Individu, individus et liens sociaux





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INDIVIDU, INDIVIDUS ET LIENS SOCIAUX


La question de l’individu, apparemment délaissée durant les années 60 et 70, revient en force depuis une vingtaine d’années au point d’être au centre de la plupart des écrits récents dont il devient très difficile de suivre la production.

L’objet de cette intervention est d’en faire un tour d’horizon aussi complet que possible, mais nullement exhaustif vue l’abondance de la production actuelle, en mobilisant les données en sociologie mais également en psychologie sociale. A ce titre, il va de soi que tout ce qui sera présenté le sera à l’intention des enseignants et ne saurait être transposé tel quel aux élèves (l’élaboration de ce qu’on peut présenter aux lycéens sera faite ultérieurement en atelier).

Le premier travail à faire consiste à préciser le sens de termes souvent employés et qui occupent un champ sémantique commun : individu, personne, identité, individualisme.

A l’origine, le terme « individu », traduction du grec « atomos », concerne aussi bien un objet qu’un homme et désigne « ce qu’on ne peut pas couper » (ce qui est indivisible). Il est bien connu que « personne » vient du « persona » qui désigne le « masque de théâtre » et, plus tard, « le rôle attribué à un masque », le terme de rôle marquant ainsi l’importance des liens avec autrui. Enfin, le terme « identité » utilisé depuis longtemps, désigne à partir du 19ème siècle le fait pour une personne d’être un individu donné et de pouvoir être reconnu comme tel.

Le terme plus rare, mais fort utile, d’individuation désigne « le fait de devenir un individu et d’être doté d’une existence singulière ».

Le terme « individualisme », lui, ne date que du 19ème siècle et va prendre rapidement toutes ses significations actuelles : doctrine voyant dans l’individu la valeur suprême (1825), attitude d’esprit favorisant l’initiative et la réflexion individuelle (1834), tendance à l’égoïsme (1839), enfin démarche théorique prenant l’individu comme départ (1904)1.

Cela nous permet de voir que la question de l’individualisme recouvre au moins trois niveaux d’analyse qui s’entrecroisent.

Un premier niveau est éthique, c’est celui de la défense de l’intégrité de l’individu, c’est à dire de la principale valeur que nous respectons : l’affaire Dreyfus constitue une pierre d’achoppement dans ce domaine puisqu’il s’est agi de défendre les droits d’un individu contre l’institution militaire. On peut considérer que le respect de l’individu étant lié au respect de ses croyances et de ses modes de vie, la montée du libéralisme des mœurs observées dans les pays occidentaux depuis 40 ans constitue également une illustration de cet « individualisme éthique »2.

L’individualisme peut également être « méthodologique ». On suppose ici que toute analyse du social démarre de l’individu et il s’oppose au « holisme méthodologique » voire à « l’interactionnisme méthodologique » (dans le cas où on suppose que toute analyse démarre non pas de l’individu mais des interactions). Que penser de ces oppositions ? Pour de nombreux auteurs, la dichotomie « holisme/individualisme » est une fausse opposition ; les mêmes se proposent généralement de la dépasser pour dévoiler toute la réalité du social. A notre sens, il y a là un faux débat car cette opposition n’est qu’un procédé méthodologique (qui peut être efficace ou non) et qui n’a donc pas lieu d’être vrai ou faux. Décréter l’un ou l’autre, c’est tomber dans le « mirage ontologique », piège classique en sociologie quand on prétend dévoiler la réalité du social. Donc, le choix d’une approche méthodologique – individualiste ou holiste – dépendra du niveau d’analyse auquel on est rendu où des difficultés rencontrées.

PLURALITE DES APPROCHES INDIVIDUALISTES

Il convient de faire deux précisions ; la première est qu’il n’y a pas un mais « des » individualismes méthodologiques : ainsi l’individualisme de l’homo oeconomicus n’est pas celui de sociologues comme Raymond Boudon3 : pour celui-ci, l’homo oeconomicus des économistes néoclassiques est caractérisé par six axiomes –individualisme, compréhension, rationalité, instrumentalisme, égoïsme, maximisation – alors que l’individualisme méthodologique des sociologues n’est caractérisé que par trois axiomes – individualisme, compréhension, rationalité – et que la « sociologie compréhensive » ne retient que deux axiomes : l’individualisme et la compréhension. En cela, l’approche de Boudon constitue une réduction de la typologie des formes d’action selon Max Weber – action rationnelle en finalité, rationnelle en valeur, action traditionnelle, action affectuelle.

L’individualisme méthodologique des néo-classiques n’est pas non plus celui de Hayek4 (ce dernier considère même que l’homo oeconomicus, inventé par Bentham et Mill est étranger à l’individualisme analysé par Smith).

