1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village





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Conférence à la Chambre de Commerce le 22 mars 2006.
Pechelbronn, à la source du pétrole français
Pechelbronn est un lieu-dit situé en Alsace du nord, à une cinquantaine de km de Strasbourg. Ce mot évoque irrémédiablement le pétrole. En 1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn).
Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village de Merkwiller, devenu Merkwiller-Pechelbronn, où l’on repère encore quelques traces d’activité industrielle :

- des terrils, quelques friches industrielles, mais aussi le Musée du Pétrole dont les animateurs, organisent l’exposition du rez-de-chaussée.
Pechelbronn désigne donc aussi cette activité industrielle et l’entreprise exploitante. Les maîtres de mines ont imposé la prononciation Pechelbronn, pour promouvoir une étymologie inexacte mais qui allait mieux avec l’industrie : Pech signifiant poix , Pechelbronn devient le puits de poix.
On travaillait au Pechelbronn, soit à la mine, soit à la raffinerie ou encore sur un des nombreux chantiers de forage disséminés dans la concession qui atteint 44.000 ha en 1921.
L’exploitation ininterrompue débute en 1735 et le raffinage est définitivement arrêté en 1970, ce qui fait 235 années d’activité. Il est vrai que pendant les 235 années, on a extrait qu’environ 3,5 millions de tonnes, quantité somme toute modeste qui correspond :

- à la production irakienne annuelle de 1948

- ou encore à 2 jours de consommation actuelle aux Etats-Unis .
Comment expliquer dès lors la remarquable longévité des activités d’extraction et de raffinage sur un gisement qui n’avait rien d’exceptionnel ? Dans quelle mesure le Pechelbronn est-il à l’origine de l’industrie pétrolière d’aujourd’hui ?
Pour réponde à ces questions, il s’agit de comprendre les rôles de chacun des acteurs présents à Pechelbronn :

- celui de l’entrepreneur sous ses différentes formes, entrepreneur familial, sociétés anonymes ou société supervisée par l’Etat,

- celui de la puissance publique, qu’elle soit féodale ou royale avant la Révolution, allemande ou française par la suite,

- celui de la main d’œuvre, dont les effectifs passent d’une centaine de personnes au XIXe siècle à presque 3000 entre les deux guerres.
La rentabilité de ces activités est évidemment la préoccupation majeure de ces acteurs. Mais l’historien est étonné de constater que les lois de la stricte rentabilité économique se combinent à Pechelbronn à d’autres impératifs pour distinguer trois périodes qui donnent le plan de mon exposé:
- une période d’exploitation artisanale de 1735 au milieu du XIXe siècle,
- une période de révolution industrielle qui s’achève en 1914,
- et une période pendant laquelle les Etats encadrent l’exploitation.


I) L’exploitation artisanale (1735-1867)



A) Quatre conditions réunies
1) Après la Guerre de Trente ans et les guerres qui ont eu lieu sous le règne de Louis XIV, le 18e siècle est une période relativement paisible. L’Alsace est passée sous la souveraineté des rois de France. C’est le retour de la prospérité économique et le départ de l’exploitation ininterrompue du pétrole de Pechelbronn.
2) En 1734, Jean-Théophile Hoeffel, étudiant en médecine à Strasbourg rédige une thèse consacrée à l’huile minérale de Pechelbronn considérée alors surtout comme un remède thérapeutique.
3) Sa thèse est lue en Suisse par Jean-Damascène Eirinis dont le père exploitait la mine d’asphalte du Val-de-Travers proche de Neuchâtel. Eirinis se rend en Alsace, fonce une mine aux endroits indiqués par Hoeffel et traite le sable bitumineux à l’eau bouillante pour en séparer l’huile.
4) Il est évincé en 1740 par Louis Pierre Auzillon de la Sablonnière.
Sablonnière est un diplomate français auprès des ligues suisses. Il a pris des parts dans l’entreprise qui exploite l’asphalte du Val de Travers.

Le roi de France , qui lui avait permis d’importer en franchise l’asphalte suisse , le charge en 1737 de caréner avec de l’asphalte suisse les coques de navires en partance pour les Indes. L’expérience étant concluante, Sablonnière est chargé de trouver une mine équivalente sur le territoire français.

