Les ghettos américains





télécharger 85.24 Kb.
titreLes ghettos américains
page1/4
date de publication06.10.2017
taille85.24 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > loi > Documentos
  1   2   3   4
OUVRAGES DE WILLIAM JULIUS WILSON RECENSÉS ICI
William Julius Wilson, When Work Disappears The World of the New Urban Poor, New York, Knopf, 1996, 322 pages.
William Julius Wilson, The Bridge over the Racial Divide. Rising Inequality and Coalition Politics, Berkeley, University of California Press, 1999, 173 pages.
William Julius Wilson, Richard P. Taub, There Goes the Neighborhood. Racial, Ethnic, and Class Tensions in Four Chicago Neighborhoods and Their Meaning for America, News York, Alfred A. Knopf, 2006, 240 pages.
William Julius Wilson, More Just than Race. Being Black and Poor in the Inner City, New York, W. W. Norton, 2009, 190 pages.

Les ghettos américains


William Julius Wilson, When Work Disappears The World of the New Urban Poor, New York, Knopf, 1996, 322 pages.

William Julius Wilson s’est fait une spécialité d’exposer et expliquer l’isolement et la pauvreté de l’underclass noire. Véritable héraut américain de la notion de politique sociale, Wilson adopte une démarche à la fois descriptive, explicative et prescriptive. Il s’inscrit résolument dans le débat politique qui concerne la place de l’Etat fédéral et le rôle de l’Etat-providence. Ouvrage politique, son célèbre livre, The Truly Disadvantaged1 était une charge contre les théories conservatrices mais aussi un appel au ressaisissement de la gauche libérale américaine. Ouvrage sociologique The Truly Disadvantaged contenait déjà une étude pénétrante de la désorganisation sociale qui mine les ghettos noirs.
When Work Disappears, suite des travaux de Wilson, repose sur des données recueillies lors de recherches conduites à l’Université de Chicago où il était professeur avant de rejoindre Harvard.
Tableau du ghetto

Les ghettos noirs américains n’ont pas toujours été minés par le chômage. Dans les années 1950 les taux d’emploi y étaient élevés. Les gens étaient pauvres, mais ils continuaient à travailler. La nouvelle pauvreté urbaine représente, pour Wilson, un mouvement à partir du « ghetto institutionnel » - dont les structures et activités étaient équivalentes à celle de la société globale - jusqu’à un « ghetto sans-emploi », caractérisé par la rareté des ressources de base, l’inadéquation des systèmes de contrôle social, et l’extrême concentration de la pauvreté. Dans The Truly Disadvantaged, il expliquait que les quartiers noirs avaient connu, en particulier à Chicago, une concentration toujours plus forte de pauvreté en raison de l’émigration des familles noires aisées, de l’exode des familles appartenant à d’autres communautés, et de l’augmentation du nombre de personnes devenues pauvres en restant dans leur quartier. Dans When Work Disappears, Wilson avance une quatrième raison : un mouvement d’immigration de familles pauvres vers ces quartiers.
La pauvreté a certes été repérée depuis longtemps comme concentrée dans les ghettos, mais c’est la première fois – au milieu des années 1990 – que le chômage y est si élevé. Et les conséquences d’un taux de chômage élevé sont plus dévastatrices que celles d’un haut taux de pauvreté. Wilson rapporte que des taux élevés de chômage exacerbent d’autres problèmes (crime, violence des gangs, trafic de drogue, ruptures familiales), problèmes qui minent la sociabilité dans ces territoires. Un quartier pauvre mais où l’on travaille, insiste Wilson, est différent d’un quartier où les gens sont à la fois pauvres et sans travail. La disparition du travail est donc dramatique dans ces quartiers.
Pour Wilson, la disparition du travail, qu’il attribue aux changements liés à la nouvelle économie mondiale, a été particulièrement dévastatrice pour les Noirs peu qualifiés qui n’avaient jamais été insérés économiquement, sinon très marginalement ou très récemment. Quand Wilson parle de disparition du travail, il parle du marché formel du travail. De nombreux chômeurs des ghettos restent impliqués dans des activités, généralement peu rémunérées et instables, qui vont du travail ménager à l’industrie de la drogue.
Encadré

