Bibliographie Introduction





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La planification introduit souvent une dynamique qui va à l'encontre des objectifs qu'elle se fixe du fait même des processus d'anticipation, d'induction et des contre-stratégies déployées par les différents acteurs en place. Il se trouve même que ce sont ceux qui planifient qui en profitent le plus des détours et des insuffisances des processus de planification spatiale. Ne sont-ils pas les mieux placés, les mieux informés des décisions qui allaient être prises, ceux qui savent mieux lire l'espace pour y déployer leurs propres stratégies.

A travers ces quelques exemples, on voit que le discours sur l'aménagement se trouve biaisé dès le départ et démystifié parce qu'il charrie du pouvoir. Le discours, présenté souvent comme neutre, technique, au nom de l'intérêt collectif, est en rupture avec la pratique réelle qui est principalement stratégique, politique, partiale. Ceci est d'autant plus critique qu'on s'acharne à lui donner un caractère démocratique par le recours de plus en plus fréquent à la concertation, un aspect qu'on essaiera de développer dans le point suivant.
III- La concertation dans l'ignorance : Le piège démocratique

Au niveau urbain, rural, région ou national, les promoteurs et les collectivités (les municipalités, conseil de gouvernorat...) savent très bien que les citoyens se trouvent dans une incapacité totale d'analyser les conséquences d'une opération d'urbanisme, de rénovation, de localisation ou de mise en valeur, de riposter (encore moins à temps) ou de prévoir les conséquences de telles opérations ou d'un plan d'aménagement ou d'urbanisme même si une procédure d'enquête publique existe, les délais sont de plus en plus allongés et les habitants sont plus sensibilisés à ce genre de problèmes.

Cette incapacité à l'analyse spatiale fait que les acteurs urbains n'hésitent pas à procéder à la concertation et à présenter les plans des futurs travaux dans la mesure où les objections sont rares et faciles à éluder en recourant au volet technique, au nom de la rationalité ou d'un intérêt collectif. Les exemples des Plans d'Aménagement Urbain (PAU), des Plans Directeurs d'Urbanisme (PDU) de Tunis ou de Sfax, du Schéma National d'Aménagement du Territoire (SNAT), des Schémas Régionaux d'Aménagement du Territoire (SRAT) sont significatifs à ce titre. On a parfois l'impression absurde et apparemment paradoxale que plus la concertation est importante plus le plan est décousu. Cela provient probablement du fait que le plan ne suivant plus une logique claire et cohérente, va tenir compte à la fois de la problématique technique mais aussi des préoccupations socio-politiques des groupes de pressions concernés. L'exemple de Sfax est significatif. Le plan ne répond plus à une seule rationalité mais à plusieurs, difficilement conciliables.

En effet, les représentations spatiales n'ont de sens que pour ceux qui savent les lire, lire l'espace et ils sont rares même parmi ceux qui le croient, et les gens ne se rendent comptent qu'ils ont été dupés qu'une fois les travaux sont achevés et les changements sont devenus irréversibles. Il faut ajouter aussi le problème de crédibilité qui fait qu'on a tendance à ne pas accorder l'intérêt qu'il faut au moment des prises de décision.

La concertation peut jouer à contresens, dans une société peu démocratique, la concertation va favoriser les agents les mieux situés dans le système, soit qu'ils sont plus influents, soit qu'ils sont souvent les mieux et les premiers informés des actions à entreprendre et des décisions à prendre si bien que leur place et leur statut leur permettent d'en profiter mieux que quiconque tandis que le commun du monde, incapable de voir les retombées réelles, se trouve pris au piège de la concertation.

Cette concertation biaisée se trouve encore plus aggravée par le problème de l'échelle et de la pertinence qui lui est liée, point qu'on va développer maintenant.
IV - Echelle, pertinence et FINALITE
L'organisation spatiale est le résultat d'un double processus de concentration et de compétition agissant sur des échelles différentes. Ce problème se pose tant au niveau spatial que social et on a souvent tendance à prendre en compte des groupes sociaux considérés comme autonomes alors que la société est loin d'être la somme de comportements de ces groupes, les espaces comme des entités autonomes. Ces espaces so, en fai, le résultat de l'interaction de plusieurs échelles à la fois. Il faut distinguer entre l'échelle des antécédents et des processus et l'échelle des résultats et des effets.

