La collaboration du patronat. Conférence de l'Institut cgt d'Histoire Sociale. 28 avril 2011. Montreuil





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La collaboration du patronat. Conférence de l'Institut CGT d'Histoire Sociale. 28 avril 2011. Montreuil.
Une cinquantaine de personnes étaient réunies le 28 avril 2011 au siège de la CGT à Montreuil pour une conférence organisée par l'Institut CGT d'Histoire Sociale sur le thème de la collaboration du patronat.
Avant-propos, par Jeanine Marest.

Je vous présente Annie Lacroix-Riz. Annie Lacroix-Riz est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris VII Denis Diderot. Elle est une ancienne élève de l’École Normale Supérieure (Sèvres), agrégée d’Histoire, docteur es lettres, spécialiste des relations internationales dans la première moitié du XXe siècle.

Annie Lacroix-Riz a d’abord axé ses recherches sur l’Histoire du Mouvement ouvrier et du syndicalisme, son doctorat d’état porte sur l’histoire de la CGT de la Libération à la scission : de 1944 à 1947. Ses travaux portent sur l’histoire politique, économique et sociale de la IIIe République et Vichy. Elle a produit de nombreux ouvrages et articles dont « la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et après la seconde guerre mondiale » « le choix de la défaite » dans laquelle elle écrit : les français n’ont pas été simplement vaincus en 5 jours par une Wehrmacht invincible, le haut patronat les a sacrifiés à son plan de réforme de l’état copié sur ses voisins fascistes et à son obsession des industriels, des banquiers français sous l’occupation.

L’actualité étant riche d’exemples d’instrumentalisation et de réécriture de l’histoire, le plus récent étant la tentative de réhabilitation de Louis Renault, nous vous proposons avec Annie d’approfondir ce qu’à été la collaboration du patronat pendant la seconde guerre mondiale.

A compléter avec le texte de présentation de Jeanine Marest.
Intervention d'Annie Lacroix-Riz.

Je tiens tout d'abord à vous dire que je suis contente de venir aujourd'hui. Cela me ramène quelques des années en arrière, lorsque je fréquentais votre organisation et l'Institut d'Histoire Social CGT pour mes travaux de recherches. Je suis ravie également que les circonstances actuelles – pourtant défavorables – nous permettent de faire le point sur ce qu'il convient d'appeler la collaboration du grand patronat sous l'Occupation. Je pense que vous êtes tous au courant des circonstances qui ont conduit Jeanine Marest à me demander d'intervenir aujourd'hui : la campagne de réhabilitation de Louis Renault, qui n'a pas surgi ces derniers temps, mais qui a particulièrement mûri ces dix, pour ne pas dire ces quinze dernières années. A la faveur d'une transformation assez profonde de l'historiographie contemporaine, on a pu constater que se multipliaient les travaux très respectueux à l'égard des classes dirigeantes françaises. Travaux très respectueux qui conduisaient par ailleurs à prendre de grandes libertés avec les exigences méthodologiques du travail historique. Je rappelle que le travail historique repose sur l'écrit strictement contemporain des faits et naturellement pas sur les témoignages aà posteériori et notamment sur les mémoires de défense : soit de Louis Renault (mort en octobre 1944), soit de son équipe de direction ou garde rapprochée, soit de l'ensemble du patronat, soit désormais des petits-enfants. L'opération est d'envergure, elle associe la justice française, ce qui devrait donner l'occasion à de jeunes historiens de réfléchir sur la manière dont a été réalisée ce qu'on appelle « épuration économique » qui a finalement, sauf dans quelques rares cas, comme celui de Louis Renault, laissé en paix les patrons qui avaient joué un rôle essentiel, non seulement dans la collaboration économique, politique, idéologique, bref, dans la Collaboration à tous les sens du terme, mais qui avaient aussi joué en ce sens un rôle antérieudécisif avant l’Occupationr.

Première partie. Le choix de la défaite.

