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Au bonheur des dames – Volume 2

(Chapitres 9 à 14 – Dossier Bibliocollège)
ISBN 978-2-01-281455-4
Transcription intégrale du texte de l’édition originale – ARIAL 16

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Copie Interdite



Au Bonheur des Dames

Émile Zola
Dossier Bibliocollège par Isabelle de LISLE, agrégée de Lettres modernes, professeur en collège et en lycée

(Notes non transcrites)
Éditions Hachette Livre, 2010

Collection Biblio Collège

Au bonheur des dames




Chapitre 9



Un lundi, quatorze mars, le Bonheur des Dames inaugurait ses magasins neufs par la grande exposition des nouveautés d’été, qui devait durer trois jours. Au dehors, une aigre bise soufflait, les passants surpris de ce retour d’hiver, filaient vite, en boutonnant leurs paletots. Cependant, toute une émotion fermentait dans les boutiques du voisinage ; et l’on voyait, contre les vitres, les faces pâles des petits commerçants, occupés à compter les premières voitures, qui s’arrêtaient devant la nouvelle porte d’honneur, rue Neuve-Saint-Augustin. Cette porte, haute et profonde comme un porche d’église, surmontée d’un groupe, l’Industrie et le Commerce se donnant la main au milieu d’une complication d’attributs, était abritée sous une vaste marquise, dont les dorures fraîches semblaient éclairer les trottoirs d’un coup de soleil. À droite, à gauche, les façades, d’une blancheur crue encore, s’allongeaient, faisaient retour sur les rues Monsigny et de la Michodière, occupaient toute l’île, sauf le côté de la rue du Dix-Décembre, où le Crédit Immobilier allait bâtir. Le long de ce développement de caserne, lorsque les petits commerçants levaient la tête, ils apercevaient l’amoncellement des marchandises, par les glaces sans tain, qui, du rez-de-chaussée au second étage, ouvraient la maison au plein jour. Et ce cube énorme, ce colossal bazar leur bouchait le ciel, leur paraissait être pour quelque chose dans le froid dont ils grelottaient, au fond de leurs comptoirs glacés.

Dès six heures, cependant, Mouret était là, donnant ses derniers ordres. Au centre, dans l’axe de la porte d’honneur, une large galerie allait de bout en bout, flanquée à droite et à gauche de deux galeries plus étroites, la galerie Monsigny et la galerie Michodière. On avait vitré les cours, transformées en halls ; et des escaliers de fer s’élevaient du rez-de-chaussée, des ponts de fer étaient jetés d’un bout à l’autre, aux deux étages. L’architecte, par hasard intelligent, un jeune homme amoureux des temps nouveaux, ne s’était servi de la pierre que pour les sous-sols et les piles d’angle, puis avait monté toute l’ossature en fer, des colonnes supportant l’assemblage des poutres et des solives. Les voûtins des planchers, les cloisons des distributions intérieures, étaient en briques. Partout on avait gagné de l’espace, l’air et la lumière entraient librement, le public circulait à l’aise, sous le jet hardi des fermes à longue portée. C’était la cathédrale du commerce moderne, solide et légère, faite pour un peuple de clientes. En bas, dans la galerie centrale, après les soldes de la porte, il y avait les cravates, la ganterie, la soie ; la galerie Monsigny était occupée par le blanc et la rouennerie, la galerie Michodière par la mercerie, la bonneterie, la draperie et les lainages. Puis, au premier, se trouvaient les confections, la lingerie, les châles, les dentelles, d’autres rayons nouveaux, tandis qu’on avait relégué au second étage la literie, les tapis, les étoffes d’ameublement, tous les articles encombrants et d’un maniement difficile. À cette heure, le nombre des rayons était de trente-neuf, et l’on comptait dix-huit cents employés, dont deux cents femmes. Un monde poussait là, dans la vie sonore des hautes nefs métalliques.

