Résumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire.





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Michel Paty L'histoire des sciences en Amérique latine

La Pensée (Paris), n°288-289, 1992, 21-45.
L'histoire des sciences

en Amérique latine
par
Michel Paty

Résumé


Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est l'occasion d'examiner un aspect particulier de ses conséquences : le rôle et l'état de la science dans cette partie du monde au cours de l'histoire. Nous nous restreignons ici, pour des raisons d'homogénéité et de thématique, à l'Amérique latine, où l'histoire des sciences connaît, depuis environ une décennie, un renouvellement significatif.

Summary


The fifth centenary of the ‘discovery’ of America gives the opportunity to consider a particular aspect of its consequences : the paper and the status of science in this part of the world trough history. We restrict ourselves, for the sake of homogeneity and of thematics, to Latin America where, since about one decade, history of science has known a significant renewal.

L'histoire des sciences

en Amérique latine



par
Michel Paty


Découverte et connaissance



Les mots de la langue pèsent de leur poids : voulant introduire, en ce cinquième centenaire du premier voyage de Christophe Colomb vers l'Amérique, cet article sur l'histoire des sciences par un paragraphe intitulé ‘Découverte et connaissance’, j'entendais par ‘Découverte’ celle du ‘Nouveau monde’, suivant la terminologie consacrée. Or, juxtaposé à ‘connaissance’, le mot ‘découverte’ reprend naturellement son sens originel et général. Une vérité se glisse ainsi d'emblée par l'occasion du jeu naturel des mots et se rappelle à nos mémoires: l'époque de la Découverte fut aussi celle d'un renouvellement considérable des connaissances, et l'événement particulier que fut l'inscription sur les cartes géographiques du nouveau continent prend toute sa valeur de symbole. A l'ouverture des cieux par Copernic celle de la Terre répond un peu plus tard - faits de civilisation et de culture transcendant des accomplissements et des oeuvres individuels que d'autres avaient d'ailleurs précédés1 -, et les deux s'accompagnent d'une nouvelle dimension de la science, qui devient peu à peu - et se revendique - ‘universelle’. Il apparaît, d'ailleurs, que le terme de ‘découverte’ pour parler de l'Amérique ne se justifie à strictement parler que pour ce qui concerne les connaissances nouvelles acquises par les européens, et qu'il est impropre si l'on veut lui faire caractériser l'événement que constitue la rencontre de l'Europe et de l'Amérique. Car cet événement n'est pas un simple chapitre des ‘voyages de découverte’ au même titre que ceux de Vasco de Gama ou Magellan, et la modification des connaissances géographiques et autres n'en est que l'un des aspects. On ne peut mettre sur le même plan la découverte d'objets nouveaux appartenant à la géographie, à l'astronomie, aux sciences naturelles, et celle de peuples humains et de cultures vivantes - alors qu'il est légitime de parler de ‘découverte de civilisations disparues’, puisqu'il y a alors absence de réciprocité et unicité du point de vue. Il serait préférable, à propos des hommes et des civilisations indigènes de l'Amérique, de parler, non pas de ‘découverte’, mais de ‘reconnnaissance’2.

Mon propos, ici, n'est pas de dresser un inventaire de ce en quoi cette région du monde a contribué au développement de la science moderne - mais c'est bien, toutefois, l'un des aspects du sujet traité -, ni de parler du prix que les peuples autochtones, ou ceux qui durent subir des migrations forcées, ont payé en cette occasion. La science, comme activité et comme contenu de connaissances, est l'un des aspects de cette immense aventure, de cette tragédie, et c'est à elle que je m'en tiendrai.

