Bibliographie Introduction





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Université de Tunis

Faculté des Sciences Humaines & sociales

94, Boulevard 9 avril – 1007 Tunis

Tel : 71560950 – fax : 71567551

L’aménagement du territoire
Principes & approches

Amor Belhedi

2010

Sommaire
Introduction
L’aménagement du territoire : Notion et nature

Aménagement du territoire, espace et société

Finalités et objectifs de l’aménagement territorial

Les échelles de l’aménagement

Les moyens

Les étapes de l’aménagement territorial

Les perspectives

Bilan des politiques d’aménagement territorial

L’aménagement du territoire : Discours et pratiques

L’aménagement du territoire en France

L’aménagement du territoire en Tunisie

L’espace rural

Aménagement et développement local

Quelques définitions de l’aménagement du territoire

Lexique de base
Bibliographie


Introduction

Chapitre Premier
L’aménagement du territoire

Notion et nature
Bien que l’action d’ménagement est très ancienne , elle est liée à la présence de l’homme sur la terre qui a cherché toujours à s’adapter à son milieu, de transformer l’espace qu’il occupe, l’aménagement du territoire est très récent dans son acceptation récente, il remonte aux années 1930 avec les travaux de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) (1932) et la Tennessee Valley Authority (TVA) de 1933 ; tandis que les grands travaux d’irrigation remontent à l’Antiquité. Mais ce sont surtout les années 1960 qui donnent naissance à l’aménagement avec la mise en place de grands travaux, de vastes programmes et la création d’institutions appropriées.

Les collectivités ont été amenés souvent à agir sur les espaces qu’elles occupent ; conquête de terres, bonification, aménagements hydro-agricoles, construction de routes, de ponts et de viaducs… On peut cite les Pharaons, l’empire romain, les bastides du Moyen âge, les cilles de l’Andalousie musulmane, les travaux hydro-agricoles dans les oasis…

On en trouve les traces de l’aménagement dans la plupart des civilisations du monde méditerranéen, africain, indo-chinois, indou ou latino-américain. On a affaire ici à des aménagements spontanés menés par les différentes collectivités pour s’adapter à leurs espaces et le maîtriser.


Dans le sens moderne, l’aménagement est l’action programmée de grande envergure menée souvent par le pouvoir
Plan

1- L’aménagement

2- Le territoire

3- L’aménagement du territoire

4- Quelques définitions de l’aménagement

5- Aménagement et géographie
1- L’aménagement
L’aménagement est cette action volontaire, consciente, programmée d’une collectivité sur son territoire qui consiste à modifier, rectifier, corriger, adapter et transformer un espace donné en vue d’un objectif déterminé. Aménager une salle, un bureau, une chambre, une ville ou une région…. L’aménagement se définit toujours par rapport à un objectif bien clair. On n’aménage pas sans une finalité précise.
L’aménagement correspond à une volonté, notamment collective, de corriger les déséquilibres d’un espace, local, régional, national voire supra-régional et s’appuie sur le volet appliqué de la géographie à côté des autres disciplines comme l’économie, la sociologie, le droit… Il suppose une conception globale de l’ensemble d’un territoire, une analyse à la fois rétrospective (bilan) et prospective (perspectives). C’est une véritable synergie des disciplines et des compétences comme la géographie, l’économie, la sociologie, l’urbanisme, le droit, le paysage, l’agro-économie…. L’aménagement est transdisciplinaire ou du moins multi-disciplinaire qui regroupe plusieurs savoirs-faires. Il concerne aussi toutes les sphères de la collectivité qu’elle soit locale, régionale ou nationale : les différents départements, les ministères, les organismes spécialisés comme la DATAR en France ou la DGAT en Tunisie qui a pris la relève sur la DAT des années 1960-70L’aménagement est d’une certaine façon une pro-jection de la société dans le futur, c’est la conception de la société de demain.
Des termes sont centraux : la collectivité, le territoire, la finalité, les moyens, la transformation, la conception, la projection…
Aménager : Disposer, modifier, transformer, organiser un espace pour assurer une fonction, permettre un usage donné, améliorer une fonctionnalité ou un cadre de vie. Re-structurer un espace en exploitant les atouts afin d’assurer le bien être du groupe social. On pourrait dire que aménager c’est restructurer et réorganiser le territoire
Déménager : Transporter, déplacer, changer l’emplacement, le site et la localisation
Ménager : Traiter avec douceur, modération et économie de manière à ne pas compromettre la santé ou la situation, vexer quelqu’un, mettre en danger quelque chose


2- Le territoire
Le terme territoire provient du latin territorium, lui-même dérivé de terra, la terre (globe terrestre, matière, sol, continent, contrée). Il signifie « morceau de terre appropriée ». Il a donné naissance au mot « terroir » et territoire.

