champs Libres)

Champs Contre Champs : temps de la nature et temps du terme de la vie.

Marcel Louis Viallard partage sa vie avec ceux dont le temps est compté, qui goûtent souvent chaque seconde comme la dernière. Gilles Clément connaît le temps imprédictible et insoumis du végétal, temps qu'il décrit comme un jardin où voir pousser l'éternité. Vie en sursis, renaissance perpétuelle de la vie avec le cycle des saisons : deux perceptions différentes du temps tout en profondeur que nous font partager ces deux hommes de terrain philosophes.

14 Décembre (18h30, à l'Espace Ouest-France de Rennes)

"La Roumanie d'hier, d'aujourd'hui et de demain"

Conférence par Virgil Tanase. Ecrivain, journaliste et metteur en scène, il a été opposant déclaré au régime Ceausescu. En 82, il s'est trouvé au coeur d'une affaire où les Services Secrets Français ont évité son assassinat. Parmi ses nombreuses activités, il a été le directeur de l'Institut Culturel Roumain pendant 8 ans avant d'être ministre conseiller au Ministère des Affaires Etrangères roumain.

Inscriptions : solidarite.35.roumanie@wanadoo.fr ou 02 99 14 39 47
17 Décembre (18h30 à l'université de Rennes 2)

Pierre Mendès-France : le rêve inabouti des Lumières

par Éric Roussel, historien
7 Janvier (18h30, université de Rennes 2)

Le saint chez le sultan. La rencontre de Saint-François d’Assise et de l’Islam, huit siècles d’interprétation

avec John Tolan, pr. d’histoire médiévale

DU CONTRAT SOCIAL

Publié en 1762, Du Contrat social, écrit par Jean-Jacques Rousseau, est un traité politique qui étudie les fondements permettant l'association politique idéale. L'auteur systématise ici les bases politiques énoncées dans son oeuvre précédente, Discours sur l'origine et les fondements de l'Inégalité parmi les hommes.

Pour Rousseau, l'idéal serait d'établir une forme d'association qui défende et protège les personnes et les biens de chaque membre et qui dans le même temps grantisse les libertés de chacun.

Du Contrat social s’organise en quatre livres; les deux premiers traitant de la souveraineté et les deux derniers du gouvernement.
"L’ordre social est un droit sacré qui sert de base à tous les autres." Rousseau


LIVRE PREMIER
Rousseau énonce tout d'abord les bases d'un ordre social légitime et sûr.

Qu'est-ce qui peut rendre l'autorité politique légitime, étant donné que les hommes naissent libres et égaux?

Ce ne sont ni l'autorité paternelle, ni Dieu, ni la force, seule une convention fondamentale peut légitimer l'autorité publique. Elle suppose un engagement mutuel et des obligations réciproques entre chaque souscripteur. Il en résulte ainsi que seule la volonté générale peut exercer la souveraineté et que la loi qui est l'unique pouvoir souverain en est l'expression directe. Par le contrat social, il n'y a aucune soumission. L’engagement est égal pour tous et personne ne conserve aucun droit spécifique. Cette égalité garantit donc la liberté. Chaque individu est à la fois citoyen, en tant qu’il participe à l’autorité souveraine, et sujet en tant qu’il est soumis aux lois.

Par le contrat social, l'homme naturel abandonne sa liberté primitive: il n'agit plus égoïstement en vue de son intérêt, mais il agit désormais en vue de l'intérêt public.


LIVRE SECOND
La souveraineté
Des principes dégagés au livre premier, il s’ensuit que seule la volonté générale peut diriger l’Etat . Mais la volonté générale ne se confond pas avec la volonté de tous, qui n’est que la somme des volontés de chacun orientées vers l’intérêt privé. La volonté générale, qui veut le bien de l’ensemble, ne peut se tromper, puisqu’elle est l’expression de l’intérêt commun. L’exercice de la volonté générale, c'est-à-dire la souveraineté, possède trois caractères :


  • elle est inaliénable




  • elle est indivisible (la volonté ne saurait se diviser)




  • elle a des bornes (non pas extérieures à elle-même car la volonté générale est absolue, puisqu’elle peut tout ce qu’elle veut, même dissoudre le pacte social, mais elle est limitée dans la mesure où elle ne peut statuer que pour l’ensemble, jamais sur des cas particuliers)


Un acte de souveraineté n’est donc pas une convention du supérieur avec l’inférieur, mais une convention du corps avec chacun de ses membres.

