Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.





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Brève Historiographie



L'histoire des sciences est, en Amérique latine, une discipline relativement neuve. Si l'Histoire elle-même fut, dès la période coloniale, une préoccupation des élites cultivées, et si les ouvrages qui lui sont consacrés forment des bibliothèques entières - de la conquête à nos jours -, l'intérêt, dans ces pays, pour l'histoire des sciences en tant que telle est beaucoup plus récent : il fut stimulé par l'existence de sociétés scientifiques nationales, qui commencèrent d'être fondées dans les décennies 1870-1880. Les premières contributions historiques proviennent de spécialistes des diverses disciplines concernées, qui se proposaient d'établir un bilan du développement de ces dernières dans le pays, plutôt en vue de la recherche actuelle que de la connaissance du passé considérée en elle-même. Il s'agit en général de simples compilations, purement descriptives, souvent hagiographiques, faites à la manière des compendia d'histoire locale, à la spécificité thématique près, puisqu'elles concernaient des réalisations, des auteurs, des institutions, des associations scientifiques.

D'une manière générale, les premières études ‘historiques’ sur les sciences en Amérique latine étaient faites sur le mode de chroniques ou de rapports d'activités, dans un but qui débordait la perspective historique proprement dite en lui faisant tenir un rôle instrumental, voire, dans certains cas, de nature purement corporatiste. Tel furent, semble-t-il, les débuts de l'histoire de la médecine au Pérou, cultivée principalement par les médecins - et très peu par les historiens -, à la faveur du renouveau de l'activité scientifique et de la création d'institutions, dans la période 1890-1930 où ce pays, qui venait d'être affaibli par de graves crises politiques et militaires, connut une période de modernisation de la société, de progrès économique et de stabilité politique. L'année 1939 vit la création de la Société péruvienne d'histoire de la médecine, qui publia des Annales, et celle, en 1946, d'une chaire d'histoire de la médecine, qui institutionalisa la discipline. Il semble bien toutefois que la préoccupation pour l'histoire relativement élaborée de la discipline soit directement liée au souci d'affirmer une légitimité des institutions d'enseignement et de recherche correspondantes34. Les reconstructions historiques proposées, souvent hagiographiques, chauvines et moralistes, et réduites à des descriptions de faits sans analyses, s'efforçaient de montrer une continuité entre la médecine des Incas, celle de la période coloniale puis celle de la République35, en référence à une idéologie de l'identité nationale. Mais une fois que les médecins purent affirmer leur identité professionnelle à partir de leur spécialité, et n'eurent plus besoin des justifications de l'histoire, celle-ci déclina : "De la sorte, en insistant sur l'imitation des modèles de travail des pays développés, on laissa de coté les traditions locales"36.

Les premières études de nature historique parues en Amérique latine sur les sciences, chroniques, biographies, monographies sur des sujets particuliers, publiées dans les différents pays et sur des disciplines diverses, étaient souvent marquées du sceau du lien entre l'implantation des sciences et le développement du pays, voire l'identité nationale. Les personnages du minéralogiste José Bonifacio au Brésil, ou du naturaliste José Celestino Mutis en Nouvelle-Grenade (Colombie) - tous deux au tournant du dix-huitième vers le dix-neuvième siècle, et dont les recherches scientifiques ont eu un rôle dans l'éveil de la conscience nationale - suscitèrent très tôt l'intérêt des érudits et des historiens engagés en politique.

Nous avons mentionné plus haut la série de volumes publiés en Argentine dans les années vingt puis dans les années soixante-dix par les soins de la Société scientifique argentine37. On signalera, pour le Brésil, l'entreprise originale de l'astronome Henrique Morizé qui rédigea, dès 1927, une histoire de l'Observatoire de Rio de Janeiro à l'occasion du centenaire de sa fondation: elle resta toutefois longtemps inédite et n'a été publiée qu'en 198738.

Quoiqu'il en soit, ces relations et ces études, même si elles ne correspondent que rarement à des travaux d'histoire des sciences dans le sens objectif donné à cette discipline39, constituent autant de sources précieuses d'information pour les historiens des sciences d'aujourd'hui. Elles annoncent et préparent le développement de recherches historiques systématiques qui peu à peu s'affirment, par leur propos et leurs méthodes, sur un mode plus ‘professionnel’.

