Le terme d’autogestion signifie «gestion par soi-même» : du grec





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« La main visible des managers »

Appuyons nous sur les travaux d’Alfred Chandler, considéré comme l’ « historien des affaires » pour expliquer l’évolution de l’organisation des grandes firmes américaines et européennes pendant le seconde moitié du XIXème. Le capitalisme managérial est donc un phénomène relativement ancien mais qui explose totalement après-guerre en Europe. Sa thèse est la suivante : l’introduction du management permet la construction des usines modernes.

Qu’est-ce que le management ? Définition simple tirée du dictionnaire de sciences sociales Nathan :

Le 'management' est la gestion d’un groupe, d'une organisation, afin d'accomplir un objectif. Parallèlement au souci de Taylor d’organiser scientifiquement le travail, Henri Fayol propose une approche similaire, avec un même souci de précision et de rationalité, à l'administration et à l'organisation bureaucratique. On parle alors d'administration moderne, qui fut alors et est toujours aujourd'hui la base de tout manuel de gestion. Il amène les concepts de systématisation du travail du dirigeant, de la prévision jusqu'au contrôle en passant par la décision. On reconnait alors les principes de gestion : prévoir, organiser, commander, coordonner et contrôler.

Dans Entreprises européennes et Mondialisation, Dominique Mertens-Santamaria explicite ce mode d’organisation : Le contrôle managérial trouve ses racines dans la dissolution du capital ; il provoque une rupture entre propriété et pouvoir.

Dans La main Visible des managers, Alfred Chandler explique que le management est source de visibilité.

  1. Un nouveau type d’organisation de l’entreprise

On assiste donc à une perte de visibilité des chefs d’entreprises. Ces derniers étaient autrefois totalement liés à leur société. La faillite de celle-ci était donc signe de discrédit social. La loi du 13 juillet 1967 plaidée par le doyen Houin introduit pour la première fois une distinction de l’homme et de l’entreprise.

Les chefs d’entreprise traditionnels seront d’ailleurs largement impuissants face au mouvement ouvrier de mai 68. Les grèves et occupations d’usines soulèvent des revendications traditionnelles ( augmentation des W, meilleures conditions de travails) mais aussi des revendications nouvelles en rapport avec l’organisation même de la société.( pour plus d'autonomie, responsabilité du salarié, forme de co-gestion des entreprises...) Ce mouvement est en fait un rejet du modèle paternaliste. Le chef d’entreprise perd à cette date son statut d’autorité morale sur les salariés.

Au XXe siècle, les évolutions des productions, la taille des entreprises et la complexité de leur gestion poussent de nombreux économistes à annoncer la fin du pouvoir des propriétaires du capital au profit des « gestionnaires » (managers). John Kenneth Galbraith prévoit que le pouvoir au sein de l'entreprise passe « de façon inévitable et irrévocable, de l'individu au groupe, car le groupe est seul à posséder les informations nécessaires à la décision. Bien que les statuts de la société anonyme placent le pouvoir entre les mains de ses propriétaires, les impératifs de la technologie et de la planification les en dépouillent pour les transmettre à la technostructure. » On assiste à une « révolution managériale » (corporate revolution), où le manager prend le relais de l'entrepreneur. Les équilibres entre les différents caractères du capitalisme en sont subtilement transformés : l'objectif essentiel est désormais moins le profit (qui préoccupait l'entrepreneur propriétaire) et les dividendes (soucis de l'actionnaire) que l'agrandissement de l'entreprise et de sa prospérité, dont dépendent la rémunération et le prestige des managers. L'accumulation du capital devient la nouvelle priorité.