Il est très rare que ces deux échelles concordent totalement, l'antécédent opère sur une échelle plus petite que l'effet. C'est ainsi que les formes locales ne trouvent leur explication que une fois placées à une échelle plus petite, dans un cadre plus vaste: l'échelle régionale ou nationale. Chaque fait ne trouve explication mais aussi dénouement que dans un espace plus vaste, c'est à dire une échelle plus petite22.

Très souvent on fait l'impasse de vouloir trouver l'explication des formes, processus ou problèmes dans les mêmes espaces où ils se posent, se concrétisent et se manifestent. La question dépasse le simple cadrage des faits, de les rapporter à un espace-référence, il s'agit d'expliciter le rapport et de trouver le lien.

La finalité de l'action détermine en fait l'échelle d'investigation et d'intervention et on peut définir l'échelle d'investigation selon la finalité poursuivie.

* C'est ainsi qu'une finalité productiviste va privilégier en premier lieu la croissance aux dépens de la territorialité, la petite échelle en dépit de la grande échelle. C'est pourquoi les plans d'ordre national et régional retiennent la priorité. Dans cette perspective, on comprend l'intérêt de la hiérarchie, la centralité, la dissymétrie, l'inégalité, la valeur d'échange, la concentration, le coût et d'une façon générale le volet économique....

La hiérarchie permet d'asseoir le pouvoir central et technique sur une base spatiale qui s'exprime entre autres à travers le système urbain. Cette hiérarchie est le pendant d'une centralité sociale mais surtout spatiale qui se reproduit à travers la dissymétrie et les inégalités.

Ces dissymétries, tant sociales qu'économiques et spatiales, forment le moteur de cette dynamique inégalitaire, elles s'expriment à travers l'accroissement des inégalités régionales en particulier et spatiales en général même si le niveau et les conditions de vie s'améliorent un peu partout. C'est ce qui se passe dans la plupart des pays à commencer par la Tunisie où l'écart s'est parfois accru malgré l'amélioration générale qui a touché tous les espaces (A. Belhedi, 1992, 1994).

La valeur d'échange constitue ainsi la principale valeur tandis que la valeur d'usage diminue, ce qui exprime la centralité de la vision économiste du monde et de la réalité, les aspects sociaux sont souvent évacués délibérément, ils ne sont retenus que lorsque la sécurité du système se trouve en jeu ou que les tensions sociales atteignent un niveau tel devenu intolérable donnant lieu à des déséconomies importantes, c'est le cas de la plupart des programmes sociaux ou régionaux, de décentralisation ou de déconcentration.

Dans tous les pays, la question régionale n'est posée qu'en termes nationaux, de localisation ou de régions en crise. La déconcentration de l'exécution et de la production s'exprime souvent par une concentration accrue des pouvoirs entre les mains d'une minorité sociale ou d'espaces très réduits, c'est le cas de la Tunisie où la déconcentration de l'appareil productif (industrie et tourisme) et des services depuis le début des années 1970 a débouché sur l'affinement des pouvoirs de Tunis et l'axe littoral (A. Belhedi 1992).

Une région n'est que la région de la ville primatiale, de la ville principale, dans ses limites, son contenu, ses caractéristiques et son fonctionnement, ce concept de la région est la concrétisation des propriétés examinées ci-dessus.... Il en découle toute une démarche de régionalisation ou de découpage spatial qui consiste à rattacher chacun des espaces à une ville, quitte à la créer si elle n'existe pas, la consolider lorsqu'elle est petite ou trop faible pour assurer un tel rôle, le découpage régional et local tant administratif et économique de la Tunisie exprime bien, à biens d'égards, ce constat. Le fonctionnalisme d'un côté et la minimisation du coût de l'autre, vont constituer le paradigme central de rattachement des lieux, de découpage et de régionalisation. On trouve cette démarche dans la plupart des plans d'aménagement en Tunisie ou ailleurs.

Cette finalité privilégie l'inégalité, la dissymétrie, la dimension économique, la concentration, la hiérarchie, l'homme-producteur, l'aménageur, la croissance, la petite échelle...
* Dans une finalité existentielle où le vécu l'emporte, on va privilégier l'égalité, la symétrie, la valeur d'usage, la spatialité, le coût social, la régulation, la dispersion et la grande échelle (le local, l'habiter, la quartier, le terroir...). Cette problématique privilégie le cadre de vie, l'homme-habitant et l'aménagé.

