L’égalité Définitions de la notion





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Textes - support pour la classe


Textes critiques


Texte 1
La solidarité comme condition de l’égalité

La croyance en l’égalité fondamentale de tous est nécessaire, mais elle ne suffit pas à la recherche active de l’égalité sociale, qui repose sur des liens et des sentiments de solidarité, de ressemblance, de fraternité. Je peux désirer l’égalité sociale de ceux dont je me sens proche et relativement semblable, de ceux dont l’égalité me concerne et pour lesquels j’accepte de « payer » et de renoncer aux bénéfices des inégalités les plus grandes. Sans ces liens pratiques et imaginaires, la reconnaissance de l’égalité fondamentale, « les hommes naissent libres et égaux », n’engage pas nécessairement à rechercher une égalité réelle.

Nous pouvons parfaitement admettre que les habitants d’un pays lointain sont nos égaux, sans nous sentir obligés de faire le moindre sacrifice en leur faveur. Sous le coup de l’émotion et de la compassion, d’un sentiment de « commune humanité », nous nous mobiliserons, nous ferons un don en choisissant les destinataires et la cause défendue, mais il sera bien rare que nous nous engagions dans la durée et sous la forme d’une obligation. Au contraire même, le don sera la manifestation de nos convictions et de notre liberté, ce qui lui confère sa grandeur. Mais la solidarité – au moins dans le cadre national- n’est pas définie par le don et la générosité ; elle l’est par le partage quotidien, par tout un ensemble d’obligations, de dettes et de créances en faveur de ceux que l’on ne connaît pas mais dont on se sent responsable. (…)

Pour un imaginaire de la fraternité

Le fait que nous soyons convaincus d’être égaux en droit induit une demande de justice et d’équité, puisqu’il faut bien que le principe d’égalité s’accommode de l’extrême diversité des hommes et de leurs conditions de vie. Mais cette conviction ne suffit pas quand il s’agit de mettre en œuvre des politiques de réduction des inégalités sociales. Pour que le principe d’égalité devienne une volonté d’égalité sociale, il doit être associé à un sentiment de solidarité et de fraternité : l’égalité nous engage parce que les individus ont quelque chose de commun et de semblable, parce qu’ils sont liés, qu’ils ont un destin commun et que leur bonheur privé dépend du bonheur public. Quand ces sentiments faiblissent, les inégalités se creusent en dépit des indignations.

Aujourd’hui, l’affirmation de la fraternité est d’autant plus nécessaire que se défont les liens organiques et « fonctionnels » dont on pensait qu’ils soudaient l’ancienne société industrielle et nationale. L’économie n’est plus emboitée dans la nation ; une part de la souveraineté politique est transférée vers l’Europe et d’autres institutions internationales ; la nation est désormais plurielle. S’ouvre alors un climat de crise d’autant plus insidieux que la France s’est depuis longtemps projetée dans le récit d’une société intégrée. (…)

François Dubet, La préférence pour l’inégalité édition seuil 2014
Texte 2
Interview

«Nous avons renoncé à produire de l’égalité» Par Anastasia Vécrin — 19 septembre 2014 à 17:16

Alors que Jacques Attali affirmait, la semaine dernière dans «Libération», préférer le principe de «mobilité sociale» à celui d’égalité, le sociologue François Dubet juge pour sa part nécessaire d’inverser la tendance.

  • François Dubet : «Nous avons renoncé à produire de l’égalité»

Réconcilier la liberté et l’égalité, deux principes qui sont au cœur de l’idéal démocratique, telle était l’ambition du philosophe américain John Rawls dans Théorie de la justice. Aujourd’hui, la liberté semble avoir pris le dessus sur l’égalité, avec l’individualisme pour corollaire, et la justice sociale ne semble plus une préoccupation majeure des sociétés démocratiques. Dans la Préférence pour l’inégalité, sorti cette semaine, François Dubet, sociologue, professeur à l’université de Bordeaux, constate un délitement des solidarités qui serait à l’origine de l’aggravation des inégalités.