Un éclairage sur l’économie souterraine



Sudhir Alladi Venkatesh, sociologue formé par Wilson, s’est intéressé à l’économie souterraine dans le ghetto, en y vivant pendant des années. Le résultat de son immersion consiste en un portrait, sans misérabilisme, de l’économie et de la vie quotidienne dans des quartiers défavorisés (1). L’économie souterraine concerne à des degrés divers tous les habitants. Elle va de ce qu’il y a de plus informel à ce qu’il y a de plus criminel.
Venkatesh nous fait vivre à Maquis Park, un quartier noir pauvre du sud de Chicago. L’image globale est celle d’un monde structuré et solidaire de travail irrégulier et non déclaré. Ces activités rassemblent les vendeurs à la sauvette, les femmes qui font le ménage et préparent le repas pour l’hôpital local, les petits garages qui travestissent et réparent les voitures volées, mais aussi le pasteur qui fait office gracieux de travailleur social, le bar qui loue ses salles afin de faire casino, les chefs de gang qui organisent un salariat illégal de prostitués et de dealers. Tout ce dynamisme, largement illicite, structure l’économie et l’équilibre du ghetto.
La grande leçon de Venkatesh est de rappeler que la vie dans le ghetto repose sur un quotidien, économiquement, socialement, et moralement, très structuré. Qu’il s’agisse de mutualisation des risques, de fixation des prix, ou d’organisation des marchés, les habitants et les gangs font preuve d’une formidable ingéniosité.
Venkatesh décrit précisément les ressources communautaires, familiales et religieuses d’habitants qui ont su adapter leurs modes de consommation, de production et de résolution de conflits. Toute cette activité souterraine, bricolée n’est pas nécessairement criminelle. Il est difficile d’y distinguer ce qui est régulé, licite, légal. Le ghetto est d’abord un vaste réseau d’échange, de commerce, de trafic, de troc, de petits vols.
Pour Venkatesh, l’économie souterraine peut être autant une bouée de sauvetage qu’un nœud coulant (pour se pendre). Cependant, les habitants n’ont que peu de choix, et peu de perspectives. D’où les appels de Venkatesh et de Wilson à davantage d’interventions publiques en faveur de ces quartiers.
(1) Sudhir Alladi Venkatesh, Off the Books. The Underground Economy of the Urban Poor, Cambridge, Harvard University Press, 2006.

