L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie





télécharger 66.21 Kb.
titreL’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie
date de publication18.10.2017
taille66.21 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > loi > Documentos
INtrODUCTION

Poser la question de l’impact des Systèmes d’Information Géographique (SIG) sur les organisations de l’archéologie à un moment où de plus en plus de publications montrent tout l’intérêt de la mise en œuvre de tels outils pour notre discipline peut sembler curieux. Mais aux réponses que devrait apporter une littérature toujours plus abondante sur la thématique des SIG en archéologie s’est substitué un questionnement sur la nature même de ces systèmes et sur leur efficience réelle pour notre discipline.

En effet, dans la pratique nous avons pu faire le constat que le terme SIG couramment utilisé, englobait (voire aplatissait !) un nombre de réalités extrêmement variées aussi bien sur le plan des d’outils, des applications, que des résultats.

Même si l’utilisation des SIG est devenue courante, leurs impacts sur notre travail quotidien reste difficilement perceptible sans un regard plus nuancé prenant en compte en premier lieu, la technologie dont la morphologie et les potentiels déterminent les résultats que l’on peut en attendre ; mais aussi, et de manière peut-être moins évidente mais tout aussi fondamentale, le contexte c’est-à-dire le cadre historique et les organisations1 au sein desquelles ces outils sont mis en œuvre.

L’apparent succès de la géomatique masque la complexité des mécanismes de diffusion, d’appropriation et d’utilisation de ces outils. Aborder la question de l’apport de cette technologie pour notre discipline, c’est adopter un point de vue qui ne peut faire l’économie d’une analyse de ce que R. Debray nomme les médiations techniques2 [DEBRAY 1991a]. La pratique d’une science ne peut plus aujourd’hui être pensée indépendamment des configurations matérielles dont elle est imprégnée. Pour B. Latour : « On trouve donc dans les pratiques scientifiques un noyau dur, celui des contenus scientifiques entouré d’un environnement social, politique et culturel, celui du contexte. » [Latour 1989a : p.426]

L’Archéologie, science d’érudition et donc science de l’information [Guimier-SorbetS 1996a], est la résultante de l’activité cumulée d’organisations et d’acteurs qui poursuivent des objectifs propres avec des problématiques, des moyens, des outils et sur des territoires différents. Ces organisations tendent vers un but commun minimal : la reconstitution des systèmes culturels du passé à partir des traces matérielles qui en subsistent.

Les techniques sont porteuses de projets, de schèmes imaginaires, d’implications sociales et culturelles variées [Levy 1997]. Leurs présences et leurs usages en tel lieu à telle époque cristallisent des rapports de forces chaque fois différents entre êtres humains. Les SIG, instruments au service d’une discipline, sont aussi porteurs d’idées, de projets sociaux, d’utopies, d’intérêts économiques, de modèles dominants conscients ou non. La compréhension de leurs modalités de diffusion et d’insertion dans nos pratiques quotidiennes, au sein de nos organisations est donc un enjeu pour l’avenir de ces mêmes pratiques et de ces mêmes organisations. Plus que jamais, il devient nécessaire d’observer, pour les comprendre, ces mutations qui constituent notre discipline et réfléchir sur de nouveaux processus pour initier, piloter et promouvoir les développements technologiques à venir.

Ainsi, si on peut faire l’hypothèse d’une relation entre une technologie et une pratique disciplinaire donnée, le lien est beaucoup plus complexe qu’un rapport de détermination de l’une vers l’autre. Une technique ouvre certaines possibilités, certaines options méthodologiques qui ne pourraient être envisagées sans sa présence. Mais parmi les alternatives qui peuvent être mobilisées, certaines seulement sont choisies. Une technique est donc à la fois la résultante et l’origine d’un besoin. Une discipline produit sa technique tout comme elle est conditionnée par ses techniques. La compréhension des modalités de diffusion et d’appropriation des SIG dans la communauté des archéologues suppose le développement d’une réflexion sur le fonds commun de connaissance qui compose la discipline mais aussi (et surtout) sur les pratiques telles qu’elles existent dans les différentes composantes de notre communauté.

