Manuel de psychologie sociale Intervenir en cas d'urgence





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LIEN FORT, LIEN FAIBLE


Mais surtout entre communauté et société, il y a toute la différence entre un lien social fort et un lien faible. Le communautaire est fort car homogène comme dans une grande famille très unie où le collectif l'emporte sur des individus qui n'en sont que des membres ; le lien social, dans lequel domine la liberté individuelle si ce n'est l’individualisme, peut en contrepartie isoler, voire exclure, l’individu de toute relation sociale, ou la rendre purement fonctionnelle ou utilitaire, hors de toute densité humaine. En cela, il s'agit d'un lien fragile. Contre les communautés et au nom de la liberté, constatent les sociologues de l'époque, s’est édifiée une société qui ressemble à un vaste marché sans règles où chacun est apparemment libre de se lier et de contracter avec qui bon lui semble mais où règne en réalité la loi du plus fort, à commencer par celle des détenteurs de capitaux.
1. Louis Dumont, Homo aequalis. Paris, Gallimard, 1977

2. Ferdinand Tönnies, Communauté et société, Paris, Retz. 1977

LA CAUSE ET LA CONSÉQUENCE


À partir de ce constat à peu près unanime de la déliaison sociale et de la montée des solitudes, les explications et les bonnes raisons ne manquent pas. De très loin, l'explication la plus fréquente est certainement celle de la crise économique et de ses effets délétères. C'est en raison de la crise économique qu'il y a encore du chômage, de la précarité et donc de l'exclusion, de l'isolement et de la solitude. Au premier abord, cela tombe sous le sens : la crise économique est bien responsable, au moins en grande partie, de la « fracture sociale » et donc de la dilution du lien social. On n'a cessé de nous le répéter et c'était presque rassurant de le croire, car on finit bien un jour par sortir d'une crise économique. Pourtant, l'argument se renverse facilement et le contraire est au moins aussi vrai. N'est-ce pas plutôt en raison du relâchement du lien social, de la fragilité du tissu social et du manque de solidarité dans une société toujours plus individualiste que l'on a pu tolérer autant d'exclusion, de chômage, de pauvreté et de drames humains ? C'est beaucoup plus la dilution du lien qui fait la crise que l'inverse. (page 20)

LA RECONNAISSANCE PUBLIQUE DE L'INDIVIDU PRIVÉ


Sans remonter trop loin, il faudrait avec les historiens traquer tous ces indices de décomposition-recomposition du lien social autour des nouveaux rapports de l'individu à la communauté. C'est, par exemple, le rapport à Dieu qui s'individualise, sous les influences successives de St Thomas d'Aquin à Calvin jusqu'à Bossuet, prêchant un dialogue direct des consciences avec Dieu. Les hommes passent moins par le filtre communautaire dans leur relation avec Dieu, Si la relation à Dieu s'autonomise et s'individualise, il en va de même des relations des hommes entre eux ; « Une nouvelle conception s'impose avec un nouveau rôle de l'affectivité, de la sexualité, du rapport à la norme et au social », écrit l'historien Daniel Roche. La communauté ne règne plus sans partage. Même l'influence du lignage et de la communauté familiale perdent du terrain.

Parallèlement, on assiste à ce que le philosophe cana­dien Charles Taylor a appelé l'invention de l'intériorité qu'il tient pour essentielle dans la transformation du lien social., C'est la mode du journal intime, des autobiographies et des portraits intimistes, naissance d'une vie privée aussitôt rendue publique pour témoigner de son importance et de la transformation du lien social qu'elle induit. Les relations entre les individus se psychologisent et l'intime devient d'intérêt public, culminant avec Les Liaisons dangereuses de Laclos (1782). L'individualité n'est pas seulement un sujet de société, c'est l'individu qui devient le sujet social et progressi­vement le sujet du social. Cette transformation de la relation sociale va s'accompagner de l'extension du régime des contrats, de leur multiplication et de leur individualisation. Peu à peu, le droit et le contrat envahissent la vie privée et s'imposent au pouvoir communautaire. L'institution des tribunaux familiaux pour régler les litiges usuels illustre bien ce mélange de tradition communautaire et de droit contractuel.