Cela me metnous place au cœurcoeur du jugement de la Cour d'appel de Limoges du 1er juillet 2010 qui a argué que le centre de la mémoire d'Ouradour-sur-Glane avait eu l'audace de mettre une légende relative à l'Occupation à une photographie prise antérieurement à avant l’été 1940. C'est sur cet élément que je voudrais insister, avant de passer à la Collaboration proprement dite des années 1940-1944, parce que même s'il peut sembler malhabile de choisir une photographie antérieure à l'Occupation, il existe plusieurs photographies de Collaboration datant de l'Occupation. Il y en a d'ailleurs une sur la couverture de mon ouvrage Industriels et banquiers français sous l'Occupation : La collaboration économique avec le Reich et Vichy1. Pourtant la légende était honnête et le Centre de la mémoire avait mis l'accent sur quelque chose que j'avais perçu il y a une dizaine d'années lorsque j'ai rédigé l'ouvrage que je viens de citer et que je perçois de manière bien plus nette aujourd'hui avec les recherches complémentaires sur les années 1930 qui ont aboutit à la rédaction des ouvrages Le choix de la défaite : Les élites françaises dans les années 19302 et De Munich à Vichy : L'assassinat de la Troisième République (1938-1940)3. La collaboration n'est pas née de la défaite, mais la collaboration préalable à la défaite a été la véritable cause de la défaite. !

Ah mais, m'a-t-on dit, vous êtes une historienne engagée, vous êtes même une historienne communiste ! J'ai fait observer qu'après tout si on était dans une période plus ancienne, étant née juive, on aurait pu , puisque j’étais née juive, invoquer l'explication judéo-bolchévique. ! Il est intolérable de désigner les historiens par leurs convictions idéologiques et je trouve lamentable qu'il ne reste finalement plus qu'une historienne ou un historien communiste pour se pencher sur les dossiers qui permettent de démontrer de manière incontestable que le grand patronat s'est aligné à tous égard sur le merveilleux modèle allemand qui succédait à l'excellent modèle italien. Le modèle allemand étant le « meilleur », c'est bien évidemment cet exemple qui a servi de fil conducteur. Par exemple, le Comité des forges louait quotidiennement, depuis les années 1920 et plus encore dans les années 1930, le merveilleux modèle de gestion de la crise et de gestion des salaires qu'avait réalisé le partenaire allemand. Partenaire allemand qui s'est s'était imposé dans la seconde moitié des années 1920, après que le grand patronat français eut tenté de prendre la place du grand patronat allemand sur les marchés internationaux, notamment sidérurgique et chimique, avant de se rendre compte que la tâche était délicate. J'ai cité à cet égard les effets de la modification des frontières sur le statut d'entreprises franco-allemandes qui, au fil des années la de paix et de la guerre passaient de 60% de capital allemand et 40% de capital français avant 1914 à 60% de capital français et 40% de capital allemand en 1918 puis inversement en 1941.

Cette réalité-là, c'est celle qui s'impose dans les années 1920-1930 surtout, et qui fait que Renault, comme les autres, mieux que les autres, illustre une tendance générale, qui est la suivante : un partenariat prioritaire avec le Reich. Partenariat commercial, partenariat financier, et là j'évoque la grande industrie mais également la grande banque. Il faut savoir que durant ces deux décennies, les emprunts allemands étaient les plus rémunérateurs, de telle sorte que la grande Banque, française et Internationale internationale, voulait absolument que le grand emprunteur allemand fûut tenu la tête hors de l'eau, faute de quoi la créance sans débiteur en face n'aurait plus de valeur. Il se trouve que le grand patronat français, avec l'entière bénédiction de l'État, je dirais même avec lasur délégation de l'État, a dominaité le commerce extérieure. Par exemple, les relations franco-allemandes avaient été confiées à la Chambre de Commerce de Paris, constituée de ce que l'on pourrait considérer comme la « fine fleur du grand capital français ». Depuis les années 1920, des contrats avaient été conclus et régulièrement renouvelés par le patronat français dans tous les secteurs qui intéressaient l'économie de guerre allemande.