Trois sens du terme « Territoire »

Trois sens peuvent être donnés au terme « territoire » dont les deux premiers sont neutres qui ne renvoient pas au rapport à la société et le terme territoire est plutôt l’équivalent à celui d’espace, voire pays : analyse, dynamique territoriale = spatiale

- Un découpage administratif donné : un espace ayant une autorité compétente mais n’ayant pas une forte homogénéité de population : on parle des « territoires du Nord-Ouest » ou « du Yukon » au Canada par exemple. C’est un espace qui n’a pas encore un statut très précis comme les « DOM-TOM » autrefois ou les « Territoires occupés » de la Palestine…

- Un espace délimité et contrôlé par une autorité (un Etat) qui forme souvent une nation et/ou un pays. On parle du territoire national, du territoire tunisien ou français… Les Pays et Territoires d’Outre-mer (PTOM) correspondent à ces deux sens à la fois. Avec la décolonisation, le terme de pays tend à remplacer celui de Domaines ou de Territoires. L’Etat possède l’autorité territoriale qui s’exprime par des lois territoriales qui s’appliquent à l’ensemble du territoire.

- Un espace socialisé, approprié par ses habitants quelle que soit sa taille avec une mémoire, une pratique et une représentation de cet espace. Il est l’ouvre de la société indépendamment de sa nature physique, la présence de ville… Les territoires du quotidien correspondent aux parcours habituels des individus ou des catégories sociales. Les processus de socialisation et d’appropriation sont sollicités en intégrant la temporalité (représentation du temps vécu à travers l’expérience par la conscience). L’appropriation peut être datée, elle commence dès qu’on se réclame d’un tel ou tel territoire. Le massif central, en France, n’existait pas avant le XIX°. Le terme territoire n’est pas neutre et fait de la géographie par exemple une science sociale avant tout.
Le territoire évoque l’idée de domination et de gestion d’un espace par une puissance dont l’autorité, la légitimité et la puissance découlent de ce contrôle territorial. Le caractère interventionniste se retrouve derrière les opérations d’aménagement territorial.

Le territoire a un sens juridique fort auquel trois idées peuvent être associées : la domination liée à un pouvoir du prince, l’aire dominée par ce contrôle territorial, les limites matérialisées par des frontières. C’est de sens que dérive l’utilisation géographique du terme empruntée à l’administration : aménagement du territoire. Tout groupe social assure sa reproduction sexuelle et spatiale, il s’approprie et organise une portion de l’espace pour permettre cette reproduction, voire sa survie. Le territoire est ainsi la portion de l’espace terrestre, appropriée par un groupe social pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux. L’appropriation peut être sous forme d’une auto-référence culturelle adoptée et intériorisée par le groupe social et souvent positivée (ce qui rejoint un peu la notion de terroir) : le jerbi associé au commerce… Elle peut résulter aussi d’une représentation externe avec son versant négatif) : le côté recherche de profit, calculateur… L’appropriation peut être naturelle (vallée de Chamonix, Khmir, Gammouda…), historique (Sahel…), politique (Europe, USA…).
La conception actuelle remet en cause l’idée de territorium, le territoire est de plus multiscalaire avec un emboîtement complexe du local au mondial en rapport avec l’extérieur.
En s’inspirant de l’éthologie animale, le territoire est l’aire d’extension et de domination d’un groupe ou d’un clan, d’une fraction, d’une tribu, bref d’un pouvoir donné. La prise en possession et la défense d’un espace donné. La territorialisation est le processus et la conduite suivie pour prendre possession d’un territoire et le défendre, le processus de transformation d’un espace en territoire.