Tant que les sujets ne sont soumis qu’à de telles conventions, ils n’obéissent à personne, mais seulement à leur propre volonté, leur liberté est donc respectée.

La loi
Qu’est ce qui donne au corps politique son mouvement et sa volonté ?

La loi, qui est l'acte public de la volonté générale, est nécessairement juste, nul n’étant injuste envers lui-même, et être libre consiste en lui obéir, puisqu’elle est l’expression de notre volonté.

Ainsi, selon la formule du contrat, chacun, s’unissant à tous, se trouve lié aux autres, sans être assujetti à personne.

Les lois sont de trois sortes : politiques ou fondamentales (c'est-à-dire constitutionnelles), civiles (elles régissent les rapports entre les particuliers ou entre ceux-ci et le corps entier), criminelles (qui sanctionnent la désobéissance).

Certes, le peuple souverain doit en être l’auteur, mais comment des hommes, si nombreux, pourraient-ils édifier un système de législation ?

C’est le rôle assigné au législateur. Celui-ci est, selon Rousseau, une sorte de prophète qui assure le passage des principes abstraits aux réalités concrètes. Il n'est là que pour suggérer la meilleure législation possible mais une fois sa tâche accomplie, il n'exerce aucun pouvoir. Seule la volonté générale peut décider de transformer ces propositions en lois. Un système de législation doit faire régner à la fois la liberté et l’égalité, sans la seconde, la première ne subsisterait pas longtemps.
LIVRE TROISIEME
Les formes de gouvernement
Dans le corps politique, la volonté générale est l’apanage du souverain et le gouvernement, intermédiaire entre le souverain et les sujets, assure l’exécutif. Tout empiétement du gouvernement sur le souverain ou du souverain sur le gouvernement constitue une violation du pacte social.

Il n’est donc pas question de séparation des pouvoirs, mais de délégation de l’exécutif, et le gouvernement ne saurait, en aucun cas, se substituer au souverain.

Selon Rousseau, il n’y a pas de forme idéale de gouvernement : la démocratie convient mieux aux Etats petits et pauvres, l’aristocratie aux Etats de plus grande taille et la monarchie aux nations nombreuses et opulentes.

Que le gouvernement désigné soit démocratique, aristocratique ou monarchique, il est seulement "une forme provisionnelle que le peuple donne à l’administration, jusqu’à ce qu’il lui plaise d’en ordonner autrement."


LIVRE QUATRIEME

Tant que, dans un petit Etat, les hommes se considèrent comme faisant partie d’un même tout, la volonté générale n’a pas de mal à s’exprimer. Mais quand le lien social commence à se relâcher, l’unanimité ne règne plus et les intérêts particuliers se manifestent. Dans ce cas, la majorité suffit pour adopter les décisions, dans la mesure où elle est considérée comme exprimant la volonté générale.Mais si les votes de la majorité ne traduisaient plus la volonté générale?

Ce serait alors le signe que l’Etat est sur son déclin et la liberté compromise. Logiquement, plus la décision à prendre est grave, plus il est souhaitable que les suffrages approchent de l’unanimité ; cependant, une faible majorité peut suffire puisqu’il faut avant tout faire face aux nécessités.

L'Utopie

Thomas MORE

Parue en 1516, l'Utopie, oeuvre de Thomas More, se divise en deux Livres offrant d'abord le tableau d'une société à la violence et l'injustice révoltantes, puis celui d'une république exemplaire : Utopie. Ce cri aux résonances si modernes décrit les principes d'une cité égalitaire, principes qui seront repris plus tard par des idéologies telles que le marxisme.

Thomas MORE, grande figure de l'humanisme européen (1478 – 1535)
Thomas More, grand ami d'Erasme, est le plus illustre représentant britannique de l'humanisme.