C’est donc avec la bénédiction du gouvernement, qu’il écarte Eirinis pour prendre la direction du Pechelbronn.
5) Ainsi nous est-il possible d’identifier 4 conditions nécessaires au démarrage de exploitation continue :

- la curiosité d’un scientifique

- la sécurité assurée par la puissance publique

- l’expérimentation,

- la réunion de capitaux.
A l’époque précédente de la Renaissance , les humanistes s’étaient déjà intéressés au pétrole de Pechelbronn mais les guerres et l’atonie économique avaient empêché une activité continue. Aussi a-t-il fallu attendre les Lumières du 18e s. pour qu’un nouveau cycle favorable débouche cette fois sur une exploitation ininterrompue.
B) La Compagnie d’Asphalte (1740-1760)
1) La bourse venait d’être crée en 1724 à Paris lorsque Sablonnière, concessionnaire du Pechelbronn pour 20 ans, constitue une société de 40 actions, la Compagnie d’Asphalte. Ses premiers associés sont parisiens :

- des gentilshommes officiers de la couronne

- auxquels se joignent successivement 2 banquiers protestants d’origine genevoise.

Le manque de fonds porte Sablonnière à trouver de nouveaux partenaires :

- deux notables alsaciens (le bailli de Soultz-sous-Forêts et un négociant strasbourgeois ),

- et enfin trois officiers de la place militaire se Strasbourg.
2) L’amalgame se fait très mal. Les associés reprochent à Sablonnière de ne pas rémunérer le capital investi et lui enlèvent la direction. Sablonnière se pourvoit en justice. L’Intendant d’Alsace lui donne tort. Sablonnière fait appel au Conseil du Roi mais meurt avant d’obtenir gain de cause.
La propriété collective semble alors mal adapté à l’entreprise. C’est en tout cas la leçon que va tirer Antoine Le Bel de l’échec de la Cie d’Asphalte pour construire, à sa place, une entreprise, non pas collective, mais familiale.

C) Antoine Le Bel (+ 23 décembre 1788)
1) Les Le Bel sont originaires de Saint-Sernin en Rouergue dans le Sud-Ouest. Le père d’Antoine Le Bel est un notable rural qui aspire à la noblesse. Antoine est l’espoir de la famille. Il monte à Paris et devient le secrétaire du vieux marquis de Saint-Sernin. A la mort de celui-ci, les héritiers lui demande de placer une partie de leur héritage. Il croise alors la veuve Sablonnière et décide d’investir des capitaux à Pechelbronn.
2) Le bitume n’est qu’un des objectifs du manieur d’argent :

- il acquiert aussi les trois quarts de la seigneurie de Schoenenbourg, située non loin de Pechelbronn,

- et à Paris, il se met au service du surintendant de la Maison du frère du roi (le comte d’Artois, futur Charles X).
3) Brouillé avec le surintendant, Antoine Le Bel va être accusé de détourner des fonds et emprisonné à la Bastille. On ne prouvera jamais sa culpabilité mais l’affaire met fin à sa carrière parisienne. Il s’établit en Alsace avec sa famille et y meurt en décembre 1788, peu avant la Révolution qui prive aussi la famille de ses revenus seigneuriaux.
Loin de Paris et sans Schoenenbourg, les Le Bel sont donc condamnés à faire fructifier le Pechelbronn dont Antoine avait réussit à écarter la veuve Sablonnière dès 1769.
D) La stratégie dynastique des Le Bel
1) Les descendants d’Antoine Le Bel mettent au point une stratégie visant à construire une dynastie  :

- le premier élément de cette stratégie est la famille,

- le deuxième, l’instruction des héritiers,

- le troisième est l’association de l’industrie à l’agriculture.
2) Avec un gendre qui connaît le Général La Fayette et fréquente le député Couthon, la veuve d’Antoine Le Bel bénéficie d’appuis à Paris. Elle parie judicieusement sur la Révolution.

Elle compte aussi sur ses relations locales. Son autre gendre est procureur municipal à Wissembourg. Son fils épouse la fille d’un notaire protestant et franc-maçon de la même ville. L’implantation locale se confirme quand les Le Bel deviennent maires de Lampertsloch et conseillers d’arrondissement. A la même époque s’impose la règle de la transmission du Pechelbronn au garçon qui dédommage ses sœurs.
3) Les relations de la famille mais aussi sa familiarité avec le droit permettent d’éliminer la concurrence de la mine de bitume de Soultz. La concession du Pechelbronn leur est confirmée en 1800 par le 1er Consul.