Roncayolo M (1990) et Lévy J et Luscault M (2003, 481) défendent le primat des échanges sociaux dans les constructions territoriales et l’importance de l’espace social, évoquent le risque de la transposition éthologique en géographie sociale et la réduction au monde animal.
Le territoire est une portion de l’espace terrestre dans ses rapports avec la société qui l’occupe et l’aménage en vue de satisfaire ses besoins. C’est « la portion de la surface terrestre, appropriée par un groupe social pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux » (Le Berre M, 1992). Il implique trois conditions : l’appropriation (physique, juridique, symbolique), la double appartenance et l’identification (Belhedi A 2006). Configuration, interaction et représentation au niveau matériel et idéel constituent le territoire défini comme « la projection d’un système d’intentions humain sur une portion de la surface terrestre » (Raffestin C 1986) par les différents acteurs en place en fonction de leurs statuts et leurs stratégies, comme le résultat de l’articulation entre les projets les intentions et les réalisations.

La territorialisation s’opère dans la relation appropriation/identité à travers le vécu individuel et collectif, les éléments matériels et idéels. La territorialité des individus, agents et acteurs s’exprime dans leurs comportements. Le territoire est un espace conscientisé au même titre que la classe sociale : « le territoire est à l’espace ce que la conscience de classe, ou plus exactement la conscience de classe conscientisée est à la classe sociale potentielle : une forme objectivée et consciente de l’espace »1. Tout groupe gère et aménage ce territoire qui possède une unité de fonctionnement assignée par le groupe qui l’occupe, il en résulte un territoire doté d’une unité spatiale et d’une stabilité relative dans le temps (Le Berre M 1992).
Les territoires sont emboîtés, Jerba constitue un territoire appartenant au Sud Est, au Sud, à la Tunisie littorale, la Tunisie, le monde arabe, l’Afrique du Nord, la Méditerranée et l’Afrique… Les réflexes territorialistes sont par conséquent emboîtés, le nationalisme est une forme de territorialisme qui n’est pas incompatible avec « l’esprit de clocher », le régionalisme en est un autre territorialisme qui peut entrer en conflit avec l’échelle au dessus.
Les territoires peuvent être aussi continus ou discontinus, les nomades disposent de territoires à géométrie variable, mobiles dans le temps mais périodiques, donnant lieu à un « espace réticulé » dont le fondement est le groupe social. Le semi-nomadisme est une forme intermédiaire de fixation du territoire avec un territoire continu et fixe, un territoire discontinu et saisonnier souvent peu habité sous forme d’annexe : bled Ségui et Chareb au Sud où céréaliculture et élevage extensif dominent.
Le territoire renvoie toujours au travail humain contrairement à l’espace. C’est une réordination de l’espace, un espace informé par la sémiosphère (ensemble de signes et de traduction utilisés dans le rapport à l’extérieur) sous forme de mailles, nœuds et réseaux qui commandent l’écogénèse territoriale (Raffestin Cl 1986).
Le territoire est un système complexe et ouvert avec les différents concepts d’organisation, régulation, centralisation, solidarité, compétition, individualisation, ce qui permet de relativiser la notion d’appropriation et explique les discordances objectifs/résultats et que des configurations identiques résultent de processus différents et vice versa. Le territoire est alors un système auto-organisé où l’ensemble n’est pas la somme de ses parties.
Le territoire est indifférent au scalaire contrairement à la région (niveau méso-spatial ou sub-national) ou au pays (niveau local et national), mais le niveau national est souvent impliqué avec son corollaire l’Etat et la dimension politique. Le territoire « se repère à différentes échelles de l’espace géographique », selon Di Méo qui adopte une posture syncrétique ralliant l’objectif au subjectif : « On retiendra deux éléments constitutifs majeurs du concept territorial ; sa composante espace social et sa composante espace vécu » (Di Méo G, 1998).
Le territoire est une « maille de gestion de l’espace », « un espace approprié et conscientisé » qui le rend proche de patrie, nation qui se charge du contrôle (défense, DST, limites…) et de l’aménagement. « La notion de territoire est donc à la fois juridique, sociale, culturelle et même affective » et dépasse celle d’espace, de terroir, il n’est pas de nature individuelle (Lévy J et Lussault M, 2003, 480) avec un attachement positif (idem. p.481) donnant lieu à un espacement/solidarité, sécurité/reproduction, rapport groupe/ressources. Le territoire correspond enfin à des lieux reliés par des réseaux qui les irriguent à travers le capillaire qui lève la contradiction aréal/réticulaire « et c’est pourquoi l’aménagement du territoire devrait le soigner particulièrement, au lieu de se limiter aux « gros tuyaux, ceux des infrastructures lourdes » (idem, 481).
L’appropriation renvoie à la notion d’acteurs et on peut y voir deux approches : l’approche fonctionnelle qui fait que le territoire est créé par le jeu des différents acteurs sans qu’il y ait forcément intentionnalité. L’approche politique, au contraire, suppose la présence de l’intentionnalité, le cas bolivien et des pays décolonisés en général est indicatif :