Après des études de droit à l'université d'Oxford, il démarre une brillante carrière politique sous le règne d'Henri VIII et parallèlement, entame l'écriture de son œuvre majeure : Utopia, publiée en 1516 en Flandre. En 1529, More est nommé au plus haut poste de l'état, chancelier du Royaume, charge qu'il quittera en 1532 après son opposition au schisme entre église anglicane (sous la direction d'Henri VIII) et église catholique. Jugé coupable de haute trahison, il est décapité en 1535

En 1516, parution de l'Utopie : littéralement, le « lieu qui n'est nulle part »
L'Utopie se présente comme un dialogue entre Thomas More et Raphael Hythlodée, un navigateur et explorateur de nombreux pays. Dans le Premier Livre, à travers les propos d'Hythlodée, More fait une critique acerbe de la Grande Bretagne et de son système économique, juridique et politique. Le Second Livre est constitué d'un monologue d'Hythlodée, par lequel il décrit et explique les institutions de l'île d'Utopie, qui lui semble être le modèle d'une société égalitaire et juste.
D'abord, dans le Premier Livre, More dénonce les ravages sociaux du XVIème siècle causés par les nobles et le pouvoir. En effet, ceux-ci, stimulés par le développement de l'industrie lainière, remplacent les terres cultivées par d'immenses pâturages pour les moutons, mettant ainsi au chômage les paysans (qui composent l'essentiel de la société à l’époque). Cette classe pauvre est contrainte au vol voire au meurtre pour se nourrir et survivre, d'où la forte délinquance de cette époque et les nombreuses exécutions. More rejette ainsi l'irruption de la société capitaliste dans le monde rural traditionnel et la non-assistance aux démunis.
A l'inverse, la société est radicalement différente en Utopie. D'abord car son principe fondateur garantit l'égalité entre tous. En effet, More décrit une cité où la propriété privée est abolie et où tous les biens sont mis en commun. L'économie utopienne repose sur la propriété collective des moyens de production et sur l'absence d'échanges marchands. Donc, l'or et les pierres précieuses n'ont aucune valeur en Utopie ; il n'y a pas de monnaie. Tous les citoyens travaillent 6h par jour dans l'agriculture : ainsi, la production est surabondante et est redistribuée équitablement entre les citoyens dans une large proportion. Par l'abondance, on réfrène le capitalisme et l'accumulation des biens : en effet, pourquoi accumuler de la nourriture par exemple, quand on sait qu'on ne manquera jamais de rien ? La propriété collective s'applique aussi dans les domaines de l'habitat : par exemple, les utopiens échangent leurs maisons tous les dix ans.

Chaque citoyen jouit des mêmes privilèges et peut briguer un des hauts postes de l'état utopien : magistrat (phylarques, protophilarques), prince, intellectuel, prêtre... En effet, Utopie applique un système démocratique où chaque communauté élit ses représentants, qui ensuite élisent le prince, selon l'aptitude et non pas la richesse ou notoriété. Ce principe d'élection par le peuple et de renouvellement fréquent des élites contribue à la liberté collective, puisque aucun régime autoritaire ne peut s'établir.

Sur le point de vue juridique et pénal, contrairement à la Grande-Bretagne, la peine de mort n'est appliquée qu'en dernier recours : l'Utopie applique un principe d'utilité des condamnés, c'est à dire qu'ils participent aux travaux collectifs les plus pénibles et conservent une relative liberté. Cependant, en cas de récidive, le coupable est exécuté.

Les utopiens, relativement libres du point de vue religieux, font l'éloge de la volupté et définissent la vertu comme « vivre selon la nature ». Ainsi, la morale utopienne définie par More se rapproche de la morale épicurienne et stoïcienne, dans le sens où le peuple veille à la satisfaction de plaisirs n'engendrant pas de douleurs. More insiste surtout sur la sagesse philosophique, le caractère et les mœurs heureuses des habitants d'Utopie. Sur le plan religieux, les utopiens ont une grande diversité de cultes qui se rejoignent dans la croyance en une même divinité, une sorte de Dieu, symbole de la nature et de sa bonté. Ils croient en une survie de l'âme après la mort et à un jugement dernier qui punira une vie de péchés et valorisera une vie de vertu. Ainsi, les utopiens ne craignent pas la mort.