Le patronat français, comme le patronat anglais, trouvait extrêmement peu intéressante les conditions de réarmement en Europe qui ne pouvaient souffrir la comparaison avec les conditions d'exploitations allemandes. On ne parvenait dans les années 1930 ni en Angleterre, ni en France, à exploiter la main-d'œoeuvre au niveau où elle l'était en Allemagne : 16 heures de travail par jour, sans possibilité de refuser les heures supplémentaires, sur simple besoin de l'industriel. Personne ne pouvait réaliser cela en dehors de l'Allemagne, en tout cas sur le continent européen. De telle sorte que Renault, pour ne citer que lui, clamait à tous les vents que l'on ne pouvait plus gagner d'argent avec les industries d'armements et qu'il avait envie de se concentrer sur les automobiles de tourisme, faute de pouvoir faire autrement. Et bien Ce que disait Renault dans les années 1930, c'est ce que le patronat faisait dans tous les secteurs à commencer par deux secteurs essentiels dans la Collaboration, la métallurgie et la chimie, . Ssecteurs parmi les plus développés, qui intéressaient plus particulièrement l'Allemagne. Une intimité commerciale s’était donc instituée, qui n'avait fait que s'approfondir de la seconde moitié des années 1920 à 1939-1940. Un ingénieur de Krupp pouvait ainsi faire remarquer à un de nos agents de renseignements, en l'occurrence l'attaché militaire Henri-Antoine DideletHäberlin en juilletjuin 1939, que désormais Krupp travaillait avec 60% de minerai de fer français puisque les canons que l'on ne produisait pas ici ou les tanks que l'on ne produisait pas en quantité suffisante étaient fabriqués de l'autre côté de la frontière.

S'ajoutaient à cela toute une série de tractations financières, en particulier contrôlées dans le cadre d'une institution que personne ne connaît mais dont le rôle est considérable, la Banque des règlements internationaux (BRI). Ce premier club de banques centrales, précurseur direct des institutions issues de la Seconde Guerre mondiale, est une création américaine née du plan Young de juin 1929. Elle est mise en oeuvres'installe à Bâle, à l’été 1930, dans un contexte de totale franchise fiscale avec paiement des dividendes et intérêts en or, quelles que soient les circonstances mondiales, qu'il s'agisse d'un temps de guerre ou de paix. Dans ce cadre, les grands banquiers internationaux – français compris – avaient d'une part, béni la solution hitlérienne, fort avantageuse pour tous, et, d'autre part, préparé les tractations et les œoeuvres communes qui allaient caractériser la période 1940-1944 en France. On ne le dira jamais assez, car presque personne ne le sait, la solution fasciste italienne, la solution allemande nazie, de même que le régime de Vichy ont été des créations non pas seulement nationales, mais des créations mûrement réfléchies, mûrement planifiées pendant un certain nombre d'années qui résultaient de contacts périodiques à Bâle ou ailleurs entre les grands banquiers internationaux. , pParmi ceux-ci lesquels on trouvait naturellement les banquiers représentés par la Banque de France, organisme privé qui ne comprend par forcément, dans son conseil d'administration, toutes les grandes banques d'affaires. Il faut noter que cet organisme bancaire n'a même pas été effleuré par la réforme de juillet 1936, réalisée par le premier gouvernement de Front populaire dirigé par Léon Blum. Cette réforme a été purement cosmétique, elle a fait disparaître untel – par exemple les régents de la Banque de France – par la porte pour le faire revenir par la fenêtre ensuite dans la période qui a immédiatement suivie.

