Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance.





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2. Le problème de la comparabilité

Quel que soit le type d’enquête, les résultats prennent sens par comparaison à des groupes contrôle, à d’autres populations sur le plan national (évolution dans le temps…) ou international. Toutefois des interrogations se posent à divers niveaux, comme celui des définitions, des époques d’enquête et des prises en charge. Les définitions d’enfants placés et en danger varient selon les pays et dépendent largement des dispositifs de protection de l’enfance issus de leur système politique et culturel, et notamment de leur vision de la famille. Par exemple, les traditions historiques légitiment l’action publique en France alors que celle-ci est plus limitée au Royaume-Uni où l’intervention publique ne s’adresse qu’aux situations de danger avéré. Aussi, il est très difficile de comparer terme à terme des résultats d’enquêtes différentes, plus encore lorsqu’elles ne proviennent pas du même pays ou ont été effectués à des époques différentes.

Au sein même des études, les résultats sont souvent comparés à ceux concernant d’autres populations, qui peuvent être de divers types (groupe contrôle ou groupe témoin, données nationales). Ces études distinguent parfois dans leurs échantillons différents types de prise en charge (placement en vue d’adoption, famille d’accueil, institution) ou des profils spécifiques lors de l’admission (catégorie administrative de placement, trajectoires de placement). Enfin depuis quelques années, se profilent dans les études sur les enfants placés des comparaisons selon les caractères ethniques ou culturels des jeunes [34, 35, 36].
2.1. Comparaison avec un groupe contrôle ou un groupe témoin

La méthode généralement utilisée dans les enquêtes intragénérationnelles consiste à comparer les résultats du devenir des « ex-placés » avec ceux d’un groupe d’individus n’ayant pas connu ce même parcours. Ces groupes contrôle engendrent des biais parfois totalement occultés de l’analyse. Nombre d’études ont ainsi mis en évidence que les individus « ex-placés » proviennent de manière disproportionnée des milieux les plus défavorisés. Le choix d’un groupe de contrôle constitué de membres de la fratrie restés en famille biologique permet de comparer des sujets de même origine sociale. Ainsi, en Finlande, Salo (T1 ; [37]) compare l’adaptation adulte de 742 enfants anciennement placés en famille d’accueil ou en institutions avec celle des 437 frères et sœurs aînés restés en famille. Ne prendre que les aînés signifie que ce groupe sera en moyenne plus âgé et, par définition, aura eu davantage de temps pour acquérir son autonomie. En revanche, les fratries peuvent avoir des itinéraires différentiels parce qu’ils n’ont pas ressenti les événements de façon similaire mais aussi car ils ne les ont pas toujours vécus à la même période de leur vie. C’est pourquoi la plupart des études ont privilégié l’âge, le sexe et le lieu géographique dans la constitution de leur groupe de contrôle. Un exemple est l’étude de Bohman et Sigvardsson qui comparent le devenir des sujets avec des enfants nés le même jour dans la même ville (T4 ; [Error: Reference source not found]). Cependant, ce type de groupe contrôle ne préserve pas d’un biais relatif au milieu d’appartenance. De la même manière, dans leurs études rétrospectives (T12 ; [Error: Reference source not found]) et prospectives (T13, T17 ; [Error: Reference source not found, Error: Reference source not found]), Quinton et Rutter reprennent pour leurs groupes témoins des sujets issus d’études antérieures, de même sexe, du même quartier et n’ayant jamais été placés. D’autres travaux sans groupe contrôle ont utilisé des données d’enquêtes nationales déjà existantes, dont l’étude allemande sur les Villages d’Enfants (T5 ; [38]) et celle menée en Algérie (T25 ; [Error: Reference source not found]). C’est également le cas de Festinger aux USA qui a repris pour les entretiens les mêmes questions que celles utilisées dans plusieurs enquêtes en population générale réalisées peu avant (T11 ; [Error: Reference source not found]). Les études françaises utilisent généralement les enquêtes nationales (T9, T15, T19, T28, T31 ; [Error: Reference source not found, Error: Reference source not found, Error: Reference source not found, Error: Reference source not found, Error: Reference source not found]). Ceci n’exclut pas les biais cités auparavant et ces comparaisons, toujours données à titre indicatif, n’ont pas les mêmes exigences de validité que celles attendues d’un groupe de contrôle.