Il est vrai qu'on vit, de nos jours, dans un monde où l'économique l'emporte sur le social, que la plupart des politiques préconisent la croissance, la concentration et la dissymétrie comme moyens d'atteindre l'équité et la spatialité présentées comme des fins mais dans une cette course inexorable contre le temps et dans le cadre d'une logique de rattrapage, le moyen devient la fin.

Dans une démarche privilégiant le cadre de vie, la grande échelle (le niveau local) se trouve au centre de la problématique. C'est au niveau de l'îlot, du quartier et de l'unité de voisinage que les problèmes sont traités et l'analyse est menée sans négliger évidemment les autres échelles. Dans un monde où l'économique est devenu central, il est peu réaliste de préconiser une centralité du social ce qui revient à tomber dans le même piège. Ce qu'on reproche aux démarches adoptées, c'est cet économique qui ne laisse au social que la partie incongrue. Le social n'est utilisé que là où échoue l'économique, là où il constitue le goulot d'étranglement.

Cette démarche s'exprime aussi par l'importance donnée aux études économiques ou financières dans les divers plans d'aménagement, le chiffrage des coûts des divers plans, l'évaluation des effets et des impacts des divers projets d'aménagement alors qu'au niveau social on ne trouve que de maigres allusions ou des passages très limités. Il se trouve aussi que c'est l'économico-financier qui constitue la principale contrainte des actions d'aménagements !
Un espace qu'on organise ne peut être analysé convenablement sans résoudre le problème d'échelle. Le choix d'échelle est politico-idéologique, même si le lien n'est pas toujours clair alors qu'il est présenté comme un problème technique, neutre et de là au dessus de toute critique, limité à une minorité ensuite: les techniciens. A l'espace concret et vécu de l'habitant on substitue un espace abstrait du technicien qui, par le biais du fonctionnalisme et de la réglementation, assure le transfert du contrôle spatial de l'habitant à l'Etat et ses représentants.
L'environnement local, en termes de trames, pratiques et attributs relève d'une problématique de la pertinence socio-spatiale. Il s'agit de reformuler les questions classiques qui, quoi, où et comment pour devenir : Qui obtient quoi, où et comment ?

Cette manière de poser le problème exprime en fait un renversement de la problématique, il s'agit de saisir le vouloir-être à la place de l'être, c'est ce qui fait la différence entre le statu quo et l'alternative.

L'échelle n'est pas seulement une question technique, elle se trouve au centre des stratégies: privilégier une échelle c'est donner la priorité à l'aménageur ou à l'aménagé. Ce rapport charrie du pouvoir au delà de l'apparence technique et de la neutralité prétendue.
V - Perspectives ou Prospectives : Quantité ou qualité ?
La spatialisation ou l'inscription dans l'espace est lente, rigide, lourde et onéreuse ; elle se caractérise par une très grande inertie et une certaine irréversibilité. C'est le cas des infrastructures comme les routes, les ports et les aéroports, les grands projets industriels, touristiques ou agricoles (irrigation, grande hydraulique, mise en valeur...), les universités, les technopôles ou les autoroutes qui s'échelonnent souvent sur plus d'une décennie. C'est aussi le cas des flux qui fondent la dynamique spatiale qui est lente à se mettre en place ou à se modifier, c'est le cas des flux migratoires, des flux de biens, des processus de (dé)concentration urbaine ou industrielle...

Dés lors, toute intervention sur le territoire exige un travail permanent de va et vient entre le présent et le futur selon une démarche privilégiant la prospective et non la prévision. Il s'agit de faire projeter le futur dans le présent et non le présent dans le futur. Il s'agit de privilégier la prospective sur la perspective et la prévision à l'instar des techniques de l'actualisation de l'analyse financière. La prospective implique les techniques permanentes d'anticipation permettant d'agir à court terme pour façonner le long terme. Dans une économie de plus en plus privatisée, fluide, flexible, l'Etat doit prendre en charge cet irréversible, réduire le coût et assurer la cohérence.

