Réflexions sur les Femmes africaines d’aujourd’hui





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Réflexions sur les Femmes africaines d’aujourd’hui

(auteur Anita Sankalé)

Dans une ode intemporelle, dans le style de l’amour courtois, Léopold Senghor1 célébra la femme noire par ces mots lyriques :

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre….


Elle est beauté naturelle, source de vie, de cohésion sociale. Elle est actuellement devenue une cible recherchée du marché de la beauté. Au-delà, il est admis que la femme africaine soit vectrice de force morale, pilier de sa famille, qui repose sur sa force, son courage sans limite. Pourtant la tradition souvent forte sur ce continent la contraint, nous en verrons les exemples, polygamie, mutilations génitales sont encore des réalités dans certains endroits. Elle semble aussi rester un personnage de second plan derrière la suprématie masculine. Des moyens d’action originaux sont déployés, allant de la tontine à la guerre des sexes, en passant par l’exemple des réussites commerciales togolaises. Comment les femmes africaines réussiront-elles à jouer un rôle social et politique aussi important à l’extérieur de leur famille qu’au sein de leur cadre intime ? Le challenge diffère t’il de celui des femmes des autres continents ? Des signes d’espoir existent, à partir des très nombreuses femmes de la bourgeoisie, éduquées dans l’enseignement supérieur, professionnellement actives et, dans le sillage d’africaines célèbres dans le monde entier. Mais les signes les plus importants à considérer sont les chiffres concernant l’éducation des filles.

La beauté chez la femme africaine ?

Les femmes africaines sont particulièrement coquettes, et dès qu’elles le peuvent consacrent du temps et de l’argent aux parures, coiffures, cosmétiques, etc.…. « En 20072, il était très difficile de trouver des informations sur les besoins spécifiques des peaux noires et des cheveux crépus. Depuis trois ou quatre ans, l'offre de cosmétiques spécialisés explose enfin en France ». Il suffit désormais de se rendre dans une parfumerie ou même au supermarché pour constater la présence de produits de soins du corps et du visage dédiés aux populations noires et métissées.


On notera parallèlement le mouvement nappy actuel, qui désigne les femmes noires souhaitant conserver et porter leurs cheveux au naturel, ce qui nécessite des soins attentifs.

Cet afro-marché a d'abord émergé grâce à de petites marques spécialisées, 100 % identitaires. En France, la gamme de maquillage Black Up, créée en 1999 par un maquilleur d'origine ivoirienne, a été la première à se lancer. Phyto Specific se consacre depuis quinze ans à la recherche sur les cheveux frisés et crépus. Désormais les précurseurs de ce segment de niche sont concurrencés par les poids lourds du secteur. Les acteurs du cosmétique entendent profiter d'un marché en maturation3 en Afrique et dans la diaspora. Ils ont comme nom Channel, Estée Lauder, Clinique, Clarins, L'Oréal ou Klorane. En effet, les fabricants estiment que les femmes noires et métisses consomment trois à cinq fois plus que celles dites de type caucasien.

Les raisons sont d'abord culturelles. "En Afrique, s'occuper de soi est une question de politesse". Il faut aussi évoquer l’usage de produits éclaircissants. Les peaux noires et métisses auraient souvent des taches, qui justifieraient le recours aux produits destinés à les faire disparaître. Est-ce la seule cause ? La recherche d’un teint plus clair jugé plus attirant serait-elle le pendant du bronzage recherché par les personnes à la peau blanche ?

Les blogs, les sites et les chaînes YouTube traitant des questions de soins de beauté des femmes noires se sont multipliés sur Internet. Les premières marques se sont d’abord montrées timides, mettant en avant des produits pour des peaux "mates" et des cheveux "bouclés" ou "méditerranéens". Elles ont fini par comprendre. L'Oréal a montré la voie en prenant un virage à 180 degrés.

Le potentiel du marché africain pris en compte. Avec l'émergence d'une classe moyenne et la forte démographie, le continent africain fait un clin d'œil aux géants du cosmétique que sont Unilever, L’Oréal et Procter and Gamble, suivis de la petite marque Black Up. Le marché reste néanmoins concentré sur les pays qui présentent une forte croissance économique et sont politiquement stables. Afrique du Sud, Nigeria, Kenya et Angola sont donc les plus prisés, tandis que le Sénégal, le Ghana et la Côte d'Ivoire commencent à voir les réseaux de distribution s'organiser. La distribution reste en effet le principal défi.

Cette exigence de beauté n’en dissimule pas moins de fortes contraintes.

La contrainte qui nous paraît la plus forte est la persistance des Mutilations génitales4, ou MGF (mutilations génitales féminines). Elles consistent à sectionner partiellement ou totalement les organes génitaux externes d'une fille et font partie des pratiques traditionnelles qui ont encore cours en Afrique5 - essentiellement dans une zone particulière allant du Sénégal à la Somalie et de l'Égypte à la Tanzanie6 - et dans des communautés immigrées à travers le monde.