Voici peu de temps encore, les historiens des sciences en Amérique latine étaient des scientifiques, ou des intellectuels d'origines diverses qui en étaient venus à s'intéresser à l'histoire de leurs disciplines et qui soit s'étaient reconvertis, soit poursuivaient de front cette nouvelle activité avec leur discipline principale. Progressivement, sous l'impulsion des premiers, des chercheurs et universitaires de la nouvelle génération se formèrent directement à la recherche dans ce domaine, après des études universitaires classiques, en général scientifiques.

L'une des premières oeuvres d'histoire des sciences dans ce sens en Amérique latine est celle de José Babini, qui publia notamment une Histoire des sciences en Argentine40. Mathématicien, ingénieur civil, José Babini (1897-1984), reçut une influence décisive du mathématicien espagnol Rey Pastor qui vécut longtemps en Argentine, et avec qui il eut une collaboration permanente, fondant avec ce dernier l'Union mathématique argentine et éditant la revue correspondante. La rencontre d'Aldo Mieli, l'historien des sciences bien connu, qui arriva en Argentine en 1939, fuyant l'Italie fasciste, l'amena à se consacrer à l'histoire des sciences. Il commença par créer, en 1938, à l'intention de Mieli qui en fut nommé directeur dès son arrivée, un Institut d'histoire des sciences à Santa Fé : l'institut publia la revue Archeion. Babini lui-même enseigna l'histoire des sciences dès 1942-43 et s'y consacra de plus en plus. Sa mise à pied à l'avènement de Peron ne l'empêcha pas de continuer sa contribution active à Santa Fé, puis à Buenos Aires à partir de 1950. A la disparition de Mieli cette même année, Babini eût à coeur de compléter, avec Desiderio Papp, sa monumentale Histoire des sciences41. Il publia en 1951, avec Rey Pastor, une Historia de la matematica. puis, tout en poursuivant l'oeuvre de Mieli, d'autres ouvrages d'histoire des sciences en général aussi bien qu'en Argentine. En 1955, nommé à nouveau à Santa Fé à la chute de Peron, il fit traduire des ouvrages importants comme ceux de Sarton. Professeur titulaire d'histoire des sciences, il fonda un institut de recherches, futt membre d'abord correspondant (1948) puis titulaire (1957) de l'Académie internationale d'histoire des sciences (dont le siège est à Paris), collabora avec les revues internationales de la discipline. Il se retira dans un institut privé avec l'arrivée de la dictature militaire. C'est à juste titre que l'on a parlé, à son propos, de la "dimension civique de la connaissance"42.

On compte encore d'autres scientifiques de renom qui ont donné des travaux d'histoire ou de philosophie des sciences de qualité : tels, pour n'en mentionner qu'un, le physicien brésilien Plinio Sussekind Rocha, spécialiste de mécanique céleste et philosophe, qui fut élève à Paris de Abel Rey43. D'un autre coté, sans nécessairement avoir fait eux-mêmes des travaux originaux d'histoire des sciences, des scientifiques latino-américains prestigieux ont encouragé et patronné, et souvent de la manière la plus active, le lancement de recherches dans ce domaine et la constitution de Sociétés d'histoire des sciences.

Nous avons parlé des ouvrages de Babini sur l'histoire des sciences en Argentine. D'autres publications, fruit de travaux individuels ou collectifs, existent désormais sur les autres pays. Telle, sur le Pérou, une histoire globale des sciences exactes et des sciences sociales en deux volumes, fruit d'une rédaction collective et parue en 198644. Parmi les ouvrages récents se détache le livre de Marcos Cueco sur les recherches biomédicales effectuées dans ce pays de la fin du dix-neuvième siècle à 195045 : il s'agit de deux domaines de la recherche expérimentale en biologie, la bactériologie et la physiologie en altitude (étude de l'adaptation humaine dans les Andes), qui ont connu dans ce pays un niveau d'excellence (et la deuxième a pu bénéficier d'une continuité institutionnelle).