Mouret avait l’unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple, pour l’y tenir à sa merci. C’était toute sa tactique, la griser d’attentions galantes et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre. Aussi, nuit et jour, se creusait-il la tête, à la recherche de trouvailles nouvelles. Déjà, voulant éviter la fatigue des étages aux dames délicates, il avait fait installer deux ascenseurs, capitonnés de velours. Puis, il venait d’ouvrir un buffet, où l’on donnait gratuitement des sirops et des biscuits, et un salon de lecture, une galerie monumentale, décorée avec un luxe trop riche, dans laquelle il risquait même des expositions de tableaux. Mais son idée la plus profonde était, chez la femme sans coquetterie, de conquérir la mère par l’enfant ; il ne perdait aucune force, spéculait sur tous les sentiments, créait des rayons pour petits garçons et fillettes, arrêtait les mamans au passage, en offrant aux bébés des images et des ballons. Un trait de génie que cette prime des ballons, distribuée à chaque acheteuse, des ballons rouges, à la fine peau de caoutchouc, portant en grosses lettres le nom du magasin, et qui, tenus au bout d’un fil, voyageant en l’air, promenaient par les rues une réclame vivante !

La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d’annonces et d’affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d’été, il avait lancé deux cent mille catalogues, dont cinquante mille à l’étranger, traduits dans toutes les langues. Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d’échantillons, collés sur les feuilles. C’était un débordement d’étalages, le Bonheur des Dames sautait aux yeux du monde entier, envahissait les murailles, les journaux, jusqu’aux rideaux des théâtres. Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu’elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il l’analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu’elle ne résistait pas au bon marché, qu’elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d’imaginer « les rendus », un chef d’œuvre de séduction jésuitique. « Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l’article, s’il cesse de vous plaire. » Et la femme, qui résistait, trouvait là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce.

Mais où Mouret se révélait comme un maître sans rival, c’était dans l’aménagement intérieur des magasins. Il posait en loi que pas un coin du Bonheur des Dames ne devait rester désert ; partout, il exigeait du bruit, de la foule, de la vie ; car la vie, disait-il, attire la vie, enfante et pullule. De cette loi, il tirait toutes sortes d’applications. D’abord, on devait s’écraser pour entrer, il fallait que, de la rue, on crût à une émeute ; et il obtenait cet écrasement, en mettant sous la porte les soldes, des casiers et des corbeilles débordant d’articles à vil prix ; si bien que le menu peuple s’amassait, barrait le seuil, faisait penser que les magasins craquaient de monde, lorsque souvent ils n’étaient qu’à demi pleins. Ensuite, le long des galeries, il avait l’art de dissimuler les rayons qui chômaient, par exemple les châles en été et les indiennes en hiver ; il les entourait de rayons vivants, les noyait dans du vacarme. Lui seul avait encore imaginé de placer au deuxième étage les comptoirs des tapis et des meubles, des comptoirs où les clientes étaient plus rares, et dont la présence au rez-de-chaussée aurait creusé des trous vides et froids. S’il en avait découvert le moyen, il aurait fait passer la rue au travers de sa maison.

Justement, Mouret se trouvait en proie à une crise d’inspiration. Le samedi soir, comme il donnait un dernier coup d’œil aux préparatifs de la grande vente du lundi, dont on s’occupait depuis un mois, il avait eu la conscience soudaine que le classement des rayons adopté par lui, était inepte. C’était pourtant un classement d’une logique absolue, les tissus d’un côté, les objets confectionnés de l’autre, un ordre intelligent qui devait permettre aux clientes de se diriger elles-mêmes. Il avait rêvé cet ordre autrefois, dans le fouillis de l’étroite boutique de madame Hédouin ; et voilà qu’il se sentait ébranlé, le jour où il le réalisait. Brusquement, il s’était écrié qu’il fallait « lui casser tout ça. » On avait quarante-huit heures, il s’agissait de déménager une partie des magasins. Le personnel, effaré, bousculé, avait dû passer les deux nuits et la journée entière du dimanche, au milieu d’un gâchis épouvantable. Même le lundi matin, une heure avant l’ouverture, des marchandises ne se trouvaient pas encore en place. Certainement, le patron devenait fou, personne ne comprenait, c’était une consternation générale.

- Allons, dépêchons ! criait Mouret, avec la tranquille assurance de son génie. Voici encore des costumes qu’il faut me porter là-haut… Et le Japon est-il installé sur le palier central ?… Un dernier effort, mes enfants, vous verrez la vente tout à l’heure !

Bourdoncle, lui aussi, était là depuis le petit jour. Pas plus que les autres, il ne comprenait, et ses regards suivaient le directeur d’un air d’inquiétude. Il n’osait lui poser des questions, sachant de quelle manière on était reçu, dans ces moments de crise. Pourtant, il se décida, il demanda doucement :

- Est-ce qu’il était bien nécessaire de tout bouleverser ainsi, à la veille de notre exposition ?

