Le terme d’autogestion signifie «gestion par soi-même» : du grec





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Développement de l’esprit d’entreprise :

Au début du XIX, un nouvel esprit se répand partout sur l’Europe. Par analogie au célèbre livre de Max Weber, on peut parler d’un esprit du capitalisme. L’auteur emploie même le terme d’ethos. C’est-à-dire que l’entreprise devient un impératif moral égal à la religion voire qui la remplace. Celui-ci se développe essentiellement en Angleterre, puis en Allemagne pour enfin atteindre la France vers les années 1830. Quels facteurs expliquent cette progressive mise en place d’un souci d’entreprendre ?

  • La révolution française et l’empire qui ont véhiculés les valeurs de liberté et de réalisation personnelle.

La génération de 1830 est embarquée dans « l’aventure industrielle » comme l’explique Jean Lambert-Dansette dans son ouvrage « Histoire de l’entreprise et des chefs d’entreprise en France ». Ces jeunes constatent la métamorphose du monde. L’Angleterre est déjà le modèle de la révolution industrielle. Créer, entreprendre, s’avère non seulement tentant mais possible : la conjecture économique est ultra favorable à cet esprit entrepreneurial. Le goût d’entreprendre arrive très tôt.

Le libéralisme est présent très tôt dans l’éducation de ces futurs entrepreneurs. Le sénateur Scheurer-Kestner raconte : « Notre père nous laissait la liberté par principe ; notre mère par les nécessités de la maison ».

  • L’éducation joua également un rôle incommensurable dans la formation de cet esprit d’entreprise.

Dans ses mémoires, Alfred Motte, gd industriel du textile roubaisien raconte les mots de son père : « Je ne puis être sans vous engager à viser sans cesse à posséder le bon sens qui est le véritable et seul fruit de l’éducation. » Ainsi les programmes scolaires dès le début du XXème et ce partout en Europe deviennent de plus en plus empirique et résolument tourné vers l’esprit industriel qui secoue le continent. L’enseignement scientifique se substitue peu à peu à l’enseignement littéraire, autrefois roi. Certains collèges se créent spécialement à cette époque et deviennent des « fabriques à entrepreneurs ». C’est notamment le cas du Collège de Mulhouse ou encore du collège de Marcq qui, placé au centre du triangle Lille-Roubaix-Tourcoing, verra se succéder les plus grands noms du textiles nordiste. L’inspecteur d’académie Ozanam dira d’ailleurs à propos du collège de Mulhouse : »Ce n’est point un collège, c’est une grande école industrielle ; nous ne voyons pas pourquoi on ne lui donnerait pas son véritable nom ; l’enseignement du latin et du grec n’est là qu’une plaisanterie » Cette citation illustre bien les préoccupations de l’époque. La Charte scolaire de la Restauration du 4 septembre 1821 mettait l’accent sur les matières dites classiques. Cependant, dès 1829, on autorise l’ouverture de cours spéciaux propres aux carrières industrielles et commerciales. Aux esprits lettrés, on va donc petit à petit privilégier les esprits scientifiques et rationnels, capable de gérer les entreprises qui se développent un peu partout en Europe.

Notons également, que ces collèges ont un rôle fondamental dans la structuration des esprits de ces futurs entrepreneurs. Les professeurs servent d’exemple absolu pour ces jeunes esprits romantiques, encore bercés par les conquêtes napoléoniennes. On pourrait les assimiler à des « passeurs » pour reprendre l’expression d’Azouz Begag dans son livre Les Dérouilleurs.