Le régime contractuel est ainsi associé à cette libération progressive de l'individu et à ses aspirations égalitaires qu'il vient sanctionner, formaliser, légitimer et rendre publics, C'est pourquoi on peut très facilement comprendre que l'on ait identifié (abusivement) le contrat aux valeurs de liberté et d'égalité. D'autant que cette mutation du statut de l'individu qui transforme la nature du lien social s'accom­pagne, avec la philosophie des Lumières, d'une évolution aussi profonde des idées politiques et des théories économiques dont le contrat est également le centre. (pages 66/67)

On se souvient de l'individu communautaire, « individu » qui n'est que l'expressif le sa communauté d’appartenance, au sein de laquelle le : « Je » s'efface derrière le « Nous ». La notion d'individu, que même que celle de lien (qui suppose une distance), a d’ailleurs peu de sens quand l'identité n'est qu'une identification à la communauté. Avec le XVIIIe siècle s'affirme un individualisme d'abord abstrait qui va progressivement se concrétiser dans la figure le l'individu en société. L'individu se libère de la tutelle des communautés d'appartenance au profit d'une grande communauté nationale, où dominent sous forme contractuel le lien symbolique du politique et le lien civil de l’économique comme on l'a vu. À l'entière détermination de l'individu surveillé de près par les pouvoirs et les règles et soumis à leur coercition directe succède un individu gouverné à distance par les institutions dont il intériorise les normes et les valeurs. À peine sorti de la communauté, l'individu est envahi par la société qui en modèle l'être et la conscience. L’individu n'est plus dans la communauté mais la société est dans l'individu, ce qui le constitue certes comme individu, mais pas comme sujet libre et autonome. L'individu sociétaire moderne est ce composite de normes intégrées et incorporées mais aussi de quête identitaire qui y résiste. En conséquence, son histoire est pour une grande partie celle de ce conflit intérieur dont Freud fera un modèle de théorie analytique. C'est un individualisme de libération des rôles prescrits (travail, condition sociale, sexe, morale, etc.), qui conduit plus au repli sur soi et sur la sphère privée qu’à l’affirmation et à l'extériorisation de soi. (page 94)

Avec les années 1960 et la montée d'une génération plus libertaire, le conflit intérieur et identitaire de l'individu s’exprime sur la place publique et culmine dans le monde en 1968 dont on dira, ajuste titre, que s'y manifeste d'abord une révolution dans les mœurs, en l'occurrence un renversement des rapports entre l’individu et la société, entre éthique individuelle et morale sociale. Malgré le retour de l’ordre public, l'ordre social en est de fait bouleversé : l'individu y proclame sa victoire sur la société. Cette victoire est toutefois moins celle d'un individu qui, pour cause de « nouvelle jeunesse », exercerait enfin sa liberté et son autonomie, que la défaite de la société à travers le délitement des liens sociaux en général et du politique en particulier. C'est moins l'individu qui triomphe que la société qui se défait.
LA SOLITUDE DE L'INDIVIDU

S'ouvre alors un nouvel âge de l'individu qui est donc moins celui de l'individu autonome construisant un nou­veau lien social que celui d'un individu un peu plus isolé et atomisé. Le recul de ce qui « faisait société » après l'efface­ment des liens communautaires laisse la place à un nouvel âge de l'individu, celui de l'individu solitaire. Un individu : « privé », privé de Société et d'Histoire, sommé d'être lui-même, pour lui-même, par lui-même. Nous sommes effecti­vement ces individus qui, après le « trop plein » de société, doivent désormais en affronter le vide '. Cette situation est pour beaucoup, par exemple, dans les problèmes de fond que rencontre l'éducation aujourd'hui : comment cons­truire et éduquer un individu dans et pour une société qui n'est plus ou pas encore ? Cette situation est aussi à l'origine de nombreuses pathologies sociales dont la plus courante, solidement installée au creux de notre univers quotidien, est certainement la dépression qui reflète le mal-être d'une époque. (page 95)
16. R. Sue : « La société contre elle-même » - Fayard – 2005

L’individu contre la société ?


