Résumé : La plupart des pays européens sont engagés depuis une vingtaine d’années dans un processus de déconcentration régionale de leurs systèmes d’enseignement supérieur et de recherche.





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Michel Grossetti

CERS

Université de Toulouse-le-Mirail, 5, Allées A. Machado,

31058 Toulouse Cedex,

Tel : 05 61 50 36 69,

Fax : 05 61 50 49 61,

mail : Michel.Grossetti@univ-tlse2.fr


Philippe Losego

LAPSAC

Université Victor Ségalen Bordeaux II, 3 Place de la Victoire,

33076 Bordeaux Cedex,

Tel : 05 57 57 19 72

mail :

Philippe.Losego@lapsac.u-bordeaux2.fr


Béatrice Milard

CERS

Université de Toulouse-le-Mirail, 5, Allées A. Machado,

31058 Toulouse Cedex,

Tel : 05 61 50 36 70,

Fax : 05 61 50 49 61,

mail : Beatrice.Milard@univ-tlse2.fr




La territorialisation des activités scientifiques

dans le sud-ouest européen

(France, Espagne, Portugal)
Géographie, Economie, Société, n°4, pp.427-442
Résumé : La plupart des pays européens sont engagés depuis une vingtaine d’années dans un processus de déconcentration régionale de leurs systèmes d’enseignement supérieur et de recherche. Ce processus fait suite à un précédent mouvement de création d’établissements d’enseignement supérieur dans les années soixante, pour faire face à la croissance des effectifs d’étudiants. Nous examinons ici trois pays du sud-ouest européen (Espagne, France et Portugal) en mettant en rapport l’histoire des implantations universitaires et l’étude des publications scientifiques, ce qui permet d’évaluer les effets de ces processus de territorialisation sur la « carte scientifique » actuelle.

Mots-clés : science, publications, régionalisation, universités, Europe
Abstract : The territorialization of scientific activities in the South-West of Europe (France, Spain and Portugal). For more than twenty years, most of european countries are involved in a process og regional decentralization of their higher education systems. This process follows a previous set of universities creations in the sixties years, answering the increase of students number. We examine here three countries of South-West of europe (Spain, France and Portugal) and we link the history of universities creation in different regions and towns and the study of scientific publications. This allow us to evaluate the effects of the territorialization process on the current « scientific map ».