C’est pourquoi le « mieux » généralement invoqué pour justifier l’utilisation croissante des SIG au sein de nos organisations en archéologie nous semble un peu simpliste. On ne peut évidemment pas nier que les SIG (et la géomatique en général) apportent au final une réelle plus value pour la gestion et la manipulation des données en autorisant des traitements impossibles autrement. Sur ce dernier point, les aspects les plus couramment évoqués que sont les gains de temps ou encore une augmentation de la puissance d’analyse doivent, face à l’expérience, être très largement pondérés.

Le gain de temps apporté par la mise en place d’un SIG n’est pas forcément évident et surtout rarement immédiat si on le met en regard d’un traitement plus «classique» avec un outil de dessin assisté par ordinateur (DAO). Quant à l’augmentation des possibilités d’analyse, elle est réelle, mais sous réserve d’une connaissance préalable des méthodes implémentées dans le logiciel et d’une connaissance des fonctionnalités et des procédures liées à l’application. Cet ensemble de connaissances suppose en préalable un investissement sur la durée (formation) et une réflexion initiale importante (formulation des questions en cohérence avec les possibilités de traitement des applications)…

La vision positive, même si elle possède une part de réalité, n’est donc pas suffisante pour expliquer l’adoption et la diffusion d’une innovation dans une discipline donnée [FLICHY 2003].

L’archéologie a connu durant ces 20 dernières années de gros changements structurels qui sont encore très loin d’être achevés : dispositifs législatifs renouvelés, apparition et montée en puissance de nouvelles structures (AFAN - INRAP, Services archéologiques de collectivités, structures privées), redéfinition des structures de recherches (UMR et établissements d’enseignement supérieur)… Ces changements ont eu et auront encore une grande influence sur les pratiques et les outils qui leurs sont associés.

L’importance actuelle de la géomatique dans notre discipline ne peut donc pas être comprise sans prendre en compte ces états de fait. « A la place des idées, des pensées et des esprits scientifiques, on retrouve des pratiques, des corps, des lieux, des groupes, des instruments, des objets, des nœuds, des réseaux. » [Latour 1989b : p. 68]

Le point de vue développé dans ce travail est donc celui d’un archéologue qui se trouve confronté à une nouvelle économie du savoir [Levy 1990] entraînant des changements dans les modalités de mise en œuvre de sa discipline et qui souhaite comprendre ces développements pour proposer les bases d’une posture méthodologique adaptée à ces évolutions.

Cette approche, nous l’avions précédemment engagée à l’occasion d’un mémoire de maîtrise [COSTA 2000], où nous avions tenté de percevoir ce que les bases de données cartographiques avaient changé dans nos manières de faire, d’interpréter et de voir. Par une analyse formelle et structurelle du projet développé dans le Val-d’Oise, appuyée sur un inventaire critique des bases de données géographiques du service départemental d’archéologie du Val-d’Oise (SDAVO)3, nous nous étions attaché à comprendre les différentes étapes de la construction et de l’évolution de ce projet. Il s’agissait alors de percevoir le rôle et l’apport du logiciel SIG face aux besoins de cette équipe d’archéologues.

Loin de se réduire à un épiphénomène technologique, l’outil développé par ce service a été et reste toujours le centre d’une dynamique complexe dont on a pu dégager quelques axes : nécessités de gestion de l’information, contraintes techniques, cadre institutionnel, problématiques de recherche, sensibilité des équipes face aux outils.

Autant de facettes qui nous ont montré que ce processus d’instrumentation mettait en jeu différentes logiques : des logiques de discipline, des logiques spécifiques aux technologies, et surtout des logiques humaines [GUIMIER-SORBETS 1999].