D’abord, Mouret haussa les épaules, sans répondre. Puis, comme l’autre se permit d’insister, il éclata.

- Pour que les clientes se tassent toutes dans le même coin, n’est-ce pas ? Une jolie idée de géomètre que j’avais eue là ! Je ne m’en serais jamais consolé… Comprenez donc que je localisais la foule. Une femme entrait, allait droit où elle voulait aller, passait du jupon à la robe, de la robe au manteau, puis se retirait, sans même s’être un peu perdue !… Pas une n’aurait seulement vu nos magasins !

- Mais, fit remarquer Bourdoncle, maintenant que vous avez tout brouillé et tout jeté aux quatre coins, les employés useront leurs jambes, à conduire les acheteuses de rayon en rayon.

Mouret eut un geste superbe.

- Ce que je m’en fiche ! Ils sont jeunes, ça les fera grandir… Et tant mieux, s’ils se promènent ! Ils auront l’air plus nombreux, ils augmenteront la foule. Qu’on s’écrase, tout ira bien !

Il riait, il daigna expliquer son idée, en baissant la voix :

- Tenez ! Bourdoncle, écoutez les résultats… Premièrement, ce va-et-vient continuel de clientes les disperse un peu partout, les multiplie et leur fait perdre la tête ; secondement, comme il faut qu’on les conduise d’un bout des magasins à l’autre, si elles désirent par exemple la doublure après avoir acheté la robe, ces voyages en tous sens triplent pour elle la grandeur de la maison ; troisièmement, elles sont forcées de traverser des rayons où elles n’auraient pas mis les pieds, des tentations les y accrochent au passage, et elles succombent ; quatrièmement…

Bourdoncle riait avec lui. Alors, Mouret, enchanté, s’arrêta, pour crier aux garçons :

- Très bien, mes enfants ! Maintenant, un coup de balai, et voilà qui est beau !

Mais, en se tournant, il aperçut Denise. Lui et Bourdoncle se trouvaient devant le rayon des confections, qu’il venait justement de dédoubler, en faisant monter les robes et costumes au second étage, à l’autre bout des magasins. Denise, descendue la première, ouvrait de grands yeux, dépaysée par les aménagements nouveaux.

- Quoi donc ? murmura-t-elle, on déménage ?

Cette surprise parut amuser Mouret, qui adorait ces coups de théâtre. Dès les premiers jours de février, Denise était rentrée au Bonheur, où elle avait eu l’heureux étonnement de retrouver le personnel poli, presque respectueux. Madame Aurélie surtout se montrait bienveillante ; Marguerite et Clara semblaient résignées ; jusqu’au père Jouve qui pliait l’échine, l’air embarrassé, comme désireux d’effacer le vilain souvenir d’autrefois. Il suffisait que Mouret eût dit un mot, tout le monde chuchotait, en la suivant des yeux. Et, dans cette amabilité générale, elle n’était un peu blessée que par la tristesse singulière de Deloche et les sourires inexplicables de Pauline.

Cependant, Mouret la regardait toujours de son air ravi.

- Que cherchez-vous donc, mademoiselle ? demanda-t-il enfin.

Denise ne l’avait pas aperçu. Elle rougit légèrement. Depuis sa rentrée, elle recevait de lui des marques d’intérêt, qui la touchaient beaucoup. Pauline, sans qu’elle sût pourquoi, lui avait conté en détail les amours du patron et de Clara, où il la voyait, ce qu’il la payait ; et elle en reparlait souvent, elle ajoutait même qu’il avait une autre maîtresse, cette madame Desforges, bien connue de tout le magasin. De telles histoires remuaient Denise, elle était reprise devant lui de ses peurs d’autrefois, d’un malaise où sa reconnaissance luttait contre de la colère.

- C’est tout ce remue-ménage, murmura-t-elle.

Alors, Mouret s’approcha pour lui dire à voix plus basse :

- Ce soir, après la vente, veuillez passer à mon cabinet. Je désire vous parler.

Troublée, elle inclina la tête, sans prononcer un mot. D’ailleurs, elle entra au rayon, où les autres vendeuses arrivaient. Mais Bourdoncle avait entendu Mouret, et il le regardait en souriant. Même il osa lui dire, quand ils furent seuls :

- Encore celle-là ! Méfiez-vous, ça finira par être sérieux !

Vivement, Mouret se défendit, cachant son émotion sous un air d’insouciance supérieure.