Alors, certes, la société utopique paraît un modèle parfaitement égalitaire, dont la mise en œuvre semble indispensable. Mais More rappelle bien que l'Utopie reste un idéal inaccessible : « je confesse aisément, écrit-il, qu’il y a chez les Utopiens une foule de choses que je souhaite voir établies dans nos cités. Je le souhaite plus que je l’espère ».Par ces mots, il exprime plutôt son désespoir qu'une quelconque espérance, même maigre. C’est sans doute par une révolution avant tout morale et individuelle qu’il conçoit l’avènement d’une politique plus juste et plus humaine. Ainsi, c'est de l'extérieur que l'Utopie agit sur la politique, de cette extériorité radicale qu'exprime son « nulle part ».

Postérité de l'œuvre
L'Utopie a été une grande source d'inspiration depuis sa publication, malgré le fait que More soit sceptique quand à la faisabilité d'une telle réforme. Le terme utopie sera repris au XIXe siècle par les grands courants socialistes qui voit avec la collectivisation des moyens de production le seul moyen d'échapper à la difficile condition ouvrière de la Révolution Industrielle, et de lutter contre la société capitaliste inégalitaire. Cependant, Marx distinguera socialisme utopique et socialisme scientifique, pour se démarquer d'un mouvement qui par sa dénomination prend le risque de rester éternellement inachevé.

Mais ces réutilisations politiques restent pour la plupart éloignées de l'intention réelle de More, qui était de dénoncer les abus de la société de son temps.
De plus, le mot utopie est maintenant entré dans le langage courant pour désigner un rêve impossible, un désir inaccessible, même si le caractère irrationnel d'une utopie n'est apparu qu'il y a peu.

L’ART BRUT L’art outsider et au-delà

John Maizels
« La vraie création ne se soucie pas d’être ou d’être pas de l’art », affirmait le peintre Jean Dubuffet, qui a inventé la notion d’art brut en 1945 et constitué la première collection d’œuvres désignées sous ce nom. Découvert dans les hôpitaux psychiatriques, puis dans les milieux spirites et le jardin secret d’originaux visionnaires, l’art brut est une forme d’expression plastique spontanée dont les auteurs sont dépourvus de formation artistique et oeuvrent poussés par un instinct obsessionnel.
La reconnaissance progressive de ce qu’on appelle « l’art des fous » est un des éléments les plus fascinants dans l’aventure de l’art autodidacte. Pendant les dernières décennies du XIXe siècle, alors que certains médecins élaboraient des théories sur la santé mentale et que l’on commençait à discourir à des méthodes plus humaines, quelques psychiatres éclairés comprirent l’importance de l’expression artistique de leurs patients. En 1864, le médecin italien Cesare Lombroso, l’un des premiers collectionneurs d’art psychotique, fit paraître Genio e Follia (L’homme de génie), texte dans lequel il se penche sur le lien ténu unissant le génie créateur et la folie. Mais, à peine reconnu comme de l’art, le travail des aliénés passait pour une forme d’expression inférieure à celle des artistes « véritables ». Cependant, dans les années 1920, le Dr Hans Prinzhorn (de la clinique psychiatrique d’Heildeberg) publia la première étude détaillée sur les productions artistiques des aliénés. Offrant une imagerie riche et troublante, l’ouvrage de Prinzhorn, Bildnerei der Geiseskranken (Expressions de la folie) soutenait que de telles œuvres éclairaient d’un jour nouveau le processus même de la création. Ses découvertes mirent en évidence que la créativité visuelle n’était pas seulement le fait d’une culture ou d’une éducation, mais constituait une caractéristique humaine indéniable, présente en chacun de nous depuis l’enfance. L’influence du livre de Prinzhorn fut immédiate et très étendue : les réalisations des aliénés étaient enfin reconnues comme des œuvres à part entière. On a même affirmé que beaucoup d’artistes de l’époque furent directement influencés par les objets de la collection de Prinzhorn. Mais les découvertes de Prinzhorn provoquèrent une toute autre réaction chez les nazis : la plupart des artistes cités dans le livre de Prinzhorn (Genzel, Bühler, Natterer, etc) devinrent les cibles d’un programme d’extermination.