C’est le même besoin de comprendre l’impact des systèmes d’information géographique sur nos pratiques qui nous a poussé à poursuivre et à élargir dans un mémoire de DEA [COSTA 2002b] et aujourd’hui à l’occasion de cette thèse les questionnements initiés précédemment.

Ce que nous cherchons dans l’observation d’un certain nombre d’expériences et par une série d’expérimentations menées dans le double domaine de l’archéologie et de la géomatique et volontairement puisées dans diverses organisations, c’est à construire un point de vue nous permettant de lire les enjeux associés à la vision spécifique induite par les technologies de l’information géographique (TIG) en archéologie.

Pour cela, l’objectif que nous nous sommes fixé a été de constituer un corpus suffisamment large de projets et d’expérimentations pour constituer une base de connaissance propre à soutenir un discours sur une pratique toujours en voie de progression et d’évolution.

Nous avons choisi d’adopter deux discours conjoints pour percevoir les systèmes d’un point de vue extérieur au travers leurs utilisations et leurs utilisateurs, mais aussi sous un angle plus interne par le développement d’expérimentations dans le cadre de différentes équipes de recherche.

Cette approche, quelque peu déstabilisante dans ses débuts, s’est peu à peu structurée à mesure que se sont accumulées les observations et que se sont développés les projets. Ce sont des perceptions, des rapports d’acteurs ou de groupes d’acteurs, possédant une histoire, une culture, des moyens et qui ont développé leurs expériences face aux TIG que nous avons cherché à retranscrire pour en dégager les points communs et les singularités.

Pour répondre à cette démarche, nous nous sommes tournés vers des concepts et des outils à même de nous offrir une vision de la géomatique différente de celle que possédaient les archéologues et permettant d’intégrer toute la dimension humaine dont nous pensons, par expérience, qu’elle est prépondérante. Nous nous sommes alors très largement appuyés sur les travaux des spécialistes des organisations, et tout particulièrement sur ceux des sociologues, afin d’établir une grille de lecture qui soit à même de nous permettre de comprendre les différentes dimensions des projets qui composent notre corpus d’étude.

L’archéologie en temps que discipline est vue ici comme un ensemble d’organisations (organismes, institutions, structures informelles..) qui poursuivent leurs propres objectifs selon des modalités qui leurs sont spécifiques. Il n’y a alors plus «une archéologie» mais « des archéologies » qui s’interconnectent pour former une discipline.

Ainsi l’archéologie, vécue comme un assemblage mouvant d’organisations qui se développent selon des politiques propres, devient une discipline multiforme et active qui se progresse aussi bien selon des logiques liées à la recherche fondamentale que sur un plan plus opérationnel dans le cadre d’enjeux qui la dépassent très largement tels que l’aménagement du territoire, la gestion du patrimoine culturel ou l’organisation de la recherche.

Selon nous, l’archéologie ne doit plus être envisagée comme une discipline monobloc mais comme un champ de connaissance multipolaire et multi-organisationnel où des outils, tels que les SIG, traduisent non seulement les logiques propres de la discipline mais répondent aussi aux besoins et aux contraintes des organisations. Ainsi, l’examen de la mise en œuvre de SIG dans chacune des organisations permet de mettre au jour des lignes directrices collectives mais aussi des différences profondes et structurelles, tant au niveau des techniques et des méthodes de développement, des infrastructures matérielles, des objectifs ou des résultats attendus.

Cette évaluation des spécificités organisationnelles de chacun des acteurs de l’archéologie est donc un pré-requis pour proposer une vision de synthèse de l’utilisation de ces technologies, pour en cerner les grands apports et peut-être en orienter les futurs développements.