- Laissez donc, une plaisanterie ! La femme qui me prendra, n’est pas née, mon cher !

Et, comme les magasins ouvraient enfin, il se précipita pour donner un dernier coup d’œil aux divers comptoirs. Bourdoncle hochait la tête. Cette Denise, simple et douce, commençait à l’inquiéter. Une première fois, il avait vaincu, par un renvoi brutal. Mais elle reparaissait, et il la traitait en ennemie sérieuse, muet devant elle, attendant de nouveau.

Mouret, qu’il rattrapa, criait en bas, dans le hall Saint-Augustin, en face de la porte d’entrée :

- Est-ce qu’on se fiche de moi ! J’avais dit de mettre les ombrelles bleues en bordure… Cassez-moi tout ça, et vite !

Il ne voulut rien entendre, une équipe de garçons dut remanier l’exposition des ombrelles. En voyant les clientes arriver, il fit même fermer un instant les portes ; et il répétait qu’il n’ouvrirait pas, plutôt que de laisser les ombrelles bleues au centre. Ça tuait sa composition. Les étalagistes renommés, Hutin, Mignot, d’autres encore, venaient voir, levaient les yeux ; mais ils affectaient de ne pas comprendre, étant d’une école différente.

Enfin, on rouvrit les portes, et le flot entra. Dès la première heure, avant que les magasins fussent pleins, il se produisit sous le vestibule un écrasement tel, qu’il fallut avoir recours aux sergents de ville, pour rétablir la circulation sur le trottoir. Mouret avait calculé juste : toutes les ménagères, une troupe serrée de petites bourgeoises et de femmes en bonnet, donnaient assaut aux occasions, aux soldes et aux coupons, étalés jusque dans la rue. Des mains en l’air, continuellement, tâtaient « les pendus » de l’entrée, un calicot à sept sous, une grisaille laine et coton à neuf sous, surtout un Orléans à trente-huit centimes, qui ravageait les bourses pauvres. Il y avait des poussées d’épaules, une bousculade fiévreuse autour des casiers et des corbeilles, où des articles au rabais, dentelles à dix centimes, rubans à cinq sous, jarretières à trois sous, gants, jupons, cravates, chaussettes et bas de coton, s’éboulaient, disparaissaient, comme mangés par une foule vorace. Malgré le temps froid, les commis qui vendaient au plein air du pavé, ne pouvaient suffire. Une femme grosse jeta des cris. Deux petites filles manquèrent d’être étouffées.

Toute la matinée, cet écrasement augmenta. Vers une heure, des queues s’établissaient, la rue était barrée, ainsi qu’en temps d’émeute. Justement, comme madame de Boves et sa fille Blanche se tenaient sur le trottoir d’en face, hésitantes, elles furent abordées par madame Marty, également accompagnée de sa fille Valentine.

- Hein ? quel monde ! dit la première. On se tue là-dedans… Je ne devais pas venir, j’étais au lit, puis je me suis levée pour prendre l’air.

- C’est comme moi, déclara l’autre. J’ai promis à mon mari d’aller voir sa sœur, à Montmartre… Alors, en passant, j’ai songé que j’avais besoin d’une pièce de lacet. Autant l’acheter ici qu’ailleurs, n’est-ce pas ? Oh ! je ne dépenserai pas un sou ! Il ne me faut rien, du reste.

Cependant, leurs yeux ne quittaient pas la porte, elles étaient prises et emportées dans le vent de la foule.

- Non, non, je n’entre pas, j’ai peur, murmura madame de Boves. Blanche, allons-nous-en, nous serions broyées.

Mais sa voix faiblissait, elle cédait peu à peu au désir d’entrer où entre le monde ; et sa crainte se fondait dans l’attrait irrésistible de l’écrasement. Madame Marty s’était aussi abandonnée. Elle répétait :

- Tiens ma robe, Valentine… Ah bien ! je n’ai jamais vu ça. On vous porte. Qu’est-ce que ça va être, à l’intérieur !