  1. La construction d’empires industriels ; le temps des pionniers:

Le capitalisme du XIXeme siècle est essentiellement familial. Ainsi quelques grandes familles européennes viennent automatiquement marquer nos esprits. Je pense notamment aux Rothschild dans la finance, à la famille Schneider, à Siemens ou encore Agnelli en Italie. Ces grands noms vont alors former de puissants empires industriels rayonnant sur toute l’Europe. Selon un schéma classique, la révolution industrielle aurait permis l'ascension d'hommes nouveaux issus des classes populaires rurales et artisanales et parvenus par leur énergie, leur audace, leurs qualités inventives, et leur capacité à saisir les chances qui s'offraient à eux, à se hisser au rang de chefs d'entreprises. On peut en donner de nombreux exemples probants. En Grande-Bretagne le symbole de cette ascension sociale foudroyante est sans doute Richard Arkwright apprenti barbier qui construit son Waterframe avec des capitaux empruntés et dirige une entreprise de près de 400 ouvriers. En Allemagne, les frères Siemens sont issus d'une famille paysanne, et la famille Krupp est originaire du monde des artisans qualifiés.

L’histoire de l’industrie Siemens illustre parfaitement ce processus de création d’entreprises nouvelles en Europe. Werner Von Siemens est au départ un simple inventeur. Il fonde alors une petite entreprise de télégraphie en 1847. Très vite, les réseaux télégraphiques Siemens vont s’étendre à travers l’Europe. Par exemple, en 1848, une ligne longue de 500km est construite entre Berlin et Francfort. L’entreprise va rapidement acquérir un caractère familial et international. Des succursales sont ouvertes un peu partout en Europe dès la deuxième moitié du XIXeme siècle. Carl Wilhelm installe donc un bureau à Londres tandis que l’autre frère Carl Heinrich s’installe à St Petersburg.

Bénéficiant d’une conjecture économique très favorable, c’est entrepreneur européen vont concentrer la main d’œuvre et les activités pour se développer et former des empires. Toutes l’activité productrice va petit à petit être totalement être prise en charge sur un site unique. Prenons l’exemple de Schneider en France ou encore de Krupp en Allemagne, deux entreprises sidérurgiques. Le site industriel va s’installer près des mines qui fournissement les matières houillères essentielles à la production d’acier. La main d’œuvre est alors concentrée sur le lieu de production. Ainsi Krupp emploie plus de 45 000 ouvriers en 1887. Les Schneider regroupent eux la main d’œuvre au Creusot en Bourgogne. On peut parler d’institution totale car la totalité de la vie de la population est gérée par la famille Schneider. Ces derniers construisent des logements ouvriers mais aussi des parcs, des hôpitaux, des écoles, un orphelinat, des Eglises (la religion catholique est très importante pour moraliser la main d’œuvre et éviter la propagation du syndicalisme et du socialisme.)Un système de protection social et de retraite est également mis en place pendant la deuxième moitié du XIXème siècle.

L'étude de François Crouzet sur la Grande-Bretagne donne les professions des pères de 226 industriels qui ont fondé de grandes entreprises dans la période allant de 1750 à 1850. Les chiffres sont éloquents : 23% de commerçants, 19% de manufacturiers ou industriels, seulement 7% d’ouvriers, 7% d’artisans et 9% de nobles et aristocrates. On en conclut que les entrepreneurs qui réussissent, viennent plutôt de familles qui ont déjà une expérience commerciale ou industrielle. On peut donc ici parler d’essor de la bourgeoisie plutôt que de self-made men.

  1. Formation de dynasties industrielles.

La réussite dans les affaires devient symbole de prestige social. Au Royaume-Uni particulièrement, les industriels veulent atteindre l’idéal du « country man ». Ces bourgeois entrepreneurs vont petit à petit former une nouvelle caste pour devenir la nouvelle aristocratie du XIXeme siècle. Comme toute famille noble, la problématique qui survient rapidement est celle de la succession. La difficulté est de conserver l’entreprise familiale selon la fameuse loi des Trois générations. C'est le syndrome des Buddenbrooks " : les familles industrielles dépassent généralement rarement les trois générations. Ce cas qui touche aussi et peut être surtout l’Angleterre : Les Courtauld, les Darby, ou les Craswhay. Le fondateur est forcément confronté au problème de la survie de l'entreprise face aux aléas de la conjoncture, aux incertitudes de la succession : d'où l'importance de l'idéal de la vie familiale.

