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2°/ Table des catégories :


1

De la quantité

Unité < Einheit >

Pluralité < Vielheit >

Totalité < Allheit >

2

De la qualité

3

De la relation

Réalité

Realität >

Inhérence et subsistance

Inhärenz und Subsistenz >

(Substantia et accidens)

Négation

Negation >

Causalité et dépendance

Kausalität und Dependenz >

(Ursache und Wirkung)

Limitation

Limitation >

Communauté < Gemeinschaft >

Action réciproque entre l’agent et le patient

(Wechselwirkung zwischen

dem Handelnden und Leidenden)

4

De la modalité


Possibilité — Impossibilité < Möglichkeit — Unmöglichkeit >

Existence — Non-existence < Dasein — Nichtsein >

Nécessité — Contingence < Notwendigkeit — Zufälligkeit >


Kant apporte d’utiles précisions à cette table des catégories pour montrer en quoi consiste sa spécificité par rapport à celle des jugements :

« La même fonction qui fournit de l’unité aux diverses représentations dans un jugement donne aussi à la simple synthèse de diverses représentations dans une intuition une unité qui, exprimée de façon générale, s’appelle le concept pur de l’entendement. C’est donc le même entendement, et cela par les mêmes actes grâce auxquels il instaurait dans des concepts, par l’intermédiaire de l’unité analytique, la forme logique d’un jugement, qui introduit aussi dans ses représentations, par l’intermédiaire de l’unité synthétique du divers dans l’intuition en général, un contenu transcendantal : ce pourquoi celles-ci s’appellent des concepts purs de l’entendement, lesquels se rapportent a priori à des objets — ce que ne peut pas faire la logique générale »45.

Contrairement à la logique formelle classique d’Aristote et des Médiévaux qui se contentait de faire un inventaire des formes de pensée (c’est-à-dire ici des jugements) indépendamment de l’objet, la logique transcendantale est un retour de la logique à l’objet et à l’activité synthétique du sujet pensant. Ce n’est plus une logique analytique, formelle, abstraite, mais une logique objective, en ce sens qu’elle met en lumière les conditions pures et a priori de la connaissance d’objets. La logique transcendantale dégage les formes de l’usage objectif de l’Entendement : elle opère donc un retour à l’objet qu’avait écarté par principe la logique formelle. Ce sont les catégories de l’entendement qui, en tant que fonctions liantes, permettent d’opérer la synthèse des objets de connaissance et de pensée.
Kant reconnaît qu’il a dû procéder à certains aménagements de la table logique des jugements léguée par la tradition pour établir la table des catégories. Or, comme celle-ci doit pouvoir permettre de rejoindre les objets de la connaissance, il y a lieu de penser que Kant a dû partir en fait des sciences constituées de son temps (c’est-à-dire surtout de la physique newtonienne) pour remonter de là vers la table logique des jugements et la modifier en sorte qu’elle permette de retrouver les opérations logiques qui sous-tendent les sciences de son temps. C’est ce qu’ont clairement compris les néo-kantiens de l’École de Marbourg : Hermann Cohen46, Paul Natorp et Ernst Cassirer, ainsi que Jules Vuillemin en France qui leur rendit hommage et poussa plus loin l’analyse dans son ouvrage sur Kant47, tout comme Alexis Philonenko un peu plus tard48.
Surtout, ce qui préoccupait Kant, c’était d’établir une table des catégories qui soit systématique (c’est-à-dire ordonnée nécessairement suivant une règle, un concept, un principe ou une Idée) et complète (c’est-à-dire close et achevée) :

« La philosophie transcendantale a l’obligation de rechercher ses concepts [...] et ils doivent donc eux-mêmes être reliés les uns aux autres en un ensemble d’après un concept ou une Idée. [...] Sinon, ils dépendraient du caprice et du hasard »49.

§ 11. Kant pense avoir atteint la systématicité requise et complète (contrairement à Aristote qui avait fourni une simple liste rhapsodique, dépourvue de systématicité) car il précise que ces douze catégories regroupées dans 4 classes que l’on peut encore répartir en 2 parties, puisqu’il appelle mathématiques les catégories de la quantité et de la qualité (car elles concernent l’intuition pure et l’intuition empirique des objets), tandis qu’il nomme dynamiques les catégories de la relation et de la modalité (car elles portent sur l’existence des objets dans leurs relation entre eux ou avec l’entendement)50.