  1. Retour en force des propriétaires :

Les évolutions les plus récentes de l'entreprise traduisent toutefois un retour en force des propriétaires. L'actionnaire redevient la finalité de l'entreprise. Il ne s'agit généralement plus d'un individu, mais souvent de fonds de placement ou de fonds de pensions, ou de banques chargées de faire fructifier l'épargne des déposants, exigeants qu'ils soient petits ou grands. La logique de la « rentabilité financière » reprend l'avantage sur celle de la rentabilité économique. Les plus à même de remplir ces nouveaux objectifs restent les managers qui, bien qu'ayant perdu leur pouvoir d'orientation au profit de ce qu'on appelle désormais la « gouvernance d'entreprise » (corporate governance), obtiennent des salaires toujours plus importants.

Certains économistes contestent cette nouvelle puissance des actionnaires au sein de l'entreprise. Pour Joseph Stiglitz (Quand le capitalisme perd la tête, 2004) les entreprises sont toujours aux mains des managers et des comptables qui ne fournissent pas aux actionnaires des données réelles sur la santé des entreprises et n'hésitent pas à voler ces derniers via des manœuvres financières incomprises, en particulier la distribution de stock-option.

LES GREVES EN EUROPE DEPUIS 1945

Une main anonyme a écrit un jour sur le mur d'une usine en grève « Dans grève, il y a rêve... ».

Tout d'abord, qu'est ce qu'une grève? Une définition assez exhaustive et générale pourrait être la suivante : « XIXe siècle une action collective consistant en une cessation concertée du travail par les salariés d'une entreprise, d'un secteur économique, d'une catégorie professionnelle ou par extension de tout autre personne productive, souvent à l'initiative de syndicats. Cette action vise à appuyer les revendications des salariés en faisant pression sur les supérieurs hiérarchiques ou l'employeur (chef d'entreprise ou patron), par la perte de production que la cessation de travail entraîne. Il s'agit d'une épreuve de force, le travailleur n'étant pas rémunéré, pendant que l'employeur perd une part de son chiffre d'affaires. » L'expression « épreuve de force » est importante : en effet, si la grève est souvent présentée à travers ses réussites ou ses échecs, il ne faut pas oublier qu'il s'agit avant tout d'une lutte entre deux forces antagonistes : des salariés et des patrons pour simplifier mais on verra ensuite que c'est en fait plus compliqué que cela...

Il s'agit aujourd'hui d'un des moyens les plus utilisés dans l'action collective. Il s'agit aussi d'un des moyens les plus étudiés car il touche souvent une bonne part de la société : salariés, patronat, Etat et citoyens. En Europe, la grève est reconnue par tous les Etats : la constitution européenne affirmait ainsi :

«  Les travailleurs et les employeurs, ou leurs organisations respectives, ont, conformément au droit de l’Union et aux législations et pratiques nationales, le droit de négocier et de conclure des conventions collectives aux niveaux appropriés et de recourir, en cas de conflits d’intérêts, à des actions collectives pour la défense de leurs intérêts, y compris la grève. » (II-88) . Tous les Etats ont connu de grands mouvements de cessation de travail même l'Allemagne ou l'Angleterre réputées plus pacifiées socialement. De grandes grèves sont entrées dans « L'histoire », 1936 ou 1968 bien sûr mais d'autres comme on le verra ensuite.

On ne peut aussi évoquer les grèves sans parler des syndicats qui les organisent, les décident ou les stoppent depuis 1945 et ce, dans toute l'Europe. L'histoire des syndicats est donc fortement liée à l'histoire des grèves comme nous le verrons aussi par la suite. Dans cette optique, il faut aussi préciser qu'il existe différents types de grèves en plus de celle classique qui consiste à cesser le travail sur consigne syndicale.

Problématique : Quel est l'impact de la crise économique des années 1970 sur les grèves en Europe? Quelle est la place des syndicats dans les grèves en Europe depuis 1945?