Pour nous, les utilisations des outils géomatiques en archéologie et les formes qu’elles prennent, témoignent d’autre chose que d’une simple amélioration technique dans le traitement des données. Il s’agit plutôt de la mise en place d’un processus d’une intelligence collective, au sens du philosophe P. Levy, qu’il est stratégique de comprendre si l’on veut l’exploiter dans toutes ses dimensions : « système ouvert d’autocartographie dynamique du réel, d’expression de singularités, d’élaboration de problèmes, de tissage de lien social par l’apprentissage réciproque et la libre navigation dans les savoirs. » [LEVY 1997 : p. 238]4

* *

*

Notre travail est structuré en sept chapitres :

Nous traitons dans le chapitre 1 la question de l’appropriation des SIG par la communauté archéologique nationale. Le développement des SIG est d’abord vu par le biais d’un historique du développement de ces systèmes en France puis par la question de leur insertion progressive dans les organisations de l’archéologie.

Le chapitre 2 est axé sur la question de la définition des SIG appliqués à l’archéologie. Plutôt que de nous appuyer sur une définition préétablie et issue des géographes, nous avons fait le choix de ne pas en proposer a priori et de construire au fur et à mesure de notre développement les différents éléments nous permettant de cerner au mieux ces systèmes. Pour cela, nous nous sommes inspiré des travaux d’un géographe [JOLIVEAU 2004] pour adopter trois angles de vue :

 Le premier est un angle fonctionnel : à quoi sert un SIG dans les organisations de l’archéologie ? Ici, nous traitons des objectifs des SIG, de la cartographie jusqu’aux modélisations.

 Le second est un angle structurel : de quoi se composent les SIG des organisations de l’archéologie ? Cette approche nous permet d’explorer les différentes conceptions dont peuvent relever les SIG qui vont de l’outil technique au système d’information des organisations.

 Le troisième est un angle procédural : comment met-on en œuvre un SIG dans les organisations de l’archéologie? Cette perspective nous permet d’aborder la question de la gestion et de l’évolution des processus de constitution de l’information.

Ces trois perspectives d’approche nous permettent de mettre en exergue la dimension projet liée à la mise en œuvre de tout système d’information et introduisent le chapitre 3 dans lequel nous amenons le point de vue des sociologues et des géomaticiens sur l’analyse des SIG. Nous y définissons aussi une série de concepts traitant du fonctionnement des organisations qui ont été à la base du développement de notre grille de lecture des projets géomatiques. La présentation de cette grille est développée dans le chapitre 4.

Le corpus des projets de l’observatoire est présenté dans son intégralité dans le chapitre 5. Les projets sont regroupés par grands types d’organisations, à savoir : les services archéologiques de collectivités territoriales, le Ministère de la Culture, l’INRAP puis les organismes de recherche et les établissements d’enseignement supérieur. Chaque projet y est présenté sous forme d’une fiche descriptive et analytique et chaque ensemble de projets fait l’objet d’un récapitulatif par organisme. Actuellement le corpus est composé de plus de 90 fiches qui, loin de prétendre à l’exhaustivité, donnent une image que nous estimons cependant significative d’une pratique en pleine évolution.

L’analyse et la synthèse de cet ensemble de projets nous permettent de brosser un premier panorama de la géomatique des organisations de l’archéologie selon quatre grandes infrastructures qui sont constitutives de tout système d’information : organisationnelle, technique, des données et d’analyse.

Cette première vision de synthèse est complétée par une série d’expérimentations qui sont présentées dans le chapitre 6. Ces expérimentations sont issues de travaux menés dans le cadre de notre activité professionnelle durant ces dix dernières années. Elles relèvent essentiellement de deux contextes organisationnels : d’une part des travaux menés au sein du service archéologique du département du Val-d’Oise (SDAVO) avec le projet Système d’information géographique du département du Val-d’Oise (SIGVO) ; d’autre part, des travaux menés avec les équipes de l’UMR 7041 ArScAn – Archéologies et Sciences de l’Antiquité basée à Nanterre à laquelle je suis rattaché depuis 2007.