C'est donc bien cette période, caractérisée par cette collaboration franco-allemande permanente financière, industrielle, qui a décidé du sort de la France et de sa population, à savoir la défaite. Cette défaite, pendant laquelle le patronat dont il est question, n'a été ni désorienté, ni marri bien au contraire, s'est accompagnée de la poursuite, à échelle élargie, des affaires antérieures. De telle sorte que, lorsque j'ai rédigé Industriels et Banquiers, sur la base d'une documentation très large, j'avais déjà pu percevoir que ces messieurs ne s'étaient pas rencontrés à Vichy par hasard, et qu'ils avaient mené une collaboration en toute conscience, qu'ils avaient prônés cette collaboration. Je suis une historienne qui a l'habitude d'appeler un chat, un chat, c'est vrai que ces trente dernière années, cela a fait assez mauvais effet. ! Mais je pense que sous l'effet des circonstances, appeler un chat un chat le chat va revenir à la mode. Il faut bien constater que le concept de collaboration n'est pas un concept « ringard ».

Il faut bien comprendre que la campagne de soutien à Louis Renault est une campagne qui vient de très loin. C'est une campagne qui a été précédée par le fait qu'il a été interdit aux jeunes historiens, d'emprunter le seul concept de collaboration, qui relèverait de la « taxinomie d'époque »4. Je ne savais pas ce que voulait dire ce terme et après vérification, celui-ci veut dire « vocabulaire ». ! Donc les contemporains ne seraient pas capables d'apprécier leurs pratiques, donc ils auraient parler de collaboration sans rien avoir compris de ce qui se passait à cette époque. Le concept de collaboration serait un concept périmé, une « taxinomie d'époque ». Le concept de collaboration est devenu tabou de 1995 à aujourd'hui. Vous comprenez bien pourquoi aujourd'hui vous pouvez avoir des petits- enfants qui viennent expliquer que leur grand-père a un honneur qu'il faut absolument sauvegarder. Pendant quinze ans, il est ainsi devenu indécent de parler de collaboration. Comme disait François Lehideux, « Nous avons traité les allemands Allemands de telle sorte que moi et mes amis, au gouvernement de Vichy, nous les avons trompés et avons été les défenseurs de l'intérêt national ». Regardons de plus près.

Seconde partie. Le premier niveau de collaboration.

A l'été 1940, se met en place le « premier niveau de la collaboration ». Lors de la rédaction de mon ouvrage, j'ai été confrontée évidemment à cette campagne insistante qui disait « il n'y a pas de collaboration ». Il a fallu que je commence par dire : « si, il y a une collaboration », parce que quand les industriels français viennent rencontrer leurs camarades homologues allemands et leur disent « écoutez, nous avons toujours collaboré. On a fait des cartels ensemble. Bien sûr, le sort de la guerre ne change rien à cela. On va continuer ». Et quand les aAllemands, en l'occurrence les hommes de l'IG Farben disent ; « Oui, oui, nous allons gagner de l'argent ensemble mais vous, vous êtes vaincus et nous, nous sommes vainqueurs. Donc, cela ne va pas se faire aux conditions de l'entre-deux-guerres où la situation était inverse ». Cette demande française, cette demande spécifique de collaboration a bien été présentée, et cela m'a amenée à définir, avec toute la prudence nécessaire, des niveaux différents de collaboration.

Parce qu'après tout, me direz-vous, lorsque l'on a qu'un seul client, on sert le client. Vous me direz que si on emmène l'envahisseur envahir sur place, en lui ouvrant les frontières, c'est bien évidemment plus délicat à justifier. Mais laissons cette affaire, qui concerne avant tout les années 1930 et concentrons-nous sur le premier niveau de la collaboration : les commandes allemandes, que l'ont était « obligés » d'accepter, ont argué les patrons après la Libération, pour maintenir un travail pour les ouvriers bien entendu, pour faire vivre les familles, pour les empêcher de partir en Allemagne. Bon, Lorsque l'on y regarde de plus près, on se rend compte que cela relève de la plaisanterie, parce que tous les contrats conclus à l'été 1940 sont des contrats prorogés, c'est-à-dire que l'on prolonge continue ces contrats d’avant-guerre, de 1940 à 1944, sans interruption. Avec un allant, il faut le dire, qui a fait dire aux allemands Allemands que les industriels français étaient « disposés au travail » (arbeitwillig). Et Renault, parmi toust les autres, il faut le reconnaître, à partir de l'été 1940, a trouvé qu'il était de nouveau possible de faire de l'argent avec l'armement. Je signale pour mémoire que toute cette affaire s'est faite par le paiementaux frais du contribuable, c’est à dire du peuple français. Car ces commandes allemandes ont été réalisées, effectuées, livrées, dans le cadre d'un paiement régi par l'ordre de l'Occupation qui prévoit deux formules :