Plan :

I/ 1945-1975 : les trente glorieuses : grèves violentes et exigence des syndicats

II/ 1975 à nos jours : baisse du niveau d'exigence et crise du syndicalisme

I. I/ 1945 à 1975, les « Trente Glorieuses » : apogée des grèves et exigence des syndicats

A) L'après-guerre : l'Europe exsangue et l'influence des communistes et syndicats dans les nouveaux gouvernements

L'Europe qui sort de la guerre de 1945 est détruite économiquement. Sa production industrielle ne représente dans le meilleur des cas que le tiers de ce qu'elle était avant guerre. Italie, France, Allemagne et même Grande-Bretagne pourtant vainqueur n'ont plus les moyens d'assurer une production pour leurs propres besoins. C'est l'heure à laquelle les communistes et syndicats résistants sont en position de force au sein des gouvernements provisoires ou élus qui s'installent un peu partout. L'heure est aux nationalisations et au contrôle de l'Etat car les solutions libérales sont considérées comme en partie responsables du déclenchement du conflit de 1939. Le Conseil national de la Resistance en France avait déjà prévu la, mise en place d'une «démocratie économique et sociale sur fond d'économie dirigée ». L’Italie postfasciste met en place des instances parapubliques de régulation très forte de l'économie comme « l'Instituo della Recostruzione Industriale » ou « Fondo per l'Industria meccanica ». Même l'Angleterre se convertit à l'Etat social avec la nette victoire des travaillistes de Clément Attlee aux élections de 1945 et la mise en place du rapport Beveridge pour la sécurité sociale comme nous l'avons vu avec l'exposé de Mélanie.

Ainsi, pendant l'immédiat après-guerre, une sorte de consensus s'installe entre l'Etat, les syndicats et les citoyens. Cependant, dès 1947, la situation se complique. Les tensions entre URSS et Etats-Unis, le « rideau de fer » commence à tomber sur les pays de l'Est et la situation sociale ne s'améliore toujours pas en Europe : les prix des produits alimentaires triplent et les salaires ne suivent pas. Entre 1945 et 1948, les Européens, particulièrement les Français et les Italiens perdent 30% de pouvoir d'achat. Les communistes et les syndicats sont éloignés des politiques gouvernementales des pays de l'Ouest. C'est la fin du consensus social qui n'aura duré que deux ans.

Les mesures prises par les Etats à ce moment là mettent le feu aux poudres. En Italie, le ministre du Budget Luigi Einaudi impose un plan d'austérité économique au pays. Un mois après, 800 000 métallurgistes et plus d'un million d'ouvriers agricoles se mettent en grève dans le pays, se montrant parfois plus « extrémistes » que les syndicats. En France, ce sont les régies Renault qui se mettent en grève au mois d’avril sans l’accord de la CGT qui condamne le mouvement car il est « d’inspiration trotskyste ». Cependant, elle se voit quand même obligée de prendre la tête du mouvement. Les revendications sont essentiellement salariales. Le 1er mai 1947 est synonyme de grèves généralisées dans toute l’Europe. En France, électriciens, cheminots et gaziers menacent de cesser le travail. La classe ouvrière est partout à cran et communistes et syndicats comprennent qu’ils ne doivent pas décevoir. Le mouvement se généralise alors aux banques et aux fonctionnaires. Sous fond de tension internationale, certaines grèves finissent en émeutes en Europe. A Marseille, une immense grève est déclenchée pour protester contre la décision d’augmenter les prix du tramway du 10 au 12 novembre. Le maire Carlini est blessé tandis que certains CRS fraternisent avec la foule ; la mairie est saccagée et un jeune militant PC est tué dans les affrontements. Le gouvernement décide alors l’envoi des troupes armées pour mater ce qui peut à tout moment dégénérer en révolution sociale, 20 ans avant mai 1968.

Les Etats européens qui entrent dans une forte de période de croissance voient alors les grèves portées par les salariés des grandes entreprises.

B) Grèves dans les grandes entreprises : plus organisées, plus puissantes, plus efficaces ?