- Le cas bolivien est indicatif, le sentiment national est né de la défaite de la guerre du Pacifique 1879-1884 qui lui fait perdre la bande d’Arica, seul accès à la mer ce qui a conduit à l’enclavement et la remise en cause de la capitale historique Sucre, trop éloignée d’Arica et le déplacement de fait à La Paz, capitale économique : il y a un musée du littoral à La Paz qui symbolise cette territorialisation. Cette distinction pose cependant le problème de l’intentionnalité territoriale des acteurs en général en exploitant les références culturelles ou politiques ?

- La décolonisation n’a-t-elle pas créé des territoires à travers le processus de libération et de lutte pour l’indépendance au grès des limites coloniales imposées souvent aux populations autochtones qui, avec le temps, adoptent les nouvelles références et s’auto-approprient les espaces correspondants.
Bien que le terme aménagement du territoire est assez ancien2, le terme territoire a été revitalisé après les années 1980 dans la géographie universitaire (il n’existe pas dans le dictionnaire de P George 1970). L’ouvrage de Jean-Paul Ferrier est indicatif (1981)3.
3- L’aménagement du territoire
L’aménagement suppose la présence d’un territoire, d’une collectivité exprimée par un pouvoir ou une autorité qui dirige l’action de transformation et assure les arbitrages nécessaires.

L'aménagement du territoire désigne à la fois l’« Action d'une collectivité sur son territoire, et le résultat de cette action. C’est l’ « action volontaire et réfléchie d’une collectivité sur son territoire, soit au niveau local (aménagement rural, urbain, local), soit au niveau régional (grands aménagement régionaux, irrigations), soit au niveau national (aménagement du territoire) ». C’est aussi le « résultat de cette action » (Brunet R et al 1995, 29).

L’aménagement est une action raisonnée de la collectivité sur son territoire.

C’est l’action de re-structurer un espace donné en exploitant les atouts et limitant les contraintes et les gaspillages par une utilisation rationnelle de l’espace et des ressources, afin d’assurer le bien être du groupe social et l’équité territoriale. Le gaspillage est à la fois économique, spatial et humain tandis que l’équité se situe au niveau de l’homme, du citoyen, du producteur, du consommateur…4.
Plusieurs dimensions ou composantes contradictoires se dégagent de cette définition de l’aménagement et coexistent au sein de sa problématique :
a- La dimension économique : Utiliser les atouts revient à favoriser les points forts, la croissance là où elle est et ne pas casser le processus amorcé ce qui accroît les déséquilibres5. C’est en termes de croissance, de développement et d’efficacité que l’aménagement doit être pensé, conçu et mené. L’espace en tant que étendue et ressources devient de plus en plus rare, comment assurer une utilisation rationnelle, efficace sans gaspillage et sans sous-utilisation aussi ?

Il s’agit ici d’utiliser rationnellement l’espace et les ressources en cherchant la distribution optimale de la population, des villes, des activités et des infrastructures sur l’ensemble du territoire en exploitant les atouts et en limitant les contraintes.
b- La dimension sociale : Assurer l’équité territoriale reviendrait souvent à sacrifier la croissance d’où le gaspillage des ressources et des moyens qui sont souvent limités.