Cet ensemble composé de dix unités de projet, compose un corpus très varié d’applications ayant des problématiques, des cadres, des champs chronologiques et culturels très variés. La plupart sont encore en cours de développement. Leur ordre de présentation suit l’ordre chronologique de leur réalisation :

Le système d’information géographique du Val-d’Oise : Ce projet développé à partir de la politique mené par ce service durant une dizaine d’années a connu un fort développement à partir de 1994 avec la mise en oeuvre du premier outil SIG dans le département du Val-d’Oise. L’originalité du système d’information du service départemental d’archéologie est d’avoir su combiner différents niveaux d’approche et différentes échelles de projets pour aboutir au développement d’une interface intégrée ouvrant sur une approche globale d’un territoire.
 Les expériences menées ensuite et successivement au sein de l’UMR 7041 Archéologies et Sciences de l’antiquité

Argos (Grèce) : Ce projet né en 2003 d’une collaboration inter-institutionnelle entre l’Ecole Française d’Athènes, l’UMR 7041 ArScAn et le SDAVO a été l’occasion de développer une base de données géographiques à l’échelle urbaine recensant 30 années d’archéologie préventive sur une ville grecque.

Etiolles (France) : Engagé en 2003, le programme de recherche sur l’évolution morphologique de la vallée de la Seine autour du site paléolithique d’Etiolles a permis d’aborder l’étude des conditions préférentielles de conservation des vestiges.

Umm Haddar (Jordanie) : Le développement à partir de 2006 de cette base de données de gestion des données archéologiques de la fouille de Umm Haddar (Wadi kufrein) prend son origine dans un questionnement plus vaste sur l’organisation du domaine hellénistique d’Irak El Amir.

Villajoyosa (Députacion de Alicante, Espagne) : Depuis 2006, le développement de la base de données géographiques de Villajoyosa a permis de lier deux échelles d’approches : celle de la fouille de l’établissement ibérique de la Malladeta et celle de l’étude de l’espace communal dans ses différentes composantes. L’objectif est de travailler sur la dynamique de structuration de ce territoire sur la longue durée.

Itanos (Crète, Grèce) : Le développement du SIG Itanos en 2007 se rattache à un programme interdisciplinaire dont l’objectif est de retracer à l’échelle micro régionale la dynamique de l’occupation humaine dans la péninsule extrême-orientale de Crête autour des ruines antiques de la cité grecque d’Erimopouli (Commune de Palaikastro).

Délos (Cyclades, Grèce) : Le développement à partir de 2007 sur le site de Délos d’une base de données de référence à l’échelle du sanctuaire d’Apollon permet de mener une réflexion sur l’intégration d’une documentation archéologique foisonnante (planimétrique ou non) alliant de multiples échelles et des approches variées (archéologique, architecturale, environnementale, géophysique...).

Elche (Députacion de Alicante, Espagne) : La zone nord d’Elche recèle un ensemble de carrières dont l’exploitation s’est étendue de la période ibérique jusqu’à la période moderne. Le développement en cours de la base de données initié en 2007 permet d’associer autour d’une interface commune des géologues, archéologues et géomaticiens.

Analyse diachronique de l’espace Parisien, approche omatique - Alpage (Paris, France) : Ce projet lancé courant 2007 vise à mettre en place des synergies et des outils de travail mutualisés entre Sciences et Techniques de l’Information et de la communication (STIC) et Sciences Humaines et Sociales (SHS) permettant de soutenir et de développer des recherches concernant l’espace Parisien.

Ressources cartographiques en Ile-de-France - ReCIF (Ile-de-France, France) : Le projet collectif de recherche (PCR), Dynamique et résilience des réseaux routiers en Ile-de-France (DynarIF) initié en 2007 a donné lieu à partir de 2008 à la mise en place et au développement d’une base de données de ressources plus générale qui recense la documentation cartographique du XVIIe siècle à nos jours.