Mais la solidarité du clan et son habileté procédurière trouve ses limites :

- Les Le Bel se brouillent avec leur cousin Mabru qui avait longtemps dirigé les mines et échouent à l’empêcher de prendre la tête d’une exploitation concurrente à Schwabwiller à la limite de leur concession.

- De même, le procès contre la mine voisine de Lobsann qui aura duré un demi-siècle s’achève par un accord à l’amiable, sans vainqueur ni perdant.
4) Les compétences techniques s’affirment avec plus de succès :

- Louis-Frédéric Achille, le petit fils d’Antoine, devient ingénieur de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne.

- L’arrière-petit-fils, Joseph Achille Le Bel fait Polytechnique. Il est l’auteur en 1874 de la théorie de l’asymétrie du carbone et devient un savant de réputation internationale. L’institut de chimie de l’Université de Strasbourg porte son nom.
5) Les Le Bel sont aussi de brillants agronomes. La loi minière de 1810 permet au concessionnaire d’exploiter le sous-sol sans acquérir les terrains de surface. Mais les Le Bel achètent des terrains pour développer leur propre exploitation agricole.

Ils notent en effet une complémentarité entre les activités minières et agricoles. La moisson et la fenaison offrent du travail au moment où l’aérage insuffisant des mines exige la suspension de l’extraction. La main d’œuvre et les animaux de traits sont alors disponibles pour l’agriculture. Par ailleurs, les revenus des bonnes années agricoles rattrapent les mauvaises années minières et inversement.
Ainsi l’entreprise agro minière est-elle conçue pour dégager un rendement certes faible mais durable à l’échelle d’une dynastie qui aspire à la notabilité.
II) La Révolution industrielle (milieu du 19e siècle -1914)
A) Le décollage industriel
Le décollage industriel modifie, dans la deuxième moitié du 19e siècle le train-train de ces notables ruraux. Entre 1868 et 1889, la production de pétrole croît de 30 % par an en moyenne. Cette croissance s’accélère car dans les années 1880 elle atteint 40 % par an.
1) Quelle sont les causes de cette explosion de la production  ?

La première est l’augmentation de la profondeur des galeries. Leur profondeur moyenne était de 50 mètres dans la première moitié eu 19 s. En 1877, le puits André atteint environ 100 mètres. On accède ainsi à des couches très productives. L’huile moins consistante suinte des parois sans qu’il soit nécessaire d’extraire le sable.

La deuxième cause de l’accélération du décollage est l’introduction en 1879 du forage Fauvelle. Grâce aux sondeuses Fauvelle, on extrait, à des profondeurs encore plus grandes, une huile brute légère qui jaillit en surface sous la pression du gaz sans qu’on soit obligé de creuser de galeries.
2) Ces innovations aggravent d’ailleurs certains problèmes. Dans les galeries plus profondes, l’eau, le gaz et les irruptions de sable mouvant sont de plus en plus difficiles à maîtriser.

Deuxième problème : la distillerie ne suffit plus à traiter les quantités croissantes. Et enfin, dernier problème, la distillerie doit être adaptée à trois différentes matières premières, successives :

- le sable bitumineux ( extrait depuis le 18e s.),

- la graisse de suintement (extraite pendant la période de Révolution industrielle ;1858-88).

- l’huile brute légère (extraite à partir de 1879).

La troisième cause du décollage est l’accroissement de la demande en lubrifiants. Pendant la Révolution industrielle, les machines à graisser se multiplient.
3) Heureusement l’entreprise dispose avec Joseph Achille Le Bel d’un savant capable de relever ces défis techniques :
- il abandonne l’extraction du sable bitumineux et le traitement à l’eau bouillante en 1875,
- il perfectionne la distillation industrielle introduite par son père, créant de toute pièce une raffinerie successivement adapté aux quantités croissantes et aux différentes matières premières et produisant (en fonction de l’évolution de la demande) différents lubrifiants et du pétrole lampant.
- Il réduit dans un premier temps le creusement des galeries, ferme définitivement les mines en 1888 et n’extrait plus que par forage.
La prospérité financière récompense les efforts accomplis. Un auteur estime que le capital investi est rémunéré à environ 33% dans les années 1880.
4) Pourquoi alors les Le Bel vendent-ils leur entreprise en 1889 ?
Plusieurs motivations les incitent à prendre cette décision après 120 ans d’exploitation familiale : elles sont d’ordre personnel et d’ordre économique.
a) Tout d’abord, les Le Bel vivent mal l’annexion allemande et optent avec retard pour la France afin de s’installer à Paris,

b) où Joseph Achille préfère se consacrer à la science pure plutôt qu’à l’industrie ;
c) Ensuite Joseph Achille est célibataire ainsi que deux de ses sœurs ; aucun héritier n’est susceptible de prolonger en 1889 la dynastie industrielle.
d) La prospérité économique, enfin, ne semble pas définitivement assurée pour plusieurs raisons ( d’abord à cause de la concurrence croissante des pétroles découverts en Amérique et en Russie ; ensuite parce que les sources jaillissantes risquent de se tarir)