On apprend aussi que dans chacune des 4 classes de catégories :

« la troisième catégorie procède toujours de la liaison de la deuxième avec la première de sa classe. Ainsi la totalité n’est autre que la pluralité considérée comme unité, la limitation que la réalité liée à la négation, la communauté que la causalité d’une substance en relation de détermination réciproque avec les autres, enfin la nécessité que l’existence qui est donnée par la possibilité même »51.

Ainsi, Kant a réussi, non sans peine, à dresser sa table définitive des catégories qui présente l’unité systématique indispensable à la logique transcendantale, mais qui totalise également les concepts fondamentaux que les sciences physiques ont découvert successivement depuis qu’elles ont emprunté la voie sûre de la science au début du xviie siècle. Autrement dit, comme le remarque très justement Philonenko, « la table des catégories [...] est à la fois une logique des sciences et une histoire des sciences »52. Philonenko ne fait que suivre sur ce point les enseignements de Hermann Cohen53. En ce sens, la classe de la quantité représente la science cartésienne (qui réduisait sa physique à la géométrie), celle de la qualité représente la science leibnizienne (qui fait appel au passage le la réalité à la négation et inversement par le truchement du calcul infinitésimal), celle de la relation représente la science newtonienne (qui étudie les relations causales réciproques entre les substances phénoménales). Mais alors, la classe de la modalité représente la philosophie kantienne qui juge la valeur respective de ces différents états de la connaissance scientifique : la science cartésienne est simplement possible (car elle reste abstraite et formelle au niveau de la géométrie), la science leibnizienne est réelle en ce sens où elle atteint la connaissance des états instantanés des phénomènes dynamiques, tandis que la science newtonienne est nécessaire parce qu’elle s’élève à la connaissance du système des lois fondamentales de la mécanique (c’est-à-dire des mouvements des corps). La classe de la modalité est donc le moment de la philosophie qui prend conscience de l’apriorité des a priori qui rendent possible la science de la nature. C’est le moment où la philosophie réfléchit sur la science et c’est bien à ce niveau un savoir sur le savoir, c’est-à-dire un savoir second.

Malgré la haute perfection de cette table des catégories close et achevée, on est en droit de faire 2 remarques :

  • D’une part, comment se fait-il que Kant n’ait pas fait de place à d’autres sciences qu’aux sciences dites exactes (mathématiques et physique) tout en privilégiant la mécanique rationnelle galiléo-newtonienne ?

  • D’autre part, Kant pensait-il que cet ensemble immuable de catégories pourrait être encore pertinent dans l’évolution future de la connaissance scientifique ?

Tout se passe comme si Newton avait atteint une maturité scientifique indépassable, en ce sens que toutes les découvertes futures pourraient rester à l’intérieur du cadre de la science défini par les Principia de Newton54. Le siècle suivant la mort de Kant donnera de cruels démentis avec l’essor de la thermodynamique, la mécanique statistique, pour ne rien dire de la théorie de la relativité ni de la mécanique quantique au début du XXe siècle ! Cette conception figée de l’entendement fut déjà vivement attaquée par les philosophes post-kantiens comme Fichte et Hegel.

C) La « déduction transcendantale des concepts purs de l’entendement » :
Du § 9 au § 12, il fallait établir la table systématique et complète des catégories. A présent, Kant doit encore montrer 1°/ que l’application de ces catégories à l’expérience est légitime et 2°/ comment cette application peut être effectuée, puisque les catégories de l’entendement sont absolument pures et a priori, alors que le divers des sensations que nous fournit l’intuition sensible est a posteriori ? Le premier point sera réglé par la « déduction transcendantale des concepts purs de l’entendement » (qui est la partie la plus difficile de la Critique), tandis que le second sera traité dans la partie extrêmement brève (7 pages) intitulée Du schématisme des concepts purs de l’entendement (que nous étudierons au point D), mais dont l’importance est capitale pour ce que l’on appelle, depuis l’heureuse formule de Bernard Rousset, « la doctrine kantienne de l’objectivité ».
§ 13. Kant emploie dans cette partie très difficile de la Critique un terme qui pourrait laisser planer une équivoque sur le sens de sa démarche, c’est celui de déduction. Or, il faut bien noter que Kant nous avertit que ce terme doit être entendu en son vieux sens juridique traditionnel et non pas logique : c’est-à-dire comme un examen qui se propose d’établir le bien-fondé ou la légitimité d’un titre ou d’un droit :