  • Les frais d'occupation, qui, comme le disait Couve de Murville, alors directeur des finances et des changes de Vichy (soit le deuxième personnage du ministère des finances), équivalaient à la nourriture et, à l'entretien de dix millions d'hommes. Il n'y a jamais eu dix millions d'allemands d'Allemands en France, il y a eu beaucoup moins que cela, même pas un million. Les frais d'occupation ont servi à financer les opérations menées sur le front oriental du continent. Entre 400 et puis 500 (à partir de novembre 1942) millions de francs de frais par jour ont été réglés sous forme d'avances de la Banque de France, qui poussait toujours des cris d'orfraie contre la situation financière de l’Etat quant il s'agissant d'augmenter les salaires d'un pour cent, n'a jamais murmuré, sauf, et à peine, à partir de l'automne 1942, le rapport des forces militaires se gâtant. Ces avances étaient intégralement payées par le contribuable. Qu'on le dise haut et fort, c'est la population française qui a payé l'Occupation. La grande majorité de la population a souffert de l'Occupation. Les ouvriers et les employés ont perdu en moyenne dix kilos de 1940 à 1944. Ils n'ont plus de pneus pour leurs vélos, ils n'ont plus de possibilités d'acheter des vêtements parce que les commandes allemandes, dans le cadre de contrats pluriannuels,c ommandes faisaient que les plans Kehrl et Grunberg de février et mai 1941 laissaient respectivement aux Français la perspective éventuellement d’un vêtement éventuel tout les huit ans et de plus de chaussures du tout. Il en était de même avec le plan Brinber sur les chaussures. Le paiement de ces frais d'occupation a été réalisé via l'office l'Office des changes, ce qui m'emmène à évoquer le deuxième prélèvement sur la population française, ce qu'on appelle le clearing.

  • Le clearing, c'est ce qui a permis à l’Allemagne de faire du commerce extérieur à l'époque où elle l'Allemagne n'avait plus de devises et ni d'or, c’est à dire depuis les années 1930. Elle a alors imposé le paiement par troc. L'Allemagne vendait des produits de haute valeur ajoutée et achetait principalement des matières premières, à basse valeur ajoutée. L'avantage était à l'Allemagne. C'est le clearing qui a permis à l'Allemagne de contrôler, avant-guerre, la quasi-totalité du commerce extérieur des pays d'Europe orientale qu'elle a ensuite, entre 1939 et 1941, militairement occupés, ou transformés en « satellites » (pour ses alliés présumés, Italie, Hongrie, Roumanie, etc.). Mais Pendant pendant la guerre, l'Allemagne ne fournit rien ou presque, juste la toute petite partie de matières premières nécessaire à la réalisation de ses commandes. Par exemple, la France importatrice de charbon avant la guerre, l'est encore après la défaite, et de charbon allemand, indispensable à la réalisation des commandes allemandes. Le clearing représente en quelque sorte une pure sortie française de valeurs (matérielles et financières) sans aucune contrepartie allemande. Il faut noter que la France toute seule, bien qu'elle fûut le pays le plus puissant d'Europe occidentale, Allemagne exceptée, a représenté près de 50% de la dette de clearing, c'est-à-dire du cadeau total fait à l'Allemagne. Il faut se rendre compte que ces commandes négociées ont permis à la France part française de représenter 50% de tout ce que l'Allemagne a prélevé sur l'Europe. Je vous rappelle pour mémoire que l'Allemagne a détruit l'Union soviétique européenne, mais qu'elle n'en n'a pratiquement rien tirée, ce qui permet d'établir la différence entre un pillage négocié et un pillage proprement dit ou un pillage qui échoue parce que l'État et la population résiste. Pour les historiens qui dans l'avenir feront leur travail et qui aiment bien la démarche comparative, il sera certainement très fructueux de comparer ce qui se passe dans un pays qui, Etat et peuple, résiste et ce qui se passe dans un pays dont les élites ne résistent pasnégocient et collaborent.