Ce qu'on constate, c'est que les techniques de l'aménagement se limitent, en fait, souvent à celles de la prévision, le quantitatif qui se trouve ainsi privilégié au dépens du qualificatif, du qualitatif qui est difficilement cernable et discernable à moyen ou long terme : les besoins, les goûts, les comportements individuels et collectifs... Le fonctionnalisme qui fonde l'aménagement (plus particulièrement l'urbanisme) limite l'appropriation de l'espace, impose un ordre et bloque l'évolution en reproduisant l'ordre actuel dans des schémas souvent très rigides.

Il existe ainsi une contradiction majeure entre le fondement et le résultat de ce paradigme fonctionnaliste: la normalisation fondée sur la notion de besoin va nier l'évolution et la diversité même de ces besoins.
Cette situation se trouve, par ailleurs faussée, par l'usage d'un certain nombre de concepts-clés qui fondent la problématique et la démarche de l'aménagement.
VI - mots CLES et/ou FAUX PROBLEMES ?
Le discours sur l'aménagement du territoire voile les choix économiques, politiques, organisationnels et stratégiques par le recours à des concepts attrayants permettant d'évacuer l'essentiel du problème. On peut citer les concepts d'équilibre, l'environnement, le cadre de vie, l'harmonie, la cohérence, la complémentarité, l'intégration ou les pôles de développement...

On constate souvent une relation inverse entre le degré de fascination du discours et la médiocrité des réalisations, plus le discours est beau et plus la pratique se trouve dénuée de tout sens. On examinera, dans ce qui suit, quelques exemples de l'usage de certains concepts-clefs très utilisés en matière d'aménagement , leur implications et leurs contenus.

La référence à l'équilibre, la cohérence ou à l'ordre constitue un discours justificateur du pouvoir par le biais d'un corps de spécialistes qui, à travers le statut, le goût, la formation ou l'intérêt de classe, transmet une conception qui porte en soi l'échec dans la mesure où elle est forcément différente de celle des habitants concernés. Cette technocratie ou "esthétocratie" contribue, à son tour, à conforter le pouvoir de l'administration à travers la réglementation et la normalisation.
1 - L'équilibre : Mystification de l'ordre introuvable !
Le concept d'équilibre constitue un concept-clé, il est toujours question d'équilibre dans les plans d'aménagement : inter-régional, entre milieux, entre secteurs et activités, équilibre financier, écologique, équilibre du système urbain, des types de logement, de l'emploi, équilibre entre les zones d'une ville comme cela a été le cas pour Tunis ou celui de la structure démographique ou industrielle....

Cette recherche des équilibres est symptomatique de trois faits importants : l'idéalisme, le flou et l'égalitarisme.

- La vision idéalisée et de là inopérante de l'aménagement dans la mesure où cet équilibre dont on parle est méconnu, souvent non défini même comme tous les idéaux par ailleurs. Autant, les plans abondent en termes d'équilibre (financier, écologique, démographique...), autant le concept est pauvre, resté qualificatif sans effort de précision et de définition.

- Le flou conceptuel est nécessaire pour faire passer des choix stratégiques au nom de l'équilibre. Ceci est d'autant plus facile que le domaine s'éloigne de l'économique et du chiffre. On se limite souvent à quelques objectifs flous mais tellement attirants qu'ils fondent parfois les choix stratégiques des plans d'aménagement. C'est ainsi de l'équilibre régional, de l'équilibre villes-campagnes ou de celui des activités économiques....

- Le terme équilibre nous renvoie souvent à celui d'égalitarisme. Cette idée d'égalisation est absurde et irréaliste dans la mesure où tout système organisé est inéluctablement centré, dissymétrique et inégalitaire. L'inégalité fonde même le système qu'il soit social, économique ou spatial et tout ce qu'on peut attendre, c'est réduire les écarts, mais pour cela encore faut-il mesurer ces inégalités ce qu'on cherche souvent à éviter pour des raisons stratégiques, rompre les processus inégalitaires cumulatifs qui se trouvent derrière, ce qui est plus voilé encore.

A certains égards, le mot d'ordre d'équilibre réconforte l'ordre spatial établi et maintient le statu quo dans la mesure où on préconise souvent un développement en conformité avec les ressources propres de chaque espace et les spécificités de chaque milieu. L'équilibre écologique est ce respect des impératifs physiques, des contraintes naturelles et des rapports entre l'homme et son milieu d'où la reproduction des inégalités. Ce paradigme d'équilibre reproduit l'ordre, confine les espaces dans une sorte de fatalité transcendante et permet de donner les illusions.