Cinq cents ans de relations entre l'Amérique et le reste du monde et, en particulier, de l'Amérique latine avec l'Europe, cela comporte, en effet, parmi les événements et les confrontations, cinq cents ans de développement des sciences et, pour qui regarde en arrière ces cinq siècles écoulés, d'histoire des sciences. Colomb apportait déjà dans ses caravelles, comme par la suite d'autres navigateurs et voyageurs qui lui succédèrent, des rudiments de la science de la Renaissance européenne3. Très vite, la curiosité des chercheurs et des érudits pour ce monde jusqu'alors inconnu, pour sa nature et pour ses peuples, s'intensifia. Ce faisant, un échange se fit, et la connaissance ne fut pas à sens unique: les savants voyageurs rapportèrent, avec leurs récits, leurs collections et leurs cartes, de nombreux éléments d'un savoir indigène que la science ‘européenne’ assimila. Ce savoir touche non seulement aux objets des sciences de la nature, mais aux coutumes et aux moeurs des hommes, et la philosophie aussi bien que les sciences humaines et sociales encore embryonnaires reçurent, du seizième au dix-neuvième siècle, de ces autres sociétés qui vont de l'‘état de nature’ des indiens Tupinambas du Brésil aux hautes civilisations du Mexique et du Pérou, une influence dont l'importance apparaît considérable. Il suffit d'évoquer tels chapitres des Essais de Montaigne, l'Utopie de Thomas More, les conceptions de Rousseau, le Voyage de Bougainville de Diderot, des pages mémorables de La Condamine ou de Alexander von Humboldt, ou simplement les nombreuses relations de la ‘conquête des Indes’ qui constituent des documents fondamentaux pour la connaissance des civilisations précolombiennes4. La science, la philosophie et les idées modernes sont impensables sans ces apports.

Si l'histoire des sciences a longtemps privilégié - jusque voici peu de temps encore -, pour ce qui est des périodes classique et moderne, la science du ‘monde occidental’, c'est-à-dire celle qui s'est d'abord formée en Europe aux seizième et dix-septième siècles, on n'oubliera pas que cette même science, telle qu'elle s'est développée ensuite, ne serait pas ce qu'elle est devenue sans l'assimilation de tant d'éléments des provenances les plus diverses (ce qui est peut-être la meilleure raison de son caractère universel, ou du moins que nous postulons être tel). On aura d'ailleurs garde d'oublier que ses origines dépassent l'Europe et que la science classique qui succède à l'Antiquité commence, bien avant la Renaissance, avec celle développée autour de la Méditerranée, d'abord au Moyen Orient et dans les pays d'Islam5. L'ouverture du monde, alors et depuis, c'est celle de l'économie, certes - l'économie-monde de Fernand Braudel -, mais c'est aussi celle de la connaissance et de la science - et l'on peut parler dans un sens assez analogue, depuis lors, de pensée scientifique-monde, si l'on veut désigner les contenus et le mouvement de connaissance, ou de science-monde, si l'on veut caractériser les relations institutionnelles et sociales tissées autour de ces derniers6.

Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique aura à certains égards fourni l'occasion de revenir sur cet aspect7. Mais les commémorations ne sont jamais que l'occasion: l'occasion, ici, de ne pas oublier le rôle fondamental de la science, entendue comme connaissance aussi bien que dans son lien aux techniques et à la technologie, dans la rencontre des cultures et dans la formation de sociétés nouvelles - sociétés qui ont été constituées, certes, sur la destruction des anciennes, mais également sur une certaine fusion des ethnies et des cultures. Ce rôle apparaît d'une importance particulière quand on sait que la région du monde dont nous parlons est confrontée depuis deux siècles, après une période coloniale qui fut avant tout d'exploitation, aux problèmes du développement. La question du développement des sciences - et donc l'histoire des sciences - en Amérique latine présente par là un caractère crucial ; mais nous savons aussi que le développement scientifique et technique n'est que l'un des aspects du problème du développement, que les aspects politiques, économiques et sociaux ne s'y réduisent pas. Toutefois cette dimension est indéniablement décisive: elle est - c'est une conclusion tirée de l'histoire des sciences dans ces régions8 - une condition nécessaire.

De là, peut-être, une tonalité particulière de la préoccupation pour l'histoire des sciences chez les chercheurs et enseignants de ces pays: l'histoire des sciences est aussi l'histoire d'un enjeu, et ceux qui la pratiquent ou veulent la promouvoir sont souvent motivés par la conscience de ce que l'on ne s'approprie vraiment la science qu'en s'appropriant aussi ses racines9.


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