Ces dames, saisies par le courant, ne pouvaient plus reculer. Comme les fleuves tirent à eux les eaux errantes d’une vallée, il semblait que le flot des clientes, coulant à plein vestibule, buvait les passants de la rue, aspirait la population des quatre coins de Paris. Elles n’avançaient que très lentement, serrées à perdre haleine, tenues debout par des épaules et des ventres, dont elles sentaient la molle chaleur ; et leur désir satisfait jouissait de cette approche pénible, qui fouettait davantage leur curiosité. C’était un pêle-mêle de dames vêtues de soie, de petites bourgeoises à robes pauvres, de filles en cheveux, toutes soulevées, enfiévrées de la même passion. Quelques hommes, noyés sous les corsages débordants, jetaient des regards inquiets autour d’eux. Une nourrice, au plus épais, levait très haut son poupon, qui riait d’aise. Et, seule, une femme maigre se fâchait, éclatant en paroles mauvaises, accusant une voisine de lui entrer dans le corps.

- Je crois bien que mon jupon va y rester, répétait madame de Boves.

Muette, le visage encore frais du grand air, madame Marty se haussait pour voir avant les autres, par-dessus les têtes, s’élargir les profondeurs des magasins. Les pupilles de ses yeux gris étaient minces comme celles d’une chatte arrivant du plein jour ; et elle avait la chair reposée, le regard clair d’une personne qui s’éveille.

- Ah ! enfin ! dit-elle, en poussant un soupir.

Ces dames venaient de se dégager. Elles étaient dans le hall Saint-Augustin. Leur surprise fut grande de le trouver presque vide. Mais un bien-être les envahissait, il leur semblait entrer dans le printemps, au sortir de l’hiver de la rue. Tandis que, dehors, soufflait le vent glacé des giboulées, déjà la belle saison, dans les galeries du Bonheur, s’attiédissait avec les étoffes légères, l’éclat fleuri des nuances tendres, la gaieté champêtre des modes d’été et des ombrelles.

- Regardez donc ! cria madame de Boves, immobilisée, les yeux en l’air.

C’était l’exposition des ombrelles. Toutes ouvertes, arrondies comme des boucliers, elles couvraient le hall, de la baie vitrée du plafond à la cimaise de chêne verni. Autour des arcades des étages supérieurs, elles dessinaient des festons ; le long des colonnes, elles descendaient en guirlandes ; sur les balustrades des galeries, jusque sur les rampes des escaliers, elles filaient en lignes serrées ; et, partout, rangées symétriquement, bariolant les murs de rouge, de vert et de jaune, elles semblaient de grandes lanternes vénitiennes, allumées pour quelque fête colossale. Dans les angles, il y avait des motifs compliqués, des étoiles faites d’ombrelles à trente-neuf sous, dont les teintes claires, bleu pâle, blanc crème, rose tendre, brûlaient avec une douceur de veilleuse ; tandis que, au-dessus, d’immenses parasols japonais, où des grues couleur d’or volaient dans un ciel de pourpre, flambaient avec des reflets d’incendie.

Madame Marty cherchait une phrase pour dire son ravissement, et elle ne trouva que cette exclamation :

- C’est féerique !

Puis, tâchant de s’orienter :

- Voyons, le lacet est à la mercerie… J’achète mon lacet et je me sauve.

- Je vous accompagne, dit madame de Boves. N’est-ce pas, Blanche, nous traversons les magasins, pas davantage ?

Mais, dès la porte, ces dames étaient perdues. Elles tournèrent à gauche ; et, comme on avait déménagé la mercerie, elles tombèrent au milieu des ruches, puis au milieu des parures. Sous les galeries couvertes, il faisait très chaud, une chaleur de serre, moite et enfermée, chargée de l’odeur fade des tissus, et dans laquelle s’étouffait le piétinement de la foule. Alors, elles revinrent devant la porte, où s’établissait un courant de sortie, tout un défilé interminable de femmes et d’enfants, sur qui flottait un nuage de ballons rouges. Quarante mille ballons étaient prêts, il y avait des garçons chargés spécialement de la distribution. À voir les acheteuses qui se retiraient, on aurait dit en l’air, au bout des fils invisibles, un vol d’énormes bulles de savon, reflétant l’incendie des ombrelles. Le magasin en était tout illuminé.

- C’est un monde, déclarait madame de Boves. On ne sait plus où l’on est.

Pourtant, ces dames ne pouvaient rester dans le remous de la porte, en pleine bousculade de l’entrée et de la sortie. L’inspecteur Jouve, heureusement, vint à leur secours. Il se tenait sous le vestibule, grave, attentif, dévisageant chaque femme au passage. Chargé spécialement de la police intérieure, il flairait les voleuses et suivait surtout les femmes grosses, lorsque la fièvre de leurs yeux l’inquiétait.