Quelques auteurs ont utilisé les études antérieures auxquelles ils avaient participé pour construire leur groupe témoin et illustrer leurs résultats. C’est le cas de l’étude sur la reproduction de placements dans la Nièvre (T16 comparé à T15bis ; [Error: Reference source not found/Error: Reference source not found]) ou de placements à long terme en famille d’accueil (T21 comparé à T9 [Error: Reference source not found/Error: Reference source not found]) ou encore de l’étude en cours menée par le CNFE-PJJ qui s’appuie sur l’étude en foyer (T31 comparé à T28 [Error: Reference source not found/Error: Reference source not found]).
2.2. Comparaison selon des types de trajectoires

Les anciens placés représentent un groupe hétérogène par le nombre des mesures de prise en charge et la durée du ou des placements, qu’il s’agisse de la France ou d’autres pays [39]. La prise en compte des trajectoires institutionnelles, indispensable pour l’étude du devenir, n’a été réalisée qu’à partir de la fin des années 80 mais n’est pas systématique.
Travaux français sur les trajectoires institutionnelles à l’ASE.

Même si la politique française en matière de protection de l'enfance cherche à éviter les ruptures, aujourd’hui encore un enfant protégé connaîtra souvent plusieurs placements. L’étude épidémiologique réalisée par M. Corbillon et al. [Error: Reference source not found], révèle en effet que seulement 23,5% des « ex-placés » à l’ASE, nés en 1950, n’ont connu qu’un seul placement. A l’inverse, près de 60% en avaient expérimenté au moins trois. L’amélioration de la stabilité du placement au cours des trente dernières années a été observée : parmi la cohorte de 1980, 47,6% avaient connu un placement unique vs 23% placés au moins trois fois.

Plus récemment, Gheorghui [Error: Reference source not found] a noté à propos des sorties de l’ASE de Seine-Saint-Denis entre 1980 et 2000, un renforcement de l’hétérogénéité des parcours quel que soit le type d’hébergement, avec à la fois des prises en charge stables devenant plus fréquentes et en même temps une augmentation des prises en charge instables.

Bon nombre d’études ont cherché à reconstituer les devenirs adultes en fonction des trajectoires institutionnelles. Parfois ces résultats sont confrontés aux dires des intéressés. Reconstitués à partir d’une analyse des dossiers des jeunes, les profils des trajectoires varient selon les études, tenant parfois compte seulement de la durée de placement, de l’âge au moment du placement ainsi que la fréquence des prises en charge (T7, T10, T20 ; [Error: Reference source not found, 40,Error: Reference source not found]). Dans l’étude prospective de Quinton et Rutter (T13 ; [Error: Reference source not found, Error: Reference source not found]), trois niveaux d’observation des trajectoires sont repérés en fonction du milieu parental (perturbé ou non), de l’âge à la première admission, de celui à l’admission pour une longue durée ainsi que du parcours de placement à long terme. Ces niveaux fins d’observation ont été délaissés au profit des groupes contrôle. L’étude de Corbillon et al. (T15 ; [Error: Reference source not found]) fait la distinction entre plusieurs types de placement, allant de un à plusieurs placements institutionnels ou familiaux. Pourtant dans l’analyse de corrélations sur le devenir adulte, ce sont d’autres caractéristiques du placement qui ont été retenues telles qu’un premier placement après 12 ans, plusieurs placements, des carences graves, la situation juridique… L’étude du CREDOC permet de distinguer quatre prises en charge : à dominante en milieu ouvert ; en famille d’accueil ; en établissement ; ou enfin prise en charge multiple. Ici encore, peu d’analyses en termes d’impact sur le devenir ont été effectuées.