Comment ce mouvement, qui conjugue approfon­dissement de l'individualité, développement du lien social et de l'esprit d’association ; peut-il non seulement rester aussi largement ignoré, mais céder la place à l'idée contraire selon laquelle nos sociétés seraient minées par l'individualisme, le repli sur soi, la solitude, la déliaison sociale, l'absence de participation sociale et civique ? Bref, qu'à la bonne nouvelle de l'individu plutôt solidaire soit substituée la mauvaise de l'indi­vidu solitaire ? Plusieurs facteurs contribuent à cette méprise qui n'est pas qu'involontaire.

Le premier est d'ordre culturel. Nous fonctionnons en la matière sur le mode binaire : d'un côté l'individu, de l'autre la société. De fait, hors de toute logique, nous opposons individu et société comme si l'un n'était pas le produit de l'autre et inversement. Soit l'individu, soit le collectif. Soit l'individualisme libéral, soit le collectivisme ou le communautarisme. Du coup, toute avancée de l'individualité (comme la Me génération) est automatiquement perçue comme un recul de la société, et non comme une nouvelle sociabilité qui part de l'individu tissant sa toile et ses relations de manière nécessairement moins visible. Nous sommes toujours dans une représentation holiste de la société que nous imaginons encore (…) (page 53)

Le lien d'association


Loin de s'opposer, accentuation de l'individualité et développement des liens sociaux se sont à l'inverse confortés et renforcés. Cela se comprend aisément. La personnalité de Narcisse, enfermé dans son jeu de miroir, est de fait très pauvre. Elle ne peut s'enrichir que du regard des autres. C'est à travers les autres et en démultipliant les relations sociales que l'on devient soi-même. Comme le notait déjà Proudhon : «L'homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables. » Telle est l'orientation présente de l'individu, plus sûr de lui-même et plus apte à entrer en contact avec autrui, et que l'on peut en conséquence qualifier d'individu relationnel. Plus que jamais, l'individu est une relation, et nommément une relation aux autres dans un monde de communication. Dans cette relation s'enracinent les valeurs d'autonomie, de liberté et d'égalité. Ce qui définit très précisément, depuis les Grecs, la relation d'association entre les individus. (page 54)

La vitalité du lien social


La bonne nouvelle ne tient pas seulement à une expressivité plus généralisée de l'individualité, mais plus encore à la prolifération simultanée des rapports et des liens sociaux. Conjurant ainsi la grande peur de la modernité - que l'on continue par ignorance ou par calcul à colporter -, celle d'une individualisation se retournant contre la société et provoquant nécessairement la dilution du tissu social, la perte de cohésion, la fin des collectifs, de la participation sociale et civique, le repli sur la sphère privée, l'anomie et, au bout du compte, l'anarchie. Or il faut constater que nous n'avons jamais eu autant de liens sociaux, aussi nombreux, divers et variés, et dans bien des cas choisis. (page 47)

17. Henri MENDRAS : « Le lien social en Amérique et en Europe » in Revue de l’OFCE, n° 76, janvier 2001

Le lien social qui avait une connotation contraignante et péjorative, vient de prendre une valeur positive ; devenu enviable, on déplore qu’il se distende. C’est en particulier la thèse du politiste américain Robert D. Putnam qui redoute que les Américains perdent leur capacité d’association et d’agir collectivement. Malheureusement, le mot « lien » n’a pas le sens précis pour les sociologues, si bien que les données réunies par Putnam ne sont pas convaincantes pour les Etats-Unis. Pour la France, les données sur les associations et le capital social inciteraient plutôt à conclure que le « lien social » se renforce.