- La mercerie, mesdames ? dit-il obligeamment, allez à gauche, tenez ! là-bas, derrière la bonneterie.

Madame de Boves remercia. Mais madame Marty, en se retournant, n’avait plus trouvé près d’elle sa fille Valentine. Elle s’effrayait, lorsqu’elle l’aperçut, déjà loin, au bout du hall Saint-Augustin, profondément absorbée devant une table de proposition, sur laquelle s’entassaient des cravates de femme à dix-neuf sous. Mouret pratiquait la proposition, les articles offerts à voix haute, la cliente raccrochée et dévalisée ; car il usait de toutes les réclames, il se moquait de la discrétion de certains confrères, dont l’opinion était que les marchandises devaient parler toutes seules. Des vendeurs spéciaux, des Parisiens fainéants et blagueurs, écoulaient ainsi des quantités considérables de petits objets de camelote.

- Oh ! maman, murmura Valentine, vois donc ces cravates… Elles ont, au coin, un oiseau brodé.

Le commis faisait l’article, jurait que c’était tout soie, que le fabricant était en faillite, et qu’on ne retrouverait jamais une occasion pareille.

- Dix-neuf sous, est-ce possible ! disait madame Marty, séduite comme sa fille. Bah ! je puis bien en prendre deux, ce n’est pas ça qui nous ruinera.

Madame de Boves restait dédaigneuse. Elle détestait la proposition, un commis qui l’appelait, la mettait en fuite. Surprise, madame Marty ne comprenait pas cette horreur nerveuse du boniment, car elle avait l’autre nature, elle était des femmes heureuses de se laisser violenter, de baigner dans la caresse de l’offre publique, avec la jouissance de mettre ses mains partout et de perdre son temps en paroles inutiles.

- Maintenant, reprit-elle, vite à mon lacet… Je ne veux même plus rien voir.

Cependant, comme elle traversait les foulards et la ganterie, son cœur défaillit de nouveau. Il y avait là, sous la lumière diffuse, un étalage aux colorations vives et gaies, d’un effet ravissant. Les comptoirs, rangés symétriquement, semblaient être des plates-bandes, changeaient le hall en un parterre français, où souriait la gamme tendre des fleurs. À nu sur le bois, dans des cartons éventrés, hors des casiers trop pleins, une moisson de foulards mettait le rouge vif des géraniums, le blanc laiteux des pétunias, le jaune d’or des chrysanthèmes, le bleu céleste des verveines ; et, plus haut, sur des tiges de cuivre, s’enguirlandait une autre floraison, des fichus jetés, des rubans déroulés, tout un cordon éclatant qui se prolongeait, montait autour des colonnes, se multipliait dans les glaces. Mais ce qui ameutait la foule, c’était, à la ganterie, un chalet suisse fait uniquement avec des gants : un chef-d’œuvre de Mignot, qui avait exigé deux jours de travail. D’abord, des gants noirs établissaient le rez-de-chaussée ; puis, venaient des gants paille, réséda, sang de bœuf, distribués dans la décoration, bordant les fenêtres, indiquant les balcons, remplaçant les tuiles.

- Que désire madame ? demanda Mignot en voyant madame Marty plantée devant le chalet. Voici des gants de Suède à un franc soixante-quinze, première qualité…

Il avait la proposition acharnée, appelant les passantes du fond de son comptoir, les importunant de sa politesse. Comme elle refusait de la tête, il continua :

- Des gants du Tyrol à un franc vingt-cinq… Des gants de Turin pour enfants, des gants brodés toutes couleurs…

- Non, merci, je n’ai besoin de rien, déclara madame Marty.

Mais il sentit que sa voix mollissait, il l’attaqua plus rudement, en lui mettant sous les yeux les gants brodés ; et elle fut sans force, elle en acheta une paire. Puis, comme madame de Boves la regardait avec un sourire, elle rougit.

- Hein ? suis-je enfant ?… Si je ne me dépêche pas de prendre mon lacet et de me sauver, je suis perdue.

Par malheur, il y avait, à la mercerie, un encombrement tel, qu’elle ne put se faire servir. Toutes deux attendaient depuis dix minutes, et elles s’irritaient, lorsque la rencontre de madame Bourdelais et de ses trois enfants, les occupa. Cette dernière expliquait de son air tranquille de jolie femme pratique, qu’elle avait voulu montrer ça aux petits. Madeleine avait dix ans, Edmond huit, Lucien quatre ; et ils riaient d’aise, c’était une partie à bon compte, promise depuis longtemps.