L’aménagement du territoire est « L’action politique ayant pour but d’harmoniser le développement des régions, de lutter contre les déséquilibres industriels ou culturels et les inégalités » Lexique des Sciences Soles. Dalloz, 7° édition, 2000, Madeleine Grawitz.

Il s’agit d’instaurer un rapport, convivial, du moins acceptable, entre l’homme et son espace.

c- La dimension environnementale : elle consiste à préserver l’environnement et les ressources an vu de permettre un développement durable et un bien être pour la population concernée. Jusqu’au années 1980, l’environnement était la parent pauvre du développement et de l’aménagement et ce n’est qu’au début des années 1970 qu’on a commencé à prendre en compte la question de l’environnement. On peut citer ici le plan vert par exemple du Plan Régional d’Aménagement de Tunis en 1977 qui en constitue une pièce maîtresse. On s’est rendu compte qu’on ne peut plus se développer comme auparavant, en oubliant de préserver les ressources. En effet, l’espace lui-même est devenu une ressource rare qu’il convient de préserver et d’utilité d’une manière rationnelle.
d- La dimension spatiale : l’espace devenu lui-même une ressource rare, il convient de bien l’utiliser pour accompagner les trois premières composantes. En outre, il s’agit de doter le territoire concerné d’une structure spatiale viable. C’est une optimisation des répartitions spatiales.
e- La dimension stratégique : L’aménagement est avant tout une conception du futur, une vision stratégique de la société de demain, c’est une projection de la société de demain sur l’espace.

L’aménagement est aussi une projection géographique de la société de l’avenir permettant d’offrir à chacun un cadre de vie et d’activité décent dans un éclairage long terme permettant les décisions à court terme (Belhedi A, 1978, op. cité). Cette projection géographique est d’essence politique (Politique de Polis = organisation et gestion de la cité) qui pu privilégier l’une ou l’autre des dimensions citées ci-dessus selon le système politique, les acteurs en place et la nature du pouvoir bien qu’on affiche souvent le même discours quelque soit le régime (Belhedi A 1978, op. cité).

L’aménagement est un éclairage long terme de toute l’action spatiale de la société sur le court et le moyen termes. Il s’agit de déterminer la politique (objectifs, finalités) pour pouvoir fixer les mesures pratiques à prendre et les moyens à mobiliser (la stratégie).
La présence de ces composantes nécessite des arbitrages d’une instance qui tranche en fin de compte, fixe les priorités et arrête les décisions qui expriment en fin de compte la volonté collective, d’où le problème de la représentativité de ce pouvoir et de cette autorité : on retrouve ici la notion de compromis, de consensus et de citoyenneté qui sont des notions clefs. Comment assurer l’équité territoriale tout en favorisant la dynamique des espaces favorisés et en préservant le processus de la croissance économique ? Comment répondre aux besoins actuels tout en préservant ceux de la population à venir ?

Comment assurer conjointement une structure spatiale durable, un développement global, durable, viable, équitable, rentable, efficace et faisable ?

Comment répondre aux besoins quantitatifs de la société (croissance….) en même temps qu’aux besoins qualitatifs (développement, qualité de vie, bien être, progrès, environnement viable…) en préservant les ressources rares et l’espace viable).

4 - Quelques définitions de l'aménagement du territoire


On peut se référer à quelques définitions limitées de l’aménagement pour voir la nature et la tâche de l’aménagement :


  1. Le Code de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme


Le Code de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme (Loi 94-122, du 28 novembre 1994), définit l’aménagement dans l’article 2 comme suit :

« On entend par aménagement du territoire, l’ensemble des choix, des orientations et des procédures fixés à l’échelle nationale ou régionale pour organiser l’utilisation de l’espace et même d’assurer notamment la cohérence dans l’implication des grands projets d’infrastructures, d’équipements publics et des agglomérations »


  1. Définition d’Eugène Claudius-Petit

La définition que donne Eugène Claudius-Petit de cette nouvelle politique est la suivante :

« L’aménagement du territoire, c’est la recherche dans le cadre géographique de la France d’une meilleure répartition des hommes en fonction des ressources naturelles et de l’activité économique », in Pour un plan national d'aménagement du territoire, 1950.