Pour la République des idées, ce spécialiste de l’école ouvre son champ et s’intéresse aux petites inégalités dont chacun serait en partie responsable. Alors que Jacques Attali considère l’égalité comme une «notion dépassée» ( Libération du 13 septembre), pour François Dubet, il est urgent que l’on ait de nouveau envie d’être égaux.

Le titre de votre livre, la Préférence pour l’inégalité, laisse entendre que les inégalités seraient de l’ordre du choix…

J’ai le sentiment que nous avons renoncé à produire de l’égalité. Si nous admettons être tous égaux au départ et en principe, ceci ne suffit pas pour vouloir véritablement que cette affirmation se transforme en égalité sociale. Après une trentaine d’années de croissance «miraculeuse» et de transfert des richesses de catégories sociales vers d’autres, cette tendance s’est inversée depuis les années 80. Pour ceux qui ne sont ni dans les 10% les plus riches ni dans les 10% les plus pauvres, les inégalités se multiplient et se fractionnent : inégalités de revenus, de patrimoines, scolaires, de santé, d’âges, augmentation du chômage, de la précarité et des disparités toujours plus grandes entre les territoires. Pour expliquer ce retournement, on invoque le plus souvent des raisons économiques que je ne conteste pas en principe. Mais toutes les inégalités ne relèvent pas de mutations économiques. Quand on raisonne en ces termes, on oppose très souvent les 1% les plus riches au reste de la société mais, en réalité, les inégalités qui nous concernent le plus ne sont pas celles-là, ce sont celles qui sont à l’œuvre dans l’école de nos enfants, dans notre entreprise, notre quartier… La conscience des inégalités s’individualise quand les classes sociales se fractionnent. Souvent, la préférence pour l’inégalité n’est pas un choix idéologique assumé, c’est d’abord une participation active à un ensemble de petites inégalités, celles qui comptent le plus.

Comment y participons-nous ?

Je ne porte pas un jugement moral. Mais il est vrai que, tous, nous préférons vivre dans des quartiers agréables, sécurisés, plutôt que dans des quartiers éloignés et «dangereux», et on fabrique ainsi des ghettos. Entre amis, on dénonce les inégalités scolaires et on échange ensuite sur le meilleur moyen de détourner la sectorisation scolaire. Partout, se déploie un entre-soi social, la volonté de développer un capital social endogène qui participe des inégalités. Par peur du déclassement, nous faisons des choix qui peuvent engendrer des inégalités et qui marginalisent les plus pauvres.

D’où vient cette crainte du déclassement qui n’est pas forcément justifiée ?

Comme l’a bien montré Eric Maurin dans la Peur du déclassement, il y a une peur panique du déclassement, même si cette menace est plus imaginaire que réelle, surtout dans les classes moyennes. Mais comme c’est l’imaginaire qui commande dans la vie sociale, ce sentiment a des conséquences lourdes sur l’affaiblissement des solidarités. La société industrielle de classes organisait un monde stable, certes très inégalitaire, mais chacun avait le sentiment d’occuper une place.Aujourd’hui, le système des inégalités a complètement explosé, chacun défend son bout de terrain et cherche à se distinguer, à marquer son rang.

L’égalité n’est-elle pas un principe utopique et dépassé ?

Il ne s’agit pas d’atteindre l’égalité absolue, mais de combattre les pratiques inégalitaires les plus banales. Et pour cela, il faut se sentir semblables, solidaires, fraternels, appartenant au même monde social. Les avancées ont été possibles quand on avait le sentiment que, d’une certaine façon, notre destin dépendait de celui des autres, on payait des charges sociales et des impôts parce qu’on avait le sentiment de devoir quelque chose aux autres, qui nous devaient aussi quelque chose. Aujourd’hui, force est de constater que ce sentiment a faibli. Quand on regarde les grandes contre-révolutions conservatrices et inégalitaires de Thatcher et Reagan et une partie de l’opinion publique française, on constate que nombre d’entre nous considèrent que les victimes d’inégalités méritent leur sort. De victimes, elles deviennent boucs émissaires : on dénonce le chômage, mais on soupçonne aussi les chômeurs ; on plaint les élèves en échec, mais on accuse leur famille. Recréer un sentiment de solidarité qui conduit à vouloir l’égalité suppose un cadre symbolique, imaginaire, un récit, un mythe. Ça a longtemps été des mythes religieux - nous sommes tous des enfants de Dieu donc nous sommes tous liés -, ce récit s’est décomposé et il resurgit aujourd’hui sous forme d’appels à des communautés closes. Ensuite, la nation a été le socle du commun, avec une culture, une langue, un Etat, une laïcité distinguant le semblable et le singulier. Or cette nation supposée homogène a aujourd’hui plusieurs visages et n’est plus aussi souveraine que nous pouvions l’imaginer.