En regardant le Schéma National d'Aménagement du Territoire (SNAT), les scénarios présentés s'articulaient autour de l'équilibre et de la concentration. L'équilibre s'exprime par le maintien de la population sur place tandis que la concentration stipulait que la population suivrait les activités concentrées au littoral. On voit très bien qu'on balance entre le souhaitable impossible (équilibre) et le possible indésirable (la concentration), mais rien entre les deux scénarios. Les schémas régionaux et de gouvernorat se sont fondés sur ce scénario d'équilibre ? L'équilibre ne signifie, en aucun cas, le statu quo ou le maintien sur place des populations, ce qui nie la dynamique d'un système et s'avère irréaliste.
2 - L'environnement : Le déterminisme écologique: alibi ou nécessité?
La sauvegarde et la protection de l'environnement constituent, de plus en plus, une des données fondamentales des plans d'aménagement. Là aussi, on retrouve la notion d'équilibre écologique, équilibre des rapports entre l'homme et l'écosystème. Cet environnementalisme exprime, en réalité, un souci permanent de pousser encore davantage les frontières de l'exploitation de la nature par l'économie, de prolonger encore plus la vie des ressources durables, non renouvelables et rares. On retrouve là l'idée d'harmonie, de développement respectueux de la nature, ou plutôt respectueux des limites de la nature et des besoins de l'homme.

L'environnementalisme revient, parfois, à confiner chaque espace dans les limites tracées par les données de la nature, les contraintes physiques, les ressources du sol et du sous-sol et les performances de la population locale ou régionale dans les limites des techniques disponibles... Il contribue ainsi à reproduire l'ordre spatial établi, à prolonger la durée de vie du système actuel et à préconiser un déterminisme nouveau au nom de l'éco-développement. Est-ce un alibi utilisé souvent pour justifier l'ordre ou une nécessité pour prolonger l'ordre ?
3 - L'intégration : Extension de l'assise spatiale et centralisation
L'intégration constitue aussi une des clés de l'aménagement, elle couvre plusieurs aspects et dimensions. Il s'agit de l'intégration des activités économiques dans un espace donné, une région ou une ville, l'intégration spatiale entre les espaces, les régions et les milieux. Elle couvre aussi l'intégration entre l'homme et son milieu.. On retrouve là aussi la notion de cadre de vie.

L'idée d'intégration est très séduisante dans la mesure où elle passe, souvent, comme la condition sine quoi non du développement et de l'aménagement si bien qu'on la retrouve à tous les niveaux et dans tous les plans. Elle cache cependant une des principales stratégies du système économique dominant notamment capitaliste: envahir toutes les sphères de la vie sociale et économique par le biais de la spécialisation-complémentarité et de là, élargir l'assise spatiale et sociale du mode de production, créer des liens irréversibles d'interdépendance.

Cette intégration va de pair avec la centralisation progressive et l'affinage des fonctions de décision et d'encadrement même si on donne l'impression de déléguer certaines tâches aux régions, aux collectivités ou au niveau local ou lorsque les fonctions d'exécution ou de suivi se trouvent déconcentrées. L'examen de la place de Tunis le montre très clairement parallèlement aux opérations de déconcentration de l'appareil productif (industrie, tourisme) ou de certains services à partir des débuts des années 1970.

La spécialisation croissante des espaces et des lieux a pour finalité une performance plus grande de l'ensemble et une intégration croissante des parties et des composantes. Cette tendance à la spécialisation concerne les régions et les villes en fonction des atouts, des contraintes et des spécificités. La spécialisation a pour pendant la complémentarité inter-régions et inter-espaces.