« Les jurisconsultes, lorsqu’ils parlent de droits et d’usurpations, font une différence, dans une cause, entre la question concernant ce qui est de droit (quid juris) et celle qui porte sur le fait (quid facti), et puisqu’ils exigent une preuve de chacune d’elles, ils désignent la première, qui doit faire apparaître le droit ou la légitimité de la prétention, sous le nom de déduction. [...] J’appelle par conséquent l’explication de la manière dont les concepts peuvent se rapporter a priori à des objets leur déduction transcendantale, et je la distingue de la déduction empirique, laquelle montre de quelle façon un concept est acquis par expérience et par réflexion sur celle-ci, et ne concerne pas la légitimité de ce concept, mais le fait d’où procède sa possession »55.

Le problème de la légitimité de l’application des catégories à l’expérience consiste à se demander les raisons pour lesquelles les intuitions sensibles reçoivent docilement les catégories de l’entendement. Certes, il était facile de comprendre pour quelles raisons les objets de l’expérience étaient recueillis au sein des formes a priori de l’intuition pure (interne et externe). En revanche, il est beaucoup plus difficile d’expliquer pourquoi les catégories, qui sont des fonctions liantes de la pensée dans l’acte de juger, peuvent légitimement s’appliquer aux objets qui nous sont donnés dans l’intuition. On peut bien comprendre que l’on ne saurait connaître un objet indépendamment des catégories de l’entendement, mais cela ne nous dit pas pourquoi les objets donnés dans l’intuition se soumettent aux catégories de notre entendement. En effet, les catégories ne sont pas un absolu, ce sont nos catégories que nous appliquons à la connaissance d’un monde qui pourrait très bien nous sembler absurde ou étranger à nos catégories.
Sur ce point, Kant nous offre une solution pour résoudre ce problème suivant deux perspectives différentes qui procèdent chacune en sens inverse de l’autre selon que l’on suit l’ordre de 1781 ou de celui de 1787. L’ordre suivi en 1781 part du bas, c'est-à-dire de l’appréhension des intuitions sensibles pour s’élever progressivement vers l’unité du « je pense », qu’il appelle « l’unité originairement synthétique de l’aperception » (autrement dit du multiple pour remonter vers l’un). En revanche, l’ordre suivi en 1787 est inverse, puisqu’il part de l’unité du « je pense » pour redescendre jusqu’au divers de l’intuition.
Édition de 1781 :

Kant suit un ordre simple : il part de l’Esthétique transcendantale et s’élève à l’Analytique transcendantale. Il part du bas vers le haut dans une anabase transcendantale vers l’instance première. Comme il y a trois étapes, il y a trois synthèses :

a) De l’appréhension dans l’intuition (GF, p. 179).

b) De la reproduction dans l’imagination (GF, p. 180).

c) De la récognition dans le concept (GF, p. 181).

Il faut remarquer la place centrale de l’imagination, place de médiation, car elle est la source commune de la sensibilité et de l’entendement. Cette place centrale est surtout occupée par le temps : la deuxième synthèse découvre la temporalité comme fonction fondamentale. Enfin, la synthèse de la récognition dans le concept ouvre sur le pôle d’unité, l’unité primordiale (non-dérivée) qui rend raison des trois synthèses successives : le je pense, c'est-à-dire l’unité transcendantale de l’aperception.
Édition de 1787 :

C’est la démarche inverse, c’est une redescente. Elle établit la table des catégories. Le problème est alors celui de la Déduction transcendantale des concepts purs de l’entendement (c’est-à-dire celui de la légitimation des catégories). Kant part de l’unité primordiale au § 16, du pôle originaire d’unité qui est le "je pense". Les trois synthèses sont rejetées au profit du "je pense" :

« Le : je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations. [...] Donc, tout le divers de l’intuition entretient une relation au : je pense, dans le même sujet où ce divers se rencontre. Mais cette représentation est un acte de la spontanéité, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas être considérée comme appartenant à la sensibilité. Je l’appelle l’aperception pure pour la distinguer de l’aperception empirique, ou encore l’aperception originaire, parce qu’elle est cette conscience de soi qui, en produisant la représentation : je pense, laquelle doit pouvoir accompagner toutes les autres et est une et identique dans toute conscience, ne peut être accompagnée d’aucune autre. Je nomme encore l’unité de cette représentation l’unité transcendantale de la conscience de soi, pour désigner la possibilité de la connaissance a priori qui en procède »56.

