Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.





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l'Amérique latine et les sciences.

Bien que le Canada fasse en droit partie de l'Amérique latine par ses composantes de langue française, je ne l'étudierai pas ici, me restreignant à l'Amérique centrale (et Caraïbes) et à l'Amérique du Sud pour des raisons d'homogénéité, et renvoyant, par exemple, à un article récent de Raymond Duchesne sur le sujet13.


Une brève évocation de la chronologie des sciences dans cette partie du monde ne peut omettre la première période, mal connue, et sans doute plus diversifiée que l'intitulé que l'on en propose ici : civilisation précolombiennes et cultures indigènes, deux thèmes en eux-mêmes déjà bien distincts (nous en reparlerons plus loin). Vient, ensuite, la découverte du continent par les européens et les premiers voyages maritimes de reconnaissance et d'exploration, peu scientifiques à proprement parler, sinon par l'acquisition de certaines connaissances nouvelles, astronomiques, géographiques, géologiques, botaniques et zoologiques, mais aussi ‘anthropologiques’ et historiques, concernant les peuplades indigènes, leurs coutumes et leurs civilisations. Du moins une phase, que l'on peut dire de l'‘inventaire’, s'ouvre-t-elle ainsi avec les grands voyages de découverte et de circumnavigation, dont celui de Colomb de 1492, qui se prolonge en études systématiques sur la nature et les sociétés des pays d'Amérique - ou : les Amériques, objet de l'investigation scientifique -, études dont le processus se développe du dix-septième au dix-neuvième siècles, oeuvre de voyageurs scientifiques et d'expéditions organisées.

Parallèlement, mais non sans relation, la constitution des nouvelles sociétés après la conquête européenne s'accompagne d'une organisation des sciences, reliée aux structures d'exploitation des ressources et aux systèmes d'éducation. On y distinguera quatre périodes : la période coloniale, qui couvre les dix-septième et dix-huitième siècles ; celle de la formation de nations indépendantes, dès le début du dix-neuvième et qui s'étend sur une bonne première moitié du siècle si l'on prend en considération, notamment pour les pays hispaniques, le processus de constitution et de stabilisation des Etats ; puis la période que l'on appellera, suivant les cas, de reconstitution ou de consolidation, ou de systématisation, qui s'étend en gros sur un siècle, de la fin de la période précédente - variable suivant les pays - jusqu'à la seconde guerre mondiale ; et enfin, la période actuelle.

Donnons quelques indications rapides sur l'ensemble de ces périodes14, avant de revenir à l'historiographie et à l'examen de quelques uns des thèmes abordés par les études historiques récentes. On gardera à l'esprit certaines constantes et différences entre les pays d'Amérique latine d'origine hispanique ou portugaise. La colonisation y fut, dans les deux cas, organisée en vue de l'exploitation des richesses au bénéfice de la métropole, et non d'un peuplement et d'un développement local. Les pays d'Amérique espagnole furent établis au début en deux vice-royaumes, celui de Nouvelle Espagne (Mexique) et celui du Pérou ou Nouvelle Grenade (comprenant notamment les actuels Pérou, Equateur, Colombie, Vénézuela), plus tard scindé en deux. L'indépendance fut arrachée à la couronne espagnole par le soulèvement des colons installés au pays (les créoles) au début du dix-neuvième siècle, vers 1810 (Cuba est une exception, qui ne fut libérée que tout à la fin du siècle), et les différents pays se constituèrent en républiques. Le Brésil, de domination portugaise, devint indépendant en 1822 à la faveur de circonstances fort différentes : l'occupation napoléonienne du Portugal, en 1808, détermina la cour à se réfugier au Brésil, et c'est après le retour dans son pays du roi João VI que son fils devint empereur du Brésil, proclamé indépendant, sous le nom de don Pedro I - dont le propre fils, don Pedro II, souverain humaniste, devait jouer un rôle important dans la création d'institutions scientifiques15.