Les Buddenbroocks (1901) deThomas Mann fournit l'archétype de ces grandeurs et décadences d'apparence quasi biologique qui voudraient qu'après le fondateur le fils gère et petit-fils dilapide au mieux en mécénat au pire en débauches et folies diverses; C'est assurément trop schématique mais des conflits émaillent par exemple l’histoire des Schneider au XXe. P Verley met en avant la faible longévité des sociétés britanniques qui semblent incarner plus qu'ailleurs cette loi des trois générations.

La place de la famille est essentielle et mobilise toute une série de stratégies matrimoniales. Les Motte ont un nombre d’enfants élevés, et pratiquent le mariage entre cousins. Les dynasties mulhousiennes, protestantes aboutissent à d'impressionnants arbres généalogiques qui montrent aussi la diversité et surtout la complémentarité des branches industrielles).

Jean Lambert-Dansette explique dans son ouvrage l’enfance du jeune Eugène Schneider, né en 1868 au Creusot. Ce dernier perd sa mère très tôt et sera élevé par ses grands parents paternels. L’enfant grandit alors avec le cofondateur de la forge bourguignonne et assimila parfaitement l’aïeul à l’image de l’usine et de la ville même. On assiste donc à un « effet dynaste ». La succession est rigoureusement préparée afin de transmettre à l’enfant le devoir de la réussite industrielle. On s’accorde pour éviter la dispersion de l’entreprise entre les héritiers. C’est souvent l’aîné qui va reprendre le flambeau, les autres frères disposant de postes importants. Les fusions de l’époque sont essentiellement le fruit d’alliances matrimoniales. On n’envisage p&as que l’entreprise quitte le cadre familial. Ainsi des grandes familles vont traverser les deux derniers siècles à la tête de grands empires.

C’est notamment le cas des Agnelli en Italie avec Fiat ou encore des Siemens qui dirigeront l’entreprise de 1847 à 1968 (avec Ernst von Siemens comme dernier représentant) ou même Michelin, la célèbre entreprise pneumatique de Clermont Ferrand dont le dernier dirigeant familial sera Edouard Michelin mort dramatiquement dans un naufrage en 2006.

On peut également parler de la dynastie des brasseurs Hatt, fondée en 1669 et dont le dernier dirigeant sera Jérôme en 1998. =Kronenbourg

Des nouveaux entrepreneurs et une nouvelle organisation de l’entreprise.

  1. Une nouvelle génération.

La fin du XIXème siècle voit l’arrivée d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, délégitimant le modèle industriel familial ultra dominant à l’époque. Dans son ouvrage, La Révolution industrielle, Patrick Verley explique : « Dans un cas de figure repris souvent dans les romans, l’ingénieur brillant pouvait succéder au patron après avoir épousé sa fille » Le modèle de transmission familiale est donc toujours présent mais on assiste à la naissance de l’industrie des bourgeois diplômé qui sont passé par les grandes écoles d’ingénieurs créent au XIXème siècle.

En France, c’est l’industrie automobile qui est largement stimulée par cette nouvelle vague d’entrepreneurs. Louis, Marcel et Fernand Renault forme l’entreprise éponyme en 1898. Louis est en charge du développement et de la production alors que ses frères se chargent de l’administration. Les voitures qu’ils produisent acquièrent rapidement une réputation pour leurs innovations. Ainsi dès 1899, Renault introduit la berline et prend un brevet pour un turbocompresseur. Bien que la structure soit très familiale, ce ne sera pas un Renault qui succédera à Louis à la tête de l’entreprise à sa mort en 1944. Il sera remplacé par Pierre Lefaucheux.

Parmi les grandes écoles d’ingénieur dont je parlais précédemment, il y a bien sûr Polytechnique. C’est de là que sort Andrée Citroën lorsqu’il fonde sa marque en 1919, lui qui a déposé le brevet pour « l’engrenages à double chevrons aux dents taillées en V » qui deviendra le célèbre logo de la marque.