La montée du FN montre un engouement pour ce type de récits, pour les traditions, les valeurs. En quoi est-ce dangereux ?

Ce sont des récits qui sont fondés sur l’exclusion. Quand, en 2008, Sarkozy a lancé ce grand débat sur l’identité nationale, le but était de dire qui n’était pas français. Un Français serait un citoyen de tradition catholique, devenu laïque, et certains ajoutent un républicain blanc et hétérosexuel. Penser ainsi, c’est exclure un nombre considérable de gens, c’est surtout une chimère car le retour à cette société-là est impossible, sauf à devenir la Corée du Nord. Le droit à la différence est une question aujourd’hui majeure. On admet qu’il y a des sexualités différentes, des religions différentes et une myriade de singularités. Or, certains conservateurs disent que la famille et la France ont été définies pour l’éternité. Dans ce cas, on ne s’oppose pas seulement au droit des individus à être ce qu’ils sont, on leur oppose le droit à d’autres formes d’éducation, de famille, de solidarités. Pour reconnaître une différence, il faut d’abord affirmer ce qu’on a en commun, une fraternité pouvant englober des différences. L’effondrement actuel du projet européen est en ce sens dramatique, car il pouvait offrir une sortie par le haut.

Quel serait aujourd’hui le récit qui pourrait faire émerger du «commun» ?

La solidarité ne sera plus fondée sur des grands récits ou sur des grands mythes, comme ceux de la religion ou de la nation immuable. Il faut la reconstruire, non de manière transcendante, mais de façon immanente, du bas vers le haut : l’éducation de nos enfants, le partage d’une ville, la camaraderie au travail plutôt que la concurrence de tous contre tous… Ceux qui s’opposent à l’ABCD de l’égalité ne s’opposent pas nécessairement à l’égalité des garçons et des filles, ils défendent une forme traditionnelle de socialisation, dont la conséquence peut être l’inégalité entre filles et garçons. Il faut donc les convaincre qu’on peut garder des identités tout en ayant quelque chose de commun et qui est justement ce principe d’égalité.

Concrètement, comment produire ce sentiment de solidarité ?

Un des ressorts de la solidarité est la politique, qui doit représenter la vie sociale sans se réduire aux compromis des intérêts opposés. Il est nécessaire de renouveler le personnel politique plus souvent, de démocratiser la société pour mettre en débat un certain nombre de sujets afin que les individus se prennent en charge et s’impliquent davantage. Il faut réintroduire un peu d’éthique, pour ne pas dire de vertu, afin de redonner confiance à chacun, faire en sorte que les gens soient consultés, mobilisés sur des intérêts communs, d’abord des intérêts locaux, puis des intérêts plus larges.

Les gens semblent écœurés par la politique. N’y a-t-il pas d’autres moyens ?