Elles sont sans bénéfice pour la santé et source de nombreuses complications. La pratique ne semble pas liée à la religion. Leur origine est inconnue7 mais elles sont profondément ancrées dans les traditions de nombreux groupes où elles constituent une norme sociale et sont associées à la pureté, à la chasteté et constituent un rite de passage à l'âge adulte. Selon l’Unicef les opérations d’excision sont réalisées par les accoucheuses traditionnelles ou par des sage- femmes diplômées, c’est un service très prisé et très bien rémunéré. C’est par ailleurs une affaire qui concerne les femmes. Cependant l’invisibilité des hommes dans ce domaine peut être perçue comme un prétexte, servant à maintenir la domination masculine8

L'UNICEF annonce 200 millions de femmes et de filles vivant avec une MGF en 2016 ; les plus touchés étant les 3 pays9 les plus peuplés d’Afrique : l’Egypte, l’Ethiopie et le Nigeria.



  • Prévalence des MGF chez les filles âgées de 0 à 14 ans tel que rapporté par leurs mères en 2014 - (Source Unicef)

Il faut savoir que quelques gynécologues européens10 et américains11 du XIXème siècle l’ont utilisé pour traiter nymphomanie, hystérie etc…

Existe-t’il un reflux de la pratique de ces mutilations génitales ? Certains anthropologues contestent les actions internationales menées pour mettre un terme à ces pratiques, les MGF soulevant à leurs yeux les questions du relativisme moral, de la tolérance envers d'autres cultures et de l'universalité des droits humains  (!).

Au niveau international, en 1979, a été créé à Genève le « Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles ayant un effet néfaste sur la santé de la mère et de l’enfant », le CI-AF international.

En Afrique, la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée en 1981, par l’Organisation de l’Unité Africaine, stipule notamment : « la personne humaine est inviolable, tout être humain a droit au respect de sa vie et à l’intégrité physique et morale de sa personne ; Nul ne peut en être privé arbitrairement de ce droit ». Un comité Inter Africain à été créé à Dakar en 1984, il existe des comités nationaux dans 30 pays ainsi que des comités affiliés dans certains pays Européens. Une vingtaine de pays africains, sur 54, ont des législations interdisant et condamnant la pratique de MGF.



En France, la Fédération pour l’abolition des mutilations sexuelles12 (GAMS), créée en 1982 à Paris à la suite du décès de 3 petites filles, travaille sur le terrain à la prévention, la formation, la sensibilisation, notamment auprès des jeunes dans les écoles. Par ailleurs la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles (CAMS) intervient au plan juridique, se portant partie civile à chaque procès.

Les MGF sont en recul partout, mais l’augmentation de la population attendue en Afrique créera un accroissement de la pratique ! Selon Khady Koita13 « il reste encore beaucoup à faire, car il existe une résistance qui nécessite un véritable engagement politique, et un vrai travail en vue de faire évoluer les mentalités, en bousculant les habitudes pour réussir des avancées ». En effet, les lois ne modifient pas les comportements, ce sont les actions de sensibilisation, d’information et de formation des populations qui se révèlent efficaces (Ainsi au Nigeria, la reconversion des exciseuses à d’autres activités).

Une résolution a été votée par l'assemblée générale des Nations Unies, en 2012 et renforcée en 2014. Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux Etats membres de "compléter les mesures punitives par des activités d'éducation et d'information". 

Citons le témoignage d’une voyageuse française au Burkina Faso, des jeunes filles lui expliquèrent comment, bien que la pratique de l'excision soit interdite dans le pays, certaines avaient été emmenées - durant les vacances - dans leur famille, résidant soit en brousse soit dans un pays voisin. Selon elles, les exciseuses veulent conserver cette pratique qui leur rapporte de l'argent. Plusieurs d’entre elles précisèrent que sans l'excision elles ne pourraient avoir d'enfants et elles ouvrirent grand leurs yeux quand la voyageuse leur fit réaliser que dans le monde entier les femmes avaient des enfants sans excision !!!

Nous savons par ailleurs que dans l’Afrique traditionnelle la communauté joue un rôle fondamental, que l’individu en est intimement membre. Nous avons appris que sous l’impulsion de l’ONG Tostan14, Malicounda Bambara est devenu en 1997 le premier village sénégalais à abandonner les MGF et que cet exemple a depuis été imité par plus de 7 000 communautés dans huit pays.

Sur ce sujet, il faut apporter une note d’espoir, la réparation chirurgicale s’est développée depuis une vingtaine d’année. Nantes détient une position pionnière. Un grand nombre d’hôpitaux le réalise De nombreuses femmes retrouvent un fonctionnement normal après une intervention prise en charge à 100% par l’assurance maladie, nécessitant une hospitalisation de 24h et un accompagnement post opératoire.