Les syndicats européens décident de concentrer leurs efforts sur les entreprises de plus de 100 salariés en pleine expansion, notamment dans les domaines du transport et de la construction. Dans le secteur automobile, les grévistes marquent l’histoire sociale des pays d’Europe grâce aux nombres impressionnants d’ouvriers qu’elles comportent (plusieurs dizaines de milliers en France, Allemagne et même en Italie, Pays-Bas et Suède avec les groupes DAF et Volvo). Ils amorcent les premiers mouvements contre le « travail-ennui » et sont fortement syndiqués. Tous les groupes géants de la construction automobile ont des groupes syndicaux qui coordonnent les grèves de revendications salariales dans la plupart des cas. Ainsi, l’IG Metall en Allemagne est fort de plusieurs millions d’adhérents en 1950. On assiste dès lors, aux premières grèves sur les conditions de travail et non plus uniquement sur les salaires. Toute la décennie 1950 est marquée par d’immenses grèves dans toute l’industrie automobile européenne où on atteint par exemple chez fiat, le constructeur italien le record de 12 millions d’heures de grève en, 1973.

L’inflation grandissante de ces années 1950 conforte les syndicats dans leur intransigeance et dans leurs mouvements de grève. Cette tension est accrue par la, politique patronale qui demeure inflexible sur l’augmentation des revenus des ouvriers. On atteint ainsi plus d’un million de jours de grève en 1950 en France et ce chiffre ne descend pas en dessous de 200000 pendant toute la décennie. Ces mouvements très suivis et soutenus par syndicats et Partis communistes obligent les patrons à la négociation, notamment sur les conventions collectives demandées par les salariés dont 14 sont signées en 1954-1955 ;

De plus, et il est important de le signaler, l’immigration massive des années 1950 et 1960, particulièrement dans les entreprises de construction a une influence directe sur les grèves. L’arrivée de cette main d’œuvre acceptant des conditions de travail pénibles plus facilement que les autres salariés produisent des abus de la part du patronat européen. Les Syndicats et les partis d’extrême gauche, tentent avec un succès relatif de « récupérer » ces nouveaux ouvriers et d’en faire les nouveaux acteurs des grèves des années 1960. Cette arrivée massive de travailleurs immigrés n’est pas forcément bien accueillie par les grévistes « de souche ». On accuse alors les immigrés « d’être manipulés par des groupes religieux qui n’ont rien à voir avec la situation sociale européenne ». Ces grèves « immigrées » sont aussi, pour le cas de la France à remettre dans le contexte de la Guerre d’Algérie. Laure Pitti dans un article publié dans Vingtième siècle a étudié l’effet de la guerre d’Algérie sur les grèves de l’entreprise française Renault. Cette étude fait apparaître les grèves de contestation politique et non plus salariales. Le vote des pouvoirs spéciaux par le PCF et sa justification par la CGT de Billancourt va néanmoins briser ce mouvement de contestation de la « politique néocoloniale de la France ». Mais bon, sur l’immigration et le monde du travail, je vous renvoie à l’exposé de François et au cours car nous n’avons pas beaucoup de temps.