Nous sommes dans une société qui redistribue à peu près la moitié des richesses qu’elle produit sous forme de prestations sociales directes ou indirectes, et ce système est devenu complètement illisible. La question de savoir qui gagne et qui perd devient cruciale afin de construire une confiance élémentaire. Sans cela, chacun a le sentiment d’être grugé, puisque personne ne sait vraiment ce qu’il donne et ce qu’il reçoit. Il faut enfin fabriquer des institutions. L’école, la santé sont devenues des prestataires de services plus ou moins équitables et efficaces, mais elles ne favorisent plus la capacité de vivre ensemble. Développer une aide sociale qui mobilise des solidarités est indispensable. Quand on attend de l’Etat qu’il prenne en charge chaque demande, au fond, nous n’avons plus besoin les uns des autres. Il faut créer des politiques qui produisent de l’intégration, de la fraternité, afin que nous voulions l’égalité sociale parce que nous avons besoin des autres. Cessons de croire que la construction d’une solidarité procéderait seulement d’une bonne politique économique et de la condamnation morale des populismes ; elles sont nécessaires, mais pas suffisantes. Si l’on pense que la fraternité participe du triptyque républicain, on ne doit pas l’abandonner aux nostalgies maurrassiennes.
Texte 3

Le sociologue François Dubet dresse un bilan désabusé et iconoclaste d’une passion bien française : la lutte contre l’inégalité.

Dans La Préférence pour l’inégalité, vous expliquez que les sociétés choisissent l’inégalité et relativisez ainsi le discours qui incrimine la crise économique et le capitalisme. Pourquoi ?

photo : matthieu riegler, cc-by

François Dubet – La mondialisation met les économies et les travailleurs en concurrence. La financiarisation crée des mécanismes objectifs d’accroissement des inégalités. Mais les inégalités ce n’est pas 99 % de braves gens des classes moyennes généreux contre 1 % de requins. D’autres inégalités comptent dans la vie sociale. De plus, dire que les inégalités s’accroissent de manière mécanique équivaut à un “je suis contre mais je n’y peux rien”. Or les inégalités ont explosé en Angleterre et aux Etats-Unis, modérément en France et se sont réduites en Suisse. Les sociétés choisissent et leur tolérance à l’inégalité varie considérablement. Dans nos pratiques banales, nous produisons beaucoup d’inégalités.

http://aka-cdn-ns.adtech.de/apps/64/ad13049920st3sz6682sq108543144v0id1/1x1.gifQuelles inégalités produisons-nous ?

Il suffit de nous regarder. La consommation fonctionne sur la recherche d’inégalité symbolique. Dans un repas entre collègues des Inrocks, les convives diront tous “les inégalités scolaires sont dégueulasses” avant de se renseigner sur la manière dont son voisin a réussi à mettre son gamin dans le bon collège. Le mouvement des bonnets rouges est anti-égalité. Sans être ultralibéral, on peut dire que certaines stratégies syndicales défendent des inégalités. La mésaventure tragique de la réforme des rythmes scolaires n’est pas le triomphe de la générosité. Les enseignants ne voulaient pas travailler une demijournée de plus. La réforme Darcos (qui, en 2008, a instauré la semaine de quatre jours – ndlr), c’est dix-huit jours de travail en moins par an. Il faudrait une forte conscience égalitaire et un puissant amour des enfants pour revenir dessus. Autre exemple : les jeunes socialistes préparent l’ENA mais sont contre la sélection à l’université. Aujourd’hui, les gens ne veulent plus payer pour les autres.

Que s’est-il passé ?

Une mutation historique. Les liens du travail étaient organiques. Patrons et ouvriers étaient en conflit mais avaient besoin les uns des autres. Pour le socialisme, les institutions devaient fabriquer les individus dont la société avait besoin. Ce monde s’est défait avec la globalisation. La nation existe mais elle n’est plus ce que l’on croyait qu’elle était, c’est-à-dire blanche et athée – mais en réalité catholique. Les perdants de cette mutation ont la gueule de bois. La droite et l’extrême droite surfent dessus en disant des choses invraisemblables sur le genre ou en créant le ministère de l’Identité nationale. Cette mutation a été perçue comme une tragédie symbolique car l’imaginaire national français est unique au monde. Pendant des années, la gauche a pensé qu’une politique économique intelligente faisait office de politique. Les marchands de haine et d’illusions se sont engouffrés dans cette faille. Il faut refabriquer des imaginaires de la solidarité, de la fraternité, qui ne sont pas ceux du repli.
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