- Elles sont drôles, je vais acheter une ombrelle rouge, dit tout à coup madame Marty, qui piétinait, impatientée de rester là, à ne rien faire.

Elle en choisit une de quatorze francs cinquante. Madame Bourdelais, après avoir suivi l’achat d’un regard de blâme, lui dit amicalement :

- Vous avez bien tort de vous presser. Dans un mois, vous l’auriez eue pour dix francs… Ce n’est pas moi qu’ils attraperont !

Et elle fit toute une théorie de bonne ménagère. Puisque les magasins baissaient les prix, il n’y avait qu’à attendre. Elle ne voulait pas être exploitée par eux, c’était elle qui profitait de leurs véritables occasions. Même elle y apportait une lutte de malice, elle se vantait de ne leur avoir jamais laissé un sou de gain.

- Voyons, finit-elle par dire, j’ai promis à mon petit monde de lui montrer des images, là-haut, dans le salon… Venez donc avec moi, vous avez le temps.

Alors, le lacet fut oublié, madame Marty céda tout de suite, tandis que madame de Boves refusait, préférant faire d’abord le tour du rez-de-chaussée. Du reste, ces dames espéraient bien se retrouver en haut. Madame Bourdelais cherchait un escalier, lorsqu’elle aperçut l’un des ascenseurs ; et elle y poussa les enfants, pour compléter la partie. Madame Marty et Valentine entrèrent aussi dans l’étroite cage, où l’on fut très serré ; mais les glaces, les banquettes de velours, la porte de cuivre ouvragé, les occupaient à ce point qu’elles arrivèrent au premier étage, sans avoir senti le glissement doux de la machine. Un autre régal les attendait d’ailleurs, dès la galerie des dentelles. Comme on passait devant le buffet, madame Bourdelais ne manqua pas de gorger la petite famille de sirop. C’était une salle carrée, avec un large comptoir de marbre ; aux deux bouts, des fontaines argentées laissaient couler un mince filet d’eau ; derrière, sur des tablettes, s’alignaient des bouteilles. Trois garçons, continuellement, essuyaient et emplissaient les verres. Pour contenir la clientèle altérée, on avait dû établir une queue, ainsi qu’aux portes des théâtres, à l’aide d’une barrière recouverte de velours. La foule s’y écrasait. Des personnes, perdant tout scrupule devant ces gourmandises gratuites, se rendaient malades.

- Eh bien ! où sont-elles donc ? s’écria madame Bourdelais, lorsqu’elle se dégagea de la cohue, après avoir essuyé les enfants avec son mouchoir.

Mais elle aperçut madame Marty et Valentine au fond d’une autre galerie, très loin. Toutes deux, noyées sous un déballage de jupons, achetaient encore. C’était fini, la mère et la fille disparurent dans la fièvre de dépense qui les emportait.

Quand elle arriva enfin au salon de lecture et de correspondance, madame Bourdelais installa Madeleine, Edmond et Lucien devant la grande table ; puis, elle prit elle-même, dans une bibliothèque, des albums de photographies qu’elle leur apporta. La voûte de la longue salle était chargée d’or ; aux deux extrémités, des cheminées monumentales se faisaient face ; de médiocres tableaux, très richement encadrés, couvraient les murs ; et, entre les colonnes, devant chacune des baies cintrées qui ouvraient sur les magasins, il y avait de hautes plantes vertes, dans des vases de majolique. Tout un public silencieux entourait la table, encombrée de revues et de journaux, garnie de papeteries et d’encriers. Des dames ôtaient leurs gants, écrivaient des lettres sur du papier au chiffre de la maison, dont elles biffaient l’en-tête d’un trait de plume. Quelques hommes, renversés au fond de leurs fauteuils, lisaient des journaux. Mais beaucoup de personnes restaient là sans rien faire : maris attendant leurs femmes lâchées au travers des rayons, jeunes dames discrètes guettant l’arrivée d’un amant, vieux parents déposés comme au vestiaire, pour être repris à la sortie. Et ce monde, assis mollement, se reposait, jetait des coups d’œil, par les baies ouvertes, sur les profondeurs des galeries et des halls, dont la voix lointaine montait, dans le petit bruit des plumes et le froissement des journaux.