Malgré la grande hétérogénéité des typologies de trajectoires, la plupart des résultats convergent vers les mêmes conclusions : plus que la durée de la prise en charge, c’est la multiplicité des placements qui a une influence négative sur l’insertion sociale et professionnelle de cette population [T7, T10, T15bis, T19, T28]. Les placements tardifs entraînent fréquemment des difficultés d’insertion professionnelle qui sont dues à une plus faible qualification (T20).

L’évolution qui se dessine depuis ces dernières années est d’une part, celle d’un consensus sur l’utilisation des méthodes prospectives, alliant le qualitatif et le quantitatif, et d’autre part, celle d’observer le devenir en prenant en compte le temps comme variable explicative de l’insertion.
3. Revue thématique des études sur le devenir d’enfants placés

S’ajoutant à l’ensemble de ces recherches, des travaux plus modestes mais ayant fait l’objet de publication, enrichissent cette analyse thématique.

Dans les premières décennies, le devenir s’appréhendait par une observation individuelle des « ex-placés », les thèmes recherchés ont progressé d’observations et de variables à connotation négative telles que la délinquance, l’alcoolisme… à des variables socio-démographiques moins stigmatisantes. Ce n’est que plus tard que l’on s’intéressera à l’entourage des « ex-placés ».

La situation professionnelle, l’insertion socio-familiale, la conjugalité sont étudiées dans la majorité des travaux, puis on trouve la scolarité et le niveau de diplômes, le logement, les loisirs… La question de la santé reste une préoccupation de toutes les époques, mais sa définition a évolué. Quant aux études sur la délinquance des anciens placés, elles témoignent d’une période marquée par le déterminisme social et ont disparu en tant que telles. En effet, dans les années 1975-1985, le concept de vulnérabilité (et de facteurs de risque) de ces populations laisse la place à celui de possibilité de récupération de développement et de résistance face aux stress [41] De plus, sous l’impulsion de praticiens du placement comme Michel Soulé et Myriam David, les prises en charge dans le cadre de la Protection de l’enfance se modifient (plus grande stabilité du milieu d’accueil, maintien des liens avec les parents biologiques…). De nouveaux critères d’observation apparaissent, comme les relations avec les familles d’accueil et les parents biologiques, le choix du conjoint et la famille nouvellement construite, le support social et familial. A partir des années 1985-1990, on note un intérêt croissant pour la parole des anciens placés avec une plus grande prise en compte de leur perception du placement, comme en témoignent ces deux titres « No one ever ask us… » [24] et « Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas eue » [22]. Puis, l’observation du devenir se fait en lien avec la notion d’évaluation des prises en charge et des trajectoires de placement.
3.1. Le devenir observé au niveau de l’individu

Jusque dans les années 1980, les travaux ne s’intéressent pas à l’entourage des ex-placés, seules certaines caractéristiques négatives propres à l’individu sont étudiées, parfois associées à des variables sociales classiques.
3.1.1. Le devenir : un héritage négatif

Le titre de l’article de Bohman et Sigvardsson en 1980 ne peut être plus explicite « Negative social heritage ». Les observations de ces chercheurs connus pour leurs travaux sur l’hérédité du QI et des troubles psychiatriques traduisent les préjugés de l’époque sur la reproduction de « l’inadaptation sociale » dans les familles dites « à risque » ou « sans qualité ». A ces facteurs de risques familiaux s’ajoutaient les effets négatifs des placements.

Parmi les critères négatifs, celui de la délinquance est le plus fréquemment étudié ; il est aussi plus simple à observer. On le retrouve dans 13 études qui s’échelonnent entre 1956 et 2005, huit ayant eu lieu avant le début des années 80, dans sept d’entre elles, la délinquance a été observée par une recherche systématique des casiers judiciaires (T4, T5, T7, T8, T12, T17, T30). Seules trois études portent sur les deux sexes et indiquent un taux de criminalité de 7 à 14% parmi les femmes et de 30 à 51% parmi les hommes, témoin d’un traitement différentiel des sujets sur cette question (T5, T7, T30). Autre critère négatif, la consommation excessive d’alcool est toujours présentée comme un sous thème dans les travaux qui traitent de la délinquance et n’a été étudiée que dans les pays munis d’un registre sur les abus d’alcool.