Chacun des projets est décrit selon les quatre infrastructures évoquées plus haut : organisationnelle, technique, de données et d’analyse. Cette diversité nous permet de proposer un second niveau de synthèse en rentrant dans une analyse cette fois plus structurelle traitant à la fois du projet, des bases de données géographiques ou d’aspects plus informels tels que les procédures de mise en œuvre.

Un point qu’il est important de mentionner c’est que, contrairement à la plupart des travaux mettant en œuvre les SIG, nos attendus dans le cadre de cette thèse sont d’abord d’ordre méthodologique. Ici, tout projet, qu’il soit considéré comme succès ou comme échec nous intéresse dans sa globalité et pas seulement pour ses résultats.

C’est pour cette raison que nous nous sommes appuyé sur des bases de données préexistantes, développées dans le cadre de projets plus ou moins indépendants les uns des autres. Nous les présentons d’ailleurs comme des entités qui possèdent leurs propres logiques. L’ensemble du chapitre 6 compose une série qui, de premier abord, peut sembler très hétérogène. Cette variabilité est pour nous une richesse qui témoigne à la fois d’une évolution des pratiques et des besoins mais qui illustre aussi une certaine continuité d’action (parce que suivi par une même personne). Ainsi des contextes à chaque fois différents peuvent ici être mis en relation les uns avec les autres pour soutenir une approche critique du développement des SIG en archéologie.

Enfin, ce qu’il faut rappeler dès à présent, c’est que le développement d’un SIG est d’abord un travail d’équipe dans lequel il est difficile, voire impossible de dégager ce qui relève de l’un ou l’autre des acteurs du projet. Le développement d’une base de données archéologiques, spatiale ou non, est un exercice qui mêle à la fois un travail sur le fond et la forme, qui fait appel à la fois au spécialiste et au technicien. Pour aboutir à des résultats opérationnels, il doit associer étroitement ingénieur et chercheur. Nous n’avons donc pas souhaité dissocier ce qui relevait de la production technique pure du travail d’analyse thématique. Les textes présentés dans les pages suivantes s’appuient sur des travaux réalisés en dehors du cadre strict de ce travail et pour certains déjà publiés. Nous avons fait le choix de reprendre tout ou partie de certains de ces travaux, en mentionnant nommément en tête de paragraphe les auteurs qui en sont à l’origine.

Le chapitre 6 est conçu comme une série de présentations de travaux et le lecteur pourra au choix suivre le fil du discours ou y naviguer librement pour y trouver des exemples d’approches et de développements qui ont été menés avec ces différentes équipes. Le grand intérêt de cette juxtaposition d’exemples, est de nous permettre d’interroger les différentes phases de développement auxquels tout archéologue se retrouvera confronté dans la conduite de projet SIG en archéologie. Les SIG sont en passe de devenir des outils quotidiens (s’ils ne le sont déjà dans certains groupes ou institutions !). Le fait touche de manière plus ou moins marquée l’ensemble des organisations de l’archéologie et ce sont des clefs pour la gestion de ce quotidien qu’il faut construire.

Nous terminons, après cette phase d’analyse, avec le chapitre conclusif (chapitre 7). Un des intérêts des SIG est de rendre potentiellement comparable des informations en leur donnant au moins une dimension commune : l’espace. Or, dans les pratiques on se rend compte que la distance à parcourir est encore longue pour obtenir si ce n’est une homogénéisation (qui n’est pas forcément souhaitable) tout du moins une cohérence et une interopérabilité des bases de données. Même s’il n’y a pas et il ne peut y avoir une et une seule solution sur la question du développement des bases de données géographiques, il faut mettre en place des outils pour proposer des formes-réponses adaptées à des objectifs et des groupes donnés. C’est selon cette perspective que nous allons travailler pour dégager de la variabilité issue de l’expérience non pas un modèle de base de données unique et dominant, mais un ensemble de réflexions pour favoriser la mise en cohérence des démarches et des données tout en prenant en compte les logiques de chacun des projets.