Renault n'est pas seul, assurément, mais il faut bien reconnaître que Renaultil a montré une extraordinaire bonne volonté jusqu'au bout, comme le disait le chef de la Gestapo Helmut Knochen, deuxième personnage de la Gestapo à Paris, avec une grande honnêteté : « les usines souterraines ont fonctionné, quelle que soit la situation militaire ». A l'été 1944, quand les allemands Allemands sont partis, les usines souterraines battaient leur plein et d'ailleurs Louis Renault apparaissait à l'avant-garde de ces usines qui permettaient au grand patronat de la région parisienne de continuer à produire pour l'Allemagne en juillet – je dis bien en juillet – 1944, en échappant aux bombardements. Les commandes ont fonctionné jusqu'au bout, en violation d'ailleurs des conditions de l'armistice qui, officiellement, faisait sortir de la guerre (et par exemple de la livraison d’armements offensifs) la France vaincue.

J'ai trouvé ces derniers temps des documents extrêmement intéressants sur les conditions dans lesquelles les commandes se sont faitesété réalisées. Renault, c'est vrai, comme tous les autres, a livré avec enthousiasme, a combattu ceux qui ne voulaient pas les livraisons. Ce qui nous emmène conduit à la question desaux rapports sociaux dans les entreprises. Vous observerez que le document des Archives de la Haute-Cour du 4 août 1940 sur la réparation des chars Renault pour la Wehrmacht (que j'ai cité presque in extenso dans mon article « Louis Renault et la fabrication de chars pour la Wehrmacht »5). Vous observerez donc que les documents que j'ai trouvé dans les Archives de la Haute-Cour fait entièrement justice de la thèse de la réquisition. Il n'a jamais été nécessaire en 1940 pour les allemands Allemands de procéder à la moindre réquisition. Puisqu'aussi bien Le contrat processus de vente était volontaire et que le document cité montre que François Lehideux, avait été chargé de négocier le 4 août avec les allemandsAllemands, parce que Louis Renault avait été trop rapide dans l'acceptation formelle, dès le 1er août, du contrat de réparation des chars de la Wehrmacht : il, limitant limitait ainsi les marges de négociation, se désignant comme entièrement volontaire. Lehideux est donc venu demander que les allemands Allemands prennent formellement en charge la direction des ateliers, ce qui soustrayait la direction responsabilité des usines Renault à leur sa responsabilité politique, en transférant officiellement celle-ci sur l’occupant puisque ce sont les allemands qui avaient désormais cette charge.

Ce document est irréfutable, de même que l'est le fait qu'à partir du deuxième semestre de l'année 1940, la zone dite libre, c'est-à-dire non occupée par la Wehrmacht, est devenue approvisionneur régulier de l'économie de guerre allemande, non et pas seulement par les entreprises ayant leur siège en zone occupée. En matière de commandes, jamais les conditions de l'armistice n'ont été respectées. L'État de Vichy apparaît simplement comme ce qu'il a été, c'est-à-dire le berger des grandes entreprises et banques, qui passaient contrats privés avec les entreprises et banques allemandes. Aussi soumis aux grandes entreprises qu'il était violent pour les petits, pour les pauvres, pour les opprimés, qu'ils fussent ouvriers, juifs, francs-maçons et autres réprouvés habituels.
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