---------------- FIN DE l’ENCADRE ----------------
Selon Wilson, les nouvelles activités s’implantant toujours là où les coûts fonciers sont faibles, les accès aux réseaux de transport aisés et la criminalité maîtrisée, le fossé entre les centres-villes et les banlieues s’est élargi jusqu’au milieu des années 1990. La délocalisation des emplois vers les banlieues, qui a accompagné les restructurations industrielles dans les années 1980, a fortement ébranlé les territoires enclavés des ghettos.
Certes, avec la reprise économique du début des années 1990, le taux de chômage des Noirs est passé, pour la première fois depuis plus de 20 ans, sous la barre des 10 % en décembre 1994. Ceci est du en partie à une petite augmentation du nombre d’emplois manufacturiers, après l’élimination de millions de postes. Cependant, si le taux de chômage des jeunes Noirs était de 34,6 % en décembre 1994, seuls 23,9 % avaient vraiment un travail. Conséquence d’un chômage massif et persistant, observe Wilson, de plus en plus d’actifs quittent le marché du travail. Dans les quartiers à l’environnement disqualifié, les jeunes ont désormais plus pour modèle le dealer que le père.
Wilson n’apporte pas grand chose de nouveau au tableau. Ce qu’il apporte, ou plutôt ce qu’il rapporte, c’est le sentiment des habitants. La désorganisation sociale des ghettos est le problème central exprimé par ceux qui y résident. La violence, la dégradation de l’école et le crime sont les préoccupations premières des habitants. Ils déplorent que les taxis n’entrent plus dans leur quartiers, que les bailleurs n’y entretiennent plus leurs actifs. Ils décrivent les effets négatifs de leur quartier sur leurs propres comportements et points de vue. Parmi les changements majeurs qu’ils relatent, ils notent l’augmentation du trafic et de la consommation de drogue. De cet environnement toujours plus dégradé découle une multitude d’adaptations quotidiennes.
Wilson décrit donc des comportements « relatifs » à ces ghettos (généralisation de l’armement, criminalité juvénile, etc.) qui souvent renforcent la marginalité des habitants. Ce ne sont pas pour autant des comportements spécifiques. Ils sont seulement beaucoup plus fréquents dans les ghettos. Wilson repère des éléments singuliers à ces quartiers, mais il remarque une prédominance d’éléments généraux. Certains articles sensationnels laissent penser que les valeurs des habitants de ces ghettos seraient radicalement différentes de celles de la majorité des citoyens, même de la majorité des pauvres. Wilson démontre le contraire. Malgré la pauvreté envahissante, les habitants noirs des ghettos insistent toujours sur des valeurs typiquement américaines comme la réussite individuelle. Il leur est toutefois bien difficile de vivre en cohérence avec elles, tant les contraintes dans les ghettos sont plus fortes que nulle part ailleurs aux Etats-Unis.
Une des conséquences de l’augmentation de la nouvelle pauvreté dans ces quartiers a été l’intensification des tensions raciales. Les problèmes associés à un taux élevé de chômage et au relâchement du lien social dans les ghettos s’étendent dans d’autres parties de la ville. L’animosité vis-à-vis des Noirs augmente, tout spécialement parmi les Blancs et les Hispaniques à faibles revenus qui vivent près des ghettos. Une atmosphère empoisonnée se développe ainsi, en particulier depuis les émeutes de Los Angeles en 1992. L’accent mis par les médias sur les différences raciales masque le fait que les Noirs, les Blancs et les Hispaniques partagent de nombreuses valeurs et de nombreux problèmes. Ils ont plus de valeurs et de problèmes communs, souligne Wilson, que de dissemblances.
Interventions ciblées ou programmes universels ?

Dans le système de croyances américaines en matière de pauvreté et d’assistance, Wilson repère que l’on a toujours plus insisté sur les devoirs des pauvres et des assistés, que sur leurs droits en tant que citoyens américains. Les mères célibataires pauvres sont considérées comme responsables de leur situation. Si avec le temps, remarque Wilson, l’Etat-providence est devenu synonyme de fraude et de gabegie, les Américains restent largement favorables à aider ceux qui vivent dans la pauvreté. Paradoxalement, ils considèrent que l’on ne fait pas assez pour aider les pauvres, mais qu’on les assiste trop.
Dans les années 1960, des efforts pour faire progresser la conscience publique des difficultés des Noirs ont accompagné la législation sur les droits civiques, puis les programmes discrimination positive (affirmative action). Les résultats de ces politiques ont été fortement critiqués. En outre, de nombreux Américains blancs ont changé de point de vue et se prononcent désormais contre ces programmes2.
A la différence de nombreux pays européens, les Etats-Unis n’ont pas cherché à promouvoir, en bloc, les droits sociaux de tous les citoyens. La lutte contre la pauvreté a été ciblée et fragmentée. Or, selon Wilson, les programmes ciblés n’ont qu’un soupçon d’effet sur leur cible. Au lieu d’intégrer leurs bénéficiaires au sein de la vie économique et sociale ils tendent à les stigmatiser et à les écarter du courant général. Dans The Truly Disadvantaged, Wilson relevait déjà les insuffisances des programmes d’action définis en fonction d’un critère ethnique. Il soulignait que les franges les mieux loties des minorités étaient les grandes bénéficiaires de ces politiques. Pour Wilson, les dispositifs ciblés à destination de publics spécifiques ne sont pas pour autant à éliminer, mais il importe qu’ils soient relégués au second plan, comme des prolongements de programmes universels qui peuvent être soutenus par un large électorat.
Comme nombre de sociologues américains, Wilson présente toujours dans ses textes des voies de solutions aux problèmes qu’il décrit. When Work Disappears contient donc une forte dimension prescriptive et politique. Les hauts niveaux de chômage, et leurs fléaux corrélés, appellent, pour Wilson, des interventions publiques denses et non de simples injonctions à la responsabilité personnelle.
Wilson rappelle que si les Noirs des ghettos ont fait massivement l’expérience du chômage, il s’agit de la manifestation extrême de difficultés économiques qui affectent la plupart des Américains depuis 1980. De plus, villes et banlieues sont toujours interdépendantes. Plus les centres-villes sont rongés par le chômage, plus les banlieues alentour en subissent des conséquences. Wilson soutient donc des propositions qui mettent l’accent sur des solutions communes pour des problèmes partagés.
Wilson veut aider à la fois les pauvres et la classe moyenne. Il présente à cet effet un schéma d’action publique qui est un appel à l’intégration et à la mobilisation des ressources aussi bien publiques que privées. Il propose une série de réformes alliant retour de l’Etat fédéral, alternatives en matière de transport public, création de gouvernements métropolitains et revalorisation du système éducatif.