Les Le Bel choisissent de vendre l’affaire encore florissante à des industriels alsaciens francophiles réunis en société anonyme : les Pechelbronner Ölbergwerke.

B) Les sociétés anonymes
1) Les Pechelbronner Ölbergwerke (1889-1905)
Les P.Ö. regroupent 21 actionnaires alsaciens, des haut-rhinois  enrichis dans le textile (comme les Schlumberger et les Koechlin ), des industriels strasbourgeois (les brasseurs Schutzenberger et les tanneurs Herrenschmidt) et des parisiens d’origine alsacienne.
La société se fixe deux objectifs :

- premièrement, rémunérer le capital investi,

- deuxièmement, soustraire le pétrole alsacien aux intérêts allemands. (les 21 actionnaires sont tous de fervents patriotes francophiles. Parmi eux, certains avaient fondé la Sogenal afin de ne pas avoir à recourir aux banques allemandes.
En ce qui concerne le premier objectif, les résultats sont plus que satisfaisants. Grâce à une innovation (le pompage électrique capable de prolonger les sources jaillissantes) la production continue à augmenter. La main d’œuvre rurale bon marché permet de forer à bras et évite d’acquérir les sondeuses à moteur.

Les profits s’élèvent à 41% du capital investi. Les P.Ö. font mieux que les Le Bel.
C’est l’échec, en revanche, en ce qui concerne l’objectif patriotique. La jeune industrie pétrolière est de plus en plus soumise à la concurrence internationale. Elle a besoin d’une protection douanière et de se concentrer toujours davantage. Les PÖ, exposés à la pression des capitaux extérieurs américains, néerlandais comme allemands, sans garantie d’être soutenus par un Etat auquel ils avaient voulu résister, vendent la concession et la raffinerie en 1905 à la Deutsche Erdöl Aktiengesellschaft ou D.E.A.
2) La Deutsche Erdöl Aktiengesellschaft (1906-1914)
La même année, la D.E.A. achète aussi les deux autres sociétés pétrolières alsaciennes voisines de Biblisheim et de Durrenbach. L’ensemble s’appelle désormais V.P.Ö. qui sont une filiale de la D.E.A.
A l’origine, les activités de l’entreprise D.E.A. consistaient essentiellement en forages effectués pour des sociétés minières. L’irrégularité des contrats a incité la direction à se diversifier en achetant des gisements miniers. Le pétrole d’Allemagne du Nord se révèle particulièrement prometteur, ainsi que des participations dans les champs pétroliers de Galicie et de Roumanie.
L’avantage du pétrole alsacien, c’est qu’à l’opposé de celui du Hanovre (la seule autre région pétrolière allemande), il n’appartient pas au propriétaires des terrains de surface. En Allemagne du Nord les multiples loyers à régler par l’exploitant aux propriétaires des terrains de surface, augmentent considérablement les frais d’extraction. Le coût d’extraction alsacien est le plus faible d’Allemagne.
En Alsace, la DEA remplace les sondeuses à bras Fauvelle par ses appareils de forage à moteur et la production annuelle passe de 22.000 à 55.000 t.. Mais alors que la production est doublée, le nombre des pompages est multiplié par 4. Pour avoir une même quantité de pétrole , il faut faire 2 x plus d’efforts.
La société allemande est capable non seulement de réaliser cet effort, mais de résister aux grandes compagnies russes et américaines. Au sein du groupe, Pechelbronn fonctionne en complémentarité avec les raffineries d’Allemagne du Nord et commercialise ses produits par l’intermédiaire du réseau de distribution de la D.E.A.
Les bilans annuels montrent que Pechelbronn constitue l’épine dorsale du groupe, la base sûre à partir de laquelle l’entreprise prend des risques ailleurs dans le but de devenir une grande société pétrolière européenne.
III) Pechelbronn prolongé par les Etats (1914-1970)
Avant 1914, la D.E.A. s’était sentie assez puissante pour s’opposer au gouvernement qui voulait établir un monopole des pouvoirs publics sur le pétrole lampant. La Première Guerre mondiale allait modifier cette option libérale et placer définitivement le gisement dans l’orbite des Etats, alternativement l’Allemagne et la France.
A) La Première Guerre mondiale et la reprise de l’exploitation par galeries
Pendant la guerre, qui est plus longue que prévue, le blocus maritime allié et les opérations militaires continentales perturbent l’approvisionnement pétrolier de l’Allemagne et de la D.E.A. au alors que l’essence et les lubrifiants deviennent des produits stratégiques indispensables.
De plus, au moment même où les prix montent en flèche, la production alsacienne stagne. Comment relancer l’extraction ? En 1916, la direction décide d’intensifier la production en récupérant par puits et galeries l’huile qui n’a pas été prélevée par les pompages. Pour une quantité d’huile extraite par pompage, on espère tirer par la suite 2,5 quantités par puits et galeries.
La reprise de l’exploitation par mines et galeries fait de Pechelbronn une industrie de main d’œuvre. Les effectifs étaient passés pendant la Révolution industrielle d’une centaine à environ 500 salariés en 1914. Entre les deux guerres, ces effectifs atteignent 2500 à 3000.
B) Le séquestre et l’amodiation de Pechelbronn à la S.A.E.M. (1918-1940)
1) Le séquestre