Les diverses intuitions sont référées à une instance première qui fait que toutes ces impressions sont miennes. Le "je pense" accompagne toutes mes représentations, mais il n’est pas lui-même objet d’une représentation : il est la synthèse ultime, le foyer ultime de toutes mes représentations, mais il n’est pas saisissable lui-même comme objet (contrairement à l’ego cartésien qui se donne à moi dans une intuition apodictique). Kant subordonne la notion de synthèse à celle d’unité. Cependant, il a montré que l’unité analytique de l’aperception n’est possible que sous la supposition de quelque unité synthétique :

« Donc, ce n’est que dans la mesure où je puis lier dans une conscience un divers de représentations données qu’il m’est possible de me représenter l’identité de la conscience dans ces représentations mêmes — ce qui veut dire que l’unité analytique de l’aperception n’est possible que sous la supposition de quelque unité synthétique »57.

Cette formule difficile signifie que l’unité du sujet transcendantal implique ou présuppose quelque unité synthétique (d’un objet quelconque, comme le rouge par exemple) dont elle n’est que la conscience de cette synthèse. L’unité du sujet requiert la synthèse d’un objet quelconque à laquelle il puisse s’appliquer, qu’il puisse accompagner pour pouvoir exercer son principe d’unité en unissant cette synthèse dans une conscience pure. Ce qui veut dire très globalement qu’il n’y a pas d’objet sans sujet et réciproquement. Kant résume ce lourd développement un peu plus clairement :

« La liaison n’est pas dans les objets et ne peut pas être pour ainsi dire empruntée par la perception et reçue dans l’entendement en passant d’abord par celle-ci : elle n’est au contraire qu’une opération de l’entendement, lequel n’est lui-même rien de plus que le pouvoir de lier a priori et d’inscrire le divers de représentations données sous l’unité de l’aperception — principe suprême de toute la connaissance humaine »58.

L’ego transcendantal kantien est formel : ce n’est pas un être, il n’est pas découvert dans une expérience ontologique. L’ego est découvert dans sa fonction formelle, comme une forme; Kant se débarrasse ainsi de l’élément ontologique de Descartes. Je je pense n’est qu’une pensée et non pas une connaissance, car il lui manque un contenu intuitif :

« au contraire, j’ai conscience de moi-même, dans la synthèse transcendantale du divers des représentations en général, par conséquent dans l’unité synthétique originaire de l’aperception, non pas tel que je m’apparais phénoménalement, ni non plus tel que je suis en moi-même, mais j’ai seulement conscience du fait que je suis. Cette représentation est une pensée, et non pas une intuition. Or, étant donné que pour la connaissance de nous-mêmes, outre l’acte de la pensée qui rapporte le divers de toute intuition possible à l’unité de l’aperception, se trouve encore requise une espèce déterminée d’intuition par laquelle ce divers est donné, ma propre existence n’est certes pas une simple apparition phénoménale <Erscheinung> (bien moins encore une simple apparence <Schein>), mais la détermination de mon existence ne peut s’accomplir que suivant la forme du sens interne, d’après la façon particulière dont le divers que je lie est donnée dans l’intuition interne ; et je n’ai donc, de ce fait nulle connaissance de moi tel que je suis, mais seulement tel que je m’apparais à moi-même. La conscience de soi-même n’est donc pas encore, tant s’en faut, une connaissance de soi »59.