Trois idées sont contenues dans cette définition :

- L’aménagement du territoire apparaît comme une exigence de justice spatiale : la correction des disparités (depuis Paris et le Désert Français de Jean-François Gravier, livre marquant de 1947, qui a un écho dans tout l’appareil d’État)

- L’aménagement du territoire apparaît aussi comme une exigence économique en termes de croissance d’efficacité et de développement.

- L’aménagement du territoire est une exigence technique qui introduit l’idée d’une spécialisation fonctionnelle des territoires (« en fonction de… »). Ralliant la polyfonctionnalité et la diversité, la technique avancée, propre et la moins coûteuse.

c- Le Conseil de l’Europe

Le conseil de l’Europe définit l’aménagement du territoire comme suit :

« L’aménagement du Territoire est l’expression spatiale des politiques économique, sociale, culturelle et écologique de toute société. Il est à la fois une discipline scientifique, une technique administrative et une politique conçue comme approche interdisciplinaire et globale tendant à une développement équilibré des régions et à l’organisation physique de l’espace selon une conception directrice ».

Charte européenne de l’aménagement du territoire, Torremolinos, Espagne, 19836
Il est important de noter la dimension spatiale de la politique du développement dans tous ses volets. Il est à la fois une discipline, une méthode, une démarche et une approche qui intègre l’apport de nombreuses disciplines à la fois. Il est une technique administrative à travers les outils, instruments et procédures qui permettent la conception, la gestion et la gestion. Enfin, il est l’expression d’une représentation, une conception donnée, d’une politique bien déterminée du groupe social.

L’aménagement étudie l’espace de manière intégrée en tenant en compte les disciplines scientifiques des territoires urbains, ruraux et régionaux à la fois qu’il n’est pas souhaitable de séparer tant l’interdépendance est grande.




  1. Autres définitions de l'aménagement du territoire



On peut citer quelques définitions de l’aménagement à titre indicatif ici qui montrent comment chaque définition met l’accent sur certains aspects
« Aménager le territoire, c'est prendre conscience de l'espace français comme richesse et comme devoir»

Edgard Pisani, Administration de gestion, administration de mission, Revue française de sciences politiques, n°2, avril-juin 1956, p. 315-330
« L'aménagement du territoire est l'instrument d'une démocratie moderne (…) Une démocratie moderne doit être une démocratie virile. L'aménagement du territoire lui offre territoi champ d'action et la possibilité de son épanouissement. Ce n'est pas la politique d'un groupe, d'un gouvernement ou d'un régime. C'est l'œuvre de la nation, une œuvre permanente qui déborde les soucis immédiats. C'est la croisade de tous les Français pour la conquête et la construction de leur avenir. C'est l'expression nouvelle de l'esprit civique. »

Philippe Lamour, 60 millions de français, Buchet/Chastel, Paris, 1967, p. 287-288

« Se sont effondrées bien des certitudes. La ligne droite, par exemple, a cessé d'être rationnelle aussi bien par métonymie (rectification d'un ruisseau = destruction des biotopes = absurdité) que par métaphore (chemin de grue = déshumanisation = fausse route). Le régional, le vernaculaire, les particularismes ont cessé d'être passéistes ; ils émergent à l'actuel et revendiquent l'avenir. »

A. Berque, Médiance de milieux en paysages, Montpellier, GIP-Reclus, 1990, 163 p.

« Par définition, le point de vue de la médiance réprouve tout aménagement allant à contre sens du milieu où il s'effectue ; c’est-à-dire tout aménagement qui négligerait :

a) La tendance historico-écologique de ce milieu.

b) Les sentiments éprouvés à l'égard de ce milieu par la société qui l'habite.

c) Les significations attachées à ce milieu par cette même société.

La bête noire du point de vue de la médiance, c'est donc, évidemment, l'expert plus ou moins international aux convictions blindées, avec son harnachement de recettes passe-partout donc déplacées où qu'il les applique [...] Cela n'est pas de l'aménagement, c'est du déménagement de territoire [...] Ces déménageurs ne sont pas seulement sourds et aveugles, irresponsables au sens où ils jouent, naïvement ou cyniquement, les apprentis sorciers sur le dos des populations et des écosystèmes ; ils déménagent au sens où ils déraisonnent. »

A Berque, Médiance de milieux en paysages, Montpellier, GIP-Reclus, 1990, 163 p.