La défaite allemande met fin aux ambitions pétrolières transnationales de la D.E.A. La société perd tous ses avoirs roumains et galiciens. En 1918, l’Alsace redevient française. Pechelbronn est mis sous séquestre en tant que bien allemand.
Le gouvernement français avait subi pendant la guerre une humiliante dépendance pétrolière vis-à-vis des compagnies anglo-saxonnes. Il avait élaboré une politique pétrolière nationale dans laquelle Pechelbronn, seul gisement français d’importance trouve une place de choix, sans mesure avec ses performances économiques. Mais il n’est pas question d’abandonner pendant la paix armée de l’entre-deux guerre, le pétrole très coûteux des galeries.
Le gouvernement hésite à nationaliser le secteur pétrolier et fait traîner la liquidation du séquestre. En 1921, il trouve pour Pechelbronn la solution de l’amodiation. La concession revient à l’Etat qui la transmet ensuite par contrat à une société privée : la Société Anonyme d’Exploitations Minière ou S.A.E.M. .

La S.A.E.M. est formée aux 2/3 de capitaux alsaciens. Il s’agit d’anciens actionnaires des P.Ö. ou de leurs descendants, tous fervents patriotes. Certains d’entre eux se sont battus du côté français pendant la guerre. Le dernier 1/3 du capital est contrôlé par la banque Paribas.
2) La S.A.E.M.
La société privée se doit d’être rentable mais le contrat d’amodiation lui impute des obligations d’utilité publique. En compensation, le gouvernement taxe le pétrole importé de manière à laisser à Pechelbronn une marge bénéficiaire suffisante.

Lorsqu’en 1936, les lois sociales gonflent les dépenses salariales et déséquilibrent les comptes de la société, le parlement rehausse les tarifs douaniers. Comment en arrive-t-on à écrire la loi en fonction de Pechelbronn  ?
Son utilité est moins économique que pédagogique et sociale.

Pechelbronn fournit entre les deux guerres environ 13% de la consommation de lubrifiant et seulement 1% de l’essence.