Revenons à ce difficile § 16 pour préciser l’ensemble de la démarche de Kant dans cette 2e édition de la Déduction transcendantale. Seule l’union de la réceptivité et de la spontanéité peut fournir une connaissance d’objet. Donc, l’unité de l’objet dépend de l’union des facultés du sujet. Précisément, Kant découvre dans l’unité transcendantale de la conscience de soi la condition de toute expérience comme connaissance. La sensibilité fournit une diversité non pas informe, mais informée par l’espace et le temps, mais nécessitant une liaison <Verbindung>. La liaison du divers nécessite un acte d’unification dont la seule spontanéité est susceptible : cet acte est précisément l’opératon d’une synthèse. C’est cet acte d’unification que Kant baptise du nom encore leibnizien d’aperception originaire ou pure : le « je pense ».

Le « je pense » est un réquisit, c'est-à-dire la condition nécessaire et ultime de nos représentations et par laquelle celles-ci nous appartiennent. Pas de représentation sans une conscience de représentation pour qu’une représentation devienne ma représentation. Encore faut-il que cette conscience demeure une et la même derrière la succession des représentations, sinon le moi ne serait qu’une « collection de perceptions » comme dit Hume60. Or, c’est justement ce foyer ou ce pôle d’identité qui unifie et réalise la liaison du divers pour Kant. Il faut bien comprendre que l’aperception transcendantale unifie non seulement la connaissance d’objets, mais elle unifie également le sens interne (que Kant appelle « l’aperception empirique »). Le Moi (c'est-à-dire plus exactement le « je » en tant que sujet transcendantal) ne peut saisir sa propre identité qu’en exerçant sa fonction originairement synthétique. Ainsi, Kant nous donne à comprendre que l’unité de la conscience et l’unité de l’objet représenté sont corrélatives, c'est-à-dire indissociablement solidaires l’une de l’autre et réciproques.

La conséquence de cette solidarité entre le sujet (connaissant) et l’objet (connu ou représenté), c’est que le sujet transcendantal ne pourra jamais être à soi-même un objet de connaissance, puisque toute connaissance est une connaissance d’objet. Le « je pense » n’est ni un phénomène (contrairement au moi empirique), ni un noumène (c'est-à-dire une chose en soi connue par une intuition intellectuelle) : il est une simple forme, c'est-à-dire un sujet logique (au sens de la logique transcendantale), une activité constructrice ou constituante. Le sujet transcendantal est au-delà du divers sensible donné dont il constitue et achève la synthèse. L’activité unifiante du sujet transcendantal ne peut être saisie par ledit sujet lui-même, mais seulement par rapport à la diversité qu’elle unifie dans l’objet représenté. Ce qui veut dire, en conclusion, que le sujet transcendantal a nécessairement besoin du divers que lui fournit l’intuition sensible pour exercer son activité unificatrice, de même que l’intuition sensible éparpillée a absolument besoin de l’activité unificatrice du sujet transcendantal pour qu’il réduise la pluralité des synthèses du divers opérées par les catégories à l’unité de l’objet. Au § 17, Kant définit l’objet de connaissance ainsi :

« L’objet est ce dans le concept de quoi le divers d’une intuition donnée se trouve réuni »61.

Tout le sens de ce § 16 n’apparaît nettement qu’à la lumière de la « révolution copernicienne » : l’objet n’est pas ce sur quoi la connaissance doit se régler ; au contraire, c’est l’objet qui se règle sur notre pouvoir de connaître. Cette théorie du sujet n’est nullement applicable à tout être pensant (elle ne convient pas à Dieu, par exemple) : elle est simplement nécessaire à tout entendement fini qui reçoit de l’extérieur, par l’intermédiaire de la sensibilité, les données diverses à penser. Un entendement intuitif, comme l’entendement divin qui est créateur, n’aurait nullement besoin de la forme constructrice de l’aperception transcendantale. La philosophie de Kant est bien une philosophie du sujet, mais d’un sujet entaché de finitude :

« Un entendement dans lequel, par la conscience de soi, tout le divers serait en même temps donné intuitionnerait ; le nôtre ne peut que penser et il lui faut chercher l’intuition dans les sens »62.

---oOo---

(à suivre…).


1 Kant, Lettre à Marcus Herz du 21 février 1772, in Pléiade, tome 1, p. 691 ; Ak, X, 130. Notez que la dernière cote qui figure d’ailleurs dans les marges de l’édition de la Pléiade, est celle de l’édition savante des œuvres complètes de Kant réalisée par l’Académie des sciences de Berlin (Ak = Akademie ; X = tome X, suivi du numéro de la page de cette édition).