Vis-à-vis des préoccupations intellectuelles et de l'enseignement, les politiques respectives des deux couronnes à l'égard de leurs colonies furent très différentes, et l'effet s'en répercuta sur l'histoire ultérieure de leurs institutions. Alors que l'Espagne créa très tôt des universités dans ses vice-royaumes (celle de San Marcos à Lima, en 1551, suivie de celles de Mexico et de Saint Domingue, sont les plus anciennes), et favorisa l'impression locale d'ouvrages, le Portugal interdit la création d'universités et l'usage d'imprimeries en dehors de la métropole. Mais les universités des pays d'Amérique hispanique étaient vouées pour l'essentiel à l'enseignement de la théologie et du droit. Il est vrai que l'on enseignait, à l'Université San Marcos de Lima, la médecine et la cosmographie à coté de ces dernières, mais, comme en Espagne, dominait la tradition scolastique qui subordonnait les sciences à la théologie. La Renaissance vit une courte période d'ouverture, après laquelle domina l'esprit de la contre-réforme. On note cependant, au Pérou, quelques publications philosophiques orientées vers l'esprit moderne: tel ouvrage sur Galilée dû à Juan Vásquez de Acuña, publié en 1650, ou sur les sciences de la nature, au début du dix-huitième siècle.

Les mines de Potosí, dans ce qui était autrefois le Haut-Pérou, aujourd'hui la Bolivie, étaient une source fabuleuse de production d'argent pour le vice-Royaume, qui regorgeait aussi d'or et d'autres richesses : les nécessités de l'implantation d'une administration coloniale, firent de Lima, aux seizième et dix-septième siècles, une ville aussi importante que celles d'Espagne. Cette position fut par la suite celle de Mexico au dix-huitième. A coté des soldats et des fonctionnaires, des prêtres, des médecins, des naturalistes recueillaient des informations sur la civilisation inca et son histoire, récoltaient des données sur la géographie, sur la botanique, effectuaient des observations météorologiques. Il en résulta l'Historia natural y moral de las Indias (1589) de José de Acosta, l'Historia del Nuevo mundo, de Barnabé Cobo (1582-1657), tous deux jésuites16. Des savants ou érudits locaux ou venus d'Europe et installés en Amérique, esprits curieux, épris de connaissance, se vouaient à la recherche et donnaient des travaux originaux, tel, sur les mines, El arte de los metales de Alvaro Alonso Barba, publié à Potosí même, en 1637.

Ces oeuvres de personnalités singulières, suscitées par la variété et la richesse d'un nouvel univers et par un contexte orienté vers l'exploitation rationnelle des ressources, sont la manifestation d'un intérêt pour la recherche et pour la science qui alla en se développant malgré de nombreux obstacles. Au rang de ces derniers, il faut compter l'isolationnisme pratiqué à l'égard de leurs ressortissants créoles par les métropoles, jalouses de leur emprise et maintenant une politique protectionniste contre les entreprises ou l'influence des autres nations européeenes exclues du traité de Tordesillas. Mais, en dépit des interdictions et de la toute-puissance de l'Inquisition, les idées malgré tout se diffusaient, et l'information sur l'état des sciences atteignait par des canaux divers ceux qui s'y intéressaient ; d'ailleurs, les bibliothèques, publiques ou privées, étaient bien fournies17. Au dix-huitième siècle, ce même esprit de recherche de connaissance et de pensée libre favorisa la diffusion des idées de raison et de liberté en provenance des ‘Lumières’. On lisait, dans l'Etat des Mines Générales (Minas Gerais), au Brésil, les Encyclopédistes, ce qui ne fut pas étranger à la révolte des ‘Inconfidentes’, contemporaine de la Révolution française. Et les idées de cette dernière même se répandirent, jouant, dans les pays d'Amérique hispanique comme au Brésil, un rôle d'entraînement pour les mouvements d'émancipation18, mais également pour la diffusion de l'esprit scientifique et de la conscience du lien entre le développement des sciences et la libération19.

L'un des effets du transfert momentané de la cour portugaise au Brésil fut la création de la première institution d'enseignement supérieur dans ce pays, l'Académie Militaire Royale, en 1810, qui devait se transformer plus tard en école d'ingénieurs (Ecole centrale, puis Polytechnique de Rio) ; mais ce n'est qu'au vingtième siècle que l'Université y fera son apparition, en 1934, avec la création de l'Université de São Paulo, bientôt suivie de nombreuses autres20. La formation des cadres fut assurée, entretemps, dans des Ecoles de Droit, de Médecine et d'Ingénierie, et c'est là que les sciences furent cultivées, ainsi que dans diverses institutions telles que les Observatoires (l'Observatoire national de Rio fut fondé en 182721), les Musées nationaux22 et les Instituts de recherche biologique et microbiologiques sur la sérologie, l'étude des parasites et la lutte contre les épidémies23, dont la fondation s'échelonne au long de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et au début du vingtième24. Des savants de haute stature s'illustrèrent dans ces dernières disciplines : les noms de Vital Brasil, Oswaldo Cruz25, Carlos Chagas, pour ne citer qu'eux, sont mondialement connus.