M
Le code de la famille du Sénégal a la particularité d'offrir aux époux la possibilité d'une option entre la monogamie et la polygamie, avec précision du nombre d’épouses souhaitées (de deux à quatre). Cette option doit être signifiée par les époux à l'officier d'état civil avant le mariage, de façon à ce que l'épouse particulièrement en soit bien informée avant la célébration et puisse donner en toute connaissance de cause son consentement….. Cette option est indépendante de la religion des futurs époux.


ême père même mère…




La femme de mon mari15 aborde la polygamie de l’intérieur. Les fondements de l’institution polygamique sont généralement classées en trois catégories :

. une explication politique, qui présente la polygamie comme un moyen de préserver le pouvoir des ainés sur les cadets, (insuffisance des femmes pour les hommes plus jeunes ?)

. une explication économique, selon laquelle les hommes cherchent à accroître le nombre de femmes et d’enfants susceptibles de travailler pour eux,

. une explication d’ordre sexuel et reproductif, prenant en considération l’interdiction dans laquelle les femmes se trouvent d’avoir des rapports sexuels pendant qu’elles allaitent (deux à trois ans en milieu rural). La polygamie serait alors un moyen de pallier la frustration sexuelle.

Au-delà de la théorie, ce livre apporte un témoignage sur le vécu des femmes de polygames, selon une enquête menée en pays Soninké16 et Toucouleur17 au Sénégal de 1984 à 1986, en milieu rural et urbain ainsi que dans un contexte migratoire. Le récit décrit la réalité quotidienne. Les rivalités sexuelles comme la gestion des « tours », les rivalités reproductives, les rivalités domestiques que dénoncent sans cesse les coépouses, révèlent au lecteur un autre aspect de cette institution. Il en ressort aussi une adaptation de l’institution polygamique, avec des solutions originales qui articulent des modèles africains et des valeurs occidentales. Ainsi, l’autorité des coépouses ne découle plus de l’ordre des mariages et du nombre des enfants, mais de l’ordre d’arrivée en France, et du niveau de scolarisation.

Il nous vient à l’esprit l’image des familles occidentales et sans doute universelles, après rupture d’un couple parental et constitution d’une nouvelle famille avec un nouveau conjoint. Ces familles recomposées rassemblent des enfants qui ont un seul parent en commun, elles ont des profils divers. La présence des enfants peut être ponctuelle ou continue. La comparaison de l’institution de la polygamie dans de nombreux pays africains avec la fréquence des familles recomposées en occident peut paraître hasardeuse. Il s’agit, là, d’une institution ancestrale, actuellement assortie d’un cadre légal et, ici, d’une pratique récente liée à l’évolution des mœurs et à l’augmentation du nombre des divorces. Ce serait par ailleurs oublier que les familles africaines connaissent aussi des ruptures, qui apportent aux femmes une liberté dont elles ne jouissaient pas auparavant.

L’asservissement aux réseaux criminels : Parmi les contraintes subies par les femmes africaines contemporaines, nous devons citer celle exercée par les réseaux mafieux de prostitution, parfois gérés par des femmes. Celle à laquelle nous assistons le soir tombé dans les rues des villes françaises est d’une violence qui nous interroge. Là nous savons la révolte difficile !

Des moyens d’action parfois originaux : la guerre des sexes

Stéphanie Plasse18, nous relate une originale action des femmes togolaises. Elle nous rappelle d’abord une pièce d’Aristophane : au Vème siècle avant J-C une guerre entre les deux cités ennemies Sparte et Athènes fait rage en Grèce (guerre du Péloponèse). Lysistra une belle athénienne invite les femmes grecques à entamer une grève totale du sexe jusqu’à ce que les hommes cessent le combat.

Le 26 août 2012 les femmes du collectif Sauvons le Togo ont appelé « toutes les citoyennes » à observer une semaine d’abstinence sexuelle, afin de contraindre les hommes à se mobiliser pour le report des élections législatives et la démission du Président. Le corps féminin est devenu instrument de coercition « Les femmes utilisent leur corps comme une arme de lutte car les hommes ont toujours décidé à leur place et usent et abusent de leur corps. Aujourd’hui, le sexe de la femme sert à une noble cause, il est moyen d’expression »19.

La journaliste poursuit en précisant que le sexe a servi, ailleurs aussi, d’arme politique pour les militantes. Ainsi au Liberia en 2003, on y eut recours pour faire avancer les négociations de paix entre l’ancien Président Charles Taylor et les différents chefs de guerre. Au Kenya en 2009, après une crise grave entre le Président en exercice et son rival, un accord de partage du pouvoir fut signé grâce à cette action. Dans ces pays, comme au Togo, ce type d’actions semble revêtir une envergure nationale et pouvoir influer sur les destinées du pays. Peut-être du fait de la forte présence de femmes entrepreneures dans ces trois pays.

Selon Catherine Cocquery-Vidrovitch « La grève du sexe représente un moyen pour les femmes de faire savoir qu’elles peuvent être autre chose, qu’elles peuvent sortir de la sphère domestique pour aller vers le politique ».20
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