Gebärender Christus (Christ enfantant), sculpture sur bois de Karl Genzel (p.18)
Il y a donc, au cas par cas, une grande définition dans les collections de l’art brut, art difficile à qualifier dans la mesure où il ne relève que de l’invention individuelle et n’est ni un mouvement ni un style. « L’art brut c’est l’art brut et tout le monde a très bien compris », dit encore Dubuffet en 1947. Les définitions s’affineront ensuite pour distinguer l’art brut surtout de tout ce avec quoi il ne faut pas le confondre. Ce n’est as l’art naïf, descriptif, extraverti et d’une maladresse esthétiquement conventionnelle. Mais l’art brut n’est pas non plus l’art des fous. Car l’art brut n’est qu’une infime partie de l’art des fous et les hôpitaux psychiatriques ne sont pas les seuls endroits où l’on trouve de l’art brut. Toute forme sauvage de création est pour Dubuffet, où qu’elle se trouve, de l’art brut qu’il oppose à ce qu’il appelle « l’art culturel », c’est-à-dire homologué par la culture avec un grand C. Mais si les créateurs d’art brut en général « ne savent pas dessiner » ni vraiment sculpter, s’ils se situent en deçà, non au-delà de la maîtrise des techniques académiques, c’est la puissance de leur inspiration qui fait force de leur art.




Un beau jour, alors qu’il trouvait une pierre d’une forme si fascinante qu’il la rapporta chez lui, le facteur rural Cheval (1836-1924) eut l’idée de construire le Palais Idéal (en photo, p159). Dès lors, Cheval remplit son jardin de pierres ramassées au cours de ses tournées postales : elles constituent son matériau de construction de base. Il travailla obstinément à sa création onirique qu’il agrémenta de colonnes, balustrades, etc. Il consacra 33 ans au Palais Idéal. Il y est écrit : « Tout ce que tu vois, passant, est l’œuvre d’un paysan. D’un songe, j’ai sorti la reine du monde ».

L’histoire de l’art outsider ne se limite pourtant pas à quelques artistes et à leurs créations. Se côtoient en fait des artistes venus d’horizons très différents, habitant aux quatre coins du monde. Tous cependant tentent de matérialiser leurs rêves ou leurs fantasmes, sans attendre de contrepartie financière et reconnaissance puisqu’ils se considèrent souvent comme les dépositaires d’un art qui les dépasse et les transcende. Par exemple, Lesage se met à peindre car il a entendu du fond de la mine où il travaillait une voix céleste qui lui disait : « Un jour, tu seras peintre ». De même, Nek Chand, constructeur d’une grande cité en Inde, s’exclame : « Aujourd’hui, les gens me qualifient d’artiste. Je n’aime pas ce mot, « artiste ». Seul Dieu m’a poussé à faire ce travail ».


Reines après le bain de Nek Chand, Rock Garden, Chandigarh (Inde) construit à partir de 1905. Les personnages sont vêtu de fragments de bracelets en verre et coiffés de cheveux humains (voir p.216)

Les environnements visionnaires de grande échelle ne sont pas l’apanage des artistes outsiders ou autodidactes. Des architectes et des artistes de formation ont parfois transcendé les contraintes formelles et les intérêts commerciaux pour créer des univers de splendeur visionnaire. Rares sont les artistes qui ont manifesté autant de personnalité et d’ampleur qu’Antonio Gaudì (1852-1926). Cette cathédrale dominée par des tours de 90m de haut, recouverte de céramique aux couleurs vives, restera inachevée à la mort de l’artiste. De par l’approche intuitive de Gaudì, les travaux de sa cathédrale furent ralentis puisqu’il changeait d’idées au fur et à mesure. La Sagrada Familia, mélange de pierre et de céramiques, malgré son inachèvement, est l’un des édifices les plus extraordinaires au monde. De telles constructions semblent plus proches des réalisations des bâtisseurs visionnaires de l’art outsider que de celles des architectes contemporains. A voir également le palais d’influence surréaliste d’Edward James (1907-1984). En pleine jungle mexicaine, il entreprit de construire des temples se mêlant à la végétation et s’imaginait la confusion des archéologues qui trouveraient ce site extraordinaire (voir p.199).