L'intégration concerne aussi la voirie et les communications en général, il s'agit de mettre en place des infrastructures permettant la focalisation régionale et la connexion inter-régionale autour de places centrales que sont les villes. La dimension économique apparemment centrale ne doit pas, non plus, cacher le volet stratégique qui est prépondérant à l'échelle des communications (routes, voie ferrée, ports, aéroports, PTT) pour créer cette interdépendance.
4 - Les pôles de développement : l'illusion !
Souvent on a tendance à utiliser une terminologie fascinante dont le but est d'évacuer les problèmes réels de déséquilibre tel est le cas de ce qu'on appelle pôle de développement, terme qui est largement passé dans l'usage courant qu'on a tendance à l'utiliser, quelquefois, pour une usine de quelques dizaines d'emplois. C'est le cas, par exemple, de ce qu'on appelle "pôles" durant les années 1960 comme la sucrerie de Bèja, la cellulose de Kasserine voire même la briqueterie de Hamma... Le même phénomène se pose pour les pôles ou parfois les "métropoles" préconisées dans le Schéma National d'Aménagement de 1985.

Le pôle de développement est, techniquement, un complexe d'activités agglomérées autour d'une activité motrice et dont l'édification n'est ni automatique, ni spontanée, elle est seulement possible. Cette notion part du principe que la croissance apparaît à des points précis de l'espace et se propage différentiellement tout autour pour créer les connectivités. Il est défini par trois caractères23 :

- La polarisation est un processus dynamique et volontaire d'évolution des structures qui sont économiques, sociologiques et institutionnelles à la fois conduisant à compléter trois matrices interindustrielles distinctes: la matrice d'entrée/sortie, celle du capital et de l'infrastructure.

- La polarisation est le développement d'un complexe économique et social géographiquement aggloméré. Les économies externes qui lui sont liées sont centrées sur l'effet de communication qui est freinée par la distance dont l'effet est souvent exprimé par une puissance supérieure à 2.

- Les pôles géographiques diversifiés sont démographiquement et hiérarchiquement supérieurs et jouent un rôle déterminant dans l'intégration spatio-économique et sont plus souples que les petits centres monofonctionnels.
On voit clairement qu'on est très loin de la réalité qui assume le pôle à une usine ou à la limite à une masse plus importante d'investissements localisée en quelques lieux sans mesures d'accompagnement. Le danger est ce processus constant de mystification qui fait qu'on a tendance à résoudre les problèmes cruciaux de la société par de faux espoirs.
5 - La cohérence : La normalisation et le transfert
L'aménagement constitue un des moyens de normaliser la société et les besoins. Dès qu'il y a une demande sociale donnée, l'Etat intervient pour dicter une norme qui, à son tour, va moduler la demande future. Il y a ainsi un processus de normalisation et de codification des demandes et des réponses : l'urbanisme réglementaire, les grilles d'équipement et les schémas standardisés de hiérarchie ou d'équipement sont là pour exprimer ce processus. On retrouve, là, les effets pervers de la normalisation, une des manifestations de "l'emprisonnement" de M Foucault.

Ce rôle apparaît à travers les équipements qui ont un rôle central dans la normalisation. A quoi sert une piscine ? Cette question peut paraître triviale et dénuée de sens mais selon la réponse qu'on reçoit, il y a une conception déterminée de la piscine : répondre à un besoin social de se baigner? Diffuser la natation? Former des champions? Réduire les écarts entre le littoral et l'intérieur ou limiter les noyades... ? Cette question posée à propos de la piscine peut être posée pour l'école, le service administratif, la maison de jeunes ou de culture...

C'est au nom de la cohérence et de l'harmonisation entre secteurs et espaces que l'Etat se donne cette fonction de normalisation sociale. Ce paradigme fonctionnaliste de cohérence va justifier même l'action sectorielle de l'Etat au nom de l'efficacité ce qui va entrer en contradiction avec le premier paradigme. Le modèle sectoriel va réconforter la place de l'Etat et de ses instances (agences, offices, collectivités...) au nom d'une fallacieuse rationalité. C'est ainsi qu'on voit le transfert de compétences du local vers les instances centrales, des collectivités locales si elles existent aux nouvelles instances du pouvoir central : les organismes techniques et sectoriels : agences, sociétés et offices. C'est le cas de l'industrie, de l'agriculture, de l'assainissement, de la pêche, de l'artisanat ou du tourisme...
Conclusion : L'interface et le background
La réconciliation avec l'aménagement peut s'opérer grâce à la réhabilitation du cadre de vie, du social et de la gestion démocratique de l'espace en donnant plus de poids et de crédibilité, entre autres aux collectivités territoriales et au discours.