- Comment ! vous voilà ! dit madame Bourdelais. Je ne vous reconnaissais pas.

Près des enfants, une dame disparaissait entre les pages d’une revue. C’était madame Guibal. Elle sembla contrariée de la rencontre. Mais elle se remit tout de suite, raconta qu’elle était montée s’asseoir un peu, pour échapper à l’écrasement de la foule. Et, comme madame Bourdelais lui demandait si elle était venue faire des emplettes, elle répondit de son air de langueur, en éteignant de ses paupières l’âpreté égoïste de son regard :

- Oh ! non… Au contraire, je suis venue rendre. Oui, des portières, dont je ne suis pas satisfaite. Seulement, il y a un tel monde, que j’attends de pouvoir approcher du rayon.

Elle causa, dit que c’était bien commode, ce mécanisme des rendus ; auparavant, elle n’achetait jamais, tandis que, maintenant, elle se laissait tenter parfois. À la vérité, elle rendait quatre objets sur cinq, elle commençait à être connue de tous les comptoirs, pour les négoces étranges, flairés sous l’éternel mécontentement qui lui faisait rapporter les articles un à un, après les avoir gardés plusieurs jours. Mais, en parlant, elle ne quittait pas des yeux les portes du salon ; et elle parut soulagée, quand madame Bourdelais retourna vers ses enfants, afin de leur expliquer les photographies. Presque au même moment, M. de Boves et Paul de Vallagnosc entrèrent. Le comte, qui affectait de faire visiter au jeune homme les nouveaux magasins, échangea avec elle un vif regard ; puis, elle se replongea dans sa lecture, comme si elle ne l’avait pas aperçu.

- Tiens ! Paul ! dit une voix derrière ces messieurs.

C’était Mouret, en train de donner son coup d’œil aux divers services. Les mains se tendirent, et il demanda tout de suite :

- Madame de Boves nous a-t-elle fait l’honneur de venir ?

- Mon Dieu ! non, répondit le comte, et à son grand regret. Elle est souffrante, oh ! rien de dangereux.

Mais brusquement, il feignit de voir madame Guibal. Il s’échappa, s’approcha, tête nue ; tandis que les deux autres se contentaient de la saluer de loin. Elle, également, jouait la surprise. Paul avait eu un sourire ; il comprenait enfin, il raconta tout bas à Mouret comment le comte, rencontré par lui rue Richelieu, s’était efforcé de lui échapper et avait pris le parti de l’entraîner au Bonheur, sous le prétexte qu’il fallait absolument voir ça. Depuis un an, la dame tirait de ce dernier l’argent et le plaisir qu’elle pouvait, n’écrivant jamais, lui donnant rendez-vous dans des lieux publics, les églises, les musées, les magasins, pour s’entendre.

- Je crois qu’à chaque rendez-vous ils changent de chambre d’hôtel, murmurait le jeune homme. L’autre mois, il était en tournée d’inspection, il écrivait à sa femme tous les deux jours, de Blois, de Libourne, de Tarbes ; et je suis pourtant convaincu de l’avoir vu entrer dans une pension bourgeoise des Batignolles… Mais, regarde-le donc ! est-il beau, devant elle, avec sa correction de fonctionnaire ! La vieille France ! mon ami, la vieille France !

- Et ton mariage ? demanda Mouret.

Paul, sans quitter le comte des yeux, répondit qu’on attendait toujours la mort de la tante. Puis, l’air triomphant :

- Hein ? tu as vu ? il s’est baissé, il lui a glissé une adresse. La voilà qui accepte, de sa mine la plus vertueuse : une terrible femme, cette rousse délicate, aux allures insouciantes… Eh bien ! il se passe de jolies choses chez toi !

- Oh ! dit Mouret en souriant, ces dames ne sont point ici chez moi, elles sont chez elles.

Ensuite, il plaisanta. L’amour, comme les hirondelles, portait bonheur aux maisons. Sans doute, il les connaissait, les filles qui battaient les comptoirs, les dames qui, par hasard, y rencontraient un ami ; mais si elles n’achetaient pas, elles faisaient nombre, elles chauffaient les magasins. Tout en causant, il emmena son ancien condisciple, il le planta au seuil du salon, en face de la grande galerie centrale, dont les halls successifs se déroulaient à leurs pieds. Derrière eux, le salon gardait son recueillement, ses petits bruits de plumes nerveuses et de journaux froissés. Un vieux monsieur s’était endormi sur le
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