Dans le dictionnaire des idées reçues, le lien social est apparu récemment. Tout le monde aujourd'hui s'accorde à penser que le lien social se distend, s'affaiblit, se délie..., Malheureusement personne ne sait ce qu'est ce lien. Curieusement, ce mot à connotation péjorative, négative, vient de devenir positif, enviable. Pour Littré, le sens qui vient en second, après le lien de la gerbe de blé, c'est la chaîne du prisonnier «briser ses liens, [c'est] sortir de captivité (...) Fig. tout ce qui enchaîne, contraint, met dans la dépendance ». Si le lien conjugal est sacré, c'est évidemment qu'il est pesant. Les liens de l'amour sont charmants, délicieux, mais dangereux.

Pour le sociologue, ce mot n'a pas de signification précise, tant et si bien qu'il n'apparaît pas, à juste raison, dans le dictionnaire de Boudon (1999). Le dictionnaire de Gresle et alii (1994) dit très bien que ce mot « réapparaît aujourd'hui dans des écrits de sociologues que l'on peut qualifier de néo-communautaristes (Donzelot, Rosanvallon) et dans le vocabulaire d'hommes politiques, notamment dans les expressions "perte" ou "rupture du lieu social" qui résulterait [...] d'une exacerbation des valeurs individualistes ». Le mot fait image : on imagine l'individu isolé dans la foule solitaire, dont tous les liens se distendent ou se brisent. Mais, précisément, quels sont ces liens aucune étude sociologique n'ayant précisé le mot pour en faire une notion opératoire, il relève du bavardage sociologique,, du vocabulaire de la « sociolatie ».

En revanche le domaine auquel le mot fait référence a été traité par les sociologues sous la rubrique de « capital social, c'est-à-dire des ressources que l'individu peut tirer de ses réseaux de relations (…).

De retour outre-Atlantique, R. Putnam a été saisi d’une inquiétude qui est devenue son tourment : les Etats-Unis sont-ils en train de perdre leur âme, leur capacité d’association et d’action collective ? Si Tocqueville revenait, il ne « reconnaîtrait » pas son Amérique. Comparée à la vitalité italienne, la « communauté » américaine lui paraît en train de s’effondrer. En 1995, dans le Journal of democracy, il publie un article retentissant qui s’intitule déjà : « Bowling Alone : America’s Declining Social Capital ». L’écho fut énorme montrant que l’inquiétude était partagée par beaucoup de ses concitoyens. Périodiquement, des Cassandre annoncent que l’Amérique perd son âme et qu’un revival est nécessaire. Aux revivals religieux du siècle dernier succèdent aujourd’hui des revivals civiques qui témoignent de l’inquiétude endémique des Américains sur leurs sociétés. Putnam révèle son sentimentalisme, a-t-on envie de dire, en mettant sur la couverture de son dernier livre une charmante photo de son club d’adolescents joueurs de quilles, où il se trouve entouré de deux blancs et de deux noirs, tous les cinq sourient avec de bonnes têtes de bons petits Américains des années 1950. Ce qui explique son titre : jouer tout seul aux quilles, quelle horreur ! Comme tout vieillard, le sociologue qui, arrivé à un âge mur, se rappelle son exaltante jeunesse est toujours sujet à caution : laudator temporis acti, disait déjà Horace !

A l’appui de sa thèse, le professeur de Harvard a mobilisé toute l’érudition disponible. Malheureusement, la principale critique que l’on peut faire à son livre, c’est qu’il manque de preuves convaincantes et qu’il a même tendance à mal interpréter ses données : Michel Fossé, qui étudie aussi le sujet, arrive à des conclusions différentes en utilisant les mêmes données1. La plupart de ces données étaient déjà connues, mais les rassembler et les confronter apporte des conclusions neuves. Toutefois, leur interprétation est sujette à caution en fonction de la période de temps prise en considération : si les données étaient disponibles depuis les années 1930 dans tous les domaines, le diagnostic de R. Putnam serait peut-être remis en question, et ce sont les années 60 qui apparaîtraient comme exceptionnelles. Ces réflexions faites, il faut reconnaître que le dossier des preuves accumulées par R. Putnam est impressionnant. (…)

1. Michel Fossé, article ci-joint et articles précédents, 1977 et 1999.

VI – EXPERIENCES PSYCHOLOGIQUES
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