Key words : science, publications, regionalization, universities, Europe

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* *


L’idée d’une étude spatiale des activités scientifiques peut sembler un peu paradoxale. Après tout, la science n’est-elle pas par nature une entreprise universelle qui se moque des frontières ? Les scientifiques ne constituent-ils pas une communauté internationale, ouverte à toutes les mobilités ? Oui, mais cette activité s’effectue aussi dans des lieux, des universités, des écoles, des laboratoires. Des lieux qui sont parfois célèbres — Oxford, Cambridge, Bielefeld, Salamanque, Coimbra, Le Collège de France, La Sorbonne, le CERN à Genève, Harvard, Stanford — et parfois plus obscurs (Perpignan, Viseu, Tarragone, etc.). La recherche de l’universel est indissolublement liée à des dispositifs matériels (bâtiments, instruments, bibliothèques, salle de cours) et institutionnels (modes de recrutement des étudiants, des enseignants, des chercheurs, validation des connaissances, attribution de financements) sans lesquels ni l’enseignement, ni la recherche ne peuvent s’effectuer.
Par contre, l’idée que la présence d’établissements scientifiques (universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires) peut constituer un « avantage compétitif » pour certaines agglomérations ou régions est assez largement acceptée depuis la diffusion dans les années quatre-vingt1 des travaux sur Silicon Valley. De très nombreuses recherches ont été conduites sur les échanges locaux entre les universités et l’industrie et plus largement sur l’impact local ou régional de la présence d’universités (Jaffe, 1989, Saxenian, 1994, Feldmann, 1994, etc.). D’abord, la concentration d'étudiants, d'enseignants et de chercheurs dans les villes dotées de ces établissements, peut avoir un impact important sur l’économie locale (Baslé et Leboulch, 1996). Ensuite, au fur et à mesure que croît la demande d'enseignement supérieur, les migrations d’étudiants depuis les villes « non équipées » vers les villes « équipées » ont un effet de plus en plus discriminant par le déplacement d’une grande partie de certaines classes d’âges, souvent de manière définitive (en raison des alea professionnels et matrimoniaux consécutifs aux études supérieures). Enfin, dans certains sites présentant des configurations industrielles et scientifiques favorables, la présence des organisations scientifiques peut déboucher sur un développement économique spécifiquement fondé sur les activités de recherche et développement (pour les exemples de Grenoble et Toulouse en France : Grossetti, 1995).
Toutes les analyses débouchent donc sur l’existence d’effets territoriaux de la présence d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche, mais très peu sont allées jusqu’à interroger la construction de la carte scientifique elle-même. L'enjeu est pourtant d’autant plus fort aujourd'hui que la « carte scientifique » n’est pas figée. Elle a certes une inertie (les universités, les écoles supérieures et les centres de recherche croissent lentement et ferment extrêmement rarement), mais les processus de création de nouveaux établissements et d’évolution de ceux qui existent déjà ne sont pas terminés. La carte connaît même actuellement une phase dynamique.
Tous les pays européens sont engagés depuis une vingtaine d’années dans un processus de massification de l’enseignement supérieur et d’équipement universitaire de villes moyennes. En fonction des contextes politiques des finances publiques et de l'état initial des « cartes scientifiques nationales », les solutions politiques choisies ont été variées : délégation d'une part de l'offre au secteur privé, régionalisation de l'initiative en matière d'enseignement supérieur, conservation des prérogatives de l'État, etc. Il en va de même pour les solutions institutionnelles : on a pu agir par multiplication des « collèges universitaires », (enseignements de premiers cycles exclusivement), par transformation des anciennes écoles polytechniques locales en universités autonomes (comme en Grande Bretagne ou en Espagne) ou par création d'universités ex-nihilo.
Aujourd'hui, où en sommes-nous ? Y a-t-il eu une réelle déconcentration des systèmes scientifiques nationaux et régionaux ? Voit-on émerger de nouveaux sites scientifiques ? Les contextes nationaux se traduisent-ils par des situations différentes dans le processus de territorialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche ?
Dans une recherche européenne, nous avons étudié le cas de trois pays, la France, l’Espagne et le Portugal2. Les résultats, en termes de « géographie scientifique » sont contrastés, et s'évaluent à la fois en termes quantitatifs et qualitatifs. L’analyse présentée ici est un élément d’un travail plus vaste qui fait l’objet d’un ouvrage collectif à paraître3, dans lequel nous avons cherché à mettre en rapport les dynamiques historiques, la structure actuelle du système scientifique telle qu’elle apparaît à travers les indicateurs statistiques et les logiques sociales qui peuvent freiner ou favoriser le développement des nouveaux établissements.
Ici, nous nous en tiendrons à la perspective quantitative, à partir d'une analyse des publications scientifiques. Préalablement, nous comparerons les processus de construction de la « carte scientifique » des trois pays. Nous montrerons notamment que le processus actuel d’équipement universitaire et scientifique de villes moyennes s'opère dans des cadres politiques et institutionnels très différents. Alors que l’Espagne a très largement décentralisé les compétences en matière de politique d’enseignement supérieur vers les régions, le Portugal a choisi de laisser l’initiative à l’Etat et la France a entamé une politique de décentralisation timide et ambiguë.
Ensuite, nous analyserons l'évolution de la structure spatiale, entre 1990 et 2000 de la production des chercheurs des trois pays afin de mettre en évidence un processus de déconcentration des activités scientifiques. Nous montrerons que ce processus (aux échelles nationale et régionale) est très net dans la péninsule et plus faible en France. Nous donnerons une interprétation à la fois politique et historique de cette différence.