Le problème central des actifs qui résident dans les quartiers défavorisés reste l’emploi. Aussi, sans changements importants sur le marché du travail, les moins formés et les plus pauvres ne trouveront toujours pas d’emplois. Wilson considère donc qu’en dernier ressort les pouvoirs publics doivent devenir les employeurs des plus démunis... Des opportunités d’emplois existent, selon lui, dans la maintenance des infrastructures publiques, dans des services qui peuvent être tenus pas des employés peu qualifiés.
C’est une belle ironie du sort que When Work Disappears soit sorti l’année de la profonde réforme du Welfare, en 1996. L’obligation faite à des millions d’Américains de rejoindre le marché du travail pour pouvoir continuer à bénéficier de l’aide sociale semblait particulièrement étonnante aux yeux d’un Wilson qui s’inquiétait de l’étendu du chômage. Wilson, qui a été proche du Président Clinton, y a vu une victoire de certaines des thèses conservatrices qu’il a dénoncées. En tout cas, ponctuait-il alors, en 1996, personne ne pouvait imaginer les conséquences de ces mesures. Qu’elles en soient la cause pour partie, totalité ou rien, il n’en reste pas moins que la situation générale des ghettos américains s’est améliorée depuis les analyses et constats du milieu des années 1990.
Amélioration et changement de situation

Le nombre de personnes vivant, aux Etats-Unis, dans les quartiers de grande pauvreté – là où le taux de pauvreté est supérieur à 40 % - a diminué de 25 % (2,5 millions d’individus) durant les années 1990. Certaines grandes métropoles se distinguent par des diminutions particulièrement importantes (75 % à Détroit, 70 % à San Antonio, 48 % à Houston, ou encore 43 % à Chicago)3.