Très connotés, ces critères ont rarement été recherchés directement auprès des intéressés en raison du risque de sous déclaration et surtout pour ne pas compromettre le bon déroulement des entretiens. Les résultats peuvent aussi minimiser ces comportements en raison de l’absence de conservation intégrale des casiers judiciaires, comme c’est le cas en Allemagne après un délai de 5 ans et en France après des délais variables en fonction des condamnations (article 779 et suivant du Code de procédure pénale). Néanmoins, Sawras (T8) a réussi à les obtenir par l’intermédiaire des juges des enfants : parmi les 108 sujets étudiés, 41 avaient un bulletin chargé mais 24 n’avaient pu être renseignés. L’auteur conclut à une moindre délinquance dans la population des sujets rencontrés par rapport aux sujets perdus bien qu’il y ait eu moins de récidive chez ces derniers.

En l’absence de groupes contrôle, il est difficile de qualifier la délinquance dans ces études qui présentent généralement des résultats plutôt favorables aux anciens placés. Dans l’étude hollandaise sur 200 placés en famille d’accueil, Van der Waals (T2) fait état d’une relativement bonne adaptation de nombre d’entre eux. Seuls quelques-uns présentaient des comportements « anti-sociaux ». Dans leur étude sur les Villages d’Enfants allemands, Raithel et al. (T5) relèvent 22% de délits avec condamnations mais ils ajoutent aussitôt « à une exception près, les délits sont tous des délits peu graves. » Cette précision est sans doute à mettre en relation avec les images stigmatisantes dont sont victimes ces populations : on leur prédit un avenir tellement pessimiste que les résultats des études ne peuvent être que meilleurs. Ceci est vrai pour la délinquance, mais pourra l’être aussi pour bien d’autres caractéristiques.
Les études qui disposent de groupes de contrôle ou de comparaisons internes présentent des conclusions plus nuancées. Dans leurs travaux, Quinton, Rutter et Hill (T12 et T17) indiquent des taux de délinquance plus élevés pour les ex-placés que pour les sujets du groupe de contrôle, et plus encore parmi les garçons. Or, le risque d’un biais existe puisque les hommes provenaient de familles plus déviantes que les femmes (T17). Pour Festinger, la proportion d’arrestations est pratiquement identique parmi les placés et les non-placés lorsque l’on tient compte de l’origine socio-économique et culturelle (T11). Comparant la délinquance des « ex-placés » avec celle de leurs frères et sœurs aînés non placés, Salo observe que les premiers ont une meilleure situation que les seconds (T1). Enfin, dans l’étude suédoise, ceux restés en placement sont plus délinquants (22%) que ceux retournés dans leur famille ou ayant été adoptés (12-13.5%). Selon les auteurs, les premiers présentaient davantage de problèmes périnataux et avaient des parents plus à risque, ce qui introduisait un biais de sélection (T4).

Etudiant l’intégration sociale de mineurs délinquants, Breuvart et al. [43] notent que c’est entre 25 et 35 ans que les sujets atteindront ou non « un niveau de maturité suffisant pour abandonner leur conduite anti-sociale et finiront soit dans les prisons, soit dans les institutions de bienfaisance, soit dans les rues. » Dans la majorité des études, les anciens placés n’ayant pas dépassé cette tranche d’âge charnière, il est difficile d’en tirer des conclusions sur la situation à long terme, les problèmes de délinquance se situant souvent dans la période qui suit la sortie du placement (T5, T11, T21).
3.1.2. L’individu observé à partir de variables plus neutres

Deux variables sont omniprésentes : les cursus scolaires qui conditionnent l’entrée dans la vie active, et l’emploi.


  • Niveau d’études et diplômes obtenus

Issus de milieux défavorisés, les anciens placés sont nombreux à ne pas avoir de diplôme mais cette proportion doit tenir compte du type de prise en charge et de sa durée.

