La diversité au cœur de la finance





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La diversité au cœur de la finance :
la finance informelle

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Michel LELART

Directeur de Recherche émérite au CNRS
Laboratoire d’Economie d’Orléans


Le financement du développement a été longtemps analysé comme le financement de la croissance. L’accent était mis sur l’insuffisance de l’épargne et sa mauvaise allocation autant que sur les comportements des agents et le rôle très limité des institutions financières, en particulier des banques commerciales. Combien de thèses soutenues dans nos universités par des étudiants étrangers, le plus souvent africains, analysant le financement de leur économie nationale comme s’il s’agissait de la France ou de l’Espagne !
Les choses n’ont commencé à changer qu’au début des années 60, sous plusieurs influences


  • C’est d’abord la prise en compte des pratiques usuraires. Dans la plupart des pays en voie de développement, surtout semble-t-il en Asie, les paysans en difficultés empruntent à des commerçants, à leur propriétaire, à des prêteurs individuels ou professionnels « money lenders » à des taux exorbitants. La durée importe peu, le taux est de 50 ou 100% pour un mois comme pour trois. Les mêmes pratiques sont observées dans les grandes villes où cinq pesos sont empruntés le matin, six sont remboursés le soir ! La première analyse de ce phénomène a été effectuée par U TUN WAI, un Birman qui a travaillé au Fonds Monétaire International et qui a publié un article en 1957 sur les « marchés financiers inorganisés »1. C’est la première réflexion sur un phénomène qui reste encore aujourd’hui trop peu connu.




  • C’est ensuite l’intérêt suscité par des pratiques financières traditionnelles, et originales, dont parlaient les ethnologues qui les observaient un peu partout en allant sur le terrain, en Afrique, en Asie, en Amérique centrale. Ce n’est qu’à partir des années 60 que ces pratiques, en particulier les tontines, vont intéresser les économistes qui vont y voir un mécanisme original de mobilisation de l’épargne susceptible, au moins dans certains cas, de financer l’activité économique. GEERTZ est le premier auteur qui s’interroge en 1961 sur l’efficacité de ces pratiques et sur leur chance de survie face aux transformations qu’engendre le développement2. Les publications sur les tontines vont se faire de plus en plus nombreuses, notamment avec le lancement en 1977 par Finafrica de Milan de la revue Savings and Development. C’est quelques années plus tard un premier article de synthèse sur la mobilisation de l’épargne informelle en Afrique qui révèle l’étendue de ce phénomène sur l’ensemble du continent en même temps que l’activité particulière des tontiniers3.




  • C’est enfin le célèbre rapport sur le Kenya publié en 1972 par le BIT qui parle du secteur informel et le définit par un ensemble de critères qui concernent principalement l’emploi, mais aussi « l’échelle restreinte des opérations » ou « la propriété familiale des entreprises »4. On voit ainsi reconnaître l’existence d’un secteur de l’économie qui ne fonctionne pas selon les normes ou les pratiques habituelles. Et on va comprendre qu’au lieu d’essayer de le faire disparaître, il est peut-être plus judicieux d’accompagner son évolution et d’accroître sa contribution à l’augmentation du revenu national . Ce sera le lancement du Programme mondial de l’Emploi. On va comprendre aussi que ce secteur informel de l’économie et les pratiques financières traditionnelles vont de paire, et que les pays en voie de développement se caractérisent précisément par la coexistence d’un secteur - réel et financier – moderne et d’un secteur – réel et financier – traditionnel. Et plutôt que d’opposer les secteurs financiers formel et informel, ne vaut-il pas mieux essayer de mieux comprendre la rationalité – car il en est certainement une – de l’informel considéré dans son ensemble ?


Toutes ces questions ont été abondamment traitées dans les vingt années qui ont suivi. On a vu d’abord une floraison de travaux menés dans tel ou tel pays pour mieux observer ces pratiques dont on constatait chaque fois l’importance, tant par le pourcentage de la population qui se trouvait concernée que par le volume des fonds correspondants. On a vu aussi des enquêtes essayant de quantifier ces observations, après la première menée au Niger par l’USAID et l’Université de l’Ohio en 1986 et dont les résultats ont considérablement surpris5. On a vu enfin des organisations internationales prendre en compte cette réalité et s’interroger sur l’attitude à adopter : c’est la Banque mondiale qui consacre un chapitre au système financier informel dans son Rapport annuel sur le développement en 19896 ; c’est le Centre de Développement de l’OCDE qui fait faire une série d’études dans une douzaine de pays, et qui en tire des recommandations pour les Etats7
L’intérêt suscité par ces pratiques ne s’est pas démenti. On peut en juger par le nombre d’articles que lui consacrent les revues Savings and Development ou Techniques Financières et Développement publiée par Epargne sans Frontière. Mais cet intérêt se porte davantage maintenant sur les pratiques de crédit qui leur sont complémentaires, ou plutôt sur des mécanismes mis en place pour pallier précisément les limites de ces pratiques d’épargne. L’engouement soulevé aujourd’hui par la micro-finance, c’est-à-dire par les expériences de petits crédits accordés aux plus pauvres, le plus souvent solidaires au sein d’un groupe, trouve son explication dans l’existence et l’évolution de la finance informelle.
C’est de celle-ci que nous allons parler. Elle ne correspond pas à un schéma bien défini, elle revêt au contraire des formes multiples, extrêmement diverses et très fluctuantes. Il sera plus facile d’en rendre compte, et d’examiner chaque fois dans quelle mesure il s’agit bien de comportements et de services financiers, en distinguant les pratiques individuelles et les pratiques collectives.

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