Cette baisse contraste fortement avec l’évolution précédente, qui a tant éveillé l’attention des chercheurs, des journalistes et des décideurs, la population vivant dans ces mêmes quartiers ayant en effet doublé de 1970 à 1990. Durant ces deux décennies, tandis que la pauvreté n’évoluait pas significativement à l’échelle nationale, la part des enfants noirs vivant dans un quartier de grande de pauvreté est passée du quart au tiers. En fait, il n’y a pas eu de changements importants pour ce qui concerne les chiffres de la pauvreté, mais des modifications fondamentales dans sa distribution spatiale. C’est aussi sur ce point que le retournement de tendance est le plus marquant.
La concentration de la pauvreté concernait environ 3 500 zones en 1990. Elle n’en concernait plus que 2 500 en 2000, et ces zones ont connu une baisse du chômage. C’est dans les centres-villes et les territoires ruraux que la diminution du nombre de quartiers de grande pauvreté est la plus évidente4. En revanche les banlieues ont plutôt vécu une stabilisation. Certaines d’entre elles, en particulier là où l’habitat est le plus ancien, ont même vu leurs difficultés s’accroître.
La concentration de la pauvreté a décliné pour toutes les catégories de population résidant dans ces zones, en particulier pour les Afro-américains. 30 % des Noirs vivaient dans ces quartiers en 1990, ils n’étaient que 19 % en 2000.
Relevant l’amélioration relative de la situation des ghettos et déplorant le désinvestissement de l’administration Bush, Wilson est revenu récemment à Chicago, dans quatre quartiers, sur ses terrains d’étude privilégiés5.
Partout les Noirs connaissent encore les taux de pauvreté les plus élevés. Ceci s’explique en partie seulement par l’héritage de la ségrégation et de la discrimination, car pour Wilson l’interprétation en termes de race est faible. Les groupes ethniques ne sont pas des entités économiquement et socialement homogènes. Au contraire, chez les Noirs, les politiques d’Affirmative action ont permis l’émergence d’une classe moyenne qui se conduit, à bien des égards, comme les blancs. Notamment en ce qui concerne le souci de quitter dès qu’ils le peuvent les ghettos pour s’installer ailleurs.
Wilson repère la métamorphose des « antagonismes ethniques » avec l’arrivée en masse des hispaniques. Il met au jour les mécanismes qui conduisent les enclaves noires ou blanches à se vider ou se remplir. Avec des termes qui peuvent choquer en France, il s’inquiète des conséquences de diverses « invasions ethniques » venant perturber l’équilibre et l’organisation sociale d’un quartier.
Wilson conclue que les quartiers sont soudés à condition d’être en opposition à certaines populations. L’identité communautaire est en quelque sorte une force et une ressource. Il note et déplore encore que les groupes, suivis toujours en cela par les politiques publiques, se focalisent sur les différences plutôt que sur ce qu’ils ont en commun. Il en résulte des « compétitions ethniques » accrues. La grande préconisation de Wilson, dans un contexte où huit Noirs sur dix mais seulement trois Blancs sur dix pensent que les pouvoirs publics ne dépensent pas assez pour les Noirs, est à nouveau de limiter les programmes ciblés sur les plus pauvres (c’est-à-dire les Noirs). Ce sont les politiques universelles, avec une attention particulière aux situations les plus difficiles, qui doivent être étendues.
Encadré

Les travailleurs pauvres



Tout comme on a (re)découvert récemment les « enfants pauvres » on a (re)découvert les « travailleurs pauvres ». Les notions (et pas les problèmes) nous viennent des Etats-Unis et du Royaume-Uni. On a d’ailleurs, au début, parlé des « working poor » en France. Le plus simple a ensuite été de traduire l’expression…
La notion de pauvreté laborieuse (ou active) désigne la part des actifs vivant dans un foyer dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté. On mêle deux niveaux d’analyse, ceux de la profession individuelle et des ressources du ménage. Le problème des travailleurs pauvres est donc autant un sujet d’emploi que de structure familiale.
Une série d’experts américains, emmenés par Rebecca Blank et Sheldon Danziger, font le point sur la question aux Etats-Unis (1). La situation ne se dégrade pas. Elle se transforme. C’est d’ailleurs la même chose en France, mais c’est une autre histoire. Sur une vingtaine d’années, la proportion d’actifs américains pauvres reste stable autour de 5 %. Pourtant, les mutations économiques et démographiques ont été gigantesques, avec un impact majeur sur l’emploi et les revenus des moins qualifiés. Le profil des travailleurs pauvres a changé et changera encore.
Les populations noires et hispaniques comptent chacune plus de 10 % de travailleurs pauvres. Avec une immigration massive, les hispaniques sont toujours plus nombreux. L’emploi sous qualifié sera de plus en plus hispanique. En 1980, 14 % des hommes actifs sans qualification étaient hispaniques. C’est déjà le cas de la moitié d’entre eux aujourd’hui.
Les auteurs tirent trois leçons générales : 1/ La croissance est un pré requis pour l’amélioration du bien-être des travailleurs à bas salaires et des familles à bas revenus ; 2/ la réforme des années 1990 (le « workfare ») a été efficace, mais elle ne peut réduire des phénomènes démographiques sur lesquels elle n’a pas de prise ; 3/ l’immigration (légale et illégale) devient, en termes d’emploi peu qualifié, le problème central. Les auteurs tirent trois lignes de recommandation : 1/ augmenter le salaire minimum (à hauteur de 40 % du salaire moyen) et l’indexer sur l’inflation ; 2/ étendre la couverture maladie à tous les enfants ; 3/ réformer le système de garde des petits enfants afin de permettre aux mères d’exercer une activité.
(1) Rebecca M. Blank, Sheldon H. Danziger, Robert F. Schoeni (dir.), Working And Poor. How Economic And Policy Changes Are Affecting Low-wage Workers, New York, Russell Sage Foundation, 2006.