Les non diplômés sont plus nombreux parmi ceux élevés en foyer (T8, T25, T28), sauf dans les institutions ayant obligation de scolarité à l’entrée (T31). Les études françaises présentent des proportions de jeunes ayant des diplômes supérieurs ou égaux au baccalauréat entre 5 et 9% (T9, T19, T21, T28). C’est surtout dans l’enseignement professionnel que l’on rencontre le plus de diplômés, entre 29 et 42% selon les enquêtes (T5, T9, T19, T21, T28). L’acquisition des diplômes est fonction de la durée de la prise en charge dans les placements à long terme. L’étude menée à l’Œuvre Grancher montre que plus les sujets quittent le placement familial à un âge jeune, plus il leur est difficile d’obtenir ultérieurement un diplôme (T21). Toutefois et bien que s’adressant à des publics différents, des foyers peuvent aussi apporter aux jeunes en situation d’échec scolaire une aide pour acquérir un diplôme même après la sortie : ce qui représente 30% des diplômés (T28, T31). L’importance du niveau d’études sur la qualification professionnelle a été montrée à partir de la cohorte britannique NCDS par les comparaisons avec les groupes contrôle : à niveau scolaire identique, 36% des anciens placés ont des emplois qualifiés (vs 57% pour les sujets non placés) et 43% ont des postes peu qualifiés (vs 16%) (T20).

  • Activité professionnelle

Evaluée entre 40 et 75%, elle doit être examinée en fonction des contextes du marché de l’emploi du pays, de l’âge à l’enquête et du sexe.

Bauer et Mercklé (T22) indiquent dans leurs enquêtes sur le Haut-Rhin que pour les sujets sortis avant 1978, les questions matérielles de logement et de mise au travail semblaient assez rapidement réglées. Après cette date charnière, apparaissent des problèmes "multiples", où « les jeunes sortants sont confrontés à la fois aux pénuries de logements accessibles, à la crise de l'emploi et aux difficultés d'autonomie ». Ceci explique les faibles taux de chômage figurant dans les travaux réalisés jusqu’au début des premières années 1980 : 7% à 14% de chômage en Allemagne et en France (T5, T8, T9). En outre, les comparaisons des diverses études devraient tenir compte du niveau de vie et du contexte de l’emploi, parfois très différents selon les pays, comme l’indique dans son étude en Algérie Moutassem-Mimouni (T25).

Très peu nombreuses sont les études composées de sujets de plus de 35 ans. La majorité des ex-placés ont été étudiés quelques années après leur sortie, c’est-à-dire dans le contexte du passage à l’âge adulte où l’instabilité professionnelle a largement été démontrée par les sociologues et démographes de la jeunesse [44, 45]. Plus encore que les caractéristiques liées aux types de placements, c’est la tranche d’âge observée qui détermine le taux d’actifs occupés. Dans l’étude sur les Villages d’Enfants en France (T9), ce taux est de 11% plus élevé pour les 25-35 ans que pour les plus jeunes. Dans des populations relativement jeunes, le taux d’actifs occupés varie entre 40% et 59% (T19, T28, T29, T31). Ce résultat semble identique à la population française du même âge, mais c’est sans tenir compte de la répartition des actifs non occupés et des inactifs (étudiants, mères au foyer ou autres). A cet âge, les « ex-placés » sans emploi sont soit au chômage soit mère au foyer, alors que la grande majorité des jeunes du même âge sans emploi sont encore étudiants (T28).

Cheung et Heath en Grande-Bretagne montrent à partir de l’étude longitudinale du NCDS, l’évolution de cette situation professionnelle : le chômage qui touchait 19 % des « ex-placés » (vs 11% des non-placés) à 23 ans en 1981 ne concerne plus que 11% des sujets (vs 4%) dix ans plus tard (T20). En d’autres termes, si la situation professionnelle des « ex-placés » est plutôt moins favorable que celle des individus « jamais placés », les écarts tendent à se réduire avec l’âge. Ainsi, les études sur des échantillons « d’ex-placés » plus âgés autorisent plus facilement les comparaisons avec la population générale et indiquent alors, à origine sociale similaire, des situations peu différentes (T15 bis, T21).