Mais dès 1919, on y forme des techniciens chargés de remplacer les ingénieurs allemands chassés de Roumanie et de Galicie. L’Ecole Technique des Pétroles de Pechelbronn est transférée ensuite à Strasbourg et devient en 1925 l’Ecole Nationale Supérieure des Pétroles. Le gisement reste le lieu de stage privilégié des ingénieurs pétroliers.
L’entreprise forme aussi, jusqu’en 1956, à l’Ecole des maîtres sondeurs de Haguenau des techniciens qu’on va retrouver sur tous les chantiers des entreprises françaises.
Le champ pétroliers est un terrain d’expérimentation où la société de prospection électrique Schlumberger met au point, en 1927 son procédé de carottage électrique.
La S.A.E.M. remplit enfin une mission sociale et politique : intégrer par le travail salarié la population d’Alsace du Nord récemment détachée de l’Allemagne.
Le gouvernement voit surtout d’un œil très favorable que la S.A.E.M. construise une entreprise d’importance nationale à partir du gisement local. (Je rappelle que l’objectif du gouvernement est de se libérer de l’emprise des trusts anglo-saxons)
Les lois pétrolières de 1928 encouragent le raffinage sur le sol français en permettant aux raffineurs d’importer le brut en franchise et de payer les taxes seulement à la sortie de la raffinerie. La S.A.E.M., qui importe déjà du brut pour compléter sa production alsacienne, décide alors de valoriser son savoir faire en construisant une 2e raffinerie dans l’estuaire de la Loire à Donges.
Grâce aussi à ses autres filiales de transport et de distribution (la Socal pour les carburants, Antar pour les lubrifiants par exemple ) l’entreprise augmente sa part sur le marché français.
Après la tentative régionaliste des P.Ö. l’Alsace accouchera-t-elle d’une grande société pétrolière ? Elle n’y parviendra pas.

D) Le retour de la D.E.A. et la fin des ambitions régionales (1940-45)
Dès les années 30, au moment où sévit en plus la crise économique, les ambitions de la S.A.E.M. sont contrariées par la dégradation des relations franco-allemandes. L’Alsace devient un glacis.
Pendant la Drôle de Guerre, on suspend le raffinage pour éviter que les fumées ne guident les tirs ennemis.
Après la défaite de juin 1940, le gisement alsacien est repris par la D.E.A.

La S.A.E.M. survit difficilement outre Vosges grâce aux activités très réduites de ses filiales dispersées entre zones occupée et libre.
C’est la fin du laboratoire pétrolier alsacien. L’ENSP quitte Strasbourg pour ne plus y revenir.

Les convoitises de la DEA, incitent le gouvernement de Vichy à écarter la S.A.E.M. des champs de prospections prometteurs d’Aquitaine afin d’en éloigner les Allemands. D’autres sociétés exploiteront le pétrole d’Aquitaine.
E) Epuisement du gisement et épanouissement d’Antar (1945-1970)

1) Déclin de Pechelbronn

La victoire alliée ne rétablit pas exactement la situation d’avant-guerre. La S.A.E.M. retrouve son gisement. La raffinerie détruite par le bombardement du 4 août 1944 est reconstruite. La production reprend mais stagne autour de 50.000 t . On compte sur des découvertes dans les couches profondes du secondaire qui se révèleront décevantes et sur le fonçage d’un nouveau puits jamais terminé.

A cette époque, l’Etat intervient vigoureusement dans l’économie pour reconstruire la France. Mais le Bureau de Recherches Pétrolières et la DICA, nouvelles administrations de tutelle, exigent efficacité et rentabilité. La défaite de 1940 avait discrédité la politique de soutien inconditionnel d’avant guerre.
Une loi de 1950 sur le pétrole d’origine national décide de subventionner Pechelbronn à la tonne extraite. Dans les conditions prévues, la rentabilité de l’entreprise exige une production de 70 000 tonnes, seuil qui n’est pas atteint.
Dès 1951, la société procède aux premiers licenciements. L’émotion étant grande dans la région, les pouvoirs publics ralentissent le démantèlement du site et l’accompagnent de mesures sociales. Pechelbronn devient le prototype du bassin industriel en crise. Les puits sont fermés en 1962 et la raffinerie en 1963, après l’ouverture des raffineries de Reichstett et Herrlisheim. En 1965, Pechelbronn devient une société de gestion de titres. La dernière activité de raffinage disparaît à Merkwiller en 1970.
2) Epanouissement d’Antar
En même temps que déclinait le gisement, le pétrole remplaçait le charbon comme principale source d’énergie et l’essor de l’automobile multipliait les clients des distributeurs de carburant et de lubrifiants.
Or la S.A.E.M. avait eu le temps de développer des filiales de raffinage et de distribution. Elles prospèrent pendant les Trente Glorieuses. Au déclin du gisement correspond l’épanouissement des filiales réorganisées autour de l’enseigne ANTAR. Dans les années 60, ANTAR devient le 7e distributeur français.
L’Etat toujours soucieux de contrôler le secteur pétrolier avait pris, en 1945, une participation de 5% dans le capital de la S.A.E.M. Le capital de la société étant très dispersé, cette part suffit à faire de l’Etat le plus gros actionnaire.