« Action en principe volontaire et réfléchie d’une collectivité et surtout de ses dirigeants (et personnes relativement influentes) visant à mieux répartir sur son territoire de nouvelles activités économiques et culturelles » Lacoste Y, 2007.

« L’aménagement est l’ensemble des savoirs et des savoir-faire dont la construction et l’application servent à transformer et adapter volontairement des espace d’échelles (au-delà de celle du bâtiment isolé) et de types variés au bénéfice des sociétés qui les produisent et les occupent » (Lévy J et Lussault M, 61). Pris en ces termes, l’aménagement a toujours existé mais le terme dans une perspective d’un champ de connaissance et d’action est récent en France, le terme se diffuse à la faveur de la loi Cornudet de 1919 instituant les « plans d’aménagement, d’embellissement et d’extension ».
L’aménagement est l’ensemble des méthodes et outils qui partent d’une situation donnée d’une région, d’un pays ou d’un espace déterminé en vue d’améliorer le cadre de vie et lui assurer un développement global par un éclairage à long terme des réalisations et programmes CMT en tenant compte des spécificités et des aptitudes de chaque espace. L’aménagement du territoire est exprimé par les projections géographiques de la société de demain, il est le développement global et cohérent des espaces selon leurs aptitudes, contraintes et spécificités.

L'aménagement du territoire regroupe les actions menées par les pouvoirs publics afin de favoriser le développement des régions formant le territoire national. Agissant sur une échelle plus vaste que la politique de la ville, l'aménagement du territoire porte sur la disposition spatiale des hommes et des activités. Il conjugue donc développement économique, habitat, transports et communications. L'aménagement du territoire est avant tout une politique. Spécialement en France, la notion étant même peu commune dans la plupart des pays européens où les pouvoirs régionaux et locaux disposent souvent de plus grandes latitudes d'organisation de leur territoire. Ainsi, en Allemagne on ne parle pas d'aménagement du territoire mais plutôt de « développement spatial » ou de « développement territorial » en Suisse.

Le territoire est ici placé au cœur d’une vision fordiste : à la division sociale du travail doit correspondre une division spatiale des activités. Cette vision trouve une concrétisation opérationnelle dans l’appareil d’État, notamment dans le système politico-administratif, avec la coexistence de deux ministères chargés des questions spatiales : l’aménagement du territoire et l’équipement (qui remplacera le MRU : ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme). Pour l'État, l'aménagement du territoire peut être considéré comme le volet spatial de la planification.

- On pourrait ajouter l’exigence  territoriale en termes de solidarité et de globalité : le territoire étant une globalité solidaire, l’aménagement ne peut que l’être aussi. Le territoire est devenu un facteur de production et de là un facteur de développement structuré d’une certaine manière. L’espace n’est plus un simple support matériel neutre, sa structure physique même détermine les possibilités de son utilisation et ses contraintes. L’aménagement devient ainsi un accompagnateur du développement, il le stimule, le favorise ou l’inhibe et le bloque. Quelle est la meilleure structure spatiale qui répond aux différents objectifs arrêtés ?

Le territoire doit être organisé de manière à ce que l’on trouve une fonctionnalité à l’enchâssement socioéconomique. Le territoire est alors un support de la croissance. Le territoire est un système en poupées russes facilitant la division spatiale du territoire : il y a des territoires de commandement et des territoires de production (logique de la déconcentration industrielle à partir de 1954 : sortir les industries de Paris).

Une action sur le territoire peut conduire à la justice entre les hommes, c’est l’objet de l’aménagement du territoire « comme une politique au service d’un projet de société : agir sur le spatial pour agir sur le social ». C’est « la dimension sociale des politiques territoriales », au lieu de la dimension spatiale des politiques sociales. La distribution spatiale de la pense publique et la discrimination positive des territoires en constituent les outils classiques.

Certains lient l’aménagement à la géographie et surtout à sa dimension appliquée mais le rapport n’est pas exclusif. Les deux champs s’entrecroisent mais se distinguent toujours.
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