Cathédrale de la Sagrada Familia d’Antonio Gaudì à Barcelone

A l’aube du IIIe millénaire où la mondialisation et les nouvelles technologies jouent un rôle essentiel, l’art brut est à un tournant. Est-il voué à disparaître ? Mais sous un nom ou sous un autre, existera toujours un art de l’exclusion et du déracinement dont le monde actuel offre des occasions renouvelées : un art spontané, non savant, capable d’étonner en développant un style semblable à aucun autre. C’est dans les marges de l’art des marges, en dehors de tout conformisme qu’il faut s’attendre à découvrir l’art brut de demain. Aux médiateurs de l’art alors de savoir trouver et protéger les nouveaux auteurs. Et pour finir, cette citation pleine d’humour de Dubuffet : « Je ressens que les classifications établies par les critiques et historiens d’art sont toujours très arbitraires et fondées sur des critères bien incertains. En tout cas, elles procèdent d’une optique du regardeur et non du créateur. La laitue ne peut avoir elle-même le sentiment qu’elle doit être classée dans la catégorie des salades ».

Futuribles n°335 novembre 2007
Le retard un refrain français

Par Julien BOUCHARD
La thèse du déclin de la France prend de l’ampleur depuis quelques années. Julien Bouchard a consacré sa thèse à cette question et dégage ainsi trois grands « régimes de normativités » dans la rhétorique du retard français dans les domaines scientifiques et technologiques:

1 : il repose sur le principe du progrès de la science pour lui-même, où le soutien des

avancées scientifiques et inversement de la lutte contre les retards provoquent un progrès de la société

2 : les retards sont définis selon l’interdépendance entre disciplines ou entre la science et la société

3 : basé sur les comparaisons internationales où les retards sont perçus comme des écarts entre entité géographique. C’est l’émergence d’une compétition internationale
Les premiers philosophes utilisant le mot « retard » sont les philosophes du progrès comme Turgot et Rousseau au XVIIIe. Dans Emile, Rousseau présente le « retard » comme un stigmate sur lequel, pour le soi disant progrès de l’enfant, la modernité cherche à intervenir : «  l’enfant fait continuellement des efforts inutiles qui épuisent ses forces et retardent son progrès » Le retard est devenu le revers de l’idéologie de progrès qui s’est propagée au début du XVIIIe à nos jours, l’autre face d’une société toujours en quête d’amélioration. Toutes les institutions ont recours à la rhétorique du retard pour justifier un ensemble d’actions, de décisions …
Le domaine de la science et de la technologie évolue avec la rhétorique du retard. Le CNRS fut créé par le Front Populaire (avant appelé CNRSA) au nom, entre autres, des retards à rattraper. Aujourd’hui encore, de nombreux instituts de recherches réclament des fonds sur le principe d’un retard à combler. Mais malgré sa récurrence, l’utilisation de la rhétorique du retard n’est pas uniforme et cet article cherche à montrer en quoi les retards établis varient dans l’espace et dans le temps.
Le progrès de la science pour lui-même

Certains chercheurs estiment que :  « hors de l’avancée scientifique, point de salut.

Claude Bernard a invité ses élèves à la médecine expérimentale : «  je leur montre la voie nouvelle et je leur dis : suivez là, car sans cela vous serez en retard. Le progrès est une roue immense, qui lève ce qui la pousse et qui écrase ceux qui veulent l’arrêter » En d’autres termes, un décalage négatif par rapport à l’état avancé d’une science peut être vécu comme une atteinte à la science elle-même.

Pour le monde scientifique et l’espace publique, l’idée d’une science pour elle-même prend racine dans la représentation d’une science autonome fondée sur l’avancée et le progrès des connaissances. Le retard de la science est dénoncé et « dénonçable » car il freine le progrès, et aujourd’hui, toute la société estiment que les progrès scientifiques sont liés au progrès de la société tout entière
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