La situation à l'égard des sciences, dans les pays hispaniques au temps de la colonie et dans les premières décennies de l'indépendance ne fut pas très différente, malgré l'existence des Universités, orientées comme on l'a dit. C'est, pour l'essentiel, comme dans le cas du Brésil, dans des Ecoles ou d'autres Instituts spécialisés que les sciences y furent cultivées et enseignées : l'Ecole des Mines de Mexico fut fondée en 1792, au temps de la couronne espagnole26; de même, l'observatoire de Montevideo fut créé en 1783, par la commission chargée d'établir les limites entre les possessions de l'Espagne et du Portugal. Le dix-neuvième siècle vit la création d'Ecoles spécialisées pour la formation de médecins, d'ingénieurs. Vers la fin du dix-neuvième siècle, ces Ecoles et ces institutions se rattachèrent, dans plusieurs cas, aux universités (comme, en Argentine, aux universités de Buenos Aires et de La Plata).

Des diversités se marquent ici, entre les différents pays. L'Argentine, plus directement liée à l'Europe, modifia plus tôt sa structure vers une université moderne. Dès 1865, l'Université de Buenos-Aires se dota d'un département de sciences exactes, voué aux mathématiques et à la formation des ingénieurs27. Une Ecole Supérieure des sciences physiques, très liée à la physique allemande d'alors, et faisant venir des savants de renom, fut créée en 1909 à l'Université nationale de La Plata. Une telle place pour la physique était encore exceptionnelle à l'époque en Amérique latine, où cette science, ainsi que les mathématiques, étaient cultivées exclusivement en vue de la formation des ingénieurs (ce qui n'empêcha pas, ici où là, des personnalités de s'y adonner à titre individuel, parfois avec grand fruit28). En Argentine encore, Francisco Beuf, français d'origine, fondateur et directeur (de 1883 à sa mort en 1889) de l'Observatoire astronomique de La Plata, éditait un annuaire analogue à l'Annuaire du Bureau des Longitudes de Paris, l'Anuario del Observatorio astronomico de La Plata.

Un autre aspect de la croissance des activités scientifiques est la création d'associations académiques et de sociétés savantes dont le réseau resserrait les liens entre les individus, favorisait les publications, voire stimulait dans les meilleurs des cas les relations à la société civile et aux représentants du pouvoir politique. C'est ainsi que la Société scientifique argentine (Sociedad Cientifica Argentina) fut fondée en 1872 ; elle publia, vers 1920, puis dans les années 1970, des séries d'ouvrages sur l'évolution des sciences dans le pays au cours des cinquante années écoulées, qui constituent de précieux bilans des activités scientifiques locales par discipline29. Au Brésil, la Société brésilienne des sciences, fondée en 1916, sur le modèle de l'Académie des sciences de Paris, devint un peu plus tard l'Académie brésilienne des sciences30. En Argentine, l'Académie des sciences exactes et naturelles de Buenos Aires, fondée officiellement en 1925, fonctionnait dès 1915 dans le cadre de l'Université. Des contacts étroits furent noués par les Académies avec celles des autres pays, elles invitèrent fréquemment des savants étrangers, notamment européens, souvent français31. Leur rôle devait être important - notamment dans le cas du Brésil - pour la phase qui suit, à partir des années trente, marquée par la constitution de véritables communautés scientifiques, par un renouvellement de l'enseignement supérieur et par le développement de structures de recherches orientées vers la science fondamentale.

Au niveau interaméricain, l'esprit d'association conduisit à l'organisation de Congrès scientifiques latino-américains, réunions périodiques dont la première eut lieu en 1898 à Buenos Aires (à l'occasion du vingt cinquième anniversaire de la Sociedad Cientifica Argentina)32, le deuxième en 1901, à Montevideo; le troisième en 1905, à Rio de Janeiro. La participation des Etats-Unis transforma ensuite l'institution en Congrès panaméricains à partir de 1908 : la réunion se tint, cette année-là à Santiago du Chili ; les suivantes eurent lieu en 1915, à Washington; en 1924, à Lima ; en 1935, à Mexico; et en 1940, à Washington. Ces manifestations présentèrent un intérêt scientifique jusque vers 1925, après quoi elles jouèrent surtout un rôle d'événements politiques33.


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