1. La construction des cartes universitaires dans le sud-ouest européen

Naissance des universités contemporaines au XIXème siècle : la création de systèmes nationaux
En 1793, la Révolution française supprime les universités. L’Empire en réouvrira un petit nombre en 1808, sous une forme très différente : il s’agira désormais d’une institution unique et unifiée, soumise directement à l’Etat par des recteurs. Les programmes et les collations de grades sont clairement définis, uniformisés, hiérarchisés. On considère que cette époque marque le début des universités contemporaines parce qu’aucune d’entre elles n’a été supprimée depuis. Ce qui vaut pour la France, vaut pour les pays qui ont subi les invasions napoléoniennes. Non pas que les Français aient imposé leur manière de faire aux pays envahis ; mais ceux-ci, (notamment l’Allemagne, l’Espagne, etc.) ont profité de la fermeture des universités liées à la guerre pour n’en réouvrir qu’une petite proportion (10 au lieu 30 en Espagne, 16 sur 35 en Allemagne). C’est cette réduction qui marque la fin des universités de l’ancien régime. Cela faisait déjà au moins un siècle et demi que les Etats renforçaient leur contrôle sur les universités et cherchaient à en réduire le nombre.
En France et en Espagne, les universités sont concentrées dans les grandes villes, là où se trouvait l’essentiel des usagers, ce qui peut paraître logique pour une période au cours de laquelle la part des étudiants dans les classes d'âges était infime4. A partir du milieu du XIXème siècle (1840-1857) des systèmes de districts universitaires (Espagne) ou d’académies (France) constituent une « carte universitaire » au sens légal : les étudiants sont obligés de s’inscrire dans l’unique université de leur district. Au Portugal, la situation est plus simple. La monarchie a supprimé depuis longtemps l’université d’Evora (1759) et celle de Guimaraes (XVIème siècle). Il n’y a qu’une université portugaise, celle de Coimbra, jusqu’en 1911 lorsque la République crée deux universités à Porto et Lisbonne. Plus tard, en 1930, sera fondée l’université polytechnique de Lisbonne.

Le centralisme universitaire
Ce qui frappe, lorsque l’on examine la structuration des « cartes universitaires » française et espagnole jusqu’aux années 1960, c'est la situation privilégiée dont bénéficient les capitales nationales. En effet, si les territoires étaient assez bien quadrillés par ces systèmes de « centres académiques » (16 en France à partir de 1854 et 10 en Espagne), de fait, par le jeu des découpages administratifs des années 1840-1860, les universités des capitales (Madrid et Paris) étaient « protégées » par des sortes de « couronnes désertiques », c’est à dire de grands espaces dépourvus d’universités et fournissant des contingents d’étudiants aux universités centrales. Ces « couronnes » correspondent, en Espagne, aux actuelles régions de Castille-la-Manche, Pays Basque et Estrémadure et, en France, aux actuelles académies de Reims, Amiens, Orléans-Tours, Nantes, Rouen et Limoges. Finalement, dans les deux pays, les grandes universités hors capitales sont rejetées près des frontières : Barcelone, Valence, Grenade, Séville, Salamanque, Saint-Jacques d’une part, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon, Grenoble, Strasbourg, d’autre part. Ce centralisme géographique n’est pas fortuit. Il s’accompagne d’une politique claire : les universités des capitales Madrid et Paris sont considérées comme les « têtes de réseau » d’une université nationale unique. Au XIXème siècle, elles fixent les programmes des autres universités et sont le lieu d’acquisition des doctorats.

Pourquoi une si longue stagnation de la carte ?
La stagnation des cartes universitaires entre 1860 et 1960 était partiellement liée au fait que les fonctions des universités durant la période suscitaient peu d’intérêts sociaux, notamment locaux, hormis les facultés professionnelles (Droit, Médecine). Les facultés de Lettres et de Science, destinées à la certification des enseignants du secondaire, n’éveillent pas d’intérêts significatifs. Les enseignements supérieurs intéressant les élites locales (comptabilité, commerce, sciences appliquées) étaient généralement situées en dehors des universités, sous des tutelles diverses (ministères techniques, municipalités, etc.). Ainsi, par exemple les associations patronales de la ville de Porto n’ont eu aucun mal à obtenir la création de toutes les écoles qu’elles ont demandé, depuis « l’Ecole de navigation et pilotage » créée en 1762 (Guichard, 1992).

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