Comme dans la population générale, les trajectoires professionnelles divergent selon le sexe, les femmes ayant des carrières très dépendantes de l’éducation de leurs enfants ; ces distinctions étant plus marquées dans les milieux populaires qui représentent la majorité de l’environnement des anciens placés. Pour les femmes, l’inactivité distingue généralement la situation de mères au foyer de celle des femmes à la recherche d’un emploi. Témoin de l’évolution de l’activité féminine, la proportion de mères au foyer parmi les anciennes placées tend à diminuer : de 25% en 1983 (T11), elle passe à 20% en 1990 (T15bis), à 12% en 2000 (T28). Parmi les méthodologies utilisées, l’analyse biographique autorise une meilleure compréhension des trajectoires professionnelles. En l’absence de solidarité familiale, les anciens placés se trouvent plus rapidement contraints que les autres à entrer sur le marché de l’emploi, dès la fin de la prise en charge [10].


  • Logement

Comme l’emploi, l’accès à un logement indépendant, dépend de l’âge et du contexte de l’époque. Les études sur la sortie du placement notent une situation résidentielle souvent chaotique pour des jeunes majeurs où les hébergements transitoires sont fréquents et mal vécus [47, 48]. Cette classe d’âge coïncide dans la population générale avec la période de décohabitation juvénile où la solidarité familiale est très sollicitée [45].

Au début des années 1980, l’accès au logement posait moins de problème qu’ultérieurement, et les jeunes adultes prenaient leur autonomie plus rapidement. Ainsi, Sawras indique que 62% des jeunes issus de placements en foyer de semi-liberté et âgés en moyenne de 25 ans ont un logement stable en HLM, les autres étant en logements privés (T8). De la même manière, et sur un échantillon de jeunes adultes du même âge, Festinger souligne que les anciens placés sont satisfaits de leur logement (mais moins de leur quartier comme lieu de vie) et ne se distinguent pas de la population générale (T11). L’étude sur les Villages d’Enfants français montre que les ¾ ont un mode d’habitation autonome et que 4% (il s’agit des plus jeunes) vivent en foyer (T9).

D’autres études françaises au tournant des années 1980-90 font un constat positif du statut résidentiel de jeunes vivant en province où l’accession à la propriété était plus facile. La proportion de propriétaires varie alors de 30% à 45%, liée à l’âge des enquêtés qui ont en grande majorité plus de 28 ans (T21, T16, T15bis). L’étude du CREDOC sur des « ex-placés » sortis du placement depuis plus de 4 ans, indique que la majorité des 21 à 24 ans vivent en logement stable, seuls 4% sont propriétaires, 9% vivent en logement transitoire, les autres étant hébergés (T19). L’étude sur les trajectoires résidentielles de femmes de 19 à 32 ans, offrant un recul plus important, permet de dépasser les effets d’âge : après la sortie, la situation résidentielle est souvent chaotique (la moitié est hébergée, 20% sont à nouveau prises en charge), mais au moment de l’enquête, 72% ont un logement stable (T28). La fréquence des déménagements est plus importante dans les trois premières années après la sortie, données confirmées par l’étude du CNFE-PJJ portant sur une population masculine et féminine (T31).

Plus rarement étudié, le lieu de résidence peut être fonction du lieu de placement (autrefois plus éloigné des familles d’origine), de la durée et du type de prise en charge. Ainsi l’étude réalisée auprès de placements familiaux de l’Œuvre Grancher, impliquant l’éloignement des familles parisiennes (antécédent de tuberculose, maladie psychiatrique…), met en évidence le fait que nombre d’anciens placés sont restés dans la région où ils ont été accueillis et où ils ont trouvé du travail dès la sortie ; l’insertion résidentielle a souvent été soutenue par la famille d’accueil dont ces adultes ont reproduit le mode de vie familial traditionnel (T21). De même, l’étude sur les personnes sorties de l’ASE en Seine-Saint-Denis montre que les ex-placés en famille d’accueil sont restés dans la région où ils résidaient autrefois alors que ceux qui avaient vécu en foyer ont connu plus de déplacements les ayant amenés à s’éloigner de leur lieu d’accueil et résident plus fréquemment dans des logements sociaux à la périphérie des grandes villes (T27).