Sur le Brésil, où l'histoire des idées a connu assez tôt des contributions importantes46, on doit à Fernando de Azevedo, qui avait déjà donné un ouvrage en trois tomes sur La culture brésilienne, l'organisation de deux volumes sur Les sciences au Brésil 47, rassemblant des contributions de spécialistes, et qui constituent un ouvrage de référence (ils ne traitent pas seulement d'histoire seulement puisqu'ils prolongent l'évocation du passé vers des développements récents et mentionnent des scientifiques brésiliens contemporains à l'époque de la parution). C'est à l'histoire des sciences proprement dite que se sont attachés, plus récemment, Mario Ferri et et Shozo Motoyama avec leur Histoire des sciences au Brésil en trois volumes48, les contributions de plusieurs spécialistes, scientifiques et historiens des sciences. On compte également un livre collectif sur l'Histoire des sciences sociales au Brésil 49. Tous ces ouvrages se proposent de donner un panorama d'ensemble. Au contraire, le numéro spécial que la revue latino-américaine Quipu a consacré en 1988 à l'histoire des sciences au Brésil est symptomatique d'un changement, puisqu'il est fait d'articles qui traitent, sans prétendre à l'exhaustivité, de sujets particuliers sous des angles originaux ; les auteurs en sont presque tous des historiens des sciences qui consacrent leurs recherches à ces questions50. A ces réalisations s'ajoutent, dès les années soixante-dix, des monographies sur les sujets les plus divers, préparées par des scientifiques préoccupés d'histoire51 ou par des historiens des sciences ou des techniques brésiliens ou étrangers (sur l'histoire de diverses institutions comme, par exemple l'Institut Oswaldo Cruz52, sur la formation de la communauté scientifique au Brésil53, sur l'histoire des techniques54, sur la place de la science chez les penseurs politiques au Brésil et sur l'idéologie de la science55).

Par ailleurs - trait est commun à tous les pays mentionnés où existent, malgré l'état très souvent défectueux des archives, des données nombreuses mais peu exploitées jusqu'ici -, des travaux sont consacrés à l'établissement d'inventaires systématiques sur des disciplines ou des institutions particulièrement sensibles aux particularités locales (comme la géologie56, la botanique ou la zoologie). Et l'on voit se multiplier articles, ouvrages, numéros spéciaux de revues, consacrés à des personnalités qui appartiennent déjà à l'histoire, ou à des thèmes, ou à des institutions.

Le renouveau de l'histoire des sciences qui se fait jour en Amérique latine depuis quelques années s'est concrétisé par la création de nouvelles sociétés nationales d'histoire des sciences et de la technologie et de publications associées, ainsi que par celle, au niveau du continent tout entier, de la Société latino-américaine d'histoire des sciences et des techniques57, qui édite depuis 1984 la revue Quipu58. La Société et sa revue sont issues du désir manifesté par des historiens des sciences des différents pays, qui se sentaient alors très isolés, de "professionnaliser leur spécialité" et de diffuser le plus largement possible les études effectuées59.

L'examen des thèmes des communications aux différents congrès et des publications dans les revues, notamment Quipu, permet de se faire une idée des voies qu'explorent depuis quelques années les historiens des sciences latino-américains, qui forment désormais une communauté dynamique et relativement solidaire. Les derniers congrès de la Société latino américaine d'Histoire des sciences, par exemple, outre des monographies de caractère biographique, et des travaux d'histoire des sciences en général, de l'antiquité à nos jours en passant par le moyen-âge, et de l'alchimie aux sciences exactes et sociales, ont consacré une importante partie de leurs sessions aux ‘ethno-sciences’, aux voyages et expéditions scientifiques, aux aspects de l'institutionalisation de la science et à la formation de communautés scientifiques dans les différents pays d'Amérique latine, mais aussi à des questions d'ordre général et d'intérêt actuel, comme les rapports entre modernité et technologie, la formation des spécialistes pour le développement, le rôle des femmmes dans la science, les relations entre les sciences, la culture et les arts. Les aspects méthodologiques de l'histoire des sciences, la question des sources pour l'histoire des sciences et des techniques ainsi que les problèmes d'enseignement dans cette matière sont également très présents dans les préoccupations des historiens des sciences.

Comme il n'est pas possible de passer en revue toutes ces questions, j'ai choisi de m'en tenir à quelques unes d'entre elles dans la mesure où elles révèlent des faits nouveaux et mettent le doigt sur des problèmes particulièrement importants.


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