La deuxième précision est qu’il n’y a pas de lien obligatoire entre la méthode d’analyse choisie et l’analyse de la montée de l’individualisme : ainsi, Durkheim explique la montée de l’individualisme à l’aide d’un « holisme méthodologique »5 ; en revanche, l’individualisme méthodologique qui postule une existence toujours et partout de l’individu serait bien en peine d’expliquer l’essor de l’individualisme. Il est notable, à ce titre, que Raymond Boudon estime qu’il y a toujours eu de l’individualisme et que sa prétendue montée n’est qu’un mythe. Cette position est cependant minoritaire parmi les sociologues

La majorité des auteurs considèrent que l’individualisme, ou l’individuation, est un processus à l’œuvre dans nos sociétés depuis la Renaissance. Mieux encore, d’après Lemel et Galland, l’individualisme est, de toutes les tendances repérées au 19ème siècle (démocratisation, rationalisation, bureaucratisation,…), la seule qui subsiste aujourd’hui6. La cause semble entendue : l’individualisme serait la tendance majeure de notre époque et la majorité des changements sociaux s’y rapporterait. Débutant avec la Renaissance, l’individualisme connaîtrait des poussées régulières dont la dernière, et pas la moindre, aurait débuté dans les années 807.

Cette idée, admise sans plus de discussion, mérite pourtant d’être questionnée. Ainsi, on suivra volontiers l’historien Alain Boureau pour qui « la question de l’émergence de l’individu est indécidable car elle mêle de façon inextricable les valeurs et les faits (…) Qui pourrait prouver que la France de 2005 constitue une société des individus (isolés ou libres) plutôt qu’une société de clientèles ou de solidarités recomposées ? La réponse est plus idéologique que sociologique8 ».

L’idée que nous défendrons ici est que le constat de la croissance de l’individu tient, pour partie, à une évolution réelle et pour partie à une confusion sémantique. En effet, sous le terme d’individualisme on peut loger des réalités sociologiques multiples et éventuellement contradictoires9, ce qui impose que l’on retienne non pas un mais des individualismes : comme, d’une manière ou d’une autre, l’individu entretient toujours des liens avec les autres ou les groupes, comprendre la montée de l’individu et de l’individualisme revient à comprendre quelles ont été les transformations qui ont touché les liens rattachant l’individu à son environnement social.

Pour reprendre encore Alain Boureau : « (…) une histoire de l’individu ne doit pas être séparée des formes, réelles ou rêvées, de l’agrégation sociale10

La question de l’individualisme peut donc se présenter sous de multiples facettes et il est alors nécessaire de distinguer clairement celles-ci pour aborder une question aussi complexe. C’est ce que nous verrons dans un premier temps à travers la description des relations entre l’individu et le groupe avant de montrer quelles sont les formes de l’individualisme qui se sont succédées dans l’histoire.



PARTIE I - L’INDIVIDU ET LE GROUPE

I) - AMBIGUITE DES LIENS ENTRE L’INDIVIDU ET LE GROUPE

On présente trop souvent l’individu (associé aux idées d’autonomie, de choix et de liberté) et le groupe (associé à la contrainte) comme des réalités antinomiques alors que leurs liens sont nombreux, complexes et parfois contradictoires. Cela rend donc problématique les concepts mêmes d’individualisation et d’individualisme.

Quand l’individualisme tue l’individu.

La caractéristique première de l’individu est le fait d’être libre, c’est à dire de n’être soumis à aucune autorité. Pourtant, comme on le sait, la liberté peut, dans certains cas, être le meilleur ennemi de l’individu.

Il n’y a pas de meilleure illustration dans ce domaine que l’exemple du Darwinisme social qui apparaît dès la première traduction de « L’évolution des espèces » à travers la préface écrite par Clémence Royer. L’idée centrale du Darwinisme social est que la sélection doit s’opérer au sein de la Société de la même manière que dans la nature ; la disparition des (supposés) éléments les plus faibles permettrait alors de renforcer la puissance du groupe. Et toute aide en faveur des plus défavorisés ne pourrait qu’amoindrir l’ensemble. Dans ce cas, le libéralisme qui assure pleinement la liberté de l’individu est établi explicitement dans le but d’améliorer l’espèce, donc le groupe, et l’exaltation de l’individu est faite au service du groupe.

Les doctrines actuelles sont rarement aussi cyniques mais on retrouve souvent le problème selon lequel, bien souvent, c’est la liberté qui opprime et la loi qui protège et c’est la loi qui donne à l’individu les supports lui permettant d’exister11.
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