  • Relations sociales

La sociabilité des « ex-placés » est fréquemment abordée sous l’angle des loisirs, des relations amicales et/ou de voisinage. Ces thèmes informent sur les modalités d’insertion sociale mais les données souffrent d’une absence de confrontation avec les résultats d’enquêtes de grande envergure ou de comparaisons avec des populations d’origine socioculturelle et d’âge identiques.

Plusieurs résultats constatent un plus faible réseau relationnel par rapport à la population générale (T8, T9, T16, T28, T31). En revanche, il n’existe pas de différence de comportement dans la pratique des loisirs entre les ex-placés et le reste de la population : celle-ci est toujours plus importante chez les hommes que chez les femmes (T9, T19, T31), et la présence des enfants diminue le temps de loisirs (T28). Les relations amicales représentent une ressource importante dans un contexte d’absence ou de faiblesse de solidarité familiale. Les anciens placés sont entre 20% et 30% sans liens amicaux (T9, T15bis, T16, T21, T28, T31). Le sentiment d’isolement est plus élevé dans les situations de placements discontinus (T27), il peut par ailleurs justifier pour certains anciens placés le maintien d’un lien avec les travailleurs sociaux qui les ont suivis (T9, T21). Le thème de la vie civique est abordé uniquement dans l’étude allemande auprès des Villages d’Enfants : l’observation de la participation électorale aux dernières élections fédérales en 1976 avait l’avantage de pouvoir être facilement confrontée aux statistiques officielles : 70% des « ex-placés » avaient voté vs 85% des 21-30 ans au niveau national (T5). Toutefois les auteurs précisent qu’une part importante des sujets (11%) avaient refusé de répondre à cette question.


  • Santé et suivi social

Bien que les comparaisons entre études soient biaisées de par la constitution des échantillons (déficients mentaux ou physiques exclus de certains échantillons), les aspects de la santé évalués (problèmes physiques, hospitalisations, représentation de l’état de santé, classifications incluant troubles antisociaux et psychiatriques), quelques résultats communs se dégagent de onze études abordant ce thème sur le plan quantitatif et de deux autres sur le plan essentiellement clinique. La santé adulte selon la définition de l’OMS de 1946, état complet de bien-être physique, mental et social, est généralement bien perçue (T11, T19, T21), mais on note des problèmes graves, surtout d’ordre psychiatrique, qui varient de 12% à 33%. Plusieurs études indiquent que des problèmes de santé étaient préexistants à la sortie des placements (T28, T31,[36]), d’autres études indiquent que le fait d’avoir été placé a rendu les sujets plus sensibilisés à ces questions de santé. L’étude américaine de Festinger n’observe aucune différence essentielle entre le groupe des « ex-placés » et la population générale (1979, T11) ; en revanche, un recours plus fréquent aux spécialistes de la santé mentale a été relevé parmi les « ex-placés ». En France, Dumaret et Coppel [6] soulignent que 38% d’anciens placés présentent des difficultés d’ordre psychosomatique mais, comme dans l’étude précédente, ils sont aujourd’hui capables de se faire aider. De même, Frechon [9] montre combien le soutien thérapeutique en foyer a permis la familiarisation avec ce type d’aide, et malgré des passages répétés en hôpital psychiatrique à la sortie du foyer, il n’y a pas chronicisation de ces problèmes.