Plus que la génération précédente, qui passait pour une nouvelle aristocratie avec de nombreux appuis financiers, cette nouvelle génération d’entrepreneurs, sortie des écoles d’ingénieurs, représente bien l’idéal du self-made man.

  1. La dispersion des capitaux ; la fin des dynasties ?

Les législations européennes sur les sociétés anonymes constituent une étape importante dans le morcellement des capitaux des grandes entreprises européennes. Cette loi est adoptée en 1856 au Royaume-Uni, en 1867 en France et en 1870 en Prusse. Ainsi, des capitaux anonymes viennent s’ajouter à ceux des grandes dynasties industrielles.

Le développement de l’actionnariat accentue ce phénomène de dissolution du capital. L'émergence de l'actionnariat remonte au XIXe siècle, au début de la révolution industrielle. Pour financer le développement industriel apporté par la machine à vapeur, les entrepreneurs ont dû rassembler des capitaux auprès d'investisseurs pour financer le développement de leurs entreprises. Le pouvoir des grandes familles de rentier est petit à petit affaibli. Le « capitalisme managérial » décrit par Alfred Chandler, la Main visible des managers, qui émerge au tournant des deux siècles provoque de nouvelles distinctions entre « propriétaires », « entrepreneurs », « ouvriers » et « gestionnaires ». Dès lors, les profits des propriétaires sont de moins en moins légitimes et s'apparentent à une rente, car il n'est plus seulement question de la rémunération de leur talent d'entrepreneur. Toutefois, les riches familles de rentiers sont dépassées par les entrepreneurs de génie dés la fin du XIXe (Siemens, Edison, Ford… et plus récemment Bill Gates), comme le fut en son temps la noblesse.

  1. L’Etat, prise de contrôle des entreprises après la crise de 29:

Après la crise des années 30, tout les Etats européens mesurent la nécessité de s’intégrer pleinement au processus entrepreneurial et ce, en nationalisant de nombreux grands groupes européens. C’est le début du secteur public. L’Etat va alors se substituer aux entrepreneurs familiaux présents depuis de nombreuses années et mettre fin à de nombreuses dynasties européennes.

Au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre est nationalisée en octobre 1945, les charbonnages en janvier 1947, les transports aériens en février 1947, les chemins de fer en janvier 1948. La sidérurgie fut nationalisée entre 1951 et 1953, puis nationalisée à nouveau en 1967. En 1976, les constructions automobiles et navales sont nationalisées. C’est Margaret Thatcher qui lancera la

En Allemagne, la République de Weimar procède à des nationalisations en 1920 (chemins de fer) puis en 1932 notamment : Dresdner Bank et industries sidérurgiques et métallurgiques.

En Italie, le régime fasciste met en place l'Institut pour la reconstruction industrielle (IRI) qui prend le contrôle de plusieurs entreprises au nom de l'État. L'IRI reste en place après la chute du régime mussolinien, accentuant même son poids sur l'économie italienne après 1945. Notons que c’est le régime Mussolinien qui amènera la chute du fondateur de Fiat Giovanni Agnelli.

En France, Le Front Populaire nationalise quelques usines d'armement (11 août 1936) et les Chemins de fer en créant la SNCF (31 août 1937). Mais la vraie vague de nationalisation a lieu à la libération. Les secteurs les plus importants de l’économie française en font l’objet : énergie, assurances, banques.

C’est également le cas de l’entreprise Renault : Durant le second conflit mondial, la France tombe sous l’occupation nazie et les usines Renault produisent des camions pour les Allemands, alors que la production d’automobiles est interdite. Louis Renault est donc arrêté comme collaborateur lors de la libération en 1944 et meurt en prison avant son procès. Une autopsie révèle que sa nuque avait été brisée, suggérant un meurtre. Ses usines sont saisies par le gouvernement provisoire et nationalisées sous le nom de Régie Nationale des Usines Renault. Pierre Lefaucheux en est le premier directeur général. Il s’agit alors d’une nationalisation de confiscation et de sanction.

  1. La victoire du « capitalisme managériale » ?
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