Ce dernier chapitre porte sur la question de la mise en place de normes, de standards et de protocoles de développement, qui serviraient à construire les bases de données de demain. Unifier et normaliser les données de tous les projets est une utopie primaire qui est aujourd’hui derrière nous. En revanche, aboutir à la définition d’un noyau minimum (informations, structures, pratiques) permettant de constituer des applications contenant des données potentiellement échangeables est possible et très largement souhaitable.

Il faut pour cela développer une véritable méthode d’analyse stratégique des projets et des outils permettant de lire les différents enjeux de ces développements et de faire dialoguer les différents univers de discours qui composent notre discipline.

1 - Une organisation est entendue dans le sens de CROZIER, MINTZBERG [CROZIER, MINTZBERG 1977] c’est-à-dire comme un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets que l’on appelle éléments...) d’individus, regroupés au sein d’une structure régulée, disposant de moyens, ayant un système de communication facilitant la circulation de l’information, dans le but de répondre à des besoins et d’atteindre des objectifs déterminés.


2 - [DEBRAY 1991 : Les diagonales du médiologue. Transmission, influences, mobilités. Les enjeux oubliés de la mobilité, p. 65 - 66] : « on vérifiera une fois de plus que les médiations techniques ne constituent pas des intermédiaires inertes entre l’homme et la nature, mais des agents de transformation, aux effets imprévisibles et saugrenus. Edgar Poe parlait « des puissances de paroles». Ce sont ces puissances de l’automobile qui intéressent le médiologue, à savoir tout ce qu’elle à défait et refait dans l’urbanisme, l’économie civile, dans le marché du travail, l’invention du paysage, la redéfinition des monuments, dans la valorisation sociale de la vitesse, etc. bref dans « le tissu conjonctif», dans l’atmosphère sociale des sociétés d’hier, pédestres et cavalières. […] Une communauté, par exemple une nation, une cité, une fédération, regroupe tous les gens qui partagent un certain territoire et une certaine histoire. Et le partage des représentations communes - qui fait une subjectivité collective, une mentalité, un imaginaire- ne peut être pensé indépendamment des configurations matérielles que revêtent à chaque époque l’espace et la durée. La régulation pratique de nos coexistences dépend des modes d’appropriation technique de notre environnement. ».


3 - autrement appelé « dictionnaire des méta données »


4 - [LEVY 1997] Levy (P.) - Cyberculture. Rapport au conseil de l’europe. 1997.


similaire:

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconSig management des organisations

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconCoordonnées Paris Sorbonne University Abu Dhabi
«Approche des dynamiques spatiales et des phénomènes complexes en géographie : apports de la télédétection et des systèmes d’information...

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconAutomatique et genie electrique” universite d’aix-marseille
«Automatique et Génie Electrique» et sur quelques modules pédagogiques de la spécialité recherche «Sciences de l’Information et des...

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconRésumé Ce papier part du constat qu’il existe un décalage significatif...

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie icon52 façons de participer aux Journées de l’Archéologie
«Les experts de l’archéologie» de Joris Clerté, Marc Chevalier, Pierre-Emmanuel Lyet

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconEtude de cas sur les Soldes Intermédiaires de Gestion (sig)

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconLouise Merzeau Web en stock
«Découplant la vue logique de l’information de son implantation physique, la délocalisation des mémoires impose une forte redondance,...

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconL’ingénierie des systèmes d’information

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconQuestion 2 : L’Afrique face aux défis du développement et de la mondialisation
«Introduction à une géographie des conflits», L'Information géographique, 2011/3 Vol. 75, p. 6-22

L’impact des Systèmes d’Information Géographique (sig) sur les organisations de l’archéologie iconI. Notion de système d’information : Une proposition de définition
«Un Système d’information (SI) est un ensemble organisé de ressources : matériel, logiciel, personnel, données, procédures… permettant...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com