Les collectivités territoriales ont été instituées en Tunisie sous la colonisation (pour les communes) ou au lendemain de l'indépendance même si elles venaient d'être restructurées plus récemment pour avoir un rôle plus accru en matière d'aménagement, c'est le cas de la loi organique des Communes de 1975 ou des Conseils Régionaux de Développement créés plus récemment qui octroient des compétences accrues en matière d'aménagement, de développement local et régional. Ces collectivités expriment le centralisme de l'Etat qui s'est donné les moyens de sa politique d'encadrement. Sont-elles l'instrument d'une différenciation du territoire et une relative autonomie des territoires.

Au moment où on bascule dans un monde urbain, on renforce des institutions qui relèvent plutôt du monde rural, d'où la dérive (féodale) et les dérapages, c'est ce qui explique la crise des zones urbaines et des grandes agglomérations. La balkanisation des espaces urbains est à la mesure de la faiblesse des autres régions et villes vis à vis de la Capitale.

A la logique de la centralisation-redistribution qui a prévalu jusqu'ici doit succéder une autre logique, celle de la décentralisation-péréquation qui doit assurer la régulation centre-périphéries, la prise en compte du cadre de vie, du qualitatif, de la grande échelle et de l'aménagé et non l'espace-étendue, la quantité, la petite échelle et l'aménageur.

L'aménagement du territoire constitue une clé pour décliner tous les problèmes de la société. A travers la ville, la banlieue, les rapports villes-campagnes, le rural, l'équilibre régional ou le système urbain se trouvent abordés les thèses de l'isolement, de la démocratie, de l'égalité et des disparités, de l'équilibre et du cadre de vie...

Ce rôle, de plus en plus central de l'aménagement du territoire, tient au fait que l'aménagement réalise de multiples interfaces entre :

- le public et le privé

- la collectivité et l'individu

- le centre et les périphéries

- les départements

- les espaces et les régions

- le court, le moyen et le long terme

- l'approche sectorielle et l'approche globale ou géographique selon l'expression d'un économiste français Jean Louis Guigou).

- l'efficacité et l'exigence de solidarité.

- le passé, le présent et le futur
L'aménagement du territoire exprime bien un projet global de société. En réalité, et dans les faits, l'aménagement se trouve relégué au second plan au niveau du background pour justifier un tel ou tel choix de projet ou de lieu... C'est à ce niveau là seulement qu'on invoque l'aménagement du territoire, une démarche à inverser totalement de fond en comble.

Sur un autre plan, vu la portée stratégique de l'aménagement, l'Etat a tendance à se substituer au secteur privé qui embrasse de plus en plus la sphère socio-économique et considérer de son ressort, l'aménagement, dans ses moindres détails. Ceci conduit à une contradiction majeure dans le rôle de l'Etat, entre la tendance à embrasser toute la société au niveau de la conception et celle du désengagement économique.

Cette contradiction entre la place réelle et institutionnelle, le discours et la pratique de l'aménagement se trouve aggravée par le rôle ambigu de l'Etat et la démarche adoptée dans les études et les plans. Faux problèmes et faux espoirs, mystification et démystification, quantification économico-financière et flou qualitatif,... voilà certaines facettes du discours et de la praxis de l'aménagement du territoire.

Ces dérapages proviennent principalement de cette nature stratégique de l'aménagement du territoire qui rompt avec cette nature neutre, ce caractère technique comme on veut souvent le présenter.
Bibliographie
Belhedi A. - 1989 : Le découpage administratif en Tunisie. Revue de Géographie du Maroc. Communication au colloque " Aménagement du territoire et découpage administratif en Algérie", Oran, IST-Urbama. 1990.

Belhedi A. - 1992 : L'organisation de l'espace en Tunisie. PUT, FSHS.

Belhedi A. - 1992 : L'aménagement de l'espace en Tunisie. PUT, FSHS.

Belhedi A.- 1992 : Société, espace et développement en Tunisie. PUT, FSHS

Guigou J.L. - 1992 : Aménagement du territoire et prospective: dix-neuf tendances. postface de Espace et dynamiques territoriales P.H. Derycke (Edit). pp: 323-334. ASRDLF, Bibl. de Science Régionale, Economica.

Gumuchian H. - 1991 : Représentations et aménagement du territoire. Anthropos. 143 p.

Chapitre 10

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