Le gouvernement travaille ensuite, dans les années 50, à constituer au sein du groupe Pechelbronn-Antar un noyau dur d’actionnaires français. Il s’agit d’éviter que les filiales dynamiques tombent aux mains des trusts pétroliers anglo-saxons.

Au sein du conseil d’administration, on trouve les présidents de la Régie Autonome des Pétroles, ancêtre d’Elf, et de la Cie Française des Pétroles, ancêtre de Total. Aussi n’est-il pas étonnant qu’Antar soit absorbé en 1970 par la société nationale Elf, développée sur le gisement d’Aquitaine, plus important que celui de Pechelbronn.
CONCLUSION
Un regard rétrospectif permet de caractériser, en conclusion, plus précisément les trois époques de Pechelbronn :

1) La période de Révolution industrielle du milieu du 19es. à 1914 correspond à une stricte rentabilité économique. C’est âge d’or pendant lequel la production et les bénéfices décollent malgré un début de concurrence internationale et malgré la baisse des prix.
2) Avant cet âge d’or, la rentabilité économique ne suffit pas à assurer la continuité des activités, comme le montre l’échec de la Cie d’Asphalte. Les Le Bel tirent de l’entreprise agro-minière non seulement du bitume mais aussi du prestige social et une continuité dynastique.
3) Après 1914, c’est au tour des Etats (que ce soit l’Allemagne ou la France) de créer les conditions de la survie d’une activité stratégique en temps de guerre ou de paix précaire. Il n’est pas étonnant que le désengagement de l’Etat corresponde en définitive à la fermeture du site.
Au total, le rôle d’abord important des entrepreneurs (sous ses différentes formes) décline au profit de l’Etat conformément au modèle général qui fait aujourd’hui des gouvernements les vrais propriétaires des gisements.
Il faut souligner aussi le rôle important de la main d’œuvre dont le faible coût constitue à toutes les époques une condition favorable. Grâce à la double activité des ouvriers paysans, l’Outre-Forêt passe en douceur de la tradition à la modernité. Ces efforts et cette abnégation ont été assez modestement récompensés sur place puisque le bassin attend toujours une véritable reconversion.
Pechelbronn a davantage servit l’industrie pétrolière. L’historiographie influencée par les auteurs américains ignore assez largement le rôle pionnier du pétrole alsacien. Elle retient volontiers la découverte du pétrole américain de Pennsylvanie (en 1859) comme point de départ de l’industrie pétrolière. A cette date, le Pechelbronn était exploité depuis 124 ans. Le plus vieux gisement français et probablement aussi le plus vieux d’Europe, a surtout été une formidable école pétrolière pour au moins 4 raisons :
1) On y a mis au point, en 1895, les tours de forage Raky utilisées par la suite dans toute l’Europe,
2) La prospection électrique Schlumberger qui y est expérimentée en 1927 donnera naissance à l’une des deux grandes sociétés de service aux entreprises pétrolières (l’autre est Haliburton)
3) L’ENSP de Strasbourg est l’ancêtre direct de l’Institut Français du Pétrole.
4) Pechelbronn-Antar est une étape importante de la construction de la multinationale TOTAL-FINA-ELF, 5e société pétrolière mondiale.

En 1970, Antar avait été racheté par Elf, société absorbée en 1999 par Total.





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1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconantananarivo atsimondrano région
«port» d’embarquement. Une fois arrivés tout près de cette roche, ils croyaient atteindre le but de leur voyage. D’où le nom composé...

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconTéléphone ++ 33 (0)1 40 27 21 63
«cité juste» qui en constitue le fondement et c’est donc cette référence qui vient modifier les contours de la gouvernance aujourd’hui,...

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconLa diversité au cœur de la finance
Marchés financiers inorganisés C’est la première réflexion sur un phénomène qui reste encore aujourd’hui trop peu connu

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconAtm-engineering a connu aujourd’hui une expansion de son activité...

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconRétrospective 2009 : creux de cycle pour l’hôtellerie française
«creux de cycle» observé sur le secteur hôtelier date de 2003 mais IL était lié à un contexte très différent de celui que nous vivons...

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconL’investissement est aujourd’hui une variable économique et politique...
«les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain»

1498, date de la première mention du site, les habitants du coin écopaient de l’huile minérale qui surnageait dans un puits situé près d’un ruisseau (d’où le toponyme Baechelbronn). Ce nom est associé, aujourd’hui, à celui du village iconEst facile, la première fois, d’écrire ses premières impressions...






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