Dans le même temps, les grèves dans les grandes entreprises sont ponctuées par les premières « opérations spectaculaires » dont l’origine ne remonte pas à mai 1968 mais bien avant ; Les occupations de locaux se multiplient dès la fin des années 1950 et atteignent effectivement leur « apogée » avec les mouvements de 1968. Ces opérations servent avant tout à accentuer l’arrêt de la production et surtout à empêcher les non-grévistes d’entrer ; elles instaurent donc une position nouvelle des grévistes et une « scission » entre eux et les salariés, qui ne suivent pas le mouvement. Un salarié de la sidérurgie lorraine à Longwy témoigne ainsi concernant l’occupation d’usine de 1967 : « c’était ma première vraie grève avec occupation ; je dormais nuit et jour à l’usine ; le syndicat avait la responsabilité de la sécurité donc on gardait et on surveillait l’usine. On avait peur des sabotages, il fallait une solide organisation syndicale. D’abord parce qu’il ne fallait pas que les salariés non grévistes rentrent. Ensuite parce qu’on remplaçait les gardes de l’usine. Ceux qui occupaient, c’était surtout des syndiqués ; On faisait attention à pas mettre n’importe qui. Dans une vraie occupation, le syndicat doit contrôler ; les salariés venaient chaque jour s’informer à l’entrée de l’usine. ». ce témoignage insiste bien sur la notion de tension entre salariés grévistes et non grévistes et surtout sur l’emprise complète du syndicat sur le mouvement de grève avec occupation ; ces occupations qui s’élargiront ensuite à toute l’Europe seront aussi le moyen d’assurer la validité des théories d’autogestion qui émanent sur le continent. Les salariés veulent prouver qu’ils peuvent gérer leur entreprise sans cadres, ni patronat. D’autres syndicats notamment les « Trades Union Congress » voulaient à tout prix que les grèves avec occupation étaient sous contrôle pour passer pour une force pacificatrice ; c’est aussi le cas de la CGT en France, d’où son opposition avec la CFDT qui voyait les occupations de grandes entreprises comme le départ de nouvelles formes de production.

Ainsi, les grèves les plus impressionnantes concernent le plus souvent les grandes entreprises ciblées par les syndicats. Ce seront encore elles qui seront à l’avant-garde des grèves de 1968 ;

C) les grèves en Europe après 1968 : « grèves spontanées », « grèves sauvages »

Par contre, 1968 a ouvert de grandes perspectives pour les salariés qui commencent à ne plus voir dans les syndicats la seule forme de défense possible. Dès 1969, l’Italie sera frappée d’une vague massive de grèves dont la plupart échapperont totalement à l’influence syndicale. On assiste à l’apparition de « Vertrauensleute » (hommes et femmes de confiance) en Allemagne, et de « deleggati et comittati di base » en Italie qui se chargent de prendre la place des syndicats dans l’organisation des mouvements de grève. En cinq ans, les mouvements de grève explosent dans toute l’Europe comme nous le montre le tableau sur le plan (commenter tableau). Se développent ce que l’on va appeler des « grèves sauvages et spontanées » qui réduisent la puissance des appareils syndicaux. D’autant que la plupart des syndicats, particulièrement en France n’ont pas soutenu avec vigueur le mouvement de contestation de mai 1968. En France, se créent même des comités de grève qui échappent au contrôle syndical.

Nous nous arrêterons là sur mai 1968 ; Il était juste intéressant de rappeler ses conséquences sur les structures qui encadrent les grèves et son influence sur de nouvelles manières de faire la grève.

1945 à 1975 est donc une période où les grèves se sont étendues à tous les secteurs de l’économie, et particulièrement dans les grandes entreprises où la puissance syndicale était très forte. Voyons maintenant, l’influence de la crise sur les grèves en Europe.

II/ 1975 à nos jours : la crise économique ou la perte de puissance des grèves en Europe

  1. la hausse du chômage et les grèves dans le secteur public

L’année 1975 est une année charnière ; c’est celle où la crise née de l’embargo pétrolier de 1973 commence à s’installer. C’est aussi la fin des célèbres « trente glorieuses » de J. Fourastié. L’Europe entre alors dans une phase de perte de ralentissement de la croissance et fait nouveau, dans une phase de chômage de masse. Les salariés, notamment les ouvriers, entrent quant à eux dans une phase de mise sous silence des revendications salariales de peur de se retrouver au « chômage ». Les syndicats perdent des milliers d’adhérents, notamment la France et la CFDT. Cette dernière vote une nouvelle résolution où elle infléchit sensiblement ses positions : « il s’agit de se battre pour l’emploi, mais aussi sur l’ensemble des revendications ». « Nous devons reconnaître que nous avons parfois des difficultés à bien faire comprendre aux travailleurs la nécessité de la lutte (…). La pire façon de lutter consiste à se défendre. Il nous faut au contraire passer à l’attaque et partout poser les revendications qui sont crédibles et qui mobilisent les travailleurs ».