2 Kant, Dissertation de 1770 ; Ak, II, 393, tr. fr. Pléiade, tome 1, p. 637-638.

3 Kant, Lettre à Marcus Herz du 21 février 1772 ; Ak, X, 130, tr. fr. Pléiade, tome 1, p. 692.

4 Kant, Lettre à Marcus Herz du 21 février 1772 ; Ak, X, 130-131, tr. fr. Pléiade, tome 1, p. 692-693.

5 Philonenko, traduction de la lettre à Herz de 1772, in Dissertation de 1770, Paris, Vrin, 1976, p. 129.

6 Cf. Critique de la raison pure, Préface à la 1ère édition, PUF, p. 5-7 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 63-65.

7 Aristote, Métaphysique, , 1, 1003a, trad. Tricot, Paris, Vrin, 1974, tome 1, p. 171-175.

8 Kant cite ici Ovide, Métamorphoses, XIII, v. 508-510.

9 Kant Critique de la raison pure, Préface à la 1ère édition, 1781, PUF, p. 6 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, note  p. 65.

10 Cf. Kant, Critique de la raison pure, Préface à la 2ème édition, Ak III, 11-13 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 77-79.

11 Kant, Critique de la raison pure, préface à la seconde édition,  ; Ak III, 12 ; PUF, p. 18-19 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, -2001, p. 77-78.

12 Critique de la raison pure, préface à la seconde édition, Ak III, 12, 15 ; PUF, p. 18-19 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 78 et 80 note ** de Kant.

13 Kant, Critique de la raison pure, Ak, III, 7-26 ; PUF, p. 15-30 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 73-92.

14 Kant, Critique de la raison pure, Ak, III, 13 ; PUF, p. 19 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 79.

15 Kant, Critique de la raison pure, Introduction, note a, Ak, IV, 17 ; PUF, p. 32 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 96.

16 Kant, Critique de la raison pure, Ak, III, 544 ; PUF, p. 563 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 679.

17 Prolégomènes à toute Métaphysique future, 1ère Partie, Remarque II, éd. Vrin, p. 52.

18 Kant, Critique de la raison pure, Ak, III, 15 ; PUF, p. 21 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 81.

19 Kant, Critique de la raison pure, Ak, III, 467-468 ; PUF, p. 492 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 602-603.

20 Kant, Recherche sur l’évidence des principes de la théologie naturelle et de la morale, 1763, Ak II, 286 ; Pléiade, tome 1, p. 229.

21 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 99-100 ; PUF, p. 100 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, § 13, p. 169-170.

22 Vuillemin, Physique et Métaphysique kantiennes, PUF, 1955, p. 358.

23 Cf. Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, 1929, tr. fr. 1953, rééd. Gallimard, TEL, 1981, p. 87 sq.

24 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 50 ; PUF, p. 53 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 117.

25 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 54 ; PUF, p. 57 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 122.

26 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 55 ; PUF, p. 58 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 123.

27 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 55 ; PUF, p. 58 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 123.

28 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 57 ; PUF, p. 60-61 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 125.

29 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 56 ; PUF, p. 59 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 124.

30 Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, 1929, tr. fr. 1953, rééd. Gallimard, TEL, 1981, p. 105.

31 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 64 ; PUF, p. 67 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 133.

32 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 65 ; PUF, p. 68 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 133-134.

33 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 66 ; PUF, p. 69 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 135.

34 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 66 ; PUF, p. 69 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 135.

35 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 67 ; PUF, p. 70 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 135-136.

36 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 67 ; PUF, p. 70 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 136.

37 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 236  ; PUF, p. 253 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 331 : « Le transcendantal et le transcendant ne sont pas la même chose ».

38 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 204  ; PUF, p. 217 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 296.

39 Kant, Critique de la raison pure, Ak IV, 163  ; PUF, p. 225 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 302

40 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 75  ; PUF, p. 77 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 144.

41 Kant, Critique de la raison pure, Ak III, 85 ; PUF, p. 86 ; tr. fr. Renaut, Paris, GF, 2001, p. 154.

42 Cf. à ce sujet, l’article remarquable de R. Theis, Le silence de Kant, in
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«justice sociale», de politique macro-économique contracyclique. L'objectif était soit de contrôler, soit de remplacer "scientifiquement"...






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