Ce sont les études anglaises en épidémiologie psychiatrique qui soulignent la plus grande proportion de problèmes de santé parmi les ex-placés que parmi les sujets des groupes contrôle. Dans l’étude rétrospective sur les femmes ayant un enfant placé, 78% d’entre elles ont des problèmes psychologiques et 44% ont eu une hospitalisation en psychiatrie (T12). Ces proportions sont moins élevées dans l’étude prospective sur les mères ex-placées puisque 31% d’entre elles (vs 5% pour le groupe contrôle) présentent des problèmes de santé mentale, dont 25% de personnalité. Les troubles anti-sociaux et de personnalité semblent plus élevés chez les hommes (T17). Ultérieurement, les résultats des enquêtes transversales sur la cohorte NSCD indiquent à partir d’un questionnaire standardisé non seulement des troubles plus importants chez les anciens placés mais aussi des problèmes mentaux plus fréquents pour les femmes que pour les hommes à 23 et 33 ans (T20bis). Tous ces auteurs mentionnent des co-facteurs qui peuvent biaiser les comparaisons : vulnérabilité à la dépression, antécédents familiaux et individuels plus lourds chez les hommes que chez les femmes, troubles comportementaux ou psychologiques, avant et pendant le placement.

Certaines recherches réalisées essentiellement par des psychiatres et psychologues montrent clairement le lien entre la santé et l’adaptation à l’âge adulte. Murphy (T6 [50]), psychiatre et anthropologue, est le premier à étudier l’adaptation et l’état mental d’anciens placés dont il va décrire les difficultés : le syndrome de l’ex-enfant placé (crainte d’être blessé par la société, contrôle excessif de soi et absence de liberté d’expression pour se protéger, désir de parentalité compulsif). Les réponses des enquêtés tenant à montrer leur « adaptation au monde » peuvent cependant masquer leur véritable état mental et, selon lui, un tiers des ex-placés sont mal adaptés et présentent des troubles mentaux et/ou sociaux. Analysant plus spécifiquement la souffrance des anciens placés, Mouhot (T26) note que la moitié des sujets étudiés présentent des difficultés d’insertion et ont une évolution psychique plus lente (d’où la nécessité de les évaluer après l’âge de 25-30 ans). Tous deux, à plus de trente ans d’écart soulignent l’importance des thérapies pendant le placement. Andersson (T30) montre que 27% des sujets sortis d’un foyer sont mal adaptés ; tous suivis par un psychologue ou un psychiatre, ils présentent à la fois des comportements déviants et des troubles psychiatriques. Dumaret et Coppel (T21) indiquent que les 32% de sujets dont l’insertion actuelle est faible ou fragile ont tous des problèmes psychiques ; parmi eux, ceux qui cumulent des facteurs de risque au niveau familial et personnel ont tous des troubles psychiatriques.

Environ un quart des anciens placés sont suivis par des équipes sociales (T19, T21, T28, T29, T31). Cet accompagnement est souvent lié à des difficultés financières et d’adaptation dans la vie quotidienne, au moment de l’entrée dans la vie active et affective. Ce constat, par de nombreuses équipes sociales, a justifié la création de services de suite et d’aide aux « Jeunes Majeurs » et aux « Anciens ».
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Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé : Cet article propose une synthèse des recherches empiriques...
«amoncellement plutôt disjoint»1 et l’objet de cet article est d’en proposer une synthèse. Nous dressons le bilan de ces contributions,...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé : Cet article propose une réflexion sociologique sur les «violences urbaines»
«mauvaise éducation» des familles est une cause majeure de la délinquance des enfants. IL serait donc sage de s’abstenir provisoirement...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé : Basé sur un échantillon large de huit pays, cet article...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconChargé·e d’enquêtes et d’études sur l’aide sociale à l’enfance et...
«Collectivités locales» (bcl) de la sous-direction «Observation de la solidarité» à la Direction de la recherche, des études, de...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRÉsumé. Cet article se propose de tirer un bilan d’étape sur les...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé Cet article montre que les résultats des études menées sur...
«l’économie de l’information». Enfin, et dans une troisième partie, nous montrons que les résultats des études empiriques sont sensibles...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé Comment rendre accessible à un public non formé les documents...

Résumé Cet article propose une analyse méthodologique et thématique des études sur le devenir adulte d’anciens placés dans le cadre de la Protection de l’enfance. iconRésumé Le but de cet article est d’apporter une contribution originale...






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