Certes, des conflits longs demeurent mais ils concernent uniquement des secteurs très ciblés où la syndicalisation demeure forte comme le transport ou l’énergie ; On assiste ainsi à l’apparition de « grèves corporatistes » où les secteurs stratégiques peuvent se faire entendre par leur capacité à bloquer le fonctionnement d’un Etat. Par exemple, de grandes grèves dans le secteur automobile paralysent la Grande-Bretagne en 1975 avant l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir.

Cet efficacement de la grève va favoriser la visibilité des grèves dans le secteur public qui craint moins le chômage. De grands syndicats d’enseignants prennent leur véritable essor à cette époque comme la SNES en France ou le GEW en Allemagne. Les grandes grèves se concentrent de plus dans les grandes entreprises publiques comme la SNCF  en France.

Aussi, la structure même de la Nouvelle Economie faite d’emploi précaire, de CDD ne pousse pas à l’organisation de grèves « traditionnelles » ; la coordination syndicale s’avère beaucoup plus difficile qu’avant et le nombre d’adhérents s’en ressent (9% seulement en France par exemple)

Ce contexte de baisse de l’audience syndicale et de chute du nombre de grèves va favoriser la montée en puissance de nouvelles idéologies et de nouveaux gouvernements hostiles aux grèves, particulièrement en Angleterre.

  1. le retour des libéraux et la restriction du droit de grève : l’exemple de l’Angleterre de Thatcher

La fin des années 1970 voit partout dans le monde la mort du paradigme keynésien ; la crise économique et la stagflation favorisent le retour des libéraux et particulièrement des monétaristes ; Thatcher, arrivée au pouvoir en 1979 s’engage à « casser les syndicats » et à restreindre au maximum le droit de grève ; elle promulgue ainsi les « employment act », une série de lois qui tue le pouvoir des syndicats et les grèves qu’ils soutiennent. En 1980, elle interdit les blocages d’usine, de ports ou de gares. En 1982, elle encadre strictement la légalité d’une grève et met en place la possibilité de juger les syndicats en cas de grève jugée illégale. Enfin en 1984, elle met en place le « Trade Union Act » qui oblige le vote de grèves à bulletins secrets et par la majorité des salariés ; ces trois lois sonnent en quelque sorte le glas des grandes grèves britanniques.

Décidée « illégalement » par le leader syndicaliste Arthur Scargill, elle ne sera suivie par aucune inflexion de la part de celle qu’on appelle désormais « la dame de fer » et les mineurs reprendront le travail après un an de grève sans n’avoir rien obtenu ; ce mouvement a été rendu populaire notamment par le film de Stephen Daldry Billy Elliot. Dans toute l’Europe, la politique de Mme Thatcher fait office d’exemple à la résistance aux syndicats ; Ces derniers comprennent alors réellement que les temps ont changé et que les grèves seront désormais encadrées par les gouvernements régulièrement élus.

Cette disparition de la puissance syndicale aura des conséquences néfastes sur les conditions de travail en Angleterre ; Emplois précaires, conditions de sécurité dérisoires seront ainsi immortalisés par Ken Loach notamment dans Riff Raff. La grève n’est plus guère tolérée dans ce pays poussant les patrons à des abus.

  1. Fin des grèves dans l’industrie et apparition de nouvelles grèves en Europe avec l’appui des médias

La fin du siècle voit la fin des restructurations dans l’économie européenne avec la découverte ou la redécouverte de phénomènes comme la mondialisation et la délocalisation. L’industrie textile du Nord de la France a particulièrement souffert de ces restructurations, notamment la lainière de Roubaix Tourcoing. Le grand mouvement de grève débuté en 1995 ne suffit pas à faire reculer le patronat dans son idée de fermer une usine devenue une friche. (Commentaires des articles de presse).