---------------- FIN DE l’ENCADRE ----------------
Des deux côtés de l’Atlantique

La comparaison de la « ceinture noire » américaine et de la « ceinture rouge » française est discutable. Il n’y a probablement pas d’équivalent européen au ghetto américain. Cependant, la situation change. Les villes européennes connaissent les problèmes qui affectent traditionnellement les villes américaines.
L’amélioration relative de la situation américaine doit particulièrement retenir l’attention dans tous les débats relatifs à la ségrégation et à la ghettoïsation aux Etats-Unis, souvent érigées en repoussoirs par rapport aux situations européennes. Elle fait pendant à l’accentuation des difficultés, notamment en termes de chômage et de violence, sur la même période dans les « quartiers sensibles » en France. Les émeutes récentes tout comme les différents rapports des experts ou des renseignements généraux en témoignent – la situation s’y dégrade. En un mot, la ségrégation s’atténue aux Etats-Unis ; elle s’accentue en France.
Un large volet du travail de Wilson comprend des comparaisons entre les Etats-Unis et l’Europe. Si l’on sait bien que les formes de l’exclusion et de l’intervention publique y sont radicalement différentes, Wilson nous invitait tout de même dès 1996 à prendre garde à des dérives qu’il remarque de notre côté de l’Atlantique... Il interpelle encore une Europe où l’Etat-providence est fermement institutionnalisé et où les explications de la pauvreté passent par le constat des changements sociaux et des inégalités, plus que par le procès des comportements individuels, à regarder avec attention ce qui s’est passé dans l’Amérique urbaine.


  1   2   3   4

similaire:

Les ghettos américains iconPlume Michel Crespy : Ecologie le jour où les chinois auront autant d’autos que les américains

Les ghettos américains iconAfter Market Des indicateurs mitigés, mais positifs pour les marchés américains ?

Les ghettos américains iconLes marchés américains ont temporisé alors que les statistiques économiques...

Les ghettos américains iconRésumé Depuis les indépendances, des générations successives de migrants...

Les ghettos américains iconConférence «Comment les Anglo-Américains voient-ils le monde ?»
«Questions sur la mondialisation. Thème 1 : La mondialisation et la diversité culturelle»

Les ghettos américains iconUn tournant majeur dans l’expression de la puissance americaine ?
«bourbier» vietnamien. Les images de la guerre dans les médias et la révélation d’exactions commises par les soldats américains tel...

Les ghettos américains iconLa stratégie de déploiement des entreprises américaines en France...
«les secrets des géants américains» : «L’entreprise américaine [ ] peut-elle être acclimatée en France ?»7

Les ghettos américains iconHelsinki Congress of the International Economic History Association,...
«les secrets des géants américains» : «L’entreprise américaine [ ] peut-elle être acclimatée en France ?»5

Les ghettos américains iconHelsinki Congress of the International Economic History Association,...
«les secrets des géants américains» : «L’entreprise américaine [ ] peut-elle être acclimatée en France ?»7

Les ghettos américains iconRésumé Les fonds de pension américains suscitent en France une crainte...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com