Le mouvement de 1995 qui a quand même rassemblé deux millions de personnes est spéciale ; Il rassemble en effet de « nouveaux grévistes » en particulier des lycéens, des étudiants (c’est la première grande grève étudiante depuis 1968) et des mouvements de « sans » : sans papiers, sans logements… Ces « nouveaux grévistes » dans la lignée des Nouveaux Mouvements Sociaux accompagnent leurs grèves d’actions spectaculaires destinées à obtenir une visibilité médiatique ; Aujourd’hui, la réussite d’une grève est décidée par la place qu’elle occupera dans les médias et les syndicats se sont adaptés à cette mutation ; par exemple, la CGT engage des professionnels de la communication pour définir des stratégies médiatiques. Un certain humour décalé se développe autour du thème de la grève.

Cela pose le problème des statistiques liées aux grèves depuis 1945 ; Sophie camard a travaillé en 2002 dans un article publié par Genèses sur l’interprétation des statistiques liées aux grèves ; Elle insiste bien sur le poids de plus en plus fort des médias dans le chiffrage des participants. Elle relativise ainsi l’idée que les grèves seraient en baisse uniquement tirée de statistiques qu’elle considère comme non fiable.

Comment conclure sur ce sujet ? En rappelant que les grèves ont connu un grand essor dans la période 1945-1975, à une époque où la croissance, l’expansion des entreprises productives dans un contexte de reconstruction et la force des syndicats permettait la revendication par la grève ; 1968 a montré que l’on pouvait agir collectivement par la grève de manière autonome. Cependant, la crise qui arrive en Europe en 1975 brise ce progrès et réduit considérablement le poids et même le nombre de grèves. C’est l’époque où apparaissent les théories néolibérales appliquées par la majeure partie des gouvernements européens et favorisant la lutte contre syndicats et droit de grève ; De nouveaux grévistes apparaissent alors, dans la lignée des « NMS » composés essentiellement de jeunes ou de « sans ».

Alain Caillé dans Vers un Nouveau contrat social ? se montre optimiste quant à l’avenir de la grève en Europe. Il conclut son propos en écrivant : « Et si notre époque qu’on croyait vouée à un ennui sans fond devenait soudain passionnante, ouvrant un champ illimité à l’action et à l’imagination des hommes et femmes de bonne volonté ? » Peut-on donner raison à Alain caillé, l’avenir nous le dira…

Le président Wilson a déclaré à la fin de la guerre : « sans les femmes, la guerre n’aurait pu être gagnée ». Pourtant pendant très longtemps les livres d’histoires ont occulté cette contribution féminine, privilégiant plutôt l’analyse du contexte politico- économique et des récits de guerre des poilus. Ce n’est que depuis les années 70 que les historiens proposent une histoire sociale et culturelle de la Grande guerre notamment en France et en Grande Bretagne où la mobilisation de la main œuvre féminine a particulièrement bien fonctionné. On découvre ainsi que les femmes se sont entièrement investies dans l’effort de guerre à l’avant avec les infirmières mais aussi à l’arrière, quitte à occuper des emplois jusque là strictement réservés aux hommes. En cela, la grande guerre est vécue comme une parenthèse de liberté et d’indépendance, parenthèse qui sera cependant interrompue dès la fin de la guerre avec le retour des hommes et le renvoi des femmes dans leur foyer.

On va se demander alors quel était le rôle véritable joué par les femmes pendant la grande guerre et les conséquences que ça a pu avoir sur la société.

Dans un premier temps nous verrons que l’entrée en guerre du home front, selon l’expression de Lloyd George s’est faite progressivement puis que trois figures féminines principales se distinguent en ces temps de guerre. Enfin, nous analyserons les conséquences de cette